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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > On n’a pas tous la chance d’être militant communiste

On n’a pas tous la chance d’être militant communiste

La collection Rouge reliée d'or.

Les œuvres complètes de Lénine

Le militantisme conduit parfois à des exagérations qu'on peut qualifier, avec le recul, de déraisonnables. Il vous pousse aussi à adopter des comportements excessifs, des pratiques qu' une fois les premières flammes passées, vous regardez avec étonnement et amusement, si ce n'est avec regret et amertume, dans les cas de repentance ou bien de changement de cap.

L'histoire que je vais tenter de vous confier ici ne relève pas de la dernière catégorie. L'ami qui m'a narré son aventure drolatique demeure fermement attaché à ses valeurs. Il ne renie rien de son engagement et de ses convictions qui ont donné sens à sa vie militante mais aussi professionnelle. Il n'est pas ici question de veste retournée ou de lendemains qui déchantent, bien au contraire ; l'histoire s'inscrit dans la lutte éternelle qu'il ne convient jamais d'abandonner.

Au fil de ses années de jeunesse communiste, notre ami s'est pris de passion pour le sieur Lénine. L'histoire peut lui donner tort ; les actes de ce curieux personnage ne furent sans doute pas en accord avec l'idéologie qu'il prônait. Mais là n'était pas le fondement de l'attirance de ce brave vigneron pour celui qui fit couler plus de sang que de vin …

Fin lettré et érudit qui ne fait pas étalage de science, notre camarade avait décidé, dans sa fougue dialectique, de lire les œuvres complètes de Vladimir Illitch. Celui qui ne s'est jamais soucié de la bibliographie de ce grand théoricien politique ne peut apprécier, à sa juste valeur, l'épreuve ou la prouesse que représente cette gageure.

Car non seulement le style du camarade auteur n'était sans doute pas d'une subtile finesse mais les phrases étaient taillées à la faucille et assénées à grands coups de marteau. Il fallait la foi chevillée à l'âme pour s'infliger un tel pensum. Pensez donc un peu : 55 volumes, tous reliés de cuir rouge et dûment complétés par sa correspondance et ses travaux philosophiques.

Non seulement cette passion fut dévorante mais particulièrement envahissante. Notre ami dut se constituer une bibliothèque spécialement dévolue au rangement de cette monumentale collection. Il lui fallut encore devenir, quelques années, permanent du parti afin de s'octroyer le temps nécessaire à cette gigantesque entreprise. (Qui a pu prétendre que le PCF n'a jamais encouragé la petite entreprise individuelle ?)

Tout ce beau corpus sémantique aurait pu finir ses jours dans l'appartement familial, trônant en bonne place, en souvenir des années dorées du communisme, si madame son épouse n'en avait eu par-dessus la tête de ce nid à poussière à l'esthétique douteuse et à l'intérêt discutable selon elle. Il n'est pas question de s'immiscer dans ce qui a peut-être été une farouche lutte matrimoniale et idéologique entre les deux époux.

Toujours est-il que dans les familles communistes comme dans les autres chapelles, ce que femme veut, elle finit toujours par l'obtenir par la persuasion, le chantage ou d'autres moyens inavouables. L'accord fut scellé entre eux deux mais, dans un sursaut d'orgueil ou de fierté, le brave militant en déroute obtint une petite contre-partie, une concession que son âpre négociatrice avait consentie après des discussions épiques.

La dame s'engageait à s'occuper entièrement et sans jamais solliciter celui à qui elle fendait le cœur, de la vente, pièce par pièce, volume après volume, de ce monument de la littérature de combat. Notre joyeux vigneron se frottait les mains et imaginait déjà sa femme, occupée, pendant une interminable période, à tenter de liquider des années de lutte.

Mais on n'a pas tous la chance d'être militant communiste et nul ici-bas n'aurait pu prédire ce qui allait arriver. Les miracles ne viennent pas que du ciel ; si la foi soulève des montagnes, elle permet aussi de faire se rencontrer des furieux et des insensés. Car, vous ne me croirez jamais et, pourtant, je vous assure que tout ceci est rigoureusement exact : elle trouva un acheteur unique qui voulait emporter le tout.

Vous allez imaginer que la suite relève de la galéjade. C'est que vous ignorez la profonde conviction qui anime ces gens. L'acheteur était aveugle par accident et les œuvres complètes de Lénine n'étaient pas en braille. Mais ce brave homme avait la certitude d'obtenir bien vite la guérison et de recouvrer la vue. Il lui fallait une motivation supplémentaire pour faire basculer son destin et retrouver la clarté.

Beaucoup en resteront sans voix et ne peuvent imaginer Lénine dans le rôle du faiseur de miracle. C'est que vous êtes des mécréants de la pire espèce, des gens sans foi ni carte. L'histoire s'est déroulée telle que je viens de vous la narrer mais personne ne saura jamais si l'heureux acheteur a pu enfin lire sa volumineuse collection !

Aveuglément vôtre.


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18 réactions à cet article    


  • diogène diogène 7 octobre 2014 11:58

    Et vous trouvez ça drôle ?

    Il y a des façons plus subtiles de dicréditer l’adversaire !

    • C'est Nabum C’est Nabum 7 octobre 2014 12:19

      diogène


      Je ne discrédite pas
      Je reprends un récit tel qu’il m’a été confié par un toujours militant sincère et ami.

