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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Textes, contextes et intertextes chez Goldofaf

Textes, contextes et intertextes chez Goldofaf

Depuis quelques mois, un « artiste » exprime violemment sur Youtube et Dailymotion des idées pour le moins singulières. Commentaire.

Le phénomène Goldofaf s’est manifesté pour la première fois en 2007 sur les sites de partage de vidéos Youtube et Dailymotion. Il s’agissait d’un détournement de la chanson de rap Gravé dans la roche  ; ce premier essai - un coup de maître, à en juger par les dizaines de milliers de consultations dont la vidéo a fait l’objet - fut suivi, à notre connaissance, de deux productions plus originales, mais qui connurent moins de succès : Souvenir vendéen, qui, comme son nom l’indique, exalte la mémoire des combattants des guerres de Vendée, et Génération Faf, où l’interprète se fait l’avocat d’un style de vie reposant sur des valeurs traditionnelles, d’une existence ordonnée à la renaissance de la patrie française et de la civilisation chrétienne. C’est finalement à une révolution nationale qu’appelle Goldofaf - sans doute ne renierait-il pas cette expression, il cite plusieurs fois la devise du régime de Vichy, et fait du maréchal Pétain une figure héroïque. L’auteur-compositeur-interprète, dont on ne sait s’il a des collaborateurs (la mise en avant de l’amitié et de la solidarité dans son œuvre semble valider cette hypothèse) apparaît donc comme un nouvel élément dans le paysage musical de l’extrême droite. Ce paysage est varié, les situations y sont multiples ; il est difficile d’en dessiner les contours. Disons néanmoins qu’il se caractérise ces derniers temps par une certaine morosité. On ne retrouve plus l’équivalent de certains groupes des années 1990 et du début des années 2000 - Vae Victis, In Memoriam - qui avaient atteint un niveau relativement honorable (des chansons comme Mon enfant, Un monde absurde, atteignaient, c’est indéniable, une certaine poésie) ; Légion 88 est déjà dans les ténèbres de l’Histoire, même si quelques lycéens se passent toujours en cachette d’antiques cassettes audio. Bref, jusqu’ici, l’extrême droite musicale française avait assez peu exploité les ressources du Web 2.0.

Chez Goldofaf, la musique semble délibérément négligée ; même du point de vue du rap, la rythmique est pauvre, les refrains mélodiquement guère intéressants - mais sans doute s’agit-il d’une pauvreté assumée, destinée à renforcer l’impact des paroles... Notons tout d’abord un goût immodéré pour les adjectifs ; ainsi l’État est « cynique, diabolique et immoral ». L’élaboration langagière est parfois poussée un peu loin, les constructions syntaxiques peuvent être extrêmement audacieuses ; la France est « si charnelle ». Le sens du texte en arrive quelquefois à se diluer, notamment au début de Souvenir vendéen, où l’on a l’impression que les Vendéens combattent « pour défendre la patrie-mère » (ce qui est une bonne chose), mais aussi « pour tuer le roi » (ce qui est, on en conviendra, plus contestable). Goldofaf va parfois jusqu’à ignorer les frontières qui séparent en général le singulier du pluriel (façon sans doute de promouvoir l’union d’individus pour la défense d’une même cause) : « l’armée bleue envahit nos villes et nos campagnes [...] ont massacré le patrimoine » (Souvenir vendéen). Pour résumer, disons qu’en méprisant les règles de la grammaire, en faisant preuve d’audace, Goldofaf entend probablement manifester son rejet de l’école laïque et républicaine, tout en parlant la langue des pauvres et des simples, écrasés par le capital et l’Amérique de Georges W. Bush.

