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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Une classe sympathique

Une classe sympathique

Segpa ... Croyable

L'exception scolaire.

GIF Je n'ai de cesse d'évoquer une classe qui est parfaitement ingérable et certains ne se gênent pas pour me taxer d'incompétence ou de larmoyante impudeur. C'est d'ailleurs si facile de juger, bien à l'abri derrière son écran, fort de l'ignorance où se complaît la bonne conscience. Heureusement, plus nombreux sont les lecteurs qui, connaissant mon parcours, compatissent devant les difficultés que nous rencontrons dans l'indifférence de nos chers responsables …

J'aimerais en cette période de Noël, évoquer la classe de troisième, celle dont j'avais eu le bonheur de partager l'existence lors de son arrivée en sixième, avant que de changer d'établissement. J'ai retrouvé avec le même plaisir ces élèves souriants et attentifs, curieux et disciplinés. Une classe où il n'est pas besoin de hurler pour se faire entendre, une classe où l'on peut s'absenter quelques instants sans retrouver la révolution en marche, que c'est agréable !

Curieusement, les fameux monstres les qualifient d'étudiants et n'ont aucun contact avec ceux qui sont si différents d'eux. Pas un seul lien d'amitié ne s'est noué entre les deux groupes, pourtant séparés d'une seule année d'âge. Pire même, les plus vieux considèrent leurs cadets comme des animaux (c'est leur expression) et se refusent à toute activité commune. C'est vous dire la fracture qui existe entre eux.

Nous avions bien pensé à envoyer, pendant une semaine, un représentant des trublions dans cette fameuse troisième pour que celui ou celle qui n'a jamais été « élève », découvre les sensations liées à cette curieuse expérience. Mais les bons élèves considérèrent d'un si mauvais œil cette intrusion, qu'il nous fallut renoncer à cette immersion en eau paisible.

Je vous écris alors que je surveille ma charmante classe qui effectue un examen blanc. Pas un bruit, chacun est concentré sur son travail, cherche à faire de son mieux, même si le calme n'exclut nullement les difficultés. Je ne travaille pas ce matin, mais suis venu au collège parce que c'était eux. Ce qui serait parfaitement inenvisageable avec l'autre classe, calvaire des calvaires, chemin de croix de l'enseignant.

Ne me prenez surtout pas pour un saint homme, complètement désintéressé ; en acceptant ainsi ce travail supplémentaire d'une matinée, je vais m'épargner une heure cette après-midi en compagnie des furieux. Constatez à quel point je cherche toutes les parades pour fuir ceux qui ne sont plus supportables. Pire même, si j'ai déjà prévu une sortie, le dernier jour avec cette classe ordinaire, c'est bien pour échapper, une fois encore, à la triste perspective de finir le trimestre avec les autres …

Je me réjouis à l'avance, également, de passer un moment agréable avec ces élèves qui ne sont pas marqués par la vulgarité et la violence, qui savent se comporter respectueusement dans un transport en commun, qui, bien loin de chercher à me fuir durant le trajet, auront même envie de discuter avec moi. Pour ce bonheur trop rare, je ne compte pas mon temps, tandis que chaque heure avec les furieux est un pensum.

Bien sûr mon métier consiste à prendre en charge tous les élèves mais quand certains d'entre eux n'acceptent aucune règle, aucune contrainte, aucune obligation, que pouvons-nous faire sinon nous préserver ? En effet chaque séance avec les fauves nous laisse pantelant, épuisé, perdu, désespéré. Les appels au secours émanant de toute l'équipe ne sont pas entendus. C'est bien là l'inhumanité d'une institution qui ne gère que des dossiers et des principes …

Nous serrons les dents et nous survivons parce que la troisième nous apporte un peu de réconfort, qu'elle témoigne de notre utilité et de la validité de notre engagement. Que leurs camarades aient fait le choix de la déviance ne justifie pas que nous les abandonnions, eux les gentils, eux les vrais élèves. Sinon, il y a longtemps que les arrêts de maladie auraient attesté de l'état d'épuisement auquel nous sommes tous arrivés.

Merci à cette classe d'exister et de nous permettre ainsi de continuer à croire en ce métier !

Reconnaissancement leur.


