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Une journée d’examen

En direct d'une autre Segpa

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Certificat de formation Générale.

Tous les ans à pareille époque, les laissés pour compte du savoir et de la connaissance, les exclus du bonheur d'apprendre, les cabossés de la scolarité, les mal aimés de l'école ou de la discipline se retrouvent devant un jury de deux personnes pour valider l'ultime parcours de leur scolarité obligatoire.

Ma première journée était consacrée aux candidats scolaires venant de collèges ordinaires ou bien de structures d'exception. Demain, ce seront des élèves de Segpa, un public que je connais mieux et qui prépare de manière spécifique ce si modeste diplôme. Ce fut pour moi l'occasion de constater une fois encore que, au delà des multiples difficultés qui jalonnent mon travail, la Segpa et les dispositifs de réactivation, quoi qu'on en pense par ailleurs, remplissent convenablement leur mission.

Je tiens ce propos en comparant les candidats du matin de ceux de l'après-midi. Les premiers étaient des élèves de collège ordinaire, égarés dans une scolarité normale qui ne veut plus rien dire pour eux. Abandonnés au fond d'une classe, oubliés ou bien ignorés, ils terminent un cursus qui n'a plus guère de sens pour eux.

Ils sont coupés des exigences scolaires, ont perdu pied avec le réel, ignorent de qu'ils viennent faire en ce lieu et ont des projets si irréalistes que le pronostic est déjà incertain. Ils ont des parcours personnels chaotiques, deux sont arrivés de fraîche date en France. Ils sont perdus, sans repère et manifestement bien mal conseillés.

Tous ignoraient la signification du sigle de l'examen qu'il passait. Petit détail qui atteste qu'on les a inscrits sans leur préciser de quoi il retournait. Une est arrivée en retard, trois ne se sont pas présentés et un est venu une journée en avance. Ces différentes données pour un tout petit panel d'une quinzaine de candidats.

Pour les candidats présents, il faut ajouter que deux se sont présentés sans avoir le dossier support, indispensable pour passer cet oral. Un dossier bien modeste qui doit contenir un CV, une fiche de présentation du projet professionnel et un rapport de stage, le tout en seulement six pages. Tous les candidats de collège n'avaient pas de CV, preuve supplémentaire qu'ils ne savaient pas ce qu'ils venaient faire ici.

Le plus surprenant pour ceux-là c'est qu'ils avaient tous, y compris ceux qui ne maîtrisaient pas notre langue, un projet professionnel ambitieux. Ils avaient tous déposés une demande de Bac-pro avec hélas, pratiquement aucune chance de l'obtenir. Pourquoi diable, aucun de ces jeunes n'avait choisi un CAP certes modeste, mais bien plus dans leurs cordes ? Tout simplement parce que nos chers collègues ne doivent pas considérer ce reliquat du passé, cette sous-formation au rabais !

Personne ne leur a conseillé une étape plus réaliste. Personne ne leur a suggéré également d'autres voies qui peuvent éviter l'échec quasi certain qui se présente devant eux. Notre système scolaire relève de la pensée unique et en dehors du lycée, pas de salut, sans le bac, pas d'avenir ! Ces gamins sont devant une impasse dans laquelle des adultes les ont placés.

Curieusement, les élèves qui sont passés par d'autres structures, les DIMA : « dispositif d'initiation aux métiers de l'alternance » ou bien en ARTP : « atelier de remobilisation à temps plein » ont un projet plus réaliste, vont vers d'autres formations (apprentissage, Maison Familiale et Rurale, compagnonnage) pour des CAP qu'ils peuvent réussir. Ils sont préparés pour ce modeste examen, ce qui me semble être la moindre des politesses.

Notre doctrine de « tous au baccalauréat » est absurde, suicidaire, contre-productive et d'une rare bêtise. Elle pousse nos grands responsables à supprimer progressivement toutes les petites formations de type CAP qui bientôt n'existeront plus pour proposer des bacs professionnels qui ne sont pas en rapport avec le niveau réel de ces candidats qu'on va abandonner sans vergogne ou bien certifier en triturant les épreuves.

Car ce que j'ai vu n'est pas de nature à se réjouir du bilan de notre éducation nationale. J'ai interrogé des jeunes de seize ans qui ne savent pas calculer de tête, qui ne connaissent pas leurs tables de multiplication, qui ne peuvent pas lire une carte, qui ne connaissent pas les points cardinaux, qui ne savent pas chercher un mot dans un dictionnaire, qui font des fautes à chaque mot y compris sur un rapport dactylographié, qui ne maîtrisent pas les niveaux de langue et ne savent pas respecter les obligations administratives. Ainsi, quatre candidats ne purent présenter une pièce d'identité légale, ce simple élément atteste du potentiel de dé-socialisation que nous encourageons par une mansuétude conseillée !

