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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les Lumières ?

Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les Lumières ?

Le salon de Madame Geoffrin, à Paris.

"Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable, puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.

La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchi depuis longtemps d’une (de toute) direction étrangère, reste cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteur des premiers. Il est si aisé d’être mineur ! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier) tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui très aimablement (par bonté) ont pris sur eux d’exercer une haute direction sur l’humanité. Après avoir rendu bien sot leur bétail et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas, hors du parc ou ils les ont enfermé. Ils leur montrent les dangers qui les menace, si elles essayent de s’aventurer seules au dehors. Or, ce danger n’est vraiment pas si grand, car elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher ; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte, détourne ordinairement d’en refaire l’essai.

Il est donc difficile pour chaque individu séparément de sortir de la minorité qui est presque devenue pour lui, nature. Il s’y est si bien complu, et il est pour le moment réellement incapable de se servir de son propre entendement, parce qu’on ne l’a jamais laissé en faire l’essai. Institutions (préceptes) et formules, ces instruments mécaniques de l’usage de la parole ou plutôt d’un mauvais usage des dons naturels, voilà les grelots que l’on a attachés au pied d’une minorité qui persiste. Quiconque même les rejetterait, ne pourrait faire qu’un saut mal assuré par-dessus les fossés les plus étroits, parce qu’il n’est pas habitué à remuer ses jambes en liberté. Aussi sont-ils peu nombreux, ceux qui sont arrivés par leur propre travail de leur esprit à s’arracher à la minorité et à pouvoir marcher d’un pas assuré.

Mais qu’un public s’éclaire lui-même, rentre davantage dans le domaine du possible, c’est même pour peu qu’on lui en laisse la liberté, à peu près inévitable. Car on rencontrera toujours quelques hommes qui pensent de leur propre chef, parmi les tuteurs patentés (attitrés) de la masse et qui, après avoir eux-mêmes secoué le joug de la (leur) minorité, répandront l’esprit d’une estimation raisonnable de sa valeur propre et de la vocation de chaque homme à penser par soi-même. Notons en particulier que le public qui avait été mis auparavant par eux sous ce joug, les force ensuite lui-même à se placer dessous, une fois qu’il a été incité à l’insurrection par quelques-uns de ses tuteurs incapables eux-mêmes de toute lumière : tant il est préjudiciable d’inculquer des préjugés parce qu’en fin de compte ils se vengent eux-mêmes de ceux qui en furent les auteurs ou de leurs devanciers. Aussi un public ne peut-il parvenir que lentement aux lumières. Une révolution peut bien entraîner une chute du despotisme personnel et de l’oppression intéressée ou ambitieuse, (cupide et autoritaire) mais jamais une vraie réforme de la méthode de penser ; tout au contraire, de nouveaux préjugés surgiront qui serviront, aussi bien que les anciens de lisière à la grande masse privée de pensée..."

 

 

kant-stamp

Le mouvement des Lumières est né en Europe au XVIII ème siècle. Il a reçu le nom d'Enlightement en Angleterre et d'Aufklärung en Allemagne. Ses représentants les plus célèbres sont, outre Emmanuel Kant, Montesquieu, Voltaire, Denis Diderot, Jean Le Rond d'Alembert, Jean-Jacques Rousseau et David Hume.

Cette période que l'on appelle "le siècle des Lumières" se caractérise par un désir de progrès dans tous les domaines : politique : remise en question de la monarchie absolue de droit divin, religieuse : critique de la superstition et du fanatisme, culturelle : intérêt renouvelé pour les sciences et les techiques et social : déclin de l'aristocratie, essor de la bourgeoisie.

Le "programme" des Lumières pourrait se résumer ainsi : Lutter contre l'ignorance en diffusant largement le savoir ; augmenter les richesses en développant l'agriculture, l'industrie et les arts ; substituer la raison à la superstition ; assurer l'autonomie de l'éthique par rapport à la religion ; rendre l'idée de Dieu indépendante de toute religion particulière ; refuser de se résigner aux prétendus décrets de la Providence (cf. Candide de Voltaire).

Le texte de Kant reprend une partie de ce programme : lutter contre l'ignorance en diffusant largement le savoir, substituer la raison à la superstition, assurer l'autonomie de l'éthique par rapport à la religion, rendre l'idée de Dieu indépendante de toute religion particulière. Ses concepts-clés sont : "oser", "humanité", liberté", "préjugés", "révolution", "despotisme", "réforme", "liberté", raison, "usage privé de la raison", "usage public de la raison", "savant", "progrès", "droits sacrés de l'humanité", "volonté générale", "despotisme clérical", "critique".

Emmanuel Kant définit les Lumières comme "la sortie de l'homme de sa minorité" et donc son accession à la majorité. Emmanuel Kant compare l'humanité à un enfant que l'on empêche de grandir ou qui s'empêche lui-même de grandir.

La plupart des hommes sont dotés de la "capacité de penser". René Descartes, que l'on peut considérer avec Spinoza comme un précurseur des Lumières, affirme dans Le Discours de la Méthode que le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. Pour Kant, ce n'est pas la capacité de penser qui est en cause (l'infirmité de la raison), mais le courage de s'en servir.

Il est plus aisé de se conduire comme un mineur que comme un majeur car cet état n'exige pas d'efforts particuliers : je n'ai qu'à me laisser guider par les autres (nous dirions aujourd'hui par les "experts") qui savent mieux que moi ce que je dois penser et ce que je dois faire.

Kant a recours dans le deuxième paragraphe à un procédé que l'on trouve souvent dans les écrits des penseurs des Lumières : l'ironie :""Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier), tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c'est une chose pénible, c'est ce à quoi s'emploient fort bien les tuteurs qui très aimablement (par bonté) ont pris sur eux d'exercer une haute direction de l'humanité." L'ironie, ou "antiphrase" est une figure (procédé) rhétorique qui consiste à dire le contraire de ce que l'on pense en laissant entendre que l'on ne pense pas ce que l'on dit.

Contrairement au mensonge qui sert à dissimuler la vérité, l'antiphrase sert à mieux la révéler en établissant une connivence avec le lecteur "éclairé" qui sait bien que ce n'est nullement "par bonté" que les tuteurs de l'humanité s'emploient à la décharger de l'effort de penser, mais, comme dirait (dira) Nietzsche par "esprit de ressentiment" et pour exercer leur "volonté de puissance".

On peut aussi l'interpréter d'une façon positive la remarque "y compris le sexe faible tout entier", comme une critique de la tutelle que les hommes exercent sur les femmes. C'est le genre humain tout entier et pas seulement les hommes qui doit accéder à la majorité.

