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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Résurgence de pattes arrière chez un dauphin capturé au Japon

Résurgence de pattes arrière chez un dauphin capturé au Japon

Aucun cétacé actuel ne possède, en théorie, de pattes arrière. La nageoire caudale est formée, comme chez les ichtyosaures, par la colonne vertébrale. Mais à l’inverse de ces derniers, la nageoire est horizontale.

Ce distinguo tire son origine des animaux terrestres dont sont issus les uns et les autres : les ichtyosaures descendent de reptiles se déplaçant par ondulations latérales (ce qui est le cas d’une immense majorité de poissons actuels). A l’inverse, les mammifères, qui se tiennent campés sur leurs pattes, progressent souvent par bonds, leur permettant de surmonter les obstacles plutôt que de les contourner ou de se glisser entre eux. En conséquence, leur colonne vertébrale a depuis très longtemps changé sa musculature en vue de mouvements verticaux, bien différents de ceux d’une majorité de poissons et reptiles. D’où le plan horizontal de la nageoire caudale des cétacés.

Les nageoires paires arrière, qui servent de stabilisateurs chez les poissons, requins et ichtyosaures fossiles, ont disparu chez les cétacés actuels. A l’inverse, les nageoires antérieures (correspondant à nos bras et incluant les mêmes os) sont toujours bien présentes. La perte des membres postérieurs remonte aux premiers âges des cétacés, il y a quelque 52 millions d’années. A cette époque, les cétacés ancestraux, appelés archéocètes, possédaient encore ces quatre membres. Les plus primitifs d’entre eux, à l’image d’Ambulocetus (= "baleine marcheuse") étaient capables de se déplacer sur la terre ferme à l’aide de pattes normalement constituées, à l’instar des loutres actuelles. Chez le plus grand des archéocètes connus, Basilosaurus (= lézard impérial, du fait qu’il fut initialement pris pour un reptile), au corps très allongé approchant les 18 mètres, des moignons non fonctionnels de ces pattes arrière sont encore présents.

La nature ayant horreur des organes inutiles, qui sont un handicap, même minime, pour celui qui les porte, les cétacés modernes (mysticètes et odontocètes, soit cétacés à fanons et cétacés à dents) ont totalement perdu leurs pattes arrière, dont il ne subsiste plus qu’une maigre trace de la ceinture pelvienne. La découverte d’un dauphin présentant des pattes arrière, apparemment normales au vu des premières images, en mer du Japon, prouve que le patrimoine génétique nécessaire à la constitution d’un organe reste présent bien longtemps après sa disparition. Les gènes en eux-mêmes ne présentant pas une charge compte tenu de la sélection naturelle (ou alors négligeable), ils peuvent subsister des millions d’années bien à l’abri dans les chromosomes. Mais leur expression est contrariée par divers facteurs tels que des gènes antagonistes, en général dès les stades embryonnaires.

Le dauphin sur lequel cette observation a été faite est l’espèce la plus commune des delphinariums, le souffleur ou tursiops (celui-là même qui est régulièrement utilisé par l’industrie du cinéma, et notamment dans le feuilleton "Flipper"). Ce souffleur, qui appartient à une espèce différente du dauphin commun de Méditerranée, fut capturé au large de la côte Ouest du Japon, le 28 octobre. Ceci dit, tout un chacun ou presque peut observer dans son environnement urbain des résurgences relativement comparables à celle de ce dauphin. Il suffit pour ce faire d’observer les pattes arrière de certaines grandes races de chiens (en particulier chiens de berger, tels que beauceron). Ces pattes sont souvent munies de pouces ne touchant pas le sol, tout comme les pouces des pattes avant. Or, le pouce est absent des pattes arrière des canidés sauvages. Il s’agit donc d’une résurgence du même type. Pis encore, cette résurgence se traduit souvent par la présence non pas d’un, mais de deux pouces (appelés "ergots" par les cynophiles) par patte ce qui, dans ce cas, relève carrément de la tératologie (c’est ainsi qu’on désigne la science des monstruosités telles que serpents à deux têtes, siamois, etc.).