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17 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 17 décembre 2013 10:36

    (a l’auteur)...J’aimerai un jour lire de votre part....« Changeons le système dépassé et archaïque de l’EN...Nous avons 50 ans de retard...nous préparons des enfants pour le passé pas le futur..Redonnez au prof toute son autorité pour avoir le silence et le respect en classe... »

    Bref une école digne de ce nom... !

    • C'est Nabum C’est Nabum 17 décembre 2013 10:53

      Claude Michel


      Qui peut bien espérer le contraire ?

      Ceux qui ont intérêt à l’abrutissement des masses, au maintien des inégalités et à la prolongation de leurs avantages.

      Oui, je réclame ce changement que j’aspire de mes vœux les plus chers ?

    • claude-michel claude-michel 17 décembre 2013 11:02

      Par C’est Nabum.....Alors vous et les autres...faîtes une révolution avec vos élèves.. ?

      Mais vos syndicats ne pensent pas la même chose peut être.. ?

    • C'est Nabum C’est Nabum 17 décembre 2013 12:27

      Claude Michel


      Je ne me suis jamais syndiqué

      J’ai choisi ce métier pour les élèves et non pour mes petits avantages d’enseignant
      à ce titre, les syndicats ne peuvent me servir, trop attachés à la défense des catégories, des situations et des carrières et si peu soucieux de l’intérêt de l’enfant.

    • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 17 décembre 2013 15:04

      « Les syndicats(...) si peu soucieux de l’intérêt de l’enfant »


      S’il est vrai que les syndicats sont souvent corporatistes (c’est normal, c’est leur fonction première : défendre leurs adhérents dont l’union devrait faire la force), ils ne le sont pas tous au même degré et manifestent de temps en temps un réel intérêt pour « l’enfant ». Enfin, ils le prétendent et certains de leurs mandants le croient. Ils ont même jadis produit des projets d’école (ex. : « l’école fondamentale » du SNI-Pegc dans les années 70-80)

    • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 17 décembre 2013 11:36

      « Alors vous et les autres...faîtes une révolution avec vos élèves.. ?

      Mais vos syndicats ne pensent pas la même chose peut être.. ? »
      • Parce que les révolutions se décrètent dans une ou deux classe avec une cinquantaine d’élèves et deux ou trois profs ?
      • Quant aux syndicats, ils ne sont pas à la disposition de c’est Nabum qui ne vous a même pas dit s’il était syndiqué. Et pour en dire du mal, il faut les connaître... En tous cas, ils ne sont pas armés pour faire la Révolution ni dans les têtes, ni dans les écoles, ni dans les quartiers ! 


      • claude-michel claude-michel 17 décembre 2013 12:15

        Par Jean J. MOUROT....Si vous pas capable de lire un commentaire correctement j’en suis désolé..Remember mai 68...ce fut les enfants (les élèves) qui descendirent dans la rue...avant que les autres (les ouvriers) suivent.. !

        Votre commentaire est idiot...bonne journée.

      • C'est Nabum C’est Nabum 17 décembre 2013 12:29

        Jean J. MOUROT


        Je viens de répondre ...

        Je ne suis pas concerné par le problème syndical à l’éducation nationale

        Trop idéaliste sans doute pour céder aux mesquineries de la chose !

      • bourrico6 17 décembre 2013 15:57

        Votre commentaire est idiot...bonne journée.

        Amusant le couplet Mai 68 .... idiot comme vous dites, mais amusant.
        Je vois bien les « cassos » dont il est question faire une « révolution »... en fait, c’est pas simplement amusant, c’est la poilade !!

        C’est tout à fait l’affaire de quelques clampins en marge sociale et de leur « tuteur » du moment, des révolutionnaires potentiels, à n’en point douter.

        Deux remarques.
        - Mai 68 était très politisé, on y trouve même des soupçons d’ingérence étrangère.
        - Voyez ce que sont devenus vos « révolutionnaires » aujourd’hui...

         smiley


      • claude-michel claude-michel 17 décembre 2013 16:33

        Par bourrico6.....ça prouve qu’en mai 68 une certaine jeunesse avait des couilles...pendant que d’autres préféraient garder les ânes.. !