C'est ce que pensait et disait Olympe de Gouges qui fut la première à revendiquer un "Droit des femmes".

On peut voir sur le tableau représentant le salon de Madame Geoffrin quelques femmes (quatre en tout, ce qui n'est pas beaucoup, mais ce n'est pas rien) parmi les représentants des Lumières. 

Kant, comme Etienne de la Boétie, montre que la servitude n'est pas seulement subie par les hommes (au sens générique du terme), mais qu'elle est volontaire et qu'elle ne durerait pas si longtemps si les hommes n'y consentaient point.

Après avoir comparé les hommes aux enfants (mineurs), Kant introduit dans le second paragraphe une deuxième comparaison : entre les hommes et les animaux domestiques. Ce passage contient lui aussi des marques d'ironie : "Après avoir rendu bien sot leur bétail (domestique) et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n'aient pas la permission d'oser faire le moindre pas, hors du parc où ils les ont enfermés, ils leur montrent les dangers qui les menacent si elles essayent de s'aventurer seules au dehors..."

Kant reprend ici la thèse qu'il a exposée au début du texte : ce n'est pas à cause de l'infirmité de leur entendement que les hommes n'osent pas s'en servir, mais par peur. Leurs tuteurs s'emploient à renforcer cette peur. Kant montre que les hommes exagèrent les dangers auxquels ils s'exposent en "sortant de leur enclos". Les enfants eux-mêmes , quand ils apprennent à marcher font souvent des chutes qui n'ont pas de conséquences graves.

Kant insiste ici sur l'importance de l'expérience personnelle : personne ne peut ni penser, ni marcher à notre place. La liberté a un prix et personne ne peut en exonérer autrui. Nous devons donc surmonter la peur de penser par nous-mêmes et ne pas nous laisser décourager par les "chutes". La frayeur qui en résulte ne doit pas nous détourner d'en refaire l'essai.

Il est difficile pour chaque individu pris séparément de sortir de la minorité pour deux raisons :

a) l'état de mineur tend à devenir une habitude, une "seconde nature", si bien qu'il est devenu incapable de se servir de son propre entendement.

b) personne ne l'a laissé en faire l'essai. Kant souligne le fait que les institutions humaines, les formules et les préceptes qui en émanent, tendent à s'opposer par une sorte de pesanteur naturelle à l'usage de la liberté individuelle. Ces institutions et ces formules procèdent d'un mauvais usage de la raison. On peut rapprocher le troisième paragraphe du texte de l'allégorie de la Caverne de Platon, dans République, Livre VII : les hommes sont prisonniers des chaînes de l'opinion et doivent faire des efforts douloureux pour s'en libérer.

Platon explique, comme le fait Kant qu'ils sont satisfaits de leur état parce qu'ils y sont habitués et que tout changement est source d'inconfort. Les hommes qui se sont arrachés à l'état de mineurs (qui se sont émancipés) sont donc aussi peu nombreux pour Kant que ceux qui, dans le mythe de la caverne, se sont détournés de l'opinion (la doxa) pour se tourner vers les Idées. Les causes internes de la servitude : la peur, l'habitude, le conformisme... se conjuguent pour Kant, comme pour Platon, avec des causes externes les institutions et les préceptes, les causes externes de la servitude humaine renforçant les causes internes (on parlerait aujourd'hui de "feed back").

Les institutions et les préceptes sont "des instruments mécaniques de l'usage de la parole". Le mot "mécanique" signifie le contraire de "réfléchi", de libre, de personnel. Agir de façon mécanique, c'est imiter les autres (ne pas chercher à se connaître soi-même), c'est être asservi aux institutions et aux préceptes (Freud parlera de la rigidité du "surmoi"), c'est répéter comme un perroquet (psittacisme) des préceptes, sans prendre la peine de les examiner (étymologiquement de les passer au crible de la raison).

Les hommes qui se sont arrachés à l'état de mineurs sont peu nombreux, mais doivent être, selon Kant, les véritables guides de l'humanité : "Car on rencontrera toujours quelques hommes qui pensent de leur propre chef parmi les tuteurs patentés (attitrés) de la masse et qui, après avoir eux-mêmes secoué le joug de la (leur) minorité, répandront l'esprit d'une estimation raisonnable de sa valeur propre et de la vocation de chaque homme à penser par soi-même" (§ 4).

De même qu'on doit apprendre à un enfant à marcher, Il n'est pas possible penser tout seul par soi-même ; il faut y être aidés, mais non par des tuteurs qui cherchent à nous asservir, mais par des guides qui désirent nous éclairer. Ces tuteurs ont logiquement été éclairés par d'autres et Kant pense sans doute à la longue lignée de penseurs qui ont jalonné l'histoire de la pensée depuis ses débuts dans la Grèce antique : les philosophes comme Platon, mais aussi les mathématiciens et les géomètres comme Euclide ou Pythagore .

Note :

"Les grands bouleversements dans l'histoire du monde, disait Nietzsche, s'avancent sur des pattes de colombe". Husserl a montré que cette attitude radicalement nouvelle face au monde (l'étonnement devant l'Être, la recherche désintéressée de la vérité pour elle-même... a introduit une "révolution de l'historicité".

Il a suffi qu'une poignée d'hommes (les Présocratiques, Pythagore, Euclide, Thalès, Platon, Aristote, Hérodote, Thucydide...) "invente" la philosophie (ainsi que les mathématiques, la géométrie et l'histoire) comme "recherche de la vérité" pour bouleverser le rapport à la tradition. Husserl parle d'une ouverture de l'esprit sur l'infini : la philosophie et la science assignent à l'esprit humain des tâches infinies dans le temps : exister ne consiste plus à "reproduire" mais à "connaître théoriquement tout ce qui est" (p. 68) et dans l'espace : la communauté des penseurs et des savants n'est pas limitée à une seule nation, elle est virtuellement universelle.

Emmanuel Kant, dans la Préface à la seconde édition de la Critique de la Raison pure (1787) fait remonter cette ouverture sur l'infini à Thalès : "Je crois qu'elle (la logique) est restée longtemps à tâtonner (surtout chez les Egyptiens), et que ce changement fut l'effet d'une révolution due à un seul homme, qui conçut l'heureuse idée d'un essai après lequel il n'y avait plus à se tromper sur la route à suivre, et le chemin sûr de la science se trouvait ouvert et tracé pour tous les temps et à des distances infinies."

Les penseurs, les philosophes, les hommes de science ont donc une responsabilité au sein de la société et même une mission qui consiste à combattre les superstitions et les préjugés, à éclairer les autres hommes et à les aider à échapper à la servitude.

