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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Une histoire sans fin …

Une histoire sans fin …

Larguer les amarres !

Tirer un trait.

Vous pensiez avoir tourné une page, clos un paragraphe qui tournait en eau de boudin par quelques points de suspension qui laissaient place à un fol espoir. Comme tous les rêves de cette espèce, ils sont toujours déçus, malmenés, insupportables. Il faut avouer que votre obstination à ne pas voir l'inéluctable frisait le ridicule.

Pourtant, vous avez repris la plume, envoyé quelques messages d'une encre sympathique qui se refusait à rompre les amarres. Vous écriviez d'autres aventures, plus fictives que tangibles, d'autant que les mots sèchent vite en entrant dans l'histoire : celle où les mauvais contes ne feront jamais de bons amis.

Alors, il a fallu clore un nouveau chapitre, lui glisser un point d'exclamation espérant encore qu'un nouvel épisode puisse raviver la flamme, s'imaginer plus que se vivre. Toutes les histoires doivent avoir une fin et à n'avoir de cesse qu'elles ne réactivent des personnages et des situations au bout du rouleau. En agissant ainsi, vous ne faisiez que différer l'issue. On ne délaie pas les sentiments quand ils sont usés jusqu'à la corde ; il n'est plus temps de les raviver par de vains artifices.

Pour être certain de ne plus y revenir, vous avez alors ponctué votre récit d'un point final qui se pensait fatal, à l'image de ce beau fanal qui cru quelques temps tirer la couverture à lui. Au lieu de quoi vous vous étiez planté dans le dos une page blanche qui n'aspirait qu'à rester vierge. Puis une fois encore, le vent a tourné : le grain du papier avait repoussé la tempête. Vous avez cru au mirage, vous avez couché sur le papier de vaines anecdotes, d'improbables fariboles. Mais la bouteille à la mer, en dépit de tous les rêves que vous placiez en elle, finit toujours par sombrer.

Cette fois, vous en avez eu assez de vous faire taper sur les doigts et sur le cœur. Vous tirez un trait final ; il faut le croire. Votre détermination se nourrit des plaies du passé, sans cesse rouvertes. Vous promettez de ne plus jamais souffler sur les braises. Vous ne serez plus jamais de mèche. Il ne faut plus croire aux belles paroles : elles s'envolent pour ne laisser qu'un océan de regrets. La tromperie est à la hauteur de la déception : le château de sable s'effondre dans un fracas insupportable.

Il n'est plus temps de tirer à la ligne, de délayer indéfiniment la rancune et la rancœur. On vous recommande de changer de disque ; vous ne connaissez rien à la musique :vous vous êtes toujours montré incapable d'accorder vos violons. La réconciliation n'est pas dans vos cordes ; vous avez définitivement perdu le nord en des écrits toujours plus à l'ouest.

Vous savez que vous aviez tort de croire au miracle ; les phrases se perdent dans les abysses de l'âme. L'écrit se dissout au fil des mots qui sont privés de sens. Il est urgent d'accepter de couper les ponts, de déchirer ce papier aussi froissé que vous. La marge était trop étroite, vous vous êtes privé de toute liberté en narrant le naufrage.

Un nouveau livre est à écrire. Il changera de forme, il changera de ton. Il lui faut explorer d'autres territoires, découvrir de nouveaux espaces. Les personnages changeront ; ils n'étaient plus fiables. La fable n'avait que trop duré ; la morale y perdait son latin. Une langue nouvelle coulera de vos doigts, elle se fera joyeuse, heureuse d'en avoir fini avec ce ressassement incessant.

Les mots aiment se heurter aux douleurs ; c'est sans doute là qu'ils s'épanouissent le mieux. Il faut du talent pour décrire la joie et le bonheur. Être léger, ce n'est jamais facile ; les lettres ont toujours été de plomb pour supporter la presse. Il faudra tremper la plume dans l'euphorie et le plaisir ; c'est un nouveau cap qui se présente à vous.

Une autre page, un chapitre à initier, d'autres aventures en des lieux différents, voilà ce qui s'ouvre à vous pour ranimer la flamme d'une écriture aérienne, pour redonner vie à des écrits atones, noyés dans des eaux de plus en plus troubles. L'urgence commande de ponctuer l'épisode précédent d'une fin de non-recevoir. Écrire c'est se découvrir un peu, se mettre en danger à chaque instant.

Dérèglement vôtre.

Illustration de Michel Duguay


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2 réactions à cet article    


  • ddacoudre ddacoudre 26 août 2015 10:34

    bonjour Nabum


    je crois que ce poème illustre ton article.


    Ces hommes.

     

    Ils se sont tant haïs

    Qu’ils s’haïssent encore.

    Ils se sont tant tués

    Qu’ils s’assassinent encore.

    Ils se sont tant désirés

    Qu’ils se violent encore.