L’évolution des cétacés, relativement bien documentée dans les archives fossiles, permet de suivre leur extraordinaire métamorphose depuis Pakicetus, un petit animal à sabots devant tenir à la fois du kanchil et du chien, jusqu’aux géants actuels, parmi lesquels le plus grand animal ayant jamais existé, le rorqual bleu, ou baleine bleue (eh, non ! ce n’est pas un dinosaure qui a ce privilège). Les plus proches parents actuels des cétacés sont les hippopotames, porcins et ruminants, bien éloignés d’eux sur le plan de la construction générale anatomique, mais avec lesquels ils partagent entre autres un estomac compartimenté.

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Résurgence de pattes arrière chez un dauphin capturé au Japon

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63 réactions à cet article    


  • ZEN zen 8 novembre 2006 10:29

    Merci à l’auteur pour cet article passionnant.Pourriez-vous être plus explicite sur ce que vous dites dans le passage suivant ? :

    « Les gènes en eux-mêmes ne présentant pas une charge au vu de la sélection naturelle (ou alors négligeable), ils peuvent subsister des millions d’années bien à l’abri dans les chromosomes. Mais leur expression est contrariée par divers facteurs tels que gènes antagonistes, en général dès les stades embryonnaires. »

    Je sais que c’est un des domaines les plus difficiles et les plus controversé, mais comment mieux poser le problème du rapport entre contraintes du milieu et potentialités génétiques, en termes néodarwiniens (je pense aux travaux du regretté jG Gould).

    Merci


    • Thucydide (---.---.101.8) 8 novembre 2006 11:08

      Merci pour votre appréciation, mais je préfère prévenir tout de suite que je ne suis pas très pointu en génétique, d’autant que c’est un domaine qui évolue énormément en ce moment. Je vais m’efforcer de résumer en termes simples la façon dont je vois les choses, quitte à être complété par un intervenant dont c’est la spécialité.

      Du fait de leurs constantes recombinaisons, les chromosomes renferment un nombre très élevé de gènes, certains étant favorisés par la sélection naturelle, d’autres éliminés, d’autres encore, neutres ou non exprimés, subsistent au sein du patrimoine génétique sans qu’une contrainte naturelle s’exerce pour leur élimination. En effet, ce surplus d’information redondante « pèse » de façon quasi nulle dans le coût de survie d’un individu, donc, il n’a guère de raisons d’être éliminé. Il suffit de réaliser que, chez les végétaux notamment, il existe beaucoup d’espèces polyploïdes au sein d’un même genre (polyploïde = ayant multiplié le stock de chromosomes par dédoublement), et que ces espèces polyploïdes sont aussi vigoureuses voire plus que leurs parentes diploïdes, pour un nombre de caractères à peu près équivalent. Pour faire un parallèle avec l’informatique, les gènes non exprimés sont assimilables aux instructions « mises en commentaires » par le programmeur. Ces instructions « en commentaires » ne gênent pas l’exécution du programme, d’autant qu’ils ne se retrouvent pas dans le code exécutable en lui-même et ne ralentissent en aucune façon son exécution, de la même façon qu’une part du génotype ne se retrouve pas dans le phénotype. Lors d’une mise à jour, d’une maintenance ou d’une amélioration du programme, le développeur peut décider de retirer définitivement les lignes de commentaires ou, au contraire, de réactiver celles qui, en fin de compte, avaient une utilité.

      En bref, cette masse d’informations neutres peut dormir longtemps dans le patrimoine génétique. En cas de changement rapide du milieu, les anomalies (telle que celle de ce dauphin à 4 pattes), dont l’émergence ou la résurgence sont d’habitude négligeables, peuvent se trouver subitement favorisées. En conséquence, l’évolution n’est pas seulement « l’invention » de nouveaux organes, elle peut être aussi la résurgence d’anciens organes perdus, et ce, en dépit d’une loi autrefois considérée comme intangible selon laquelle la perte d’un organe est définitive (cette loi n’étant tout de même que rarement violée, elle reste valable en tant qu’approximation).