Mais Kant prend bien soin de préciser que le progrès des Lumières ne se fait pas en un jour, qu'il est le fruit d'une longue histoire et d'efforts constamment renouvelés : "aussi un public ne peut-il parvenir que lentement aux Lumières." Contemporain de la Révolution française, Kant pressent sans doute que des événements historiques importants sont en marche, mais estime qu'une révolution politique ne conduit pas nécessairement à une évolution intellectuelle et morale (à "une vraie réforme de la méthode de penser").

Le § 5 introduit un nouveau concept : celui de liberté : "Or, pour ces Lumières, il n'est rien requis d'autre que la liberté ; et à vrai dire la liberté la plus inoffensive de tout ce qui peut porter ce nom, à savoir celle de faire un usage public de sa raison dans tous les domaines." Il va distinguer plus loin deux usages de la raison : "l'usage privé" et "l'usage public".

"Il n'y qu'un seul maître au monde qui dise : "raisonnez autant que vous voudrez et sur tout ce que vous voudrez, mais obéissez !" : Kant fait allusion au "despotisme éclairé de Frédéric II de Prusse et va jusqu'à appeler le siècle des Lumières "le siècle de Frédéric". Il explicitera cette allusion sur laquelle nous reviendrons, à la fin du texte.

Kant fait une distinction très importante au sein du concept de liberté définie comme usage de la raison, entre "usage privé" et "usage public" : "J'entends par usage public de notre propre raison celui que l'on en fait comme savant devant l'ensemble du public qui lit (instruit)... J'appelle usage privé celui qu'on a le droit de faire de sa raison dans un poste civil ou une fonction déterminée qui vous sont confiés."

L'usage public de notre raison doit être libre et cette liberté est avantageuse car "lui seul peut amener les Lumières parmi les hommes". L'usage privé de la raison est nécessairement limité par les nécessités liées au fonctionnement de la société (le maintien de l'ordre social). "Là, il n'est (donc) pas permis de raisonner, il s'agit d'obéir." Les hommes ne doivent pas, selon Kant, remettre en question l'ordre social en refusant d'obéir car la société fonctionne comme une machine dont chaque membre est un rouage. Le fonctionnement de la société requiert une "unanimité artificielle" et une passivité de ses membres (ou du moins d'une partie d'entre eux) dans l'usage privé de leur raison.

Toutefois la même personne, à condition de le faire de façon pertinente et mesurée, peut faire des remarques publiques sur les dysfonctionnements de la société. Kant prend l'exemple d'un citoyen qui pense qu'un impôt est injuste. En tant que personne privée, il n'a pas le droit de ne pas payer l'impôt, mais il peut critiquer publiquement "la maladresse ou même l'injustice de telles impositions." Il évoque aussi le cas d'un officier qui doit, dans l'exercice de sa fonction, obéir aux ordres qui lui sont donnés, mais qui peut, en tant qu'expert, critiquer publiquement, dans un écrit ou de toute autre manière, une erreur de commandement.

Henri David Thoreau reprendra cette problématique un siècle plus tard, dans son Traité sur la désobéissance civile dans lequel il refuse (sans nommer Kant) la distinction kantienne entre usage public et usage privé de la raison : un citoyen a le droit et même le devoir de ne pas payer l'impôt tant que son pays n'a pas aboli une pratique avec laquelle il est en profond désaccord (en l'occurrence l'esclavage).

Il prend également l'exemple d'un prêtre qui, en tant que personne privée, est tenu d'enseigner les vérités de l'Eglise dans laquelle il a été admis, mais qui, en tant que savant, "a la pleine liberté, et même plus (...) la mission de communiquer au public toutes ses pensées soigneusement pesées et bien intentionnées sur ce qu'il y a d'incorrect dans ce symbole et de lui soumettre ses projets en vue d'une meilleure organisation de la chose religieuse et ecclésiastique".

Kant emploie le mot "symbole" et non le mot "vérité" pour évoquer les vérités religieuses. Dans la religion catholique, le credo est appelé "symbole des apôtres". On voit à quel point il est éloigné de l'idée d'une croyance aveugle ou même de l'idée que la philosophie (la raison) doit se faire l'auxiliaire ou la servante de la théologie. Il exposera dans un autre opuscule : La religion des les limites de la raison, la thèse selon laquelle on ne peut forcer personne à croire en des "vérités" contraires à la raison. 

"Une société ecclésiastique" (une Eglise) n'est pas fondée en droit à faire prêter serment sur un symbole immuable car il n'y a pas, pour Kant de "vérités éternelles". ce serait, ajoute Kant "un crime contre la nature humaine" dont la destination originelle consiste dans le progrès de Lumières, c'est-à-dire dans la possibilité de découvrir que ce que l'on tient pour une vérité dans le présent peut être tenu plus tard pour une erreur.

La "pierre de touche" de tout ce qui peut être décidé pour un peuple sous forme de loi tient dans la question suivante : "Un peuple accepterait-il de se donner lui-même pareille loi ?" Autrement dit un peuple accepterait-il de se donner librement une loi qui lui impose de croire en une vérité immuable ? Kant répond par la négative, sinon "pour une durée déterminée et courte, dans l'attente d'une loi meilleure, en vue d'introduire un certain ordre." On retrouve ici le souci de Kant de concilier la liberté et l'ordre, mais c'est la liberté qui doit prévaloir. 

L'autorité législative du monarque ne procède pas de Dieu (monarchie de droit divin), mais du fait que "le monarque rassemble la volonté générale du peuple dans la sienne propre". Le "despotisme éclairé" tient le milieu entre la monarchie de droit divin théorisée par Bossuet et le régime républicain (ou démocratique) dans lequel la souveraineté est détenue par le peuple théorisée par Rousseau dans Le Contrat social

Le monarque n'a pas à se mêler des affaires religieuses : "Pourvu qu'il veille à ce que toute amélioration réelle ou supposée se concilie avec l'ordre civil, il peut pour le reste laisser ses sujets faire de leur propre chef ce qu'ils trouvent nécessaire d'accomplir pour le salut de leur âme ; ce n'est pas son affaire, mais il a celle de bien veiller à ce que certains n'empêchent point par la force les autres de travailler à réaliser et à hâter ce salut de toutes leurs forces en leur pouvoir." Kant pose ici les bases de ce que nous appelons aujourd'hui la "laïcité", c'est-à-dire le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Kant rejette donc le concept de monarchie absolue de droit divin telle qu'elle fut incarnée en France, au XVIIème siècle par le roi Louis XIV. "César n'est pas au-dessus des grammairiens." : le roi doit faire confiance aux croyants, aux hommes de science, aux philosophes et aux artistes et se garder d'intervenir dans ces domaines dans lesquels, bien que détenteur du pouvoir suprême, il n'est pas plus compétent qu'eux. 