Ne pensez pas que je noircis à plaisir le tableau. Regardez autour de vous, interrogez les artisans qui reçoivent ces gamins en stage, la réalité est douloureuse. Cent mille jeunes quittent notre système sans formation et l'on continue à leur faire croire à la Lune ! Il serait temps de mettre des exigences dans notre formation et de supprimer cette farce du socle commun et d'une évaluation sans aucune signification réelle.

Désespérément leur.

 

Commentaire nécessaire :

En ce qui concerne ces pauvres élèves, on ne peut que se lamenter sur eux. On peut critiquer l'Allemagne sur beaucoup de points, mais leur système d’apprentissage en alternance est top.

Les grosses boites font passer les élèves par tous les postes, et leur attribuent ce qui leur convient le mieux. Beaucoup de chefs d'entreprise ont commencé comme élève-apprenti dans leur boite. Et la connaissent sur le bout des doigts, puisqu'ils sont passés par tous les services !

En Allemagne, ce système n'est pas réservé aux "rebuts". Beaucoup de jeunes très intelligents choisissent cette voie, et cela donne une bonne répartition des capacités. D'ailleurs, être ouvrier outre Rhin n'est pas un déshonneur comme en France. il faudrait faire évoluer un peu les mentalités, notamment celles des enseignants pour lesquels il y a les "bons à rien" et les autres, les intéressants (ici je te parle des termes employés à la maison... Et quelle honte pour mon père de voir sa fille lycéenne sortie avec un de ses élèves du collège ( un bon à rien, puisqu'au collège...)

Réhabiliter le travail manuel devrait être une priorité. Et supprimer l'ENA qui nous pond des gens incapables de regarder la vie quotidienne sans œillères, une seconde priorité. Ce sont des nuisibles et des parasites.


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25 réactions à cet article    


  • C'est Nabum C’est Nabum 13 juin 2013 14:56

    morvandiau


    Les compagnons ont bien du mérite de maintenir leur système en place dans un environnement politique et social où les grands esprits doivent mépriser ces pauvres artisans qui ont été incapables de faire des études supérieures.

    En écrivant cette formule, je me rends compte de sa stupidité. Changeons déja cette appelation porteuse d’un jugement de valeur scandaleux. Comme s’il y avait à côté des études inférieures !

  • C'est Nabum C’est Nabum 13 juin 2013 15:17

    Morvandiau


    incable de faire quoi que ce soit avec mes mains, j’admire ces chefs d’œuvre sans réserve, sans me demamnder quel est le niveau de celui qui a réalisé cette merveille !

    Hélas, d’autres ne réclament que des diplômes pour juger ! 

    Le texte est actuellement à + 3

  • C'est Nabum C’est Nabum 13 juin 2013 15:27

    Morvandiau


    Merci pour cette très belle vidéo !

  • Vipère Vipère 13 juin 2013 15:31

    Bonjour Nabum


    Lire votre dernier paragraphe a été un régal, comparable au plaisir de se délecter de miel, étalé sur une tranche de pain aux céréales !

    Du nectar, vous-dis je ! smiley

    • C'est Nabum C’est Nabum 13 juin 2013 15:36

      Vipère


      Je ne sais si c’est du lard ou du cochon.

      Mais bon, je prends et vous promets du meil encore pour demain sur ce sujet scabreux du socle commun.

    • C'est Nabum C’est Nabum 13 juin 2013 18:20

      Morvandiau


      Depuis Sully et les levées sur la Loire, tous les choix politiques imposés d’en haut furent catastrophique. L’ENA c’est le d’en haut sur une grande échelle ! 

    • Ruut Ruut 13 juin 2013 15:38

      L’artisanat c’est le seul futur viable de notre pays.



      • C'est Nabum C’est Nabum 13 juin 2013 18:21

        Ruut


        Vous voyez qu’on peut être d’accord ! 

        Ne le répétez pas ...