      La pierre d’achoppement est donc la survenue d’une destabilisation du milieu ayant accru la « pression de sélection » sur les individus. Dans ce cas, l’organisation externe d’un organisme évolue extrêmement vite (à tel point qu’elle paraît quasi instantanée dans les archives fossiles), alors même que le patrimoine génétique global n’a que peu varié. Seul un petit nombre de gènes nouveaux et importants ont alors « fait la différence ».


    • ZEN zen 8 novembre 2006 12:14

      Merci , Thucydide, je crois que j’ai un peu mieux compris...

      Pour mettre en valeur vos réponses, utilisez donc la belle couleur vert pastel offerte gratuitement par Carlo. Il suffit de vous réactiver votre identifiant.


    • Demian West (---.---.161.29) 8 novembre 2006 10:36

      Thucydide,

      Tout sera donc possible, quand les poules auront des dents et quand les dauphins marcheront bien-chaussés.

      Un article du savoir solide et ferme, ce qui est le rare.

      DW


      • ZEN zen 8 novembre 2006 10:47

        Voilà du meilleur Demian, pertinent et plein d’humour...il nous revient transformé !


      • Thucydide (---.---.101.8) 8 novembre 2006 11:16

        Effectivement, on est ravi de retrouver ce Demian-ci, d’autant que son humour est ici presque prémonitoire : je crois qu’on s’est déjà amusé à faire ressurgir les gènes des dents chez les poules. Je ne me rappelle plus très bien jusqu’où est allée l’expérience, mais il faut savoir que les embryons des oiseaux ont une amorce de dents sur les mâchoires. Ces dents sont ensuite « étouffées » par la constitution du bec corné dont ils sont munis depuis le Crétacé.


      • Gilbert Spagnolo dit P@py Gilbert Spagnolo dit P@py 8 novembre 2006 12:49

        Comme dit l’autre chacun d’entre nous a droit à son petit coup d’ http://www.reckittbenckiser.de/images/portfolio/products/packshot_de_calgon .jpg

        @+ P@py


      • parkway (---.---.18.161) 8 novembre 2006 16:52

        dès qu’on parle de gêne, voilà DW qui rapplique,mais cette fois ci avec plaisir...


      • Demian West (---.---.161.29) 8 novembre 2006 17:00

        Parkway,

        Demian est interdit d’accès à la zone rédacteur.

        Il ne s’exprime donc pas librement, et il est soumis à des règles spécifiques qui empêchent sa liberté d’expression.

        Si vous y voyez une raison de vous réjouir, il faudrait vous questionner à propos de ce que vous considérez comme l’essentiel...

        Demian West


      • EricB (---.---.180.101) 18 novembre 2006 15:05

        « Il ne s’exprime donc pas librement, et il est soumis à des règles spécifiques qui empêchent sa liberté d’expression. »

        Preuve que la censure a parfois du bon... he he he...


      • Sam (---.---.197.45) 8 novembre 2006 11:03

        Les plus proches parents actuels des cétacés sont les hippopotames, porcins et ruminants, bien éloignés d’eux sur le plan de la construction générale anatomique mais avec lesquels ils partagent entre autres un estomac compartimenté.

        J’ai eu le même plaisir enfantin en lisant cet article que quand je découvrais le dictionnaire et le Reader’s digest, môme.

        Et, donc, si je comprends bien, quand on mange du boeuf, on fait aussi un repas poisson. C’est bien la cuisine, y a des nouvelles recettes tous les jours ! smiley


        • Thucydide (---.---.101.8) 8 novembre 2006 11:12

          « J’ai eu le même plaisir enfantin en lisant cet article que quand je découvrais le dictionnaire et le Reader’s digest, môme. »

          C’est le meilleur compliment qu’on puisse me faire : je n’ai justement jamais oublié le plaisir avec lequel j’ai découvert ces merveilles depuis l’âge de dix ans, et mon plus grand bonheur est de les partager. - :)


        • panama (---.---.198.59) 8 novembre 2006 11:57

          A ce sujet, que pensez-vous de la reconstitution d’Ambulocetus et de Basilosaurus par la BBC ?