La liberté religieuse qui constitue pour Kant un souci fondamental est compatible, selon lui, avec la "durée publique" et "l'unité de la chose commune", autrement dit on ne doit pas fonder l'ordre social sur la religion ; il ne doit pas y avoir de "religion d'Etat".

Outre la religion, les autres domaines dans lesquels les hommes peuvent et doivent exercer leur liberté de jugement sont les arts et les sciences. Le monarque doit encore moins intervenir dans ces deux domaines que dans celui de la religion, sous peine de se "déshonorer". La liberté de jugement peut même s'étendre au domaine de la législation de l'Etat.

"Seul celui qui, éclairé lui-même, ne redoute par l'ombre (les fantômes), tout en ayant sous la main une armée nombreuses et disciplinée pour garantir la tranquillité publique, peut dire ce qu'un Etat libre ne peut oser : "Raisonnez tant que vous voudrez et sur tous les sujets qu'il vous plaira, mais obéissez !" L'allusion à "l'armée nombreuse et disciplinée" permet de comprendre qu'il s'agit évidemment de Frédéric II de Prusse, le type accompli du "despote éclairé".

"Presque tout est paradoxal dans l'ordre social considéré dans son ensemble : un degré supérieur de liberté civile paraît avantageux à la liberté d'esprit du peuple et lui impose néanmoins des limites infranchissables." "Raisonnez tant que vous voudrez et sur tous les sujets qu'il vous plaira, mais obéissez !" : la liberté d'esprit du peuple a pour limite le devoir d'obéir aux lois.

"Despotisme éclairé" : le paradoxe est condensé dans cet oxymore, puisque c'est le despotisme : la limitation de la liberté extérieure, le devoir d'obéir aux lois raisonnables promulgués par le monarque "rassemblant la volonté générale du peuple dans la sienne propre" qui permet la liberté de pensée en préservant l'ordre social.

La possibilité de penser librement développe le germe de la pensée libre et agit peu à peu sur l'aptitude du peuple à se comporter librement. A partir de ce moment, l'homme devient un peu plus qu'un rouage de la machine sociale et le gouvernement trouve plus profitable de le traiter selon la dignité qu'il mérite.

Nous sommes en mesure à présent de mieux comprendre la définition kantienne des Lumières : "Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable, puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.

"la sortie (Ausgang) de l'homme de sa minorité dont il est lui-même responsable..." L'homme est désormais responsable de son maintien ou non dans l'état de minorité car, d'une part, l'incapacité de se servir de son entendement sans la direction d'autrui ne réside pas dans un défaut de l'entendement, mais dans un manque de décison et de courage et parce que, d'autre part, la force extérieure qui le maintenait dans la minorité a déserré son emprise.

Aristote distinguait l'être en puissance (ou en germe) de l'être en acte. Le gland, par exemple est un chêne "en puissance" (ou "entéléchie"). La nature (et non Dieu) a libéré en l'homme le germe de la libre pensée. Ce germe a vocation de transcender la mécanique des instincts, puis la mécanique sociale qui tend à maintenir l'homme dans l'état d'enfance et d'animalité. "Vivons-nous actuellement dans un siècle éclairé ?" demande Kant. Et il répond : "non, mais bien dans un siècle en marche vers les Lumières."

Cette idée d'une destination naturelle de l'homme se retrouve dans un autre écrit de 1784, L'histoire universelle au point de vue cosmopolitique : "La nature a voulu que l'homme tire entièrement de lui-même tout ce qui dépasse l'agencement mécanique de son existence animale et qu'il ne participe à aucun autre bonheur et à aucune autre perfection que ceux qu'il s'est crées lui-même, libre de l'instinct, par sa propre raison." (troisième proposition)

Kant définit les Lumières comme "sortie" (Ausgang) de l'homme de sa minorité et comme libre exercice de la raison. Les conditions de cet exercice feront l'objet des trois critiques (critique de la raison pure, critique de la raison pratique, critique du jugement) qui répondent aux trois questions fondamentales (questions qui se ramènent, selon Kant, à une seule : "Qu'est-ce que l'homme ?") : Que puis-je savoir ? (les limites de la raison et les conditions légitimes de son usage), que dois-je faire ? Que m'est-il permis d'espérer ?

 


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21 réactions à cet article    


  • Le p’tit Charles 6 juin 2016 10:42
    Qu’est-ce que les Lumières ?..Un salon ou l’on cause de tout et de rien et ou les intervenants pensent avoir des choses à dire, alors que notre société démontre le contraire..leurs MOTS ont accouché de moult MAUX pour le peuple...Des « Bobos » en somme..L’histoire se répète avec les mêmes bouffons qui veulent changer le monde en ne visant que leurs comptes en banques...Vos lumières sont bien palotes en face de la réalité.. !

    • Taverne Taverne 7 juin 2016 09:29

      @Le p’tit Charles

      Qualifier Kant de « bobo » n’a pas plus de sens que de traiter, par exemple, Toutankhamon de geek ! C’est regarder l’histoire des idées par le prisme des opinions d’aujourd’hui. Pur anachronisme. Kant était surnommé « l’horloge de Königsberg » : rien d’un bourgeois bohème donc et son style de vie le confirme. L’oeuvre de ces philosophes des Lumières n’a rien de « pâlotte ».


    • César Castique César Castique 6 juin 2016 11:11

      Qu’est-ce que les Lumières ? De stupides petits marquis, qui se la pétaient en jouant les esprits forts, et qui, loin d’« émanciper » l’homme, l’ont plongé dans un désarroi dont les conséquences, loin de se résorber, s’aggravent de jour en jour.

       

      Le psy, l’astrologue et le marabout, qui sont riches, ont remplacé le curé, qui était pauvre, et l’existence de l’humain, plutôt que par les cycles de la nature et par les fêtes religieuses qui soudaient la communauté autour des mêmes valeurs et des mêmes croyances, est rythmée par des événements vulgaires et insignifiants abondamment répercutés par la télévision, opium du peuple possédant.

       

      D’Eurofoot en Tour de France et de Tour de France en Jeux olympiques d’été, le sportif en chaise longue ne va débander du 10 juin au 21 août. Et pour peu que les tricolores l’emportent le 10 juillet, il va même offrir une remontée dans les sondages à Flamby.

