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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > Autopsie d’un quinquennat 2012-2017

Autopsie d’un quinquennat 2012-2017

Le quinquennat de François Hollande s'achève. Il aura été marqué par un refus d’engager de véritables réformes dans plusieurs domaines essentiels et par de nombreux revirements et maladresses en tout genre. Entre un chômage de masse installé, une fiscalité injuste, un colossal millefeuille administratif, une politique environnementale édulcorée, un européisme béat et une ouverture des frontières à une mondialisation sauvage, le président de la république sortant n'a pas été au rendez-vous du vrai changement.

Finalement, tirant les leçons de son impopularité dans l’opinion, il annonçait, le 2 décembre 2016, sa décision de ne pas solliciter un second mandat présidentiel. Une situation unique depuis le début de la 5ème République en 1958 !

En 1983, jeune militant au Parti socialiste, François Hollande lance avec Jean-Michel Gaillard, Jean-Yves Le Drian et Jean-Pierre Mignard, les « transcourants », rebaptisés ultérieurement « Démocratie 2000 ». En 1985, il publie sous le pseudonyme de Jean-François Trans (pour transcourants), un livre intitulé « La Gauche bouge », qui appelait à la fondation d'un parti démocrate à l'américaine sur les bases d'un « consensus stratégique entre le PS et les courants démocratiques du pays, au-delà du clivage gauche-droite ». Ces « transcourants » portaient déjà en germe le concept de synthèse, plus ou moins molle, destinée à réunir des positionnements politiques souvent opposés, difficiles à conceptualiser, voire impossible à mettre en œuvre.

En 1988, une nouvelle formulation de la synthèse sera esquissée par le président François Mitterrand, après sa réélection le 8 mai pour un second mandat. Ce fut alors le fameux « Ni-ni » qui définissait sa politique économique, consistant à ne pas faire de nouvelles nationalisations tout en conservant celles déjà faites : ni nationalisation, ni privatisation.

Près de trente ans plus tard, la version moderne du « Ni-ni » hollandais résume parfaitement la politique économique et sociale suivie depuis 2012. Plusieurs déclarations de François Hollande sont éloquentes à ce sujet.

Le 6 février 2013, devant les députés européens, au parlement de Strasbourg, le président de la République plaidait pour un « compromis raisonnable ». Il parlait certes du budget mais la formule résumait bien son approche. Avec force, il indiquait ce qu’il ne voulait pas : ni scénario allemand d'une « Europe à deux vitesses », opposant les bons et les mauvais élèves de l'Union, ni prétention anglaise d'une « Europe à la carte » où chacun puise ce qui lui convient.

En février 2015, lors de sa cinquième conférence de presse, interrogé par un journaliste qui cherchait à savoir s’il se situait plutôt du côté de « l'orthodoxie budgétaire » prônée par Angela Merkel ou au contraire du côté d’une « Europe de gauche », François Hollande faisait mine de s'amuser de la malicieuse question et la réponse sera : « ni l’un, ni l’autre ».

Le 25 mai 2016, dans une allusion au débat virulent sur le burkini, il déclarait qu’il ne faut céder « ni à la provocation, ni à la stigmatisation », à l'issue d'une rencontre avec des dirigeants sociaux-démocrates européens à la Celle Saint-Cloud.

Finalement, cette politique du « Ni-ni », menée tout au long du quinquennat, s’est traduite par la mise en œuvre d’une synthèse entre ni statu quo, ni changement profond. Le président de la République aura clamé son amour pour la « réforme » mais tout en restant très éloigné de la signification de ce mot telle qu’elle est donnée par le Petit Larousse : « changement important, radical, en vue d’une amélioration ».

Le mot « réforme » aura été ainsi largement galvaudé par François Hollande et ses Premiers ministres, ministres et secrétaires d’Etat successifs, comme il l’a été d’ailleurs par son prédécesseur, Nicolas Sarkozy. Les dispositions législatives ou administratives prises et qualifiées de « réformes », ont été le plus souvent des changements en pire, des mesures purement comptables, se terminant presque toujours par un recul des droits des citoyens ou une baisse du pouvoir d’achat des salariés et des retraités.

La plupart des « 60 engagements pour la France », annoncés pendant la campagne électorale et qui touchaient à la croissance, l'emploi, les services publics, le logement, l'éducation, les institutions, la santé, la protection sociale, la finance, la sécurité, la justice, la fiscalité, l'immigration, l'international et l'égalité, ont été vite oubliés. Seules, quelques réformes « sociétales » ont été mises en œuvre comme le mariage pour tous ou les modalités de fin de vie des personnes âgées mais cela n’a pas changé grand-chose pour les millions de personnes qui sont en détresse financière à chaque fin de mois.

Pourtant, les domaines où règnent archaïsme et injustice sociale ne manquaient pas : des institutions à caractère monarchique, un mode d'élection anti-démocratique de l’Assemblée nationale avec une absence de proportionnelle, un colossal mille-feuille administratif, une escroquerie tolérée de la dette publique, des chiffres fantaisistes du chômage, une baisse du pouvoir d’achat des salariés et retraités, un désengagement tous azimuts de l’Etat, une fiscalité injuste, un mode de financement archaïque de la Sécurité sociale, etc.

