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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > La « contingence » un outil de répartition des richesses ?

La « contingence » un outil de répartition des richesses ?

Un premier niveau de Justice, objectif politique primordial, serait, à tout le moins, de préserver dans la Cité moderne ce que la jungle primitive donnait déjà : la faculté d’aller et de venir, de vivre en famille, de se fabriquer un abri pour dormir et d’assurer sa subsistance en échange d’un travail élémentaire. 

Plus de justice, serait en second lieu d’apporter à l’individu un peu plus que la jungle primitive : la sécurité, la défense des biens élémentaires et du fruit du travail. C’est donc une solidarité, une mise en commun, la simple addition de moyens de défense particuliers. Ce que la Cité offre à chacun, chacun doit le rendre en contribuant le cas échant à l’aide de son voisin.

Mais la politique doit être plus ambitieuse que la simple mutualisation des moyens. Une Cité doit créer de la synergie ; c'est-à-dire une organisation par laquelle la richesse collective dépasse la somme des richesses individuelles. On doit ainsi recevoir plus qu’on donne ! Tous les animaux « politiques » ont compris cela. Les lions chassent en bande, parce qu’ils savent que de la sorte ils mangent mieux et se fatiguent moins. Le psychologue appelle cela un effet de groupe, l’économiste, de la valeur ajoutée. Ces deux composantes de la richesse sont le vrai bénéfice à vivre en la Cité. L’effet de groupe n’a pas d’unité de valeur, il n’est pas une marchandise. Le plaisir, le gain de temps, l’entraide, la fraternité, la sécurité se partagent facilement, chez les hommes comme chez les lions, par simple dilution comme un sirop dans l’eau. En revanche, la répartition équitable de la valeur ajoutée, comme celle de l’antilope, s’avère plus délicate car elle n’est pas spontanée. Elle doit être décidée et c’est là que le génie politique est nécessaire. La valeur ajoutée est créée par tous mais tous n’y contribuent pas également. Une répartition équitable, admise par l’ensemble, est non seulement juste mais nécessaire pour que chacun donne le meilleur de lui-même. Si l’on n’y trouve pas d’intérêt immédiat pourquoi travailler avec le groupe, avec la Cité ? Pourquoi rester un animal politique ? Autant devenir “anarcha“ !

Comment donc répartir la valeur ajoutée d’une manière reconnue juste par tous ? En dehors d’expériences limitées tels les phalanstères, les sovkhozes et les kibboutzs, ou l’enthousiasme aplanissait les imperfections, on peut dire qu’on n’y est pas encore arrivé de manière satisfaisante et durable. Il ne faut certes pas renoncer. C’est probablement la prochaine grande exigence de la conscience humaine. Le projet philosophique du siècle à venir est là.

Puisque la politique est la science des sciences, celle qui est, plus que toute autre, architectonique, allons chercher notre clé de répartition sans tabou aucun. Après tout, c’est parfois jusque dans la pourriture qu’on va tirer le meilleur vin !Sans prétention mais non sans arguments, voici comment je poserais le problème.

Depuis les grecs anciens jusqu’à récemment, tout phénomène de l’univers était considéré comme résultant du hasard ou de la nécessité. Jacques Monod en a fait un titre fameux en 1970. En réalité, les physiciens d’aujourd’hui nous disent qu’il y a, non pas deux, mais trois types de phénomènes naturels. Les phénomènes aléatoires (ou stochastiques) sont entièrement liés au hasard comme celui qui fait tomber la pièce sur pile ou sur face. Les phénomènes obligatoires ou déterministes sont prédits par des lois connues (assimilable à la nécessité). Il en est ainsi du vol d’un avion ou de la flottaison d’un bateau. Enfin, les phénomènes chaotiques qui, tout en répondant à des lois connues plus ou moins complexes, sont difficilement prévisibles car ils sont très dépendant de conditions initiales souvent cachées. Ne croyez pas que je m’égare. Suivez-moi sur ce terrain chaotique. Vous allez voir qu’il peut-être fécond !