       

      Ce monde, Tocqueville l’a vu venir, dès 1840. C’est saisissant et c’est aussi accablant pour les Lumières :


      « Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leurs âmes. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie. » 

       

      Cela dit, il faut reconnaître, et saluer, le génie de Kant. Qui d’autre aurait pu condenser en si peu de mots (douze) l’entier du chimérisme de la clique à laquelle il appartenait, en définissant les Lumières : « La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. »  ? Chapeau l’artiste !


      • Jo.Di Jo.Di 6 juin 2016 13:08

         
        Quel est l’âge regretté ? La minorité.
         
        « Le grec antique n’avait pas la foi où la science, il avait la certitude et l’émerveillement, c’est ce qui fait de lui l’enfant envié de l’Humanité. » Marx


      • Et hop ! Et hop ! 6 juin 2016 20:33

        @César Castique : «  Qu’est-ce que les Lumières ? De stupides petits marquis, qui se la pétaient en jouant les esprits forts... »


        En l’occurrence, il ne s’agissait pas de nobles, mais de la classe qui va prendre le pouvoir avec la Révolution, des bourgeois de la finance (Mme Geoffrin, Mme Helvetius, d’Holbach, Marmontel, puis Mme de Staël, d’Holbach, Diderot, Fontenelle,.. ), des faux abbés (Duclos, l’abbé Morellet, Jean-Baptiste de Mirabaud, l’abbé Raynal, l’abbé de Mably,..) ou de faux nobles (comme M. de Voltaire, d’Alembert, Mme de Tencin, Fontenelle,..). Montesquieu est un peu une exception.


      • César Castique César Castique 6 juin 2016 23:06

        @Et hop !

        « En l’occurrence, il ne s’agissait pas de nobles, mais de la classe qui va prendre le pouvoir avec la Révolution... »


        En réalité, l’expression « petits marquis » n’a rien à voir avec le titre nobiliaire. Le dictionnaire en ligne du CNTRL en donne la définition suivante : « P. iron. Personnage aux manières affectées, désinvoltes, d’une élégance étudiée. »


        Il m’arrive de préciser « en jouant les esprits forts, pour épater les gonzesses... » Parce que c’est réellement ce que je pense. Chez la plupart des mâles, l’esbroufe est un élément important de la « parade nuptiale », d’autant plus que c’est l’un de meilleur marché.

      • Et hop ! Et hop ! 7 juin 2016 13:24

        @César Castique : Certes.


        Mais en l’occurrence, les Philosophistes étaient plutôt des gens qui avaient tendance à combattre l’affectation dans les bonnes manières, le style fleuri, le style aristocratique, prônant la simplicité, l’utilitarisme, sous l’influence protestante de gens comme Rousseau, Helvetius, et ensuite de Benjamin Franklin qui a été le pape de l’utilitarisme. La Bourgoisie, l’encyclopédie, c’est le triomphe du matérialisme, de ce qu’on appellera plus tard le fonctionalisme, c’est une branche de la Réforme qui rejetait tous les arts sacrés, tous les rites.

        L’ expression favorite de Franklin, « ça ira », qui voulait dire « fi de toutes les bonnes manières », « pas besoin de toutes ces formes », est devenu la célèbre devise des Sans culottes. Frankilin était un Quaker, comme Priestley, c’était un mouvement qui rejetait toutes les règles de civilités et tous les décorum, à commencer par les usages du salut et de la révérence qu’ils avaient remplacés par la poignée de main, salut égalitaire qui se faisait en gardant son chapeau vissé sur la tête.

        Ce retour puritain à la simplicité, au dénuement, qu’on trouve déjà chez les Jansénistes, se traduit aussi dans les arts décoratifs et la peinture, par exemple chez Greuze qu’admirait beaucoup Diderot, et aussi même chez Marie-Anoinette. Dans l’architecture sévère promue par les financiers, Claude-Nicolas Ledoux, Boullée, dans l’architecture du Directoire et du Consulat de JLN Durand, avant que le sous la Restauration, le Romantisme ne reparte dans l’autre sens.

      • César Castique César Castique 8 juin 2016 08:16

        @Et hop !

        « Mais en l’occurrence, les Philosophistes étaient plutôt des gens qui avaient tendance à combattre l’affectation dans les bonnes manières, le style fleuri, le style aristocratique, prônant la simplicité... » 



        Oui, mais combattre délibérément l’affectation n’est jamais qu’une forme de l’affectation et, dans un mouvement comme celui-ci, il est difficile de distinguer ce qui ressortit chez chaque individu à la vraie personnalité, d’une part, au genre qu’il se donne pour être au goût du jour, d’autre part.

      • Jo.Di Jo.Di 6 juin 2016 11:32

         
        Résumé des lumières pour qui a la flemme :
         
        La Cité des Maîtres, les hoplites qui osaient risquer leurs vies par vergogne, étaient celle des Egaux, car tous semblables face à la Mort.
        Ils avaient des Esclaves soumis et trouillards, les primo-bobos, peureux de risquer leurs vies au combat de la Reconnaissance d’être des hommes. Pour se consoler, les chiures imaginaient des arrières Mondes ...
         
        Le Maître n’étant que pour le Combat, s’emmerdait en temps de Paix. Alors il inventa la propriété privée et les orgies, et vint ainsi la décadence, Il abandonna la Politique, fierté des Égaux à Tyran qui s’appropria la Cité féodale. Devenant chiure comme son esclave, le Maître esclave du Tyran, il adopta la branlette chrétienne, comme son Esclave. Vint le temps des Esclaves-sans-Maître et des Maîtres-sans-Esclave, les bobo. Riches où pauvres il vénérèrent un nouveau Dieu, le Dieu Jaloux d’Israël, Pognon privé, individuel, Capital. Ainsi riches où pauvres, comme dit Marx et Hegel sont dans l’abnégation du remplissage du Caddie, l’aliénation.
         
        Mais ils tentaient d’amener le Paradis sur Terre, le droitdelhommisme. Capital était le nouveau Maître désincarné. Quand vint l’Immortalité, la Lumière fût un quasar, la peur de la Mort un absolu. L’Esclave-sans-Maître devint l’Esclave-de-La-Machine, le Cyborg. Et l’Esprit-du-Monde soudainement, donna vie à La-Machine, le Maître de la parousie.

