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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > La face cachée d’Aldous Huxley

La face cachée d’Aldous Huxley

Cet article est la traduction de l’introduction de The Hidden Huxley, par David Bradshaw, professeur de littérature anglaise à l’université de Worcester-Oxford.

Les travaux de Jan Irvin ont démontré le rôle prépondérant joué par Huxley dans le cadre de MKULTRA, le programme de contrôle mental et d’ingénierie sociale de la CIA des années cinquante et soixante. Mais les agissements néfastes d’Aldous Huxley n’avaient pas débuté à cette période. Le meilleur des mondes (1932) est aujourd’hui devenu un synonyme des horreurs du totalitarisme et du potentiel cauchemardesque de la manipulation génétique. Ce livre a élevé Huxley au rang d’icône de la tradition humaniste et libérale (au sens anglo-saxon du terme). Pourtant, à l’époque où il rédigeait ce roman devenu un classique de la littérature, Huxley était un partisan de l’eugénisme et un soutien affirmé d’une forme anti-démocratique de gouvernement. Ce côté obscur d’Aldous Huxley est très largement ignoré du public depuis plus de quatre-vingts ans. L’ouvrage de David Bradshaw propose un recueil d’essais, de nouvelles et d’interventions radiophoniques de Huxley qui éclairent d’une lumière sordide la nature profonde de ce personnage. David Bradshaw trouve des circonstances atténuantes à Huxley en le dépeignant comme un observateur compatissant des souffrances du petit peuple durant la Grande Dépression, et en parlant de « changement radical » dans son attitude. Mais Bradshaw n’avait pas connaissance des travaux d’Irvin (publiés en 2012, quand l’ouvrage de Bradshaw est paru en 1994). Munis de ces nouvelles informations, nous pouvons supposer sans grand risque de nous tromper que Huxley, le socialiste fabien, était un loup déguisé en agneau au milieu des déshérités de l’Angleterre des années trente, en mission d’infiltration ou menant une sorte d’étude anthropologique malfaisante, un peu comme un entomologiste étudierait une colonie de fourmis pour trouver le meilleur moyen de les exterminer. Huxley aura œuvré toute sa vie à mettre en place le système politique que le public a cru qu’il dénonçait dans Le meilleur des mondes : un système gouverné par une aristocratie intellectuelle, dont la stabilité serait garantie par la propagande, la manipulation génétique et l’utilisation massive de substances psycho-chimiques.

 Le départ d’Aldous Huxley pour Florence à l’été 1923 marqua le début de son long et doux exil loin de l’Angleterre. Il emménagea à Paris en 1928, puis acquit une maison sur la Côte d’Azur, à Sanary, en 1930. Sept années plus tard, il embarqua pour les États-Unis et passa les vingt-six dernières années de sa vie en Californie.

Ses choix de résidences exotiques, et sa réputation d’habitué* cynique du « terrain de jeu condamné »1 de la bataille littéraire, ont contribué à promouvoir l’idée que Huxley observait d’un œil dédaigneux les bouleversements qui ébranlèrent sa terre natale dans les années trente. Si le Huxley de cette période occupe une quelconque place dans l’esprit du public cultivé, c’est celle de l’antithèse impassible et détachée de l’ardent et engagé George Orwell. En choisissant de décrire l’auteur du Meilleur des mondes (1932) comme un « esthète pyrrhonien et amusé » dans le préambule de l’édition de 1946 de son roman, Huxley fut, bien qu’involontairement, le principal architecte de cette conception biaisée de sa propre personne. Inévitablement, à chaque réédition du roman, le préambule est lui aussi réédité.2 De plus, les représentations que nous avons de Huxley dans l’entre-deux-guerres, comme la caricature par Max Beerbohm de ses cheveux en bataille d’amateur de livres, de ses lunettes en écailles et de sa silhouette longiligne évoquant un spectre sortant de terre, n’ont fait que renforcer notre impression de son détachement éthéré des problèmes du monde réel.3

Toutefois, et par-dessus tout, la vision actuelle du Huxley de l’entre-deux-guerres dérive d’une bibliographie standard de ses écrits qui est aussi incomplète que peu fiable. Dissimulé derrière les lacunes de cette liste principale de son œuvre, l’authentique Huxley des années trente s’est morfondu pendant plus de cinquante ans, non lu et incompris.4