Si l’on plante, par exemple, deux arbres identiques au même endroit, il se peut que l’un grandisse bien et l’autre pas. Les conditions initiales, apparemment comparables, ne sont jamais parfaitement identiques. L’un des arbres est obligatoirement plus que l’autre exposé aux vents dominants, au soleil, au ruissellement, aux parasites, à une infinité de paramètres connus ou inconnus qui déterminent le résultat final avec des différences minimes ou bien considérables. Pour illustrer cette incertitude et les conséquences, parfois invraisemblables qui découlent des conditions initiales dans un système chaotique, Edward Lorentz inventa cette provocation devenue célèbre : « Le battement d’une aile de papillon au Brésil peut-il entrainer une tempête au Texas ? ». On s’est aperçu que si l’on attend suffisamment longtemps, il y a peu de phénomènes parfaitement déterministes. La rotation des planètes, elle-même, serait un phénomène chaotique si l’on veut bien attendre 200 millions d’années. L’astéroïde qui viendra perturber le système solaire est peut être déjà parti de quelque lointaine galaxie.

Ainsi, les mathématiciens s’amusent à déterminer dans quelle circonstance tel phénomène est de nature chaotique ou non. Ils représentent cela par des systèmes d’équations assez simples ou par des courbes souvent fort belles qu’ils appellent ”attracteurs étranges”. Ces jeux dépassent mes capacités mais on peut spéculer, sans crainte de se tromper, que la plupart des activités humaines répondent plus au modèle chaotique qu’au hasard ou à la nécessité. La même idée, portée par des hommes de conviction, de compétence et de courage identiques et par là même, de mérites intrinsèquement comparables, peut donner dans un premier cas un succès planétaire et dans l’autre une faillite piteuse. Il s’en faut parfois de trois fois rien, tout au début de l’histoire : un règlement local, un événement fortuit, le battement d’un cil ou… d’une aile de papillon !

On peut donc faire l’hypothèse raisonnable que le modèle chaotique est la plus proche représentation théorique disponible de la valeur ajoutée. Or, il faut bien appliquer un modèle théorique à notre clé de répartition, sauf à faire aveu d’impuissance ou d’injustice ! Nous n’avons pas ici l’alpha et l’oméga de la création de richesse mais sa formule de base, qu’on pourra enrichir si nécessaire.

Si vous me suivez bien, la création de richesse reconnaitrait donc trois déterminants élémentaires : 1) Le travail des hommes (qu’on reverra) 2) la Cité sans laquelle la notion même de synergie entre les hommes n’existerait pas et enfin, 3) l’ensemble des relations chaotiques entre l’homme, la Cité et la valeur ajoutée. Ce chaos, cette malice des choses, Machiavel l’avait aussi pressentie et l’appelait la ”fortuna”. Disons plus simplement la ”Contingence”. Au sens habituel, la contingence est ce qui n’est pas nécessaire. Cela convient bien ici.

Pour bien comprendre, appliquons notre modèle à trois exemples concrets. Dans le premier, le travail des hommes est à l’évidence prédominant, dans le deuxième, c’est la Cité, dans le troisième c’est la ”fortuna”, la Contingence. Dans les trois exemples, pourtant, il n’y aurait pas de valeur ajoutée sans la combinaison des trois déterminants.

 L’exemple de la mayonnaise.

On connait les ingrédients et la recette. Il faut battre un jaune d’œuf en incorporant petit à petit un filet d’huile. Pourtant quiconque a déjà essayé l’exercice sait que le résultat est incertain si l’on ne maitrise pas une ou deux conditions initiales. D’abord, le jaune d’œuf doit être à température de la pièce, ensuite, les choses seront grandement facilitées en commençant à battre le jaune avec une petite cuillérée de moutarde. Si on ne connait pas ces deux astuces, ces deux conditions de départ, le succès est incertain, indépendant de la qualité de l’œuf ou de l’huile tout autant que de l’énergie qu’on va mettre a manier la fourchette. 

Ainsi, la mayonnaise doit-elle beaucoup au travail de l’homme, un peu à la Cité (qui facilite tout de même la disponibilité des ingrédients ou d’un batteur électrique), et un peu à la Contingence, dont la maîtrise, assez simple ici, s’apparente à un savoir faire. Cet exemple est transposable à bien des activités de proximité, l’artisanat, le petit commerce, la profession libérale et plus généralement aux métiers. 