        (Pour Kant, charité n’est pas vertu, juste branlette pour caresser son ego)


        • Jo.Di Jo.Di 6 juin 2016 17:52

           
          Entéléchie du bobo, le gland :
           
          L’entéléchie (Inneres pour faire philosophe teuton) de l’esclave bobo, qu’on appelle le gland, sa volonté (conatus du couillon), est évidement l’Ordre du Maître. L’essence de l’esclave bobo est la volonté du Maître, Sparte, le Château où le Capital.
          Alors forcément le bobo n’est pas dans un sine (« ici adéquate » en romain) en bobovision, il est chiure soumise comme expliqué plus haut. Et encore plus forcément, le bobo va dire qu’il n’est pas le gland qui a fait l’arbre purin-Monde, il va se branler (la Nuit Avachie en général). une explication extérieure à lui-même, dieux, Diable, Finance, toutes divinités supra-humaines.
          Aussi le théologien Newton, qui reçoit une pomme sur la tronche, tombée de l’arbre du même gland, va compléter sa mécanique avec le dieu chrétien, Maître du Monde. Ce qui pourrait aussi se dire, croire au dieu chrétien fait le Monde mécanique, cette inversion est le quiproquo du bobo auto-baisé (« Dieu ne joue pas aux dés » )
          Bref cette domination extérieure du Maître, par l’entendement limité du bobo aliéné, est purement cognitive (oxymore, oui je sais quand on parle du bobo de gôôôche), alors, triste pour le film du Monde, le bobo pleure (le tortillage de cul de la bobo Chanel devant les caméras qui tournent le film), charité sirupeuse, expérience mystique de l’Absolu Divin (Dieu où le droitdelhommisme). La branlette est Traitement du désespoir. Mais en flattant ainsi son ego, du moins bobo parvient à la Joie pure, hinc et nunc (pour faire Kamelot), et à la Reconnaissance des autres idiots dostoievskiens.
           
          « Un homme « ordinaire » [bobo de gôôôche] d’esprit borné peut fort aisément se croire extraordinaire et original, et se complaire sans retenue dans cette pensée [la Nuit Avachie]. Il a suffi à certaines de nos demoiselles [antifa de Science Po] de se couper les cheveux [style rappeur colon], de porter des lunettes bleues et de se dire nihilistes pour se persuader aussitôt que ces lunettes leur conféraient des « convictions » personnelles. Il a suffi à tel homme de découvrir dans son cœur un atome de sentiment humanitaire [inné donc animal] et de bonté pour s’assurer incontinent [diarrhée sirupeuse] que personne n’éprouve un sentiment pareil et qu’il est un pionnier du progrès social. »
           
          Dostoïevski, L’idiot [le bobo de gôôôche]


        • hervepasgrave hervepasgrave 6 juin 2016 13:16

          Bonjour,
          Il est magnifique votre article.
          Il illustre parfaitement la situation de la pensée.Avec beaucoup d’exemples (personnages) .Vous n’auriez pas mis dans votre présentation que vous étiez professeur de lettres que je me serais abstenue d’émettre quelques critiques .Je vais moi aussi me présenter ,je suis le benêt du village« euh ! l’idiot non, personne ne se le permettrait même si cela pouvait me réduire à moins que rien.Mais en tout état de cause je suis au centre de votre plaidoyer sur l’homme et son émancipation .

          Votre description des lumières est édifiante de méconnaissances du lieu ,du temps et de la réalité.Comment vous le dire .Que cela soit une réponse a votre article ,mais aussi et surtout a tous ceux qui aiment a mettre en avant des citations,des personnages !?
          J’ai cela de gênant c’est que je sais que pour s’émanciper ,se libérer,il n’y a pas d’aide extérieure, cela commence par la famille et s’étend a l’extérieur.Vous commencez par l’individu ,mais en contraignant les lecteurs a la notion de pluriel !? nous ne sommes pas sortie de la mouise.
          Mais il faudrait peut-être rappeler l’essentiel que d’ailleurs je n’entends jamais parler par nos lumières contemporaines,ni vous d’ailleurs ,ici.
          Le contexte est important , car tous vos beaux exemples ne faisait pas partie du peuple ils avaient une élévation supérieure ,des droits et ressources supérieures a l’homme unique qu’ils prétendaient défendre.D’ailleurs vous aussi en disant que vous êtes prof de lettres , c’est du kif kif du maitre aux élèves,mais vous.Vous êtes en place ! votre espoir ? qu’il y ait un individu qui se démarque ? Que l’ensemble bouge tout d’un coup (effet de groupe) l’individu est aujourd’hui comme hier prisonnier d’une chose plus puissante que sa force morale. Alors voici ,plutôt ce que sont les lumières tant vantées et idolâtrée.A l’époque tous ces hautes personnalités prônant ces belles choses ne s’adressaient pas aux individus communs ,aux hommes (et oui ces gens là n’étaient que des bêtes,des esclaves serviles, ils n’existaient pas,tout comme dans l’idolâtrie ambiante sur la démocratie Grec.) Tous vos beaux personnages (les lumières) s’adressaient aux gens lettrés, une minorité (combien de gens savaient lire ?qui pouvaient s’acheter des livres ?) vous oubliez trop facilement cela,et c’est commun de la part de tous les gens qui s’expriment
          Alors le but des lumières n’est qu’une révolte qui nous a conduit au capitalisme. Se libérer du joug d’un pouvoir de créances sans retour.Inacceptable pour certains royalistes mineurs, mais payeurs sans retour sur investissement et les commerçants,banquiers,la liste est longue. Le résultat nous voulons bien claquer du fric,mais il faudrait partager le gâteau et surtout en rabaisser ,ne plus avoir le droit de nous tordre le cou sur un coup de tête et au bon plaisir. Voila ! notre révolution Française. Qui le dit » silence.............................« 
          J’aime lire l’histoire, pour la décrypter c’est énormement difficile, car elle n’as jamais été colportée ,écrite par des sources populaires,nada ,rien.
          Vous êtes un bon professeur je n’en doute pas ,mais par honnêteté ne vous lanczr pas dans des explications foireuses.
          La réalité de l’époque si un individu voulait faire preuve de liberté de pensée,il était seul et mort.Il ne faut pas confondre liberté intellectuel d’un individu et la réalité d’un ensemble. Le poids des pouvoirs existant est bien lourd. Vous faites l’éloge de ce qui actuellement la mode .Le dialogue ,nous pouvons toujours causée , cela devrait être rassurant pour votre esprit de liberté d’égalité......
          mais en tout état de cause » c’est cause toujours beau merle je te plumerait« 
          Maintenant j’ai écris tout cela sans regarder en arrière, je suis plus qu’un très ,très mauvais élève en Français »un benêt",j’espère que vous en dégagerez l’essentiel et le réel que vous occultez peut-être trop facilement.