          - Pour la petite histoire, Basilosaurus fut à l’origine du mythe du serpent de mer. Je me demande d’ailleurs bien pourquoi la communauté scinetifique n’a jamais renommé plus sérieusement cet animal !


          • Thucydide (---.---.101.8) 8 novembre 2006 12:34

            J’ai trouvé le Basilosaurus très bien fait (excepté que je n’adhère pas à la théorie selon laquelle les moignons de pattes arrière servaient à l’accouplement). Par contre, l’Ambulocetus me paraissait assez mal ficelé, comme beaucoup de quadrupèdes dans leurs reconstitutions.

            En ce qui concerne le mythe du serpent de mer, ce n’est pas le Basilosaurus qui en est à l’origine, mais à l’inverse, ce sont certains cryptozoologues qui ont suggéré que ce mythe pouvait être dû à la survivance d’un Basilosaurus (de même que d’autres avaient suggéré que le monstre du Loch Ness pouvait être un plésiosaure). La probabilité est très faible, compte tenu de la taille de cet animal qui, contrairement aux calmars géants qui se cachent dans les abysses, devait remonter en surface pour respirer. Il est sûr que si, par hasard, il a existé aux temps historiques, il n’existe plus aujourd’hui. Mais il a pu disparaître récemment sans qu’on n’en retrouve la moindre trace. Je n’y crois pas, cet animal était trop en concurrence avec les cétacés actuels plus évolués pour avoir survécu, mais dans le fond, ce n’est pas impossible.

            Quant à son nom, il faut savoir qu’il fut également nommé Zeuglodon, mais il existe une règle en nomenclature zoologique et botanique, qui est celle de l’antériorité. Zeuglodon étant postérieur à Basilosaurus, c’est ce dernier qui est valide. Sans cette règle, les êtres vivants seraient renommés constamment au gré de l’humeur des chercheurs. D’ailleurs, cette règle n’est pas appliquée pour les taxons de rang supérieur (famille, ordre, classe, etc.), ce qui nous vaut en ce moment des bouleversements à mon sens nuisibles en termes de compréhension générale dans la classification du vivant


          • rantanplan (---.---.237.40) 8 novembre 2006 17:13

            Bienvenue à tous ces nouveaux sur Avox !


          • Gilbert Spagnolo dit P@py Gilbert Spagnolo dit P@py 8 novembre 2006 12:20

            Salut thucydide,

            « Les gènes en eux-mêmes ne présentant pas une charge compte tenu de la sélection naturelle (ou alors négligeable), ils peuvent subsister des millions d’années bien à l’abri dans les chromosomes. Mais leur expression est contrariée par divers facteurs tels que des gènes antagonistes, en général dès les stades embryonnaires. »

            Toute les « merdes » (molécules de pesticides,et de médicaments humains et vétérinaires, t’in j’ai lu un article qui disait que les poissons de la Tamise devenaient hermaphrodites ou transsexuels,....à cause du rejet des résidus des pilules contraceptives ) de qui sont rejetés dans les mers et océans, ben.... y sont pt’être pour quelques choses !

            @+ P@py


            • Thucydide (---.---.101.8) 8 novembre 2006 12:53

              Non, aucun rapport. Quand je dis : « leur expression est contrariée... », il s’agit d’une « contrariété » établie lentement par l’évolution et qui produit un organisme en adéquation avec son milieu. La pollution humaine est un événement ponctuel, assimilable aux bouleversements naturels du milieu, et dans l’absolu, elle accélère l’évolution en augmentant l’effet de la sélection naturelle. Le problème de l’influence humaine, c’est qu’elle est trop généralisée et dure trop longtemps pour laisser se mettre en place de nouveaux organismes adaptés. C’est comme faire de la cuisine en ajoutant de nouveaux ingrédients et en forçant le feu. Si vous forcez trop longtemps, vous cramez tout.