Bien que Huxley ait déclaré à la Little Review, au début de l’année 1929, que le « détachement » était à la fois sa caractéristique la plus affirmée et la moins prononcée, et la qualité qu’il aimait le plus et le moins chez lui,5 au début de l’année 1931 Huxley était tout sauf un observateur distant et ignorant des problèmes de la Grande-Bretagne. En fait, il s’emportait plus intensément, devant le spectacle de la crise sociale et politique chronique qui succéda au krach d’octobre 1929 à Wall Street, que n’importe quel autre auteur britannique de sa génération, et il traversa la Manche à de nombreuses reprises au cours des années trente pour se rendre compte par lui-même des effets de la Grande Dépression. Au milieu de la décennie, la croyance en une hiérarchie culturelle et le mépris pour la société de masse qui dominaient si profondément la pensée de Huxley, avaient laissé la place à une philosophie plus humanitaire, voire même « socialiste », et à une préoccupation sincère pour les hommes et les femmes ordinaires.6 De nos jours, cependant, ni l’ampleur du dégoût éprouvé par Huxley pour la société de masse et la démocratie parlementaire, ni sa transformation ultérieure en tête de file de l’intelligentsia anti-fasciste et de porte-parole des déshérités, ne sont documentés.

La tendance de Huxley à osciller entre l’activisme politique et une certaine nébulosité intellectuelle est évidente dès le mois d’août 1915, lorsque, alors qu’il était étudiant au Balliol College d’Oxford, il taquina une de ses amies pour avoir « participé à la nouba socialiste présidée par [G.D.H.] Cole – et avec un très mauvais esprit, comme l’ajoute mon informateur ! ». La « nouba » en question était très certainement la conférence estivale de l’Oxford University Socialist Society. Huxley poursuit sa missive ainsi :

Cela a dû être assez instructif. Ma position politique personnelle est, par nature, un puissant m'en ficheisme* – avec des affinités nouées avec toutes les tendances – le meilleur système, je pense, pour celui qui s'en tient à la théorie politique, et dont l'occupation est d'afficher un sourire radieux en toutes circonstances, et non pas de se consacrer avec voracité à un sujet, comme devrait le faire le politicien actif.7

Toutefois, même à cette période, le détachement de Huxley vis à vis de la politique était moins affirmé qu'il ne le laisse transparaître dans cette lettre, et au début de l'année universitaire suivante, il fut enrôlé dans le Balliol Fabian Group en qualité de membre à part entière par Rajani Palme Dutt (1896-1974), qui étudiait alors dans son université et qui était destiné à devenir une sommité du parti communiste de Grande-Bretagne des années vingt aux années soixante. Dutt expliqua par la suite que « un membre à part entière, contrairement à un associé, devait signer un document connu sous le nom de Base [...] qui affirmait l’acceptation des principes du socialisme. » Dutt poursuit :

J'ai en mémoire cette image de [Huxley] examinant avec la plus grande précision les petits caractères de la Base, à l'aide d'une loupe dont il se servait pour corriger sa vue déficiente, puis déclarant sa satisfaction et signant, mais ajoutant qu'il ne souhaitait pas être « un socialiste de type économique », car il détestait l’économie, et qu’il soutenait le socialisme pour les mêmes raisons qu’Oscar Wilde avant lui.8

Il semble probable que l'engagement estudiantin de Huxley dans la voie du socialisme était sincère, mais tout sauf fanatique. La seule trace qui nous soit parvenue de ses activités est une entrée dans les minutes du registre du Balliol, Queen's and New College Group de l'Oxford University Socialist Society, qui laisse apparaître que Huxley fut l'un de ceux qui ouvrit la discussion succédant à « l’excellent » papier de Dutt du 6 novembre 1915 sur « les arrières-pensées des nationalistes ». Considérant l’attraction exercée ultérieurement sur Huxley par les idées de H. G. Wells, et sa projection ambivalente d’un État-Monde wellsien dans Le meilleur des mondes, le résumé par le secrétaire du discours d’inspiration wellsienne de Dutt est intrigant :

Après avoir montré dans quel état de banqueroute intellectuelle et politique l'organisation politique actuelle nous avait menés, il soutint que la seule voie de recours était l'introduction d'un supra-nationalisme [...] dans lequel tous les états seraient prêts, poussés par les circonstances, à renoncer à leur souveraineté et à se soumettre à une sorte d'autorité supérieure commune dans les relations internationales.9