L’exemple de Microsoft.

Si Bill Gates était né au milieu du Sahel que serait-il advenu ? Il aurait appliqué son génie à l’environnement local et peut-être trouvé le moyen d’enrayer la progression du désert, de mieux nourrir sa famille, sa tribu, son village. Dieu sait ce qu’il aurait inventé, mais il n’aurait pas créé Microsoft. En revanche, quelques mois à peine après lui, un autre américain aurait mis au point un prototype aux fonctions proches de Windows. Au départ ce prototype aurait été différent, à coup sur, mais poli par le temps et les besoins de la Cité, on aurait fini par aboutir à la même chose.

Si l’on admet cela, on s’aperçoit qu’avant Bill Gates, c’est bien la Cité américaine qui fut le principal créateur de Microsoft. Comme la fonction créé l’organe, le besoin créé l’outil. La cité détermine l’expression des besoins à combler et donne les moyens pour le faire.

 Cet exemple est transposable à la plupart des inventions y compris artistiques, aux banques, aux assurances. La genèse d’un produit et celle d’une entreprise dépendent principalement d’un environnement et la valeur de l’un comme de l’autre est très liée à la Cité qui les héberge, les motive et les promeut. Les américains aujourd’hui, les italiens de la Renaissance, les égyptiens de l’Antiquité n’étaient pas plus intelligents ou plus courageux que les autres mais leur cité était plus prospère, plus féconde, plus génératrice de progrès

 L’exemple Bouygues.

Au début des années 1980, Bouygues est une grosse entreprise de bâtiment comme une autre et remporte de haute lutte la construction de l’université de Ryad ; à ce jour encore, l’un des plus gros chantiers de bâtiments jamais réalisé. Le contrat est signé pour 1,7 milliards de dollars, le dollar vaut alors moins de 5 francs. Lorsque le projet est livré en 1984 le dollar vaut 8,5 francs ; quelque six milliards de francs de bonus imprévus. Le chantier du siècle devient l’affaire du siècle, la trésorerie de Bouygues est multipliée par cinq. La grosse boite devient numéro 1 mondial et va pouvoir se diversifier dans les médias et la téléphonie. Ce jour là, la Contingence était bonne fille, elle a modifié la formule comptable du moment et augmenté la valeur du travail de Bouygues de 70%. Si le dollar avait suivi un chemin inverse, elle aurait tout aussi bien entrainé sa ruine. Cet exemple est très facilement généralisable à bien des activités d’affaire.

 La Contingence n’est donc ni le hasard de la chance ni la nécessité de la physique. C’est une notion intermédiaire, une chance dirigée, une formule incertaine dont le résultat moyen peut se mesurer statistiquement à un moment donné. Mais la plupart du temps, cette probabilité là, nul ne la maitrise vraiment car elle dépend de trop de paramètres extérieurs à l’homme. Echouer n’est pas tant infamant, gagner n’est pas tant méritoire. Malheureusement, puisqu’on ne sait pas évaluer la Contingence, elle impacte positivement ou négativement toute entreprise humaine et entraine de terribles distorsions dans la répartition de la valeur ajoutée sans rapport avec le mérite individuel.

Pour pallier à la Contingence qu’il ne maitrise pas, le forestier plante plus d’arbres que nécessaire puis, après un an ou deux, sacrifie les avortons. Notre société fait de même avec les entreprises et les hommes ! Nous y reviendrons souvent dans la deuxième partie.

· La justice politique c’est donc de garantir au minimum minimorum que chacun pourra jouir d’un abri, de la liberté de mouvement et de son droit naturel à vivre du fruit de son travail. 

· Le génie politique c’est favoriser la création de synergie dans la Cité en permettant à chacun d’en recevoir une part équitable et donc de trouver un intérêt au projet collectif.

· Définir une part équitable doit tenir compte du fait que toute valeur reconnait trois composantes : le travail des hommes, la Cité, la Contingence.

 

Extrait de « Révoltez-vous ! ou la Politique expliquée à mes enfants » (Youscribe)


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8 réactions à cet article    


  • JL JL1 5 janvier 2012 18:28

    Bonjour,

    c’est intéressant.