            • Thucydide (---.---.140.226) 9 novembre 2006 08:03

              Je m’aperçois que votre intervention avait peut-être un sens autre que celui que j’ai perçu au départ. Si vous vouliez dire que l’anomalie de ce dauphin pouvait être liée d’une certaine manière à la pollution, alors, oui, c’est possible. Le développement embryonnaire peut être affecté par un milieu dégradé. Dans le cas de ce dauphin, peut-être un stade précis au cours duquel les ébauches de pattes arrière sont supplantées par un autre tissu ne s’est pas produit. Mais dans ce cas, le génome est en principe inchangé, sauf, bien sûr, dans le cas d’une pollution atomique. Nous en saurons plus si le génome de cet animal est étudié ; pour en être certain, il faudrait même effectuer un clonage, mais ça, c’est une autre paire de manches avec un dauphin.


            • miaou miaou 8 novembre 2006 13:09

              En matière de paléontologie, on évoque souvent les dinosaures et on néglige un peu nos propres origines mammaliennes. Est-ce qu’à l’heure, on possède une vue générale de la généalogie de l’ensemble des mammifères ? Par exemple, quels étaiens nos ancêtres avant les singes et après les poissons ?


              • Thucydide (---.---.101.8) 8 novembre 2006 17:05

                Vaste question, que vous me posez là, et qui risque de nous emmener très loin. Pour faire bref (si possible), je dirais que oui, la généalogie des mammifères est tout de même bien connue, même si elle ne l’est pas du grand public. Ce dernier est attiré par les animaux spectaculaires -ce que je considère compréhensible et nullement méprisable-, comme l’étaient les dinosaures du Jurassique et du Crétacé. A tel point que beaucoup de mammifères géants passés sont eux-mêmes souvent perçus comme étant des dinosaures, alors qu’il n’ont aucun rapport avec eux.

                L’important, en ce qui concerne la généalogie des mammifères, c’est de savoir que leur lignée est bien plus ancienne que celle des dinosaures. Je m’empresse de préciser que cette assertion comporte une grosse part de subjectivité, car il n’y a pas de limite rigoureuse qu’on puisse donner à une lignée (toutes les branches d’un arbre peuvent être remontées jusqu’aux mêmes racines). Mais les premiers animaux qui eurent, disons, un aspect semblable à celui d’une sorte de blaireau un peu bizarre, remontent au Permien, pendant l’ère primaire, bien avant celle des dinosaures. A l’inverse, le plan d’organisation de type dinosaure, des animaux essentiellement bipèdes redevenant quadrupèdes avec le gigantisme -et qui est conservé par les oiseaux actuels- est plus vieux de quelques dizaines de millions d’années.

                Les deux plans d’organisation ont continué à évoluer après l’extinction des dinosaures à la fin du Crétacé, et cette évolution est passionnante. Le plan « dinosaure », poursuivi par les oiseaux, s’est trouvé figé dans un carcan, celui du vol (alors même que, sur bien des plans, les oiseaux sont plus « aboutis » que les mammifères). Par contre, l’évolution des mammifères du tertiaire, ou Cénozoïque, a été riche de formes les plus étranges, à commencer par les quadrumanes, dont certains sont devenus bipèdes (devinez qui ?).

                Et justement, avant le singe, notre plan d’organisation était celui des lémuriens (qui sont comme des singes à bien des points de vue), et avant eux, celui des toupayes, qui sont des sortes de musaraignes à gros yeux et longue queue, vivant comme des écureuils et ayant, comme eux, une vision diurne colorée et précise. Les cousins les plus proches de cet ensemble -singes, lémuriens, toupayes- sont les chauves-souris (!) et leurs petits frères colugos. Tout ces groupes étaient réunis par Linné (le premier classificateur « moderne », au 18ème siècle) dans l’ordre des primates (« = les premiers »). De nos jours, on n’inclut plus dans les primates que les singes et les lémuriens, et on nomme parfois l’ancien ensemble « archontes ».


              • freddy (---.---.73.241) 8 novembre 2006 21:51

                Je ne comprend plus ,si l’origine du mammifére est si ancienne ,d’ou viennent les os creux ainsi que la thermorégulation ?