La Base fabienne rappelait entre autres à ses membres que leur mouvement était consacré à « l’extinction de la propriété foncière privée » et à la disparition de « la classe oisive qui vit à présent du travail des autres ».10 Toutefois, peu après que Huxley ait intégré le personnel du magazine Athenaeum en 1919, la préservation de la classe oisive devint une préoccupation majeure dans ses travaux. Huxley était devenu un ardent partisan du critique et polémiste américain Henry Louis Mencken (1880-1956), surnommé le « Sage de Baltimore », qui était à l’époque l’un des adversaires les plus en vue de la démocratie de masse dans le monde anglo-saxon. La façon dont Mencken dénigrait ses concitoyens leva complètement les doutes de Huxley sur l’américanisation et la montée en puissance de la civilisation de masse, des peurs qui l’affectaient de plus en plus intensément durant les trois années qui suivirent son départ d’Oxford en 1916. L’influence majeure exercée par Mecken sur Huxley a jusqu’à présent été complètement ignorée.

L’histoire du mépris des élites pour la masse est ancienne. Elle remonte jusqu’à Héraclite, avant même Horace et Platon. Au tournant de ce siècle, les prédictions répétées d’une explosion de la population, les angoisses sordides de théoriciens des foules comme Gustave Le Bon, les peurs eugénistes concernant la multiplication des « inaptes » et l’effondrement de « l’efficacité nationale », l’aversion de l’intelligentsia pour la diffusion de la littérature de masse et la menace émergente du matérialisme américain, tout ceci contribua à déclencher une résurgence de l’élitisme culturel et un renouveau de l’aristocratie intellectuelle. Yeats martelait que « la liberté intellectuelle et l’égalitarisme social sont incompatibles »,11 et il prédisait que l’ère qui s’annonçait amènerait « une civilisation antithétiquement aristocratique dans sa forme achevée, où tous les détails de la vie seraient hiérarchisés ».12 Lawrence prévoyait quant à lui le jour où la démocratie de masse serait remplacée par une pyramide du pouvoir à quatre niveaux, surmontée par « une petite classe de juges suprêmes : pas simplement des juges judiciaires, mais des juges de la destinée de la nation ».13 Influencé par l’attention toute particulière portée à Nietzsche par Mencken, Huxley commença, lui aussi, à chanter les louanges de l’aristocratie intellectuelle au début des années vingt. La période menckenienne de Huxley se poursuivit jusqu’au milieu de la décennie, mais au moment où il publia Le plus sot animal... en 1927, deux autres figures anti-démocratiques avaient commencé à exercer leur influence sur son œuvre : le sociologue et économiste italien Vilfredo Pareto (1848-1923) et H. G. Wells.

De nombreux commentateurs ont identifié Pareto comme étant l’un des précurseurs du fascisme.14 Franz Borkenau écrivit en 1936 : « C’est dans les travaux de Pareto que fut exprimée pour la première fois la tendance puissante vers un changement de l’appareil politique qui a depuis été incarnée par le bolchévisme, le fascisme, le national socialisme et un certain nombre de mouvements similaires. »15 Huxley souligna que c’est dans le monumental Trattato di sociologia generale (1916) de Pareto qu’il « découvrit nombre de [ses] propres idées alors encore vagues et balbutiantes, exposées méthodiquement et savamment documentées, et agrémentées d’une foule d’autres idées et de faits pertinents. »16 Le Trattato fournit à Huxley une autorité colossale sur laquelle il put appuyer sa croyance en une hiérarchie culturelle et son rejet cinglant du progrès, et le convainquit que le gouvernement parlementaire n’offrait rien de plus qu’un écran de fumée pour la ploutocratie et était infesté de spéculateurs astucieux. Les écrits de Huxley au cours de la période allant de la moitié des années vingt à la moitié des années trente sont tellement influencés par le Trattato de Pareto qu’il est utile d’en analyser les principes fondamentaux.

Pareto prétendait que toutes les sociétés pouvaient être divisées entre une « élite dirigeante » minoritaire et la masse des dirigés ou « strate inférieure ». Ces deux strates ne sont pas figées, mais sont soumises à des mouvements de flux continuels dus aux « résidus », c’est à dire les instincts humains primitifs qui exercent une pression irrationnelle sur la psychologie sociale. Pareto a identifié six classes de résidus, mais les deux premiers d’entre eux, « l’instinct pour les combinaisons » et la « persistance des agrégats », sont les plus importants. Des individus sont constamment admis au sein de l’élite dirigeante ou en sont chassés, et dans certains cas une élite en remplace une autre en bloc*. Pareto appelait ce processus la « circulation des élites », qui a été brièvement décrit par Samuel Finer :