Qui est Goldofaf ? Pour le chercheur en sciences sociales comme pour l’artiste engagé, l’important est aujourd’hui de savoir d’où l’on parle. Goldofaf se donne à voir dans ses vidéos ; c’est un jeune homme avenant, qui arbore une coupe dite « youle » - pas tout à fait celle de Yul Brynner puisque quelques cheveux ont été épargnés sur le dessus du crâne, et qu’une mèche se déploie harmonieusement sur le front. Goldofaf appartient, c’est indéniable, à ce qu’il est convenu d’appeler l’extrême droite. Mais quand on a dit cela, on n’a rien dit, tant cette frange de l’échiquier politique français est foisonnante en courants, groupuscules et autres cercles. L’interprète se définit avant tout comme “nationaliste” et “catholique”, ce qui m’amène, en perspicace analyste, à le ranger parmi les “nationaux-catholiques”. Pour aider le lecteur néophyte en extrême droite, un des moyens les plus commodes pour se retrouver dans la nébuleuse d’outre-UMP consiste à s’intéresser aux références historiques des individus et des groupes. En l’occurrence, celles de Goldofaf tendent à confirme l’hypothèse nationale-catholique : Vendéens (auxquels est dédiée la chanson Souvenir vendéen), « Clovis, Jeanne d’Arc, saint Louis et l’Maréchal » (le seul, le grand, l’unique, Philippe Benoni Omer Joseph Pétain bien sûr), voilà un assez bon résumé des fondements historiques du national-catholicisme, même si les puristes regretteront quelques absents de marque : Franco, l’Algérie française - mais peut-être est-ce à venir. Aucune allusion au nazisme, à Nietzsche, aux corps francs ? Présence des termes « contre-révolution », « Sacré-Cœur » ? Le doute n’est plus permis.

Essayons tant bien que mal de préciser cette « situation » de Goldofaf. Il est probablement catholique traditionaliste : ses clips comprennent des passages de messes de saint Pie V (encensement, élévation). La position de Goldofaf sur le conflit israélo-palestinien - c’est toujours un critère intéressant lorsqu’on étudie l’extrême droite - est éclairante : en effet, une partie de l’extrême droite dite nationale-catholique, la plus proche des libéraux-conservateurs, concilie assez bien rejet de l’immigration musulmane en France et soutien inconditionnel à l’État d’Israël (beaucoup ont voté pour Philippe de Villiers lors des dernières élections présidentielles). De toute évidence, Goldofaf ne mange pas de ce pain-là ; il s’affirme hostile aux libéraux et aux États-Unis (il inclut dans l’un de ses clips une photo le représentant avec en arrière-plan un Stars & Stripes renversé, épinglé au mur), et quand il chante « l’État [biiiip] t’a menti », difficile de ne pas entendre un « f » juste après le « biiiip ». Je vous laisse deviner.

Goldofaf, par l’emploi de certaines expressions, d’un certain vocabulaire, trahit certaines fréquentations, certaines lectures peut-être (qui sait ?) - et sans doute n’en est-il pas toujours conscient. Je ne suis pas certain, par exemple, qu’il sache qu’en opposant les droits de l’homme aux « droits de Dieu », il fait allusion à l’encyclique Quanta Cura, du regretté pape Pie IX. Bien loin du Vatican, on retrouve quelques fleurs de rhétorique frontiste - mais après tout, il a très bien pu les entendre au comptoir du bar le plus proche. (Ce midi encore, à une terrasse ensoleillée, je sirotais un demi citron en lisant les Chroniques de Vialatte, quand mon voisin fit remarquer discrètement à sa compagne que « ça ne pouvait plus continuer comme ça », et même que « ça allait péter ». Goldofaf ne dit pas autre chose : « Qui sème la rage récolte le feu/Et viendra le jour et l’heure ») Entre autres, le fameux « la France, tu l’aimes ou tu la quittes » légèrement remanié, « la France française », le pouvoir « maçonnique » et « corrompu », la drogue, le satanisme et la pornographie imposés à notre jeunesse par un complot international, la troisième voie entre capitalisme et socialisme, j’en passe et des plus rebattues... Et pêle-mêle, « honneur et fidélité » (devise de la Légion étrangère française), « souffle le vent sifflent les balles », un vers des « Partisans blancs » (chant à la gloire des Blancs de la guerre civile russe), « foi, espérance et charité » (les trois vertus théologales du christianisme)... bref, une chienne - même berger allemand - n’y retrouverait pas ses petits. Une image nous montre Goldofaf lisant Le Terrorisme intellectuel, de Jean Sévillia - si j’ai bien déchiffré la couverture. Jean Sévillia, rédacteur au Figaro. L’animal serait-il un rebelle plutôt rangé ?