      • Arnaud69 Arnaud69 17 décembre 2013 16:50

        Je pensais connaitre la véritable histoire de mai 68, puis Daniel Cohn Bendit se fit trop remarquer et me força à faire des recherches poussées ...

        Depuis mai 68 me semble pas plus un « printemps Français » que le « printemps Libyen » n’était Libyen.
        En revanche je suis certain à 100% qu’il a été commandité par les mêmes maîtres oligarques pour qui Cohn Bendit travaille depuis tout ce temps.

        L’oligarchie a ses agents à gauche comme à droite, financer les deux côtés ils l’ont toujours fait, Cohn Bendit en est l’exemple le plus évident puisqu’il sabote autant en France qu’en Allemagne.

        Si vous suivez de très près tous les parcours, actes, discours de Daniel Cohn Bendit vous comprendrez qui il est réellement .... Certainement pas un « gentil gauchiste », loin de là !


      • L'enfoiré L’enfoiré 17 décembre 2013 15:08

        Très bel article de réconciliation.

        Vous avez presque le nom de MadilaScool. smiley
        Alors, un petit film qui vous explique ce qu’est l’éducation en France et ailleurs.
        Le synopsys du documentaire : Sur le chemin de l’école suit l’extraordinaire destinée de cinq enfants aux quatre coins du globe, pour qui l’accès à l’éducation est à priori impossible.
        Comme un écho au célèbre adage de pierre Rabhi : « La question n’est pas tant de savoir quelle terre nous allons laisser à nos enfants mais plutôt quels enfants nous allons laisser à la terre », Sur le chemin de l’école apporte la preuve que ces enfants qui bâtiront le monde de demain ont une conscience aiguë de l’importance de l’éducation et de l’apprentissage, et que sans école, nos sociétés n’ont pas d’avenir.
        Véritable ode à la vie, Sur le chemin de l’école nous entraîne dans les décors sublimes de la savane du Kenya, des monts de l’Atlas marocain, de la campagne indienne ou du désert australien. nous suivrons ces enfants prêts à parcourir des kilomètres chaque jour, bravant tous les dangers, pour rejoindre leur classe et accéder à l’éducation, sésame d’une vie meilleure. leur ambition ? Apprendre, comprendre, saisir leur chance, pour devenir un jour pilote de ligne, médecin, professeur.

        • C'est Nabum C’est Nabum 17 décembre 2013 16:31

           L’enfoiré


          Pas une réconciliation car pour l’heure je ne peux pardonner à la classe furieuse tout ce qu’ils ont fait et surtout les sévices à l’un des leurs

          Je voulais décrire une classe dont je ne parle jamais car c’est un pur moment de bonheur et de confiance réciproque

        • Prudence Gayant Prudence Gayant 17 décembre 2013 21:44

          Nabum,

          Vos fous-furieux ont-ils compris pourquoi le petit M. est parti ? 
          Ont-ils une once de conscience au fond de leurs yeux vides ?
          Ils agissent comme une horde de sauvages à la conquête de je ne sais quel territoire.
          Vous ressourcez auprès de vos anciens élèves prouvent votre degré de lassitude.
          Ne laissez pas ces monstres vous détruire et changez d’établissement en septembre.
          A l’impossible nul n’est tenu.

           

          • C'est Nabum C’est Nabum 17 décembre 2013 21:54

            Prudence


            L’affaire est désormais dans les mains de la justice

            Ils ne peuvent comprendre, leur monde est celui de la jungle
            Pas de moral, pas de règles, pas d’éducation

            Il va y avoir des sanctions, des départs mais rien ne changera pour eux car ils se sont construits ainsi depuis bien longtemps 

            Les pauvres, ils sont vraiment à plaindre

          • Prudence Gayant Prudence Gayant 17 décembre 2013 22:18

            J’espère tout de même que les vrais coupables seront sanctionnés. Pour se laver de toute attaque, certains n’hésiteraient pas à accuser ceux qui ont donné l’ alerte maintes et maintes fois.


          • C'est Nabum C’est Nabum 18 décembre 2013 06:00

            Prudence


            Nous verrons !

            Je n’ai pourtant aucune confiance en notre administration centrale.
            Je suis le coupable rêvé

            Nous aurons sans doute l’occasion de quelques billets circonstanciés

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