          • Robin Guilloux, auteur de l’article (---.---.166.164) 6 juin 2016 15:50

            @hervepasgrave

            Ni « maître penseur », ni en poste, je suis à retraite de l’Education nationale depuis six ans. Je ne suis pas un admirateur de ces Lumières qui ont projeté beaucoup d’ombres et je suis assez d’accord avec la critique que vous en faites. Mais le mouvement des Lumières doit être analysé et saisi dans son essence si nous voulons comprendre la détresse des temps modernes qui en sont issus (le « désenchantement du monde », le rationalisme, la pensée calculante, etc.).


          • hervepasgrave hervepasgrave 6 juin 2016 20:22

            @Robin Guilloux, auteur de l’article
            Bonsoir,
            Pour commencer ,vous avez eu la politesse de répondre à mon commentaire .Ce n’est malheureusement pas toujours le cas,pour beaucoup ici.Maintenant sur le sujet de votre article.Je pense qu’il faut bien tourner la page. Il n’est pas utile d’aller plus loin ,car cela n’as pas d’autre fin que de nous endormir ; Je pense que si vous respectez un peu ,l’idée que « La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. » vous risquez d’endormir définitivement les lecteurs. Il y a des causes et des effets. Soit ! évaluons les causes,mais c’est pour ad vitam æternam . (je suis complaisant car ,continuer ce discours est le meilleur moyen de me noyer.C’est un sujet pourtant bateau, il perdure depuis longtemps ,il serait mieux que j’arrête là !) après les effets nous les voyons de jour en jour,non ?
            Après, le dirais que la liberté de penser et d’assumer d’être,s’exprimera quand il y a aura une opportunité, mais quand ?
            Il n’y a pas vraiment de désenchantement du monde ,Car le monde a toujours été désenchanté a mon avis. Là l’histoire est parlante a ce sujet,mais l’étudier ne résout pas les problèmes. Si je continue ainsi je vais finir par m’égarer (cela illustre mon incapacité d’expliquer clairement les choses.Il vaut mieux que je la ferme,« eh !eh ! »)
            Mais quoiqu’il en soit c’est un très bon article, maintenant a l’adresse de qui ?


          • Robin Guilloux Robin Guilloux 6 juin 2016 23:45

            @hervepasgrave

            Eh bien, à l’adresse de ceux qui éprouvent le besoin de faire le point sur l’héritage des Lumières, qui en sentent les limites, qui ne se satisfont pas de la réduction de la religion à la morale, du divin à un concept ou à une noumène inaccessible, au règne sans partage de la science et de la technique, à l’hégémonie de la « pensée calculante », à la réduction de la nature à un réservoir de matière première. Les gens sentent bien que le rationalisme et le technicisme ne sont pas neutres, qu’ils sont portés par une idéologie, par exemple à propos de la réforme du code du travail. Le rôle de la philosophie est d’analyser en amont l’héritage qui a abouti à la situation actuelle, à la détresse de l’homme moderne, héritier des Lumières. Comment t trouver un nouvel enracinement dans le monde tout en préservant les éléments positifs de l’héritage des Lumières ?


          • hervepasgrave hervepasgrave 7 juin 2016 09:12

            @Robin Guilloux
            Bonjour,
            Je pense que vous ne trouverez jamais de réponse,je le crains pour vous. La réalité est plus forte que les chimères. Vouloir préserver ,c’est vouloir se préserver. De mon avis. Mais dans la vrai vie (pas au passé,mais au présent) cela n’est pas vrai.Ou,alors Il faut avoir les moyens de se dégager et être indépendant dans une bulle a l’abri « des autres ». Maintenant c’est quasiment impossible ! nous ne sommes pas seul sur terre. Garder le bon jeter le mauvais , c’est vrai que cela est confortable,rassurant,mais ?
            Alors s’il y avait un héritage a préserver ,il est bien lourd . Il faut savoir faire le bilan, Il est simple un mode de civilisation se termine.Alors que dire ,que faire pour l’avenir des nouvelles générations ?
             Aie !,mais cela devrait-être déjà fait . C’est une chose qui se pratique tout au long de sa vie,sans discontinuer.Nous sommes les exemples et les contre-exemples pour nos enfants. Serait-ce de la peur ? égoïste,pour soi ?. En se raccrochant a de vieilles branches.Aujourd’hui nous sommes dans un monde qui photographie tout et rien,pour s’inventer des faux bons souvenirs, Vous avez une autre manière de faire cela.
            Je ne sais pas si vous l’avez fait exprès quand vous dites cela « ceux qui éprouvent le besoin de faire le point » ,mais ce n’est que cela.trop tard ! pasgrave


          • Jo.Di Jo.Di 6 juin 2016 13:18

             
            ce qu’ils trouvent nécessaire d’accomplir pour le salut de leur âme ; ce n’est pas son affaire,

             
            Et oui la neutralité axiologique libérale, le purinement des mœurs communs par doitdelhommisme, l’inversion des normes, barbu peut penser que le musicien va en Enfer, et l’enseigner à ses 10 rejetons (9 sœurs à Coulibaly)
             
            La laïcité n’est que la neutralité institutionnalisée vis à vis des conneries, des houris à gode-bébé-gpa.
             
            Et finit dans le multi-culturel, ce merdier chère à Capital et sa PdG.
             
            « Le juridique [de la Nation] est à la fois personnalité de base de la Cité et conscience de classe. Il exprime une nécessité : celle de la subordination des praxis diverses dans le même cadre et dans le même projet national. La cité se soumet à un devoir-Etre, au coercitif et à l’obligation. Une éthique fixe le destin dans le collectif. »
             
             ’La construction de l’individu’ Clouscard


            • Jo.Di Jo.Di 6 juin 2016 13:27

               
              Le sidaïque Foucault, qui en 1977 appelait à la légalisation de la pédophilie,
               
              est théoricien adulé de la « french théorie » , encensé par les néo-libéraux, car summum de la pensée purinante de gôôôche.
               
               
              « Les vices privés font le bien public » Bernard De Mandeville
                
              « Peut-on aimer tous les hommes sans exceptions, tous ses semblables ? Voilà une question que je me suis souvent posée. Certainement non ; c’est même contre nature. L’amour de l’humanité est une abstraction à travers laquelle on n’aime guère que soi. Mais si cela nous est impossible, il n’en va pas de même pour vous [le bobo] ; comment pourriez-vous ne pas aimer n’importe qui alors que vous n’êtes au niveau de personne et qu’aucune offense, aucune indignation ne saurait vous effleurer ? [une chiure]  ».

               
              Dostoïevski, L’idiot [le bobo de gôôôche]


              • Paul Leleu 6 juin 2016 16:31

                Nul n’est surpris par la haine qui se déverse dans certains commentaires contre les Lumières. 