      • alice au pays des merveilles alice au pays des merveilles 13 juin 2013 15:40

        Entrons dans une classe, une classe qui ressemble à neuf classes sur dix.
        Là, interros à tour de bras. Chacun pour soi. Zéro pour celui qui lorgne sur son voisin…ou qui l’aide.
        La loi du prince : contrôle annoncé ou par surprise, questions faciles ou difficiles, ouvertes ou fermées, de réflexion ou de restitution, temps de réponse long ou court, compétition diffuse ou montée en épingle, prof rassurant ou ajoutant du stress, proclamation des résultats discrète ou publique, sans commentaires ou avec jugements énoncés.
        Mais ce qui est grave, c’est que ces questionnaires sont notés, c’est-à-dire que le professeur non seulement choisit les questions de manière souverainement partiale mais il les pondère à sa guise : telle réponse vaut tant de points selon des critères qu’il suce de son pouce puisqu’il n’a jamais appris à construire un questionnaire ni à l’apprécier.
        Pourquoi ces manières ?
        C’est clair comme de l’eau de roche : pour camoufler les carences habituelles de l’enseignement. La faute est mise sur l’apprenant « qui n’avait qu’à étudier au lieu de… », sans dévoiler si l’enseignant passionne ou ennuie ses élèves. Car si le cours est comme un scénario captivant, avec un metteur en scène, la motivation est alors intrinsèque, dès lors nul besoin de motivation d’excitation pour pousser à la recherche, finies les menaces et les promesses de récompenses, les dénonciations, la mésestime de soi. Plus (guère) de redoublements........
        Mais dans plusieurs classes sur dix, les cours sont tellement ennuyeux, (centrés sur une transmission magistrale que les élèves jugent plus maladroite que dans les émissions de Arte, par exemple), que là, si l’on supprimait la motivation externe, plus aucun élève n’étudierait ; l’école ajoute la peur comme moteur d’action. C’est donc aux professeurs qui font beaucoup échouer leurs élèves qu’il faudrait donner des heures de rattrapage pédagogique


        • C'est Nabum C’est Nabum 13 juin 2013 18:23

          alice au pays des merveilles


          Vous voulez me renvoyer à mes chères études ?

          Suis-je donc coupable de tous les maux de cette société ?

          C’est me faire trop d’honneur ...

        • Ambalaba Ambalaba 13 juin 2013 16:21

          Nabum

          Punition générale dirait-on ?


          • C'est Nabum C’est Nabum 13 juin 2013 18:24

            Ambalaba


            C’est strictement interdit et je respecte cette règle

            D’ailleurs je ne punis pas d’une manière générale.

          • Ambalaba Ambalaba 13 juin 2013 18:42

            Nabum

            Je me doute bien.
            J’ai un sérieux respect pour votre profession
            et d’autant plus pour votre position, délicate.
            Vous me semblez pour le moins remonté en ce jeudi.
            Qu’en est-il de votre centenaire ?


          • C'est Nabum C’est Nabum 13 juin 2013 18:50

            Ambalala


            J’étais en période d’examen ...
            Je m’en occupe de suite !


          • gaijin gaijin 14 juin 2013 09:02

            « C’est strictement interdit et je respecte cette règle »
            dommage ça vous éviterai bien des soucis ......
            a défaut de solutions plus fines et hors de notre portée c’est efficace et ça permet de responsabiliser l’individu face au groupe et le groupe face a l’individu.
            toutes choses dont on manque cruellement non ?


          • Ambalaba Ambalaba 13 juin 2013 20:45

            Nabum

            Il me semble qu’ayant appris à nous connaitre,
            la compréhension linguistique est affinée.
            Cependant je voudrais une requête émettre, (pas de roquette ni de salade)
            quand à l’appréciation et la nécessité
            de ma présence, même africanisée ?

            Au sujet des légendes poétiques,
            il s’agit de choses bien légères vous le remarquerez,
            ce fut une première mise en plastique,
            mais l’hommage mon cher est presque achevé.
            J’ose espérez que le non-doute est de réciprocité.

            Je reviens du fond d’un étang comme vous le savez,
            il m’a fallu apprendre une nouvelle nage
            entre le crawl et la brasse en apnée.
            Certains cahiers y furent troqués contre une simple page,
            je m’en vois pour le moins satisfait et allégé.


            • C'est Nabum C’est Nabum 13 juin 2013 21:00

              Ambalala


              Je suis un peu vaseux ce soir et vous voir remonter du fond d’un étang me fait remonter de vieux souvenirs.