Il aurait fallu engager, dès le début du quinquennat, des réformes essentielles dans tous ces domaines et bien d’autres encore afin de renouer avec la République, la démocratie et la justice sociale, en apportant des réponses sérieuses aux difficultés que rencontrent des millions de Français et leurs familles. Et le principe souvent rappelé naguère par Pierre Mendès France (si les réformes essentielles ne sont pas faites dans les six premiers mois qui suivent l’installation d’un nouveau gouvernement, elles ne se font en général jamais) s’est à nouveau vérifié. Dès la fin de l’année 2012, il était clair que les grandes réformes nécessaires étaient déjà enterrées par François Hollande.

Mais si cette absence de vraies réformes résulte d’une politique assez conservatrice, elle s’explique aussi par un manque de préparation évident à l’exercice des responsabilités et une profonde méconnaissance des dossiers. L’incompétence a marqué quasiment chaque action, chaque projet de loi, chaque déclaration de ministres ou secrétaires d’Etat. On n’aura jamais constaté autant d’incohérences, revirements, maladresses ou couacs gouvernementaux depuis le début de la 5ème République en 1958.

François Hollande aurait pu écouter les conseils venant d’experts de la société civile mais il a préféré s’entourer de ses proches au sens idéologique du terme. Des projets à caractère souvent électoraliste ont été ainsi censurés par le Conseil constitutionnel comme la loi sur l’amnistie sociale ou l’imposition à 75% des revenus annuels dépassant un million d’euros. D’autres n’ont pas abouti comme l’état d’urgence ou la déchéance de nationalité que François Hollande avait décidé de faire entrer dans la Constitution.

Mais c’est avant même son élection, lors du grand meeting de campagne, le 22 janvier 2012 au Bourget, que François Hollande commettait sa première grave erreur. Il était aux côtés de Yannick Noah, longtemps exilé fiscal en Suisse en tant que tennisman professionnel. Ce duo sur scène était d’autant plus étonnant que la gauche en général et le Parti socialiste en particulier n’ont jamais eu de mots assez durs pour les exilés fiscaux.

En invitant Yannick Noah qui avait gagné 3 800 000 € en 2010 (10 400 € par jour) selon le magazine Challenges, François Hollande, l’homme qui n’aimait pas les riches, donnait ainsi un très mauvais signal sur la politique qu’il allait mener au cours de son quinquennat, notamment en matière fiscale.

Et comme un nuage sombre s’avançant dans le ciel, cette première erreur annonçait l’orage qui allait suivre…

 

Extraits du livre : 

Autopsie d'un quinquennat

2012-2017

Les vraies réformes mises aux oubliettes

 

par Albert Ricchi

- Essai / Etude politique (broché)
- Mars 2017, format roman (134 x 204 mm), 314 pages 

- Couverture quadrichromie

 

Editions Edilivre - APARIS
175 boulevard Anatole France, Bat A, 2e étage
93200 Saint Denis
Tél : 01 41 62 14 40 / Fax : 01 41 62 14 50

https://www.edilivre.com

 


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10 réactions à cet article    


  • troletbuse troletbuse 11 avril 09:31

    Se présenter à un poste, dont on sait ne pouvoir en assurer la responsabilité, devrait être condamnable ? C’est une usurpation. Ne pas savoir être un usurpateur. est encore pire. Hollande a mis plusieurs années à s’en apercevoir, Sarko ne s’en est pas encore aperçu. Tous deux sont aussi dangereux, la meilleure preuve étant les guerres illégitimes qu’ils ont déclenchée soit sur ordre soit pour remonter leur côte détestation.. smiley


    • Daniel Roux Daniel Roux 11 avril 09:51

      Hollande ne m’a pas déçu.

      J’ai voté pour lui sachant qu’il était de centre droit, européiste et atlantiste.

      Fallait-il voter Sarkozy, l’incompétent notoire, l’affairiste, l’homme qui a fait passé le déficit budgétaire de 2,5% à 7,8% en 2 ans et la dette de 65% du pib à 85% ?

      Bien sûr que non, et pourtant, 48% des électeurs étaient près à remettre le couvert avec celui qui avait ruiné la réputation et les finances de la nation. Il y a manifestement un problème avec l’information déloyale des électeurs par des médias sous contrôle des financiers.

      La seule chose que j’attendais de Hollande, était qu’il lutte contre la corruption, larvée mais importante, qui mine notre pays. Il semble bien qu’il y ait eu quelques progrès dans ce domaine.

      La loi El Konry, quelques mois avant la fin de son mandat, est issu d’un accord européen pour éviter la procédure de déficit excessif. L’usage du 49.3, imposé à Valls, avait probablement pour but de couler ce dernier. Ces décisions se sont révélées catastrophique. Cela montre bien que même les vieux renards de la politique, aussi intelligents soient t-ils, font d’énormes erreurs.

      Cela devrait faire réfléchir sur le système.


      • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 11 avril 11:55

        @Daniel Roux
        Vous vous trompez complètement, Sarkozy a été traîné dans la boue par les médias pendant tout son quinquennat, ce qui montre bien que l’information déloyale à laquelle vous faites allusion n’était certainement pas en sa faveur.

        Inversement, malgré une attitude vulgaire et méprisante et d’innombrables atermoiements, Hollande n’a jamais fait l’objet d’une telle campagne de dénigrement, ce qui montre donc que les médias roulent pour la gauche, même sous contrôle des financiers.

        Vous même n’arrivez pas à trouver quelque chose de franchement positif pour sauver Hollande, vous vous consolez en disant que la seule chose que vous attendiez de Hollande est qu’il lutte contre la corruption. Mais il ne l’a même pas fait, la meilleure preuve est cet amendement voté récemment par les députés qui immunise des fautes passées depuis quinze ans. La justice est-elle moralisée ou instrumentalisée ? Le mur des cons est-il supprimé ?


      • Daniel Roux Daniel Roux 11 avril 14:20

        @Gilles Mérivac

        Je suis toujours abasourdi de constater à quel point certaines personnes peuvent être aveugles et sourdes aux faits les plus simples et les plus évidents, lorsque cela nuit à l’image qu’ils se font de leur idole.

        Vous êtes un vrai cadeau pour les pires démagogues.


      • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 11 avril 15:57

        @Daniel Roux
        D’abord, je n’ai cité que des faits simples et évidents.
        Oui ou non, Sarkozy a-t-il fait l’objet de campagnes médiatiques de dénigration durant son quinquennat ? Oui ou non, l’immense majorité des journalistes est-elle de gauche ?
        Votre argument sur la dette est très discutable, car la crise des subprimes est passée par là, et je ne pense pas que beaucoup de gouvernements auraient fait mieux.

        Mais curieusement, pour vous, évaluer objectivement un mandat, c’est avoir une « idole ». Comprenne qui pourra !


      • Daniel Roux Daniel Roux 11 avril 16:28

        @Gilles Mérivac

        Non, non et non.

        Depuis que les financiers ont pris le contrôle des médias, ils n’embauchent que des journalistes partageant leur vision du monde.

        Les journalistes à l’ancienne n’existent plus. Les pigistes sont devenus les soutiers de l’information. si l’article proposé est conforme à la ligne éditoriale fixé par le propriétaire au rédacteur en chef, il est publié. Il ne l’est pas, il n’est pas publié.

        A la télévision et dans les radios, c’est pareil.

        La propagande est massive en faveur du système dominant. Il n’y a pas de place pour la contradiction.

        Le dernier intervenant de gauche entendu à la télé, c’est POUTOU.


      • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 11 avril 17:02

        @Daniel Roux
        La propagande est massive en faveur du système dominant, mais c’est bien l’idéologie de gauche !
        C’est elle qui juge et condamne tout propos qui n’est pas multiculturel, celui qui discute le bien fondé de l’immigration massive est tout de suite catalogué d’extrême droite et mis au placard !

        Ni Poutou, ni Arthaud ni Mélenchon ne sont inquiétés pour leur idées ! Les journalistes reprochent-ils à Mélenchon d’admirer Chavez ? Jamais !

        Ruquier, Pujadas et les journalistes de Canal+ ont beau être salariés par les financiers, cela ne change rien, ils sont outrageusement de gauche et ne s’en cachent pas. Comment pouvez-vous prétendre le contraire ?


      • titi 12 avril 00:01

        @Daniel Roux

        « Fallait-il voter Sarkozy, l’incompétent notoire, l’affairiste, l’homme qui a fait passé le déficit budgétaire de 2,5% à 7,8% en 2 ans et la dette de 65% du pib à 85% ? »

        Sarko a été dénigré pendant tout son quinquennat.
        Il a été accusé de tout et de son contraire.

        En matière économique son quinquénat a été marqué par une crise mondiale, avec un euro fort, et un pétrole fort.

        En matière économique le mandat de Hollande a été marqué par une reprise mondiale, un euro faible (-30%), et un pétrole faible (ce qui a permis de passer l’écotaxe sur l’essence)

        Avec une conjoncture bien meilleure, Hollande n’a pas fait mieux que Sarko.

        Hollande avait tous les voyants au vert. Il n’y avait pas eu un tel « alignement des planêtes » depuis des années. Et le résultat est juste à chier.


      • CARAMELOS CARAMELOS 11 avril 23:05

        Bref une grosse Nouille aussi nulle que toutes les autres qui nous gavent grave depuis trop longtemps. Le bouffi est mort qu’il se casse, il pue deja de trop !!! 


        • dixneuf 12 avril 10:39

          « ...l’imposition à 75% des revenus annuels dépassant un million d’euros. »

          Oui, mais :
          >>> Avec le plafonnement de l’ISF, c’est 75% à partir du premier euro, sans aucune diminution ( quotient familial, dons, emplois à domicile...) des revenus du foyer fiscal.
          C’est simple, tu gagnes 100, tu payes 75 ! smiley 

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