    On peut en profiter pour définir le progrès : ce qui ne nuit à personne. A ceux qui ne liraient que ça, ils doivent également lire au moins le premier paragraphe. En ce sens, le projet libéral est très clairement une récession, vu tous les miséreux laissés au bord du chemin, et dont le sort ne cesse de se dégrader.

    Puisqu’on parle des libéraux : le RU - Revenu Universel inconditionnel inventé par feu Jacques Marseille - n’est pas équitable, même s’il est vu comme la contrepartie de tout ce que le capitalisme a fait passer de gratuit à payant. A ceux qui ne liraient que ça, ils doivent également lire au moins le deuxième paragraphe : en effet, si l’entreprise a besoin de notre consommation, cela fait une belle jambe à notre prochain, si tout le travail est pour lui pendant que des petits malins privilégiés n’ont rien d’autre à faire que se demander comment ils pourraient bien dépenser leur temps et leur argent.

    A suivre, donc.


    • John_John John_John 5 janvier 2012 22:21

      Tiens ! Encore en train de réécrire le dictionnaire vous ! Le nouveau Larousse d’Agoravox ...


      Bien évidemment les lecteurs qui ont encore quelques neurones auront remarqué qu’il est impossible de parler d’un « projet » libéral, puisque le libéralisme s’oppose à toute forme de constructivisme par nature, et donc à toute forme de « projet » plutôt qu’un autre. Le libéralisme laisse le choix aux individus de définir eux même leur projet de manière responsable, seuls ou en groupes librement formés, et sans jamais imposer ses vues aux autres contrairement aux gauchistes qui ne tolèrent rien qui n’obéisse pas à la lettre à leur dogmes moralisateurs.

      De plus, le libéralisme n’est pas appliqué en Occident et encore moins en France, où la dépense publique représente 56% du PIB et où l’Etat nounou s’immisce dans les moindres recoins de la vie des gens. Je me demande bien où ce monsieur JL1 va chercher ses analyses du libéralisme, certainement pas dans ce pays où il faudra bientôt une autorisation de l’Etat pour aller pisser.

      De même il n’existe pas de « chemin » au bord duquel on peut être laissé puisqu’il y a autant de chemins que d’individus. Ce sont les tyrans notamment socialistes qui veulent interdire toute individualité et uniformiser les populations en leur imposant une unique « voie » indiscutable, au mépris des aspirations diverses des personnes ; et soumettre ainsi tout le monde de manière dictatoriale à la même définition du « bien », du « juste » ou encore du « progrès », comme tente de le faire ce cher monsieur Larousse JL1.

      Bref, il y a encore du travail d’éducation à faire pour que tout le monde intègre bien qu’on a pas de droit sur la propriété du voisin, de la même manière que le seigneur du coin n’a pas droit de cuissage sur la femme dudit voisin. Les hallucinations socialistes ont la vie dure, il est facile de berner les peuples avec des allocs si moelleuses, mais la crise de l’Etat providence actuelle finira bientôt de ramener les gens à la réalité qui est qu’on ne produit pas de richesse si c’est pour tout se faire racketter par le fisc. Et sans production de richesses, les subsides étatiques...



    • JL JL1 6 janvier 2012 00:04

      Les libéraux font une fois de plus la preuve de leur malhonnêteté intellectuelle ou de leur malaise en ne répondant pas à une question qui pourtant les interpelle si clairement.

      « Le libéralisme, cette non-pensée intégrale ».
      Le libéral qui, comme Méphisto, est celui qui toujours nie.


    • JL JL1 6 janvier 2012 09:43

      John_John,

      Je me dois de copier coller ce que j’ai posté sous votre autre avatar homonyme, puisque j’ai remarqué que vous possédez par je ne sais quelle diablerie le don d’ubiquité agoravoxienne.

      vous amalgamez tout : vos critiques de la personne et vos critiques de ses propos, preuve que vous ne savez pas argumenter correctement ou n’avez pas confiance en vos arguments : et pour cause, puisqu’ils ne sont manifestement pas de vous mais de votre catéchisme, vu que vous ne les énoncez pas correctement.