      L’humour impose un peu de distance

      • diogène diogène 7 octobre 2014 13:38

        « Alors le rire, parlons-en et parlons-en aujourd’hui, alors que notre invité est Jean-Marie Le Pen. Car la présence de Monsieur Le Pen en ces lieux voués le plus souvent à la gaudriole para-judiciaire pose problème. Les questions qui me hantent, avec un H comme dans Halimi sont celles-ci :

        Premièrement, peut-on rire de tout ?

        Deuxièmement, peut-on rire avec tout le monde ?

         

        -  À la première question, je répondrai oui sans hésiter, et je répondrai même oui, sans les avoir consultés, pour mes coreligionnaires en subversions radiophoniques, Luis Rego et Claude Villers.

        S’il est vrai que l’humour est la politesse du désespoir, s’il est vrai que le rire, sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s’il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors, oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout. De la guerre, de la misère et de la mort. [...]

         

        -  Deuxième question : peut-on rire avec tout le monde ?

        -  C’est dur… Personnellement, il m’arrive de renâcler à l’idée d’inciter mes zygomatiques à la tétanisation crispée. C’est quelquefois au-dessus de mes forces, dans certains environnements humains : la compagnie d’un stalinien pratiquant me met rarement en joie. Près d’un terroriste hystérique, je pouffe à peine et, la présence, à mes côtés, d’un militant d’extrême droite assombrit couramment la jovialité monacale de cette mine réjouie dont je déplore en passant, mesdames et messieurs les jurés, de vous imposer quotidiennement la présence inopportune au-dessus de la robe austère de la justice sous laquelle je ne vous raconte pas. « 

        Pierre Desproges


      • rocla+ rocla+ 7 octobre 2014 12:24

        à la place de l’ acheteur j’ aurais quand-même braillé un peu …. smiley


        • C'est Nabum C’est Nabum 7 octobre 2014 12:40

          rocla+


          Vous allez vous faire taper sur les doigts !

        • lsga lsga 7 octobre 2014 12:40

          se débarrasser de livres ? n’importe quoi... 

          il n’y a rien de plus beau qu’une belle bibliothèque bien remplie. 

          • C'est Nabum C’est Nabum 7 octobre 2014 12:41

            lsga


            C’était une question de principe pour cette dame, la fin d’une histoire peut-être, le fil rouge qui se dénoue.

          • lsga lsga 7 octobre 2014 12:43

            j’ai un mépris sans fin pour ceux qui se « débarrassent » des livres.


          • lsga lsga 7 octobre 2014 12:43

            celui qui a acheté la collection complète a certainement fait une très bonne affaire. 


            Pour Lénine : un très grand penseur Révolutionnaire, qui plaça le Politique avant l’Économique (voir le « Que Faire ? »), avant de faire tout le contraire une fois au pouvoir. Le déclin du communisme en URSS commence avec Lénine, pas avec Staline.



            • C'est Nabum C’est Nabum 7 octobre 2014 12:44

               lsga


              Une bonne affaire certes mais il n’y a pas eu de miracle il n’a pas recouvré la vue

            • juluch juluch 7 octobre 2014 12:49

              Pas mal cette histoire !!!!!  smiley


              Merci pour le partage.

              • C'est Nabum C’est Nabum 7 octobre 2014 12:53

                juluch


                J’espère que vous n’avez pas vu rouge à la lecture de cette farce ?

              • juluch juluch 7 octobre 2014 14:38

                Ha ! Ha ! Ha !


                Non....tout de meme pas........un régal.

              • C'est Nabum C’est Nabum 7 octobre 2014 17:21

                juluch


                merci ! 

              • Dwaabala Dwaabala 7 octobre 2014 16:07

                Je connais les œuvres complètes de Lénine, mais pas dans la collection Rouge & Or : l’édition est à couvertures cartonnées brunes, marquées à l’effigie de Lénine et jaquette papier verte, sous rhodoïd.
                Le jugement porté sur le fond par cet article est encore plus fantaisiste (et malveillant) que la description de la forme. C’est l’adresse d’un ignorant à des ignorants.
                Bon nombre de ces ouvrages sont aujourd’hui sur internet, en particulier à  : marxists.org/francais/lenin/works.

                 


                • C'est Nabum C’est Nabum 7 octobre 2014 17:24

                  Dwaabala


                  j’avais dit celà en guise de plaisanterie

                  • Dwaabala Dwaabala 7 octobre 2014 18:58

                    @ sampiero

                    À :
                    Ce communisme qu’ils appelaient de leur vœux n’avait jamais été appliqué nulle part. 

                    j’opposerais :
                    Le communisme a été le mode d’organisation social et économique dominant tout le long de la Préhistoire, avant le Néolithique et l’accumulation qui accompagne son organisation.
                    Il se constate encore, ou se constatait récemment, dans le mode de vie des populations qui n’avaient pas atteint ce stade. Et même, les marxistes en notaient des traces à une époque historique avancée dans l’organisation villageoise du Moyen-âge, ou dans la commune, le mir russe.
                    Aussi justifiées ou compréhensibles soient-elles l’une et l’autre, la vague aspiration au communisme (qui remonte à l’antiquité) que vous évoquez chez des militants incultes n’a guère plus à voir avec sa réalité théorique (qui en fait une question qui reste ouverte) que l’aspiration de chacun à la santé n’a à voir avec la médecine.

                    • Dwaabala Dwaabala 7 octobre 2014 19:34

                      Merci, sampiero. Puisse cet échange ôter de la tête de certains qui, de bonne foi, ne savent pas de quoi ils parlent, ôter une partie de leurs préjugés !

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