              • Thucydide (---.---.140.184) 8 novembre 2006 23:16

                Les os sont creux chez les oiseaux, pas chez les mammifères. Chez les uns et les autres, par contre, ainsi que chez les dinosaures, ils présentent une structure caractéristiques des animaux à sang chaud et trahissant une croissance rapide. Mais il se trouve que la thermorégulation a été acquise indépendamment d’abord par les mammifères puis par les dinosaures -les oiseaux ont hérité de ces derniers.

                Les premières tentatives d’apprivoiser la thermorégulation furent le fait des premiers « reptiles mammaliens », appelés pélycosauriens (lézards à voile). Ces gros lézards de la lignée propre aux mammifères possédaient une membrane de peau tendue entre les apophyses vertébrales très allongées, formant une sorte de voile sur le dos. En régulant la circulation sanguine, l’animal pouvait accélérer le processus de « lézardage » au soleil ou au contraire dissiper sa température, à la manière des éléphants d’Afrique avec leurs oreilles. Par la suite, chez d’autres animaux, qui ne sont pas officiellement des mammifères, mais qui en avaient déjà l’aspect, le corps se couvre de poils dérivés des écailles et permettant de retenir la chaleur corporelle. Ces « reptiles mammaliens », appelés thérapsides, avaient quasiment un look de mammifères et remontent au Permien.

                La limite entre reptiles et mammifères a été établie de façon arbitraire à partir de la structure de l’oreille moyenne (les poils ne se fossilisant pas). Selon cette limite, les premiers mammifères « officiels » sont à peu près de l’âge des premiers dinosaures, mais comme je l’écrivais plus haut, les premiers animaux à avoir déjà un aspect de mammifères par leur locomotion et leur peau velue étaient nettement antérieurs. Quant aux glandes mammaires, qui « font le mammifère », nous ne saurons jamais quand elles sont apparues. Tout ce qu’on sait, c’est que les plus primitifs mammifères actuels (ornithorhynque et échidnés) n’ont pas de vraies mammelles, mais des glandes qui exsudent le lait à travers les poils.

                L’isolant thermique des dinosaures ne fut pas des poils, mais des plumes. Celles-ci sont donc apparues très vraisemblablement avant le vol (également dérivées des écailles), et leur présence -fortuite- a favorisé l’émergence du vol des oiseaux.

                Un troisième groupe, cousin des dinosaures, possédait sans doute également le sang chaud : les ptérosaures ou reptiles volants. On est à peu près sûr qu’eux étaient recouverts de poils, comme les mammifères auxquels ils n’étaient pourtant pas apparentés.


              • freddy (---.---.73.241) 9 novembre 2006 02:39

                ou situez vous le siége de l’hematopoïése ?


              • Thucydide (---.---.101.8) 9 novembre 2006 10:49

                Heu... Je ne vois pas la finalité de votre question. J’imagine que vous savez qu’elle se situe essentiellement dans la moëlle osseuse et certaines glandes (foie, appendice, ganglions...). Peut-être voulez-vous savoir s’il en subsiste des traces dans les os fossiles ? A vrai dire, je n’en sais rien.


              • Guillaume Ribeaucourt Guillaume Ribeaucourt 8 novembre 2006 13:52

                incroyable !!!  smiley


                • AD (---.---.74.171) 8 novembre 2006 14:30

                  Tout cela me dépasse et à la fois me fascine. Pourquoi ce dauphin-ci a-t-il des pattes arrières et pas un autre ? D’après ce que j’ai cru comprendre, il y a résurgence quand le milieu de l’animal évolue et que cet animal doit s’y adapter. Alors, pourquoi cette résurgence de pattes arrières a-t-elle affecté ce dauphin et seulement celui-ci ? Anomalie génétique ?