      Vous écrivez : « Vous étalez votre inculture crasse, le libéralisme parle de droit, alors que vous parlez de morale ».

      Je ne crois pas que vous soyez en mesure de comprendre l’ineptie de cette phrase, absurde à plus d’un titre. C’est comme si vous disiez : "Vous étalez votre inculture crasse, le libéralisme parle de liberté et vous d’égalité".

      Sachez, ignorant que vous êtes, que la morale n’exclut pas le droit, et réciproquement ; de même, la liberté n’exclut pas l’égalité et réciproquement. Mais pour vous, apparemment ce n’est pas évident.

      Sur votre confusion entre économie et politique : si l’économie est rédhibitoirement amorale, il n’en est pas de même de la politique. Nier la composante morale de la politique, c’est nier sa spécificité première, et c’est par conséquent refuser la démocratie. Nous le savions bien que les libéraux étaient ennemis de la démocratie. Votre réfutation de la morale en politique en apporte la preuve.

      Vous nous dites que le libéralisme c’est le rejet de la morale au seul profit du droit. Mais de quel droit parlez vous ?

      A ce sujet, je vous dédie cette pensée personnelle : La dérèglementation néolibérale déconstruit les archaïsmes ? L’ultra libéralisme revendique la primauté du droit naturel en lieu et place de la morale ? Les brevets sont des archaïsmes qui ne sont pas des droits naturels ! enterrons les brevets ou bien enterrons le libéralisme  !

      En effet, typiquement, les brevets c’est la protection par le pouvoir politique d’un droit typiquement contraire au droit naturel. Libéraux, vous êtes là encore une fois mis au pied du mur de vos contradictions, les contradictions de cette non-pensée intégrale qui se nomme le libéralisme.


    • JL JL1 6 janvier 2012 09:48

      @ la modération d’Agoravex,

      comment se fait-il qu’il existe deux comptes au nom de John_John,

      l’un, numéro 75729 qui se définit comme ceci :

      John_JohnCet auteur n’a pas encore renseigné sa description
      ---------------------------------------------------------------------

      et l’autre sans numéro et qui se définit comme cela :

      John_John Entrepreneur. Libéral. Capitaliste.
      -----------------------------------------------

      Notez que les deux portent le même IP : (xxx.xxx.xxx.47)

      ps. J’en profite pour vous présenter mes voeux.


    • Claudec Claudec 6 janvier 2012 10:43

      Bonjour,


      Analyse intéressante, mais hélas tellement partielle.

      Dommage qu’il y manque la notion de nombre et quelques considérations d’ordre démographiques.

