Animation Loire au pays des décideurs …
Un restaurant d'un grand hôtel ligérien a décidé, initiative folle, de consacrer une semaine d'animation à notre Loire en son domaine luxueux. Des panneaux informatifs ornent le hall d'accueil, de magnifiques photographies de l'ami Christian trônent au fond de la salle, le personnel est en marinière et quelques plats locaux viennent s'ajouter aux menus habituels de cette chaîne.
Le Bonimenteur devrait être la cerise de pays sur le gâteau de la soirée. Il faut avouer qu'il n'en mène par large ! Le lundi, lors de l'inauguration de cette animation, il a pu voir le regard étonné de nos amis les décideurs économiques, les représentants de commerce, les gens sérieux et respectables qui découvrent avec stupeur et dédain nos mines marinières, nos allures bien trop de guingois pour eux.

Tout juste si certains accordaient quelques instants d'un temps plus précieux que les nôtres aux chants de marins ou à ce modeste verre de vin de l'orléanais qui leur était offert. Comment le Bonimenteur allait-il s'en tirer seul, avec ses Menteries sous le bras ou dans la gibecière de sa mémoire ? Trouverait-il oreilles disposées à se laisser mener par le cœur le long de notre fleuve ?
Il est arrivé penaud. Il n'en menait pas large le fort en goule. Décidément, ce monde n'est pas le sien. Il observe ces gens qui mangent et qui ne lui accordent aucun regard. Pour ne pas être en reste, il scrute à son tour les mœurs étonnantes de ce monde si urbain ! Il imagine aisément que beaucoup d'entre eux ne doivent rien savoir de notre Loire.

Ils sont nombreux à manger seuls. Ils recherchent un coin de la salle, une table un peu à l'écart. Ils se hâtent de dévorer un modeste repas pour aller bien vite se réfugier dans leurs chambres. Ils n'ont pas envie que le conteur viennent leur casser les oreilles. Ils sont importants et n'ont pas de temps à consacrer à la gaudriole, et aux facéties d'un saltimbanque du fleuve.
Les uns se murent dans la contemplation de leur tablette. Ils sont en communication directe avec le monde, une vague qui noie ce pauvre marin d'eau douce et ses boniments sans rime ni raison. Les serveurs sont pareillement ignorés par ces importants personnages si peu accessibles aux modestes humains. Les autres se contentent d'un téléphone branché, une porte ouverte sur la toile. Même cécité à l'environnement, même ignorance de ce qui les entoure.

Il y a encore les addictifs du portable. Ils peuvent vous tenir tout un repas avec une conversation lointaine. Ils parlent affaire ou bien sentiments. Ils soliloquent avec une discrétion remarquable. Ils sont murés dans cet échange qui les exclut totalement du lieu où ils se trouvent. Point un regard, le bonimenteur n'a aucune possibilité d'établir le contact. Il lui faudrait pouvoir les appeler pour qu'enfin, ils daignent l'écouter.
Il y a les virtuoses du SMS. Le téléphone posé à côté de l'assiette, ils mangent d'une main distraite quand l'autre pianote avec dextérité. Le plafond pourrait bien s'effondrer, ils sont dans ce jeu de ping-pong de messages brefs, de phrases tronquées et imparfaites. Pour eux aussi, rien n'existe que ce petit appareil, substitut parfait de la réalité.
Il y a encore cet homme austère et distingué. Il est plongé dans les pages saumon d'un journal national. Le bonimenteur perçoit bien qu'il ne peut se prévaloir de la concomitance entre la couleur de ce papier et le poisson qui remontait la Loire. L'homme n'a que faire de ce manant qui raconte des balivernes. Lui s'occupe des choses sérieuses et rentables … Une prestation gratuite ? Quel imbécile.
Il y a encore les femmes seules que le conteur n'ose pas aborder. Il craint une réaction hostile. C'est un hôtel, il ne faudrait pas que sa démarche soit mal interprétée. Il leur parlerait de la Loire qui quitte son lit et la dame s'offusquerait alors d'une allusion quelconque. Un grain de sable est si vite arrivé !

Pourtant, d'autres lui ont ouvert leur cœur. Il a su trouver des gens différents qui n'hésitèrent pas à lui laisser place à leur table pour quelques histoires d'ici. De lyon ou bien de Nantes, de Strasbourg ou bien de Flandres, de Nice et Chécy, ils l'écoutèrent et chose extraordinaire, l'un d'eux poussa hospitalité jusqu'à lui payer un coup à boire. Il narra le fleuve, les folies des hommes d'ici et de l'histoire. Il échangea des adresses avec deux bateliers d'ailleurs, des belges voguant sur une barge à moule de 14 mètres de long sur 5 de large, supportant trois voiles et deux dérives latérales. Il parla tant et si bien qu'il oublia les autres, les importants à la triste mine.
Le Bonimenteur a trouvé des oreilles attentives. Il n'imaginait pas que ce fut possible en un pareil endroit, trop sérieux, trop cossu, trop guindé, trop convenu. Ainsi, partout, il est encore possible de trouver des gens qui entendent l'appel du large, voilà la leçon de cette soirée qu'il redoutait tant.
Bonimenteurement leur.
Photographies : Christian Beaudin des éditions du jeu de l'oie

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Bonimenteur de Loire et du reste. Ne vous en faites pas, je ne suis rien et ça se remarque vite !
Voir ses articles, sa fiche et ses statistiquesSi invitation je pouvais vous faire,nul doute que je ferais ! Voyez-vous,C’est Nabum,la (...)
19/10 19:37 - brindfoliePfuit . Vous les voyez,vous,ces ectoplasmes cravatés,hormi la forme,plus rien d’humain ! (...)
19/10 13:24 - brindfolie
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