                  Par ailleurs, j’avais lu une fois qu’il existait des gènes dominants (par exemple, le gene qui colore les yeux en marron a toujours l’avantage sur celui qui les colore en bleu). J’avais lu que le gène qui fait qu’un homme nait avec six doigts à la place de cinq est dominant, ce qui veut dire qu’arrivera un jour où l’homme sera pourvu de six doigts sur chaque main, cette étape faisant partie de l’évolution de notre espèce tout comme l’évolution de notre taille ou de la forme de notre visage (qui était beaucoup plus « avancé » avant). Quelqu’un en sait plus ? D’autres exemple de gènes dominants ? Si le gene marron pour les yeux domine le bleu, est-ce que cela veut dire qu’il y a de moins en moins de yeux bleus chez les hommes ? Merci smiley


                  • Kelsaltan Kelsaltan 8 novembre 2006 15:48

                    Je crois que c’est un peu plus compliqué, parce que c’est une paire de gêne qui détermine la couleur des yeux d’une personne.

                    - 2 gènes bleus : oeil bleu
                    - 2 gènes marrons : oeil marron
                    - 1 gène bleu et 1 gène marron : oeil marron

                    L’enfant, lui, recevra 1 gène de chacun de ses parents, ce qui fait que 2 parents avec les yeux marrons peuvent avoir un enfant aux yeux bleus, si chacun des deux lui donne un gène bleu, récessif donc non visible chez eux.

                    Après, c’est une pure question de calculs statistiques.

                    Enfin, tout ça c’est de mémoire, si quelqu’un veut corriger...


                  • Flupke (---.---.15.130) 8 novembre 2006 17:01

                    Yeux bleux, peau claire, comme cheveux blonds, bref tout ce qui est clair résulte de la perte de fonction d’une enzyme liée à la mélanine. Si l’un des parents transmet via ses chromosomes une enzyme fonctionelle, l’enfant aura automatiquement le phénotype (l’aspect) foncé pour la partie en question. Un enfant dont les deux parents ont les yeux clairs aura forcément les yeux clairs. par contre l’inverse n’est pas forcément vrai : si les deux parents ont un gène/chromosome yeux clair « caché » car ayant les yeux marrons (du au fait que l’autre chromosome code pour l’enzyme fonctionelle) l’enfant pourra avoir les yeux clairs. Pour les cheveux c’est un peu plus compliqué car plusieurs enzymes sont impliquées. D’aillurs mes explications sont un peu simplistes. Certains affirmenent que les blonds aux yeux bleus disparaitront... probablement pas complètement


                  • Thucydide (---.---.101.8) 8 novembre 2006 17:24

                    Pour répondre à AD, la réapparition de ces pattes arrière n’est pas provoquée par le milieu. C’est une anomalie fortuite au même titre que n’importe quelle mutation. Ensuite, le milieu sélectionne ou élimine la mutation selon qu’elle constitue un avantage ou un inconvénient. Et ça, aucune loi préétablie ne le détermine. Ce qui est un avantage dans un environnement donné à une époque donnée peut devenir un handicap dans d’autres circonstances.


                  • Hume (---.---.205.1) 8 novembre 2006 18:26

                    Mais la ce ne serait pas une mutation au sens de « nouveaute » mais plutot une resurgence. Vraiment interessant et article tres clair. Merci !


                  • (---.---.4.93) 8 novembre 2006 15:50

                    J’ai vu un épidose des Simpsons ou les dauphins sortent de l’eau, attaquent les humains et prennent le contrôle de la planète dans la dictature dauphine ! D’ici leur disparition (probablement bien avant 2048) méfions nous d’eux, nous ne pourrons pas dire que nous n’avions pas été prévenus !


                    • docdory docdory 8 novembre 2006 17:23

                      On pourrait évoquer également un phénomène de mutation inverse . La disparition des pattes arrières des cétacés ayant probablement été le résultat d’une ou plusieurs mutations successives ( peut-être au niveau de gènes homéobox ? ) , il existe une très faible probabilité que la ( ou les ) mutation inverse se produise , d’ou la réapparition de membres postérieurs rudimentaires . Il serait intéressant de comparer le génome de ce dauphin à celui de ses congénères , j’espère que ça va être fait ...


                      • Thucydide (---.---.140.226) 9 novembre 2006 07:33

                        D’après la dépêche, l’étude du génome de cet individu déviant est prévue. Nous en saurons peut-être plus bientôt.