      Monstrueuse pyramide sociale
      La pyramide sociale exprime la répartition des êtres humains selon leur richesse (ou leur pauvreté) et leur pouvoir (ou leur dépendance) ; pouvoir sur autrui et pouvoir de changer leur propre destin ; dépendance par rapport à ceux qui, par un euphémisme ne manquant pas de cynisme, sont présentés comme leurs semblables.
      A l’époque du franchissement du cap des 7 milliards d’êtres humains et d’une mondialisation qui, par la réduction des distances et des différences, tend à réduire à une seule les pyramides sociales de toutes les nations, le sujet ne vaut-il pas d’être évoqué ?
      La misère n’est pas, comme la pauvreté, un état relatif trop souvent confondue avec l’inconfort. Qu’a en effet de commun une petite minorité d’exclus (même si son utopique éradication doit être tentée jusqu’à ce qu’il n’y en aie plus un seul) à Paris ou au fin fond de la banlieue la plus déshéritée de n’importe quelle grande cité occidentale, avec ces milliards d’indigents absolus qui peuplent le Sahel, la Somalie et tant d’autres pitoyables États comme les tas de détritus des faubourgs du Caire, de Calcutta et de trop nombreuses métropoles surpeuplées ?
      S’il est possible de relativiser la pauvreté au point de l’assortir d’indices et autres outils d’évaluation statistique, il n’en est pas de même pour ce dénuement total qui règne là où la question du chômage ne se pose même pas, faute d’activités industrielles ou autres. Cette misère n’aurait-elle pas dès lors d’autres causes qu’économiques ? l’absence du minimum de ressources qu’elle traduit ne résulterait-elle pas plus simplement d’une prolifération livrée à elle-même, d’autant plus monstrueuse qu’elle y condamne la progéniture de ceux qui en sont issus ?
      Pour comprendre, plutôt que de considérer courbes et tableaux de chiffres, la pyramide – ce volume que les anciens, qui étaient peut-être meilleurs observateurs que nous, ont pu déjà considérer comme représentatif de tous types d’organisation hiérarchisés – peut nous aider. Appliquons-en la structure, avec sa base et son sommet, à l’ensemble des hommes peuplant la planète. Une telle pyramide sociale ou des richesses matérielles, puisque là est désormais l’aune à laquelle se mesure un confort que les hommes se sont laissés entraîner à confondre avec le
      bonheur, avec l’opulence à son sommet et la misère à sa base, met bien en évidence le rôle de la démographie dans nos rapports sociaux, actuels comme prévisibles.
      Dès lors que cette pyramide croît en volume, ce qui est le cas du simple fait de l’augmentation constante de la population, sa base se développe, proportionnellement, toujours davantage que son sommet, alors que se livre à tous ses niveaux une lutte ininterrompue pour la conquête d’au moins une part des richesses accaparées par les occupants des étages supérieurs, ou leur illusoire partage. Il s’agit pour chacun de se hisser aussi peu que ce soit vers le haut, en dépit du poids qui l’écrase. À noter au passage le confort bien relatif de ceux qui occupent une situation médiane, comprimés entre la poussée venant du bas et le poids qui les domine.
      Parfois, une secousse est provoquée par une base insurgée ; c’est la révolution. Celle-ci peut entraîner quelques changements pour les mieux nantis, aussi bien que des bouleversements profonds, touchant toutes les étages de la pyramide sociale, mais quelle que soit la nature de ces bouleversement, qu’ils soient d’origine politique, sociale, financière, religieuse, philosophique, etc, la pyramide n’abdique en rien son rôle représentatif et s’applique comme si de rien n’était au nouvel état de choses avec toujours un sommet et une bases. La structure d’ensemble de la société née de la dernière révolution reste immuablement représentée de la même façon, avec les plus riches et plus puissants au sommet et les autres s’entassant, toujours plus nombreux, à la base. Après toutes les mutations qu’a pu connaître la société des hommes depuis ses origines, et à travers toutes les formes de civilisation qu’elle a pu traverser et connaître au cours des millénaires, en 2011, sur 7 milliards d’êtres humains, cette base en compte 3 qui vivent avec moins de deux dollars par jour – l’un d’entre eux mourant de faim toutes les 3 secondes –, alors qu’au sommet logent les 500 personnes les plus riches et les plus puissantes de la planète. Or chaque jour voit croître la population mondiale de plus de 220 000 individus, chacun allant se ranger à la place que lui assigne le sort dans une pyramide qui s’atrophie d’autant. Hormis les arguments sans plus de fins que d’efficacité de ceux qui promettent aussi bien le prochain arrêt de la progression qu’une explosion, le constat est ce qu’il est, et puisqu’il nous semble interdit d’envisager une autre structure que pyramidale, des questions se posent, appelant des réponses chaque jour plus urgentes :