            • Ambalaba Ambalaba 13 juin 2013 21:24

              Nabum

              N’ayez crainte,
              j’y ai laissé la montre, j’ai chaussé les besicles et je marche avec des palmes,
              c’est vous dire. Je renonce à mesurer la circonférence du lac,
              mais vous n’imaginez peut-être pas la profondeur des eaux.
              Je ne cherche pas plus à en prendre la mesure soyez-en sur.
              Monsieur Nabum, les souvenirs sont coffrés, lestés et enfouis,
              gardés par un animal marin dont la description ne me saurait
              être ni souhaitable ni désirée, tenez le vous pour dit.


              • Ambalaba Ambalaba 13 juin 2013 22:40

                Qui peut le plus peut surtout le moinssage...
                Que dire... ...rien.


              • paco 14 juin 2013 03:37

                 L’apprentissage est une cata dans ce pays.
                 Il y a moins de dix ans de ça, un gars chez qui je travaillais , portant le titre de Maitre Artisan Carreleur, réputé, grosse clientèle de manoirs, chateaux ou résidences cossues, a pris deux ans un apprenti de 16 ans. Un p’tit mec gentil comme tout, volontaire. En deux ans il n’a fait que nettoyer les seaux, passer l’aspirateur, gratter des sols, renettoyer les outils, les ranger, les ressortir, bouffer du ciment à la bétonière, se faire engueuler sur l’onctuosité du mortier, manutentionner des palettes et des palettes de sacs ou de carreaux....et les seuls carreaux qu’il ait posé en deux ans, c’était moi en douce qui l’y mettais, quand le patron n’était pas là et que j’avais suffisament avancé pour souffler moi, et prendre le temps de lui souffler des astuces.
                 Il n’a pas eu son CAP.
                 je l’ai revu il y a peu, 5 ans aprés. On s’est tombés dans les bras. Il est chauffeur livreur en CDI. Heureux, mais dégouté par ces deux années de calvaire ou il a surtout appris à hair un métier qui l’interressait à la base. Un immense gachis. Et ce Maitre Artisan n’est pas un cas isolé.


                • Ambalaba Ambalaba 14 juin 2013 03:44

                  Paco

                  Ne mettons pas tous les carreleurs dans le même panier,
                  car l’heure n’est pas la même pour tout le monde,
                  et l’heure est un leurre si l’heure éteint leurs carreaux.


                • C'est Nabum C’est Nabum 14 juin 2013 06:48

                  Ambalala


                  Dans un panier pour ma part je n’aime que les crabes ...

                  Et il y a matière en ce moment 

                  N’avez-vous pas vu au fond de l’eau, au cœur d’une vase immonde une bande organisé faisant tapi d’immondice ?

                • Ambalaba Ambalaba 14 juin 2013 15:59

                  Nabum

                  Les tourtes hauts...
                  ...sans comment taire...
                  ...je raidis « je »...
                  ...pas ce raz la mode erre ?


                • gaijin gaijin 14 juin 2013 08:56

                  "D’ailleurs, être ouvrier outre Rhin n’est pas un déshonneur comme en France. il faudrait faire évoluer un peu les mentalités, notamment celles des enseignants pour lesquels il y a les « bons à rien » et les autres, les intéressants "

                  oui ++++++++++++++

                  la france est une machine a produire des pseudos intellectuels, des bureaucrates et des théoriciens
                  comme si on pouvait vendre ou bouffer du papier ....
                  n’oublions pas qu’il y a peine plus de 15 ans nos génies nationaux expliquaient sur les plateaux télé qu’il fallait désindustrialiser la france et qu’on allait former des cadres qui auraient vocation a diriger le monde entier ( si si ! a l’époque je ne n’avait pas le réflexe de sauvegarder mais je l’ai entendu et pas qu’une fois )
                  et dans les années 80 notre héros national ( tapie ) expliquait devant des foules béates d’admiration que tout le monde pouvait être chef d’entreprise
                  et il n’ y avait pas une voix pour s’élever et dire qu’il allait falloir aussi des gens qui bossent dans les entreprises ......

                  pendant ce temps les gens en apprentissage sont méprisés dans le système scolaire et considérés comme de la main d’ oeuvre low cost par les entreprises ......
                  on manque d’ouvriers dans des secteurs spécialisés ou méprisés ( genre boucherie )
                  on ne peut plus trouver un bon plombier ......
                  ou un mécano compétent
                  ..........

                  technocrate définition : c’est un mec tu le largue dans le désert au bout de trois ans il importe du sable .......
                  on n’en n’aurait pas quelques uns en trop par hasard ????

                   

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