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Reproduction

L'alcool ne fait pas voir que double !
 

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Je me souviens …

 

Les images mentales surgissent parfois sans raison, inopinées et incongrues ; elles viennent alors troubler un quotidien qui n'a que faire de leur évocation subite. Allez donc savoir pourquoi ce matin-là m'est venu en tête le souvenir de cet ancêtre du photocopieur qui était de mise lors d'une bonne moitié de ma carrière. Oui, c'est notre bonne vieille machine à alcool qui venait imprimer ainsi ses réminiscences dans mon esprit en vacances.

Il me faut donner quelques éclaircissements aux moins de quarante ans, ceux qui ignorent tout des procédés archaïques de duplication que nous utilisions à l'époque des dinosaures. La machine à alcool était alors un rouleau muni d'un système de pincement afin d'y fixer une feuille de format A4. Une manivelle permettait d'assurer une rotation de l'ensemble tandis qu'un réservoir, muni d'un tampon, accueillait un liquide alcoolisé.

Le papier que nous devions placer, la face négative sur le dessus, avait été préalablement imprimé de la manière la plus archaïque qui soit. En plaçant un stencil, un papier carbone spécial, tourné à l'envers de ses homologues ordinaires, toute écriture était alors gravée à l'envers au dos de la feuille. Il y avait une couleur par stencil ; ainsi, il était possible, en changeant de matrice, d'obtenir des teintes différentes. Une opération fastidieuse qui ne supposait aucune erreur et avait la fâcheuse tendance de salir les mains.

Pour beaucoup d'entre nous, l'écriture manuscrite était préférée à la dactylographie d'autant que la moindre faute de frappe supposait de reprendre l'opération au point de départ. Ainsi, les cartables des enseignants d'alors contenaient quelques feuilles de carbone qui ne manquaient pas de laisser des traces douteuses autour d'elles. L'enseignant avait les mains d'un travailleur et le sac d'une personne négligée …

Et pourtant il n'était pas au bout de ses peines. Au petit matin blême, le brave maître devait affronter l'épreuve de la machine. La nuit avait asséché le tampon encreur, le réservoir était vide. Il fallait faire couler l'alcool dans le réservoir mais si le liquide était dans un bidon de cinq litres, l'orifice du réservoir n'était pas en rapport. La quête de l'entonnoir était la première épreuve qu'il fallait franchir victorieusement.


 

La fixation du document à dupliquer n'était pas une mince affaire. Parfois, le système de fixation se bloquait ; souvent, le pincement de la feuille n'était pas optimal et, au premier tour de manivelle, l'original se froissait ou se mettait de biais. Parfois, les ennuis s'enchaînaient, la feuille en biais allait baver sur l'alcool dont la répartition sur le tampon n'avait pas été régulière. Vous perdiez dans l'instant le fruit de vos efforts sans qu'il fût possible de rattraper la bévue. La bavure était fatale et les élèves se demandaient ensuite pourquoi ils devaient tant copier ce matin-là.

Les désagréments étaient multiples. Le système d'entraînement des feuilles vierges se bloquait. Vous deviez alors les passer une à une si vous aviez le bonheur de trouver une ramette à proximité de la machine. Un collègue, plus maladroit ou malchanceux que vous, était arrivé avant , il venait de démonter entièrement la redoutable machine, réfractaire et si rebelle. Ayant mis de l'alcool partout, il laissait derrière lui un champ de bataille. Vous rentriez dans votre classe sans le document nécessaire dans l'heure qui allait débuter …

Les anicroches étaient si fréquentes que des professionnels, au désespoir, pour se consoler d'avoir tant travaillé pour rien en auraient été réduits à boire l'alcool si celui-ci n'avait pas été dénaturé. Même cet ultime réconfort leur était impossible. La reprographie était alors une épreuve redoutable que la photocopieuse a pensé effacer définitivement.

Fort heureusement, celle-ci trouva en elle-même des ressources insoupçonnées pour empêcher l'enseignant de mener une vie exempte de risque. Il y a ce maudit code, indispensable et que le nouveau venu n'a pas encore, il y a l'original qui se bloque dans le panier d'entraînement ; la feuille mystérieusement disparue au cœur de la machine. Une fois encore, il faut ouvrir et bidouiller comme au bon vieux temps.

Voilà le fil de mes pensées absurdes de ce matin. Il me faut me rendre à l'évidence, je n'aurai plus jamais à me soucier de la reproduction de mes préparations. J'en ai terminé de ces petites agaceries du matin. Quels seront mes nouveaux soucis ? Vous le saurez en lisant la suite de mes aventures … La toile permet de les dupliquer à l'infini, sans jamais se soucier de la multiplication des feuilles. Quel bonheur !

Bricoleusement vôtre.

 


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10 réactions à cet article    


  • juluch juluch 20 août 2015 12:41

    J’en parlai il y a quelques jours à mes gosses de cette machine à imprimer......coïncidence ou transmission de pensée ??


    Je l’ai connus au primaire dans les 70’s.....tout un poème odorant !  smiley

    Merci Nabum !

    • C'est Nabum C’est Nabum 20 août 2015 15:55

      @juluch

      Je fais collection de nostalgie

      Merci à vous


    • rocla+ rocla+ 20 août 2015 16:21

      Il est loin le temps du stencil  ,  ce  drôle de mot  qui fac-simile  ...


      • C'est Nabum C’est Nabum 20 août 2015 17:12

        @rocla+

        Bravo pour la formule
        Elle mérite d’être reproduite


      • wawa wawa 20 août 2015 18:46

        je me souviens, en primaire, la maitresse polycopiait le matin avant la classe et distribuait ses polycopiés sentant l’alcool, et s’énervait lorsque nous respirions cette bonne odeur.


        aurait-elle formé des générations d’alcooliques ?

        au collège, la photocopieuse était installée ( je ne suis pas si vieux)


        • C'est Nabum C’est Nabum 21 août 2015 06:58

          @wawa

          Le risque était grand sans doute à voir mon état ...

          Il est vrai que cette odeur en a bercé plus d’un et que la photocopie manque de charme


        • sarcastelle sarcastelle 20 août 2015 21:32

          Si j’ai reçu au lycée des tonnes de polycopiés violets baveux, sur des feuilles où les lignes allaient du bien gras débordant au presque illisible... je n’avais jamais eu la curiosité d’aller voir la machine ! Merci ! smiley


          • C'est Nabum C’est Nabum 21 août 2015 07:00

            @sarcastelle

            La technique était aléatoire tout autant que le résultat

            Il faut pardonner vos professeurs


          • Hector Hector 21 août 2015 09:18

            Bonjour,
            Pour reprendre l’idée de votre précédent article sur le « Franglais », là aussi on parlait plus couramment de « stencils » que de feuilles paraffinées.
            Je me souviens surtout des partoches de la chorale qui avaient bien du mal à faire l’année.
            Merci pour cette touchante évocation de nos jeunes années.


            • Mmarvinbear Mmarvinbear 21 août 2015 15:15

              C’est pas une nouveauté.


              L’ alcool est souvent la source de la reproduction !

              (^^)

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