      -  Jusqu’à quel point se développera cette pyramide et s’atrophiera sa base ? En d’autres termes, par quels moyens le cours des choses est-il susceptible de changer ? Une façon existe-t-elle, autre que vainement utopique, d’irriguer cette base des richesses du sommet qui la domine ? Par la révolution ? Quelles que soient leurs raisons, leur ampleur et leur violence, les révolutions n’ont jamais rien changé à la structure pyramidale de la société, en dépit de ceux qui s’obstinent à nier son caractère représentatif du monde dans lequel nous vivons ; refusent d’en reconnaître le caractère incontournable, ou veulent la contraindre à une platitude aussi égalitaire qu’utopique, quand ils ne prétendent pas la faire reposer sur sa pointe.
      . Par la fraternité ? Il suffit d’en considérer les acquis au cours de l’histoire et spécialement durant le siècle écoulé, pour se faire une idée de ce qu’il y a lieu d’en attendre.
      . Par le progrès scientifique et technique ? Il n’est qu’un outil aux mains des hommes, qui en font ce qui motive l’observation du point précédent. Quel que soit le régime en vigueur : politique, financier, intellectuel, ... Ce serait la négation même de l’incontournable rapport entre sa base et son sommet qui serait aboli. Il est bien entendu toujours possible de rêver, mais il en est ainsi et il paraît aussi improbable que la pyramide puisse un jour sortir de notre univers, et du champ des perceptions qu’elle nous impose que d’arrêter le mouvement des astres et l’alternance du jour et de la nuit.
      En tout état de cause, concernant la pyramide sociale, en attendant le partage auquel seuls les saints consentent, l’individu est condamné à la simple prise de conscience et au mieux à des vœux ou à des gestes sans grande portée réformatrice. C’est donc à l’élite et en particulier aux politiques, dont le rôle est de prévoir, de s’en préoccuper. Après avoir pris eux-mêmes la mesure d’une situation aux conséquences aussi désastreuses que prévisibles, il est de leur responsabilité d’identifier nos vrais problèmes de société et de leur affecter un ordre de priorité. Or qui se soucie réellement de démographie, au-delà du constat de sa progression, dans le meilleur des cas ? Pourtant le développement durable et le respect de la planète qui en est la condition première, ne sont que vœux pieux, en l’absence de sa prise en compte.
      Si rien n’est fait pour ramener la population du globe à un niveau maîtrisable, dans les meilleurs délais et conditions possibles, l’humanité ne fera qu’accroître ses maux jusqu’au pire. Prendre conscience d’une évidence aussi criante, le plus largement et le plus rapidement possible ne peut plus suffire. Le pragmatisme dicte de procéder d’urgence à un investissement massif en vue de réguler le niveau de la population mondiale et de cesser de s’en remettre aussi stupidement qu’hypocritement à la providence quand ce n’est pas aux saignées aussi barbares qu’insiffisantes opérées ici et là par les guerres, les famines et la maladie.
      Alors que chaque pays en est encore à ergoter sur son cas particulier, en cherchant à concilier taux de natalité et âge de cessation d’activité solvable, le problème de la pauvreté est mondial et tend chaque jour davantage à s’imposer comme tel. Rien d’utile ne pourra donc se faire autrement qu’à cette échelle et par la démographie, sans s’arrêter aux considérations d’ordre idéologique, religieux, etc. qui ne manqueront pas d’y faire obstacle.
      Les tenants d’une croissance démographique dont les conséquences sont laissées au secours de la providence se sont-ils jamais demandé où vont se loger, dans la pyramide sociale, les dizaines de millions d’individus qui viennent chaque année augmenter la population mondiale ? ils doivent être conscients qu’ils vont à la place que leur assigne leur appartenance à l’une ou l’autre des catégories qui peuplent cette même pyramide, avec une probabilité d’échouer à sa base – c’est -à-dire de rejoindre les miséreux –, proportionnelle à la place que ceux-ci y occupent déjà.
      Quant à secouer sous le nez de ceux qui s’en plaindraient le hochet de la promotion sociale, selon lequel chacun a ses chances d’échapper à son sort, il en est comme de leurs chances de remporter le prochain loto, à la différence près qu’il ne s’agit pas ici d’un jeu mais d’un drame. Un drame qui nous concerne tous et encore davantage nos propres enfants. Que ces généreux irresponsables aillent donc en parler aux cohortes d’affamées qui peuplent tant d’endroits de notre planète et la submergeront bientôt, poussées par leur simple instinct de survie, si leur nombre et leur proportion continuent de croître.


      • Pierre Squara Pierre Squara 6 janvier 2012 14:16

        Merci de votre commentaire long et détaillé. 

        J’adhère à plein avec nombre de vos commentaires qui effectivement pris en compte plus avant puisque ce texte n’est que l’extrait d’un livre. C’est que le socle sur lequel j’essaie ensuite de développer logiquement de la manière la plus didactique possible. J’espère que vous ne la trouverez pas trop simpliste, manifestement vous êtes un expert ; ce que je ne suis pas.
        Cordialement
        PS


      • Claudec Claudec 9 janvier 2012 20:35

        Invitation à visiter mon blog traitant du sujet

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