Enfin, l’iconographie. Les images qui illustrent les clips de Goldofaf opposent deux mondes. D’une part la nature, de belles églises, de charmants bambins au teint immaculé, de l’autre la violence des banlieues métissées - et d’autres bambins grandis trop vite, au teint moins immaculé. Goldofaf fait la promotion d’un idéal de vie : les repas pain-camembert-saucisson-vin rouge, les virées en forêt (de Rambouillet ?), la messe du dimanche à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, etc. ; les candidats à l’immigration savent ce qu’il leur reste à faire. Je terminerai en rassurant les Renseignements généraux : qu’ils ne s’inquiètent pas trop de la fascination qu’exercent manifestement sur Goldofaf & co. la boxe, le tir et les lancers de cocktail Molotov sous les ponts, la nuit. Goldofaf n’est pas un Timothy McVeigh en herbe, même s’il déclare vouloir faire payer ses adversaires, l’État en premier lieu, et consacrer ses soirées à « chasser les crouilles et les gauches » - il faut sans doute accuser la testostérone, et non la lecture de Malaparte (Malaparte, Curzio, 1898-1957, successivement fasciste, maoïste et catholique, auteur de Technique du coup d’État). Comme le chantait Mannick dans Le Vieux cow-boy  : « Il n’a jamais tué personne/Pas même l’ombre d’un lapin./Et tout le monde s’en étonne/Mais c’est pour ça qu’on l’aime bien. »


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4 réactions à cet article    


  • Baroque et fatigué 18 mars 2008 15:45

    Pardon, mille fois pardon. J’ai critiqué à tort cet artiste de génie. J’ai mal entendu. Il ne dit pas "pour tuer le roi", mais "pour Dieu et le roi". Pitié pour moi, mon Dieu - si vous pouviez arranger la diction de l’individu en question, cependant.


    • Zalka Zalka 18 mars 2008 16:31

      Beau spécimen d’attardé. Au fait, quelqu’un lui a dit que Goldorak est un "niakoué". Ca la fout mal pour un faf de prendre comme modèle une crétion d’"untermensch".

       

      Sinon, ce genre de phénomène n’a malheureusement rien d’étonnant. Je me souviens avoir vu sur Dailymotion, un sketch de Groland mettant en scène leur reporter nazi Francis Küntz. Celui ci sortait un album des plus grand titres de l’occupation (anti communiste, anti sémite). Il s’agissait bien sur d’un second degré.

      Sauf pour "WhiteStorm" qui avait envoyé la vidéo, et ses amis NS-girl ou autres pseudo à coloration brune très marquée.

      Il est vrai que ce n’était pas de la création.


      • Manuel Atreide Manuel Atreide 19 mars 2008 12:05

        @ l’auteur ...

        l’analyse est interessante, et montre bien dans quel état de confusion se trouvent parfois ces extrémistes. Celui-ci, qui se réclame d’une France éternelle, toute puissante, catholique, hétéro et blanche, ne semble pas s’appuyer sur la culture de ses pères qui donnaient souvent à leur idées terribles l’apparence d’un raisonnement construit et intellectualisé.

        Ce pauvre jeune homme n’est - comme les autres - qu’un enfant de la génération zapping qui croit que la démonstration n’est en définitive que l’accumulation de poncifs et de banalités superficielles. Tout ceci ne serait en fin de compte qu’un gag si les paroles n’étaient si clairement un appel à la violence la plus débridée.

        Je ne peux pourtant pas m’empecher de le renvoyer dos à dos avec certains interpètes de gangsta rap qui véhiculent, eux aussi parfois, des idées nauséabondes sous des oripeaux pathétiques. Loin de tout racisme, d’un sens ou de l’autre, je ne peux que les voir pour ce qu’ils sont sans doute : de bien pauvres crétins pilotés par leur testostérone.

        Les vrais dangers ne sont pas ces petits minables, mais ceux qui, dans l’ombre et loin des éclairages médiatiques, tirent les ficelles, encouragent et en définitive, manipulent ces pantins.

        Manuel Atréide


        • dieu patrie justice 24 mai 2008 12:13

          Je ne comprends pas que dans un pays comme la France qui revendique Haut et Fort la liberté, on ne laisse pas des personnes comme ce Goldofaf pour simplement dire ce qu’il pense ?

           

          Ou se trouve aujourd’hui la veritable liberté ? croyez vous qu’un homme politique peut se prétendre le "grand defenseur" de la bonne morale ? alors sous pretexte que cet homme là pendant quelques années sera au pouvoir on va approuver ce qui pourra émaner de lui et qu’ un beau jour apprenant ce qu’il faisait lors de son mandat on se mettera à dire toutes les pires choses à son endroit...

          non... je ne crois pas, je crois qu’en réalité n’importe qui se doit de reflechir, de chercher , de comprendre et de garder le jugement le plus objectif sur toute idée peut importe laquelle !

          Quoiqu’il en soit on enlevera pas de la tête d’un certain nombre de francais que notre Pauvre France est au plus mal ....

           

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