                      • vigie (---.---.189.66) 8 novembre 2006 17:24

                        Très intéressant ces mutations, mais n’oubliont pas la ou il y a de la gène y pas d’plaisir smiley


                        • fatalitas (---.---.45.205) 8 novembre 2006 18:27

                          peut être envie de venir faire un tour sur terre, ou alors, fuir les armadas de pêche japonaises qui vident la mer et exterminent tout ce qui nage...


                          • Hume (---.---.205.1) 8 novembre 2006 18:32

                            En parlant du mutation et peut-etre d’evolution. Il existe une theorie un peu farfelue mais neanmoins interessante basee sur le fait que nous possedons dans notre genome certaines sequences (inactives) d’anciens retrovirus (avec des structures de type gag et pol). si activation il y avait, cela entrainerait un beau bordel dans notre genome a coup de recombinaisons. Certaines personnes supposent que cela pourrait ou a deja ete un mecanisme essentiel de l’evolution.


                            • Gnole (---.---.192.187) 8 novembre 2006 21:23

                              Ce n’est pas vraiment une théorie... lorsque le génome humain fu séquençé, les chercheurs essayèrent de trouver les fonctions de l’ADN qu’ils avaient (sacré boulot) et au milieu de toutes les homologies (on cherche les séquences qui ont le plus de nucléotides communs avec celle que l’on a... le tout avec quelques astuces du fait des mutations pas forçément homogènes entre les différents nucléotides), les chercheurs se sont donc retrouvés avec 4% du génome humain (et c’est pas rien) dont les séquences les plus proches connues étaient ... des rétrovirus smiley

                              Après la question plus délicate est de trouvé l’origine et surtout de savoir si ces séquences peuvent être actives et produire des virus infectieux... ça ne semble pas être le cas, mais ça reste encore à étudier.


                            • Hume (---.---.205.1) 8 novembre 2006 21:43

                              En fait c’est a partir de la que je dis que c’est de la theorie. Il exeiste d’ailleurs un roman tres sympa et bien ecris sur le sujet et les consequences d’une activation ou reactivation de ces virus : l’echelle de Darwin de Greg Bear. Enfin un bouquin ou on utilise des elements de biologie sans raconter n’importe quoi !


                            • Thucydide (---.---.140.184) 8 novembre 2006 23:24

                              Votre remarque m’intéresse beaucoup, Gnôle. Avez-vous une référence ? Elle me donne un exemple de plus à opposer à certains partisans d’une interprétation trop hâtive des études de parenté entre animaux sur la seule base du génome. C’est un vrai problème, car le génie génétique est en plein essor et est très prometteur pour aider à reconstituer les arbres généalogiques des êtres vivants, mais on connaît encore mal les limites de ces méthodes et les précautions qu’il convient de prendre pour contourner les phénomènes perturbateurs comme celui que vous évoquez.


                            • Gnole (---.---.242.11) 9 novembre 2006 04:12

                              Quelques review assez intéressantes sur le sujet (en anglais) il doit également exister des livres bien documentés en français, mais je n’en ai pas sous le coude :

                              Sverdlov ED. (1998) Perpetually mobile footprints of ancient infections in human genome. FEBS Lett. 22(1-2):1-6

                              Griffiths DJ. (2001) Endogenous retroviruses in the human genome sequence.Genome Biol. 2001 ;2(6)

                              Bannert N, Kurth R. (2004) Retroelements and the human genome : new perspectives on an old relation. PNAS 101:14572-9.

                              Les deux derniers articles sont disponible sur le net : http://genomebiology.com/2001/2/6/REVIEWS/1017 http://www.pnas.org/cgi/content/full/101/suppl_2/14572

                              A noter que l’estimation de la proportion de séquences rétrovirales dans le génome humain varie suivant les études (et démontre que on reste ici dans l’homologie et que les séquences ont divergé depuis tellement longtemps, accumulant les mutations, qu’elles sont difficilement reconnaissables)... ici le premier article donne 1%, le second (adoptant une définition très large de ces séquences) 8% et le dernier (qui pour moi est le plus précis) 2.8%.

                              Bref la recherche dans le domaine continu.

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