                Les arguments (et la haine qui va avec) sont les arguments habituels et bien connus des anti-lumière depuis 250 ans... Rien de neuf sous le soleil. C’est sans cesse le « match retour »...

                On peut s’amuser au passage de voir un conservateur citer le libéral Tocqueville. 

                Aussi moi je vais me plaire à citer Chateaubriand smiley « pressé par les deux vieillards, il retourna vivre chez son épouse, mais sans y trouver le bonheur. Il périt peu de temps après, avec Chatcas et le Père Soüel, dans le massacre des Français et des Natchez à la Louisiane. On montre encore un rocher où il allait s’asseoir au soleil couchant ». 

                C’est la fin de René. Et Chateaubriand y montre en un trait, l’inanité des réprimendes verbeuses que le curé conservateur fait au jeune René. Comme si René n’était pas capable de voir lui-aussi les limites de l’homme. Au fond, la réponse du curé ne répond pas aux questions de René. Il répond à côté de la plaque, comme si René était juste un jeune imbécile. 
                Le silence du vieux sachem exprime un point de vue plus sage et plus perplexe. Il sait bien que le fleuve bouillonnant de la vie des (jeunes) hommes déborde de son cours, et s’emplit des boues de rives. Il sait que tout le monde ne peut pas être un vieux curé austère et maniaque. Il sait que le jeune guerrier ne peut pas rester chez son père ni même parmi les hommes. Et il sait aussi que le « retour à la raison » des vieux réac’ n’apporte aucune réponse tangible à ces choses. 

                Comme si la vérité était que l’homme est ce petit « enfant prodige de la nature »... et qu’il lui faut assumer ce destin pénible fait de couleurs mêlées. 

                Le vrai courage n’est-il pas d’affronter ce destin imparfait ? Plutôt que de chercher des certitudes dans des structures sociales idéalisées ? Il y a dans le rêve collectiviste réactionnaire une utopie semblable à celle de certains gauchistes. Le rêve de transférer la quête d’absolu dans la structure sociale. Hors l’expérience nous montre que c’est une illusion. 

                La réaction transfert dans la « durée » l’idéal que veulent atteindre les progressistes dans « l’égalité » (ou les libéraux dans la « libre entreprise »). 

                Les sociétés « égalitaires » peinent à faire preuve de leur réalité. Mais les sociétés « immortelles » sont tout autant vouées à l’échec. L’expérience montre que les civilisations meurent comme les hommes. (et on ne parlera pas du spectacle actuel de la société libérale). 

                Les romantiques ont tiré ce triple bilan : « semi-échecs » des révolutions, « belle-mort » des sociétés anciennes, « désenchantement » des sociétés bourgeoises capitalistes émergentes. 

                Ensuite, l’actualité des luttes nouvelles à mener par rapport au nouveau présent... 


                • Jo.Di Jo.Di 6 juin 2016 16:47

                  @Paul Leleu
                   
                  Tocqueville était « libéral » par défaut, à l’insu de son plein gré, le fleuve de l’Histoire ne se remontant pas. Il ne voyait pas d’autre futur que le purinement individualiste gôôôchiste inévitable, mais ça le faisait chier ....
                   
                  « L’individualisme est un sentiment réfléchi qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables de telle sorte que, après s’être créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même »
                   
                  ’Le bobo’ Tocqueville
                   
                  « Un homme « ordinaire » [bobo de gôôôche] d’esprit borné peut fort aisément se croire extraordinaire et original, et se complaire sans retenue dans cette pensée [la Nuit Avachie]. Il a suffi à certaines de nos demoiselles [antifa de Science Po] de se couper les cheveux [style rappeur colon], de porter des lunettes bleues et de se dire nihilistes pour se persuader aussitôt que ces lunettes leur conféraient des « convictions » personnelles. Il a suffi à tel homme de découvrir dans son cœur un atome de sentiment humanitaire [inné donc animal] et de bonté pour s’assurer incontinent [diarrhée sirupeuse] que personne n’éprouve un sentiment pareil et qu’il est un pionnier du progrès social. »
                   
                  Dostoïevski, L’idiot [le bobo de gôôôche]


                • Paul Leleu 8 juin 2016 19:34


                  @Jo.Di

                  .

                  oui, oui bien sûr... le « bobo »... la « gôôôôche »... l’idiot... les petits marquis... et pourquoi pas aussi les francs-maçons et les judéo-bolchéviques, les homosexuels-cosmopolites et les artistes-dégénérés...

                  bon... il suffit pas de citer à longueur du temps du Dostoïevski pour nous impressionner. Ni de manier une langue pseudo-brutale (théorisée par le pauvre Céline) pour nous faire changer d’avis. Ni encore de vous en prendre (supposément) aux auteurs pour discréditer leurs propos. 

                  Parce-que à ce tarif Messieurs de Tocqueville et de Chateaubriand n’étaient que de petits marquis fustrés. Et combien d’autres auteurs conservateurs ou réactionnaires qui furent de véritables petits marquis des temps anciens ou des « temps démocratiques » (pour reprendre la terminologie de Tocqueville) ? Car il existe des « petits-marquis de la plume » qui nous font la leçon depuis leurs salons, et envoient les français ordinaires à la guerre depuis leurs bureaux. 

                  Comme vous le dites, « les fleuves de l’histoire ne se remontent pas »... c’était exactement une part de mon propos... vous touchez au coeur de l’utopie réactionnaire... placer dans la « durée » de la cité la volonté d’immortalité de l’homme... en cette matière là aussi, il faut à l’homme accepter son destin...

                  Quant au peuple, gardez-vous de l’idéaliser comme le font les réactionnaires et les gauchistes (et même les libéraux avec leur « peuple d’entrepreneurs » fantasmé)... il suffit de revoir (par exemple) la peinture flamande ou de relire les psaumes pour comprendre que l’indifférence au grand tout est une constante humaine qui traverse les siècles. 

                  Conchier systématiquement, violement et anachroniquement les Lumières (ou ce que vous supposez être les lumières ou leur héritage dans le temps présent), n’apporte pas grand chose au débat. 

                  A la limite, critiquez mieux pour critiquer plus... Car au passage, vous ne répondez absolument pas aux arguments que j’amène sur le fond. 


                • Et hop ! Et hop ! 6 juin 2016 20:37

                  Le style de Kant est lourd, sérieux et obscure, 


                  tout à fait le contraire de la langue des philosophes français des Lumières : claire, légère, nuancée, élégante, vive, spirituelle.

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