    Ils se sont tant aimés

    Qu’ils se dévorent encore.

    Ces hommes. Ces hommes.

     

    Ils ont dû partir de si loin

    Pour oublier le souvenir

    Du chemin de l’Est africain

    Celui terre de noir brûlé

    Où sur leur derrière

    Ils se sont redressés.

     

    Ils se sont blanchis en chemin

    D’une peau de parchemin

    Que la pluie a tant délavé

    Pour miner leur identité

    Jusqu’à les essaimer

    En tribus dispersées.

     

    Ils se sont tant haïs

    Qu’ils se détestent encore.

    Ils se sont tous meurtris

    Pour un territoire agrandi

    Ils se sont pris la vie

    A chaque idéologie

    Ils se sont crevés les yeux

    Pour des dieux « Mytheux »

    Ces hommes. Ces hommes.

     

     

     

    Ils se sont d’âge raffinés

    Glorifiés et couronnés

    Dans l’art fin de s’entretuer

    Pour le miracle des idées

    Jusqu’au libérateur

    Source de leur malheur.

     

    Ils ont abusé des chansons

    Pour mourir au son du clairon

    Ils ont érigé des tombeaux

    En souvenir des plus salauds

    Et fait des requiem

    Pour que l’on oublie rien.

     

    Ils se sont tant haïs

    Qu’ils s’abominent encore

    Ils ont dressé des bûchers

    Pour défendre le passé.

    Ils ont décapité les idées

    Là où elles naissaient.

    Ils ont coupé des mains

    Pour qu’on ne leur vole rien.

    Ces hommes. Ces hommes.

     

    Ils se sont repliés sur eux

    Se croyant malheureux

    Bardés d’or pour être heureux

    Et commander impérieux

    Un isoloir d’espoir

    En forme de mouroir

     

    Ils se sont contés d’onéreux

    Monde adipeux merveilleux

    Engraissés d’obèses obséquieux

    Se « friquant » sans régénérer

    La terre où il puisait

    Leurs biens irradiés.

     

    Ils se sont tant haïs

    Qu’ils se vomissent encore

    Ils se sont « conardifiés »

    De concours « conifiants »

    Ils se sont estropiés

    En s’invalidants non-voyant

    Ils se sont brûlés les yeux

    Pour du fric miteux

    Ces hommes. Ces hommes.

     

    S’auront-ils un jour

    Tomber amoureux

    Plus tôt de leur peau

    Que de leurs oripeaux

    Cheminer dévêtus

    Comme des singes nus.

     

    S’auront-ils un jour

    Au de-là de leur yeux

    Jaillir de leurs mots

    Pour être des êtres

    D’un monde nouveau

    Conforme à leurs maux.

     

     

    Ils ont tant haï la mort

    Qu’ils en perdent la vie.

    Ils ont tant aimé leur vie

    Qu’ils se donnent la mort.

    Ils se croient maîtres de céans

    Après tant de millions d’ans.

     

    Ces Hommes ne doutent pas

    Que de leur âme ils ne savent rien.

    Ces Hommes ignorent de fait

    Que dans l’univers ils ne sont rien.


    cordialement.


    • C'est Nabum C’est Nabum 26 août 2015 12:53

      @ddacoudre

      Merci

      Je ne suis pas toujours ainsi :

       

      Demain


      Je rêve d’un autre demain

      Qui ne sera pas si chagrin

      Je rêve de jours meilleurs

      Pour atteindre le bonheur

      Je rêve d’un autre demain

      Où tu me donneras la main

      Je rêve d’un monde nouveau

      Où tout enfin sera plus beau


      J’ai parcouru d’autres chemins

      Découverts de nouveaux matins

      J’ai rencontré des enchanteurs

      Des guides et des veilleurs

      Espérant ce n’est pas malin

      Qu’ils calmeraient ma grande faim

      Javais cru à leurs jolis mots


      C. Nabum

      Qui n’attrapent que les nigauds


      ®


      Je voulais changer de destin

      Croire en l’homme et au divin

      J’ai écouté le seigneur

      Et prier à toutes les heures

      La vérité n’est pas festin

      Le pardon toujours incertain

      Il n’y a pas plus beau cadeau

      Que quand tu ôtes ton bandeau


      ®


      J’ai cru aux nouveaux magiciens

      Des charlatans du quotidiens

      De redoutables gros menteurs

      Qui trompent leurs électeurs

      Promettant des jeux et du pain

      Puis l’oublier le lendemain

      Le mandat devient un fardeau

      Pour ceux qui les virent trop beaux


      ®


      Il suffit de prendre une main

      Et d’oublier les aigrefins

      Le bonheur est dans nos cœurs

      Jamais nulle part ailleurs

      C’est dans les plus tendres câlins

      Que l’existence vous fait du bien

      Je rêve d’un jour nouveau

      L’amour pour unique flambeau


      Refrain

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