La relation entre l’élite dirigeante et les gouvernés est déterminée par la façon dont les résidus de Classe I [« instinct pour les combinaisons »] et de Classe II [« persistance des agrégats »] se répartissent entre eux. Les groupes dirigeants avec une prépondérance de résidus de Classe I tendent à être mercantiles, matérialistes, innovants ; et ils gouvernent en utilisant la ruse. Les groupes dirigeants pour lesquels les résidus de Classe II sont prépondérants ont tendance à être bureaucratiques, idéalistes, conservateurs ; ils gouvernent en utilisant la force. La proportion de résidus de Classe I ou de Classe II au sein des élites dirigeantes varie au cours du temps. [...] Au final, que ce soit par l’infiltration ou par une révolution venue d’en bas, l’élite dirigeante est donc déplacée par une nouvelle élite issue des rangs de l’ancienne section des gouvernés. Ce processus se poursuit, la nouvelle élite étant par la suite renversée, pour la même raison.17

Comme l’écrit Pareto, « l’histoire est un cimetière d’aristocraties. »18 Ainsi, dans le modèle paretien, l’élite dirigeante doit toujours être prête à utiliser la force à un moment donné pour maintenir sa position. En raison de leur renonciation à la force, de leurs associations humanitaires et de leurs encouragements lancés aux escrocs rusés et aux spéculateurs (des catégories qui ont un « instinct pour les combinaisons » prononcé), les démocraties parlementaires sont profondément instables. La force d’une société dominée par des hommes avec une « persistance des agrégats » repose d’autre part (comme l’écrit Huxley dans Pareto and Society) « sur sa stabilité et sur la promptitude et la violence des actions dictées par une foi inconditionnelle en un absolu. »

Le meilleur des mondes fut écrit au cours d’une période d’instabilité sans précédent dans la politique britannique moderne, et à un moment où Huxley s’attendait tous les jours à ce que le pays s’enfonce dans une anarchie sanglante. Dans ce contexte, et considérant la lecture assidue de Pareto par Huxley, lorsque Mustapha Menier, l’administrateur mondial pour l’Europe occidentale, s’attarde momentanément sur la phrase « L’histoire c’est de la blague » dans le troisième chapitre, il fait plus que se montrer emphatique avec un cliché fordien devant le groupe d’étudiants suspendus à ses lèvres.19 Il attire l’attention de ses jeunes auditeurs et du lecteur sur le fait que la circulation des élites s’est interrompue il y a bien longtemps dans l’État Mondial. L’ingénierie biologique et le conditionnement social ont fait en sorte que le « cimetière des aristocraties » de l’histoire appartient tout autant au passé que La tempête, des chaussettes trouées ou les mères vivipares.

Galvanisé par sa lecture du Trattato, Huxley dénonça, dans Le plus sot animal..., la démocratie parlementaire comme un système :

par lequel des escrocs, des hommes riches, et des charlatans peuvent accéder au pouvoir grâce aux votes donnés par un électorat composé de Peter Pans dérangés, dont l’immaturité les rend particulièrement sensibles à la flatterie des démagogues et aux suggestions incessantes des journaux détenus par les hommes fortunés.

Huxley soutint qu’un état plus « rationnel » nécessiterait la « création et le maintien au pouvoir d’une aristocratie de l’esprit » qui ouvrirait la voie à un « gouvernement par ceux qui sont les plus aptes à gouverner ».20

Le plus sot animal... contient aussi une « Note sur l’eugénisme », dans laquelle Huxley pèse le pour et le contre des programmes d’amélioration génétique. Dès 1921, dans le premier roman de Huxley, Jaune de Crome, Scogan prédit que :

Une génération impersonnelle remplacera le hideux système de la Nature. Dans de vastes incubateurs d’état, d’innombrables rangées de bouteilles gravides fourniront au monde la population nécessaire. Le système familial disparaîtra ; la société, sapée dans ses fondements mêmes, devra se trouver de nouvelles bases [...]21

Et une lettre que Huxley écrivit à son frère Julian l’année suivante, suggérant des sujets probables pour des articles de magazine, indique qu’il partageait la fascination de son personnage de fiction pour l’eugénisme :

Je pense qu’un sur l’hérédité et peut-être une prévision légèrement wellsienne des progrès futurs de la biologie (soulignant à quel point le contrôle de la vie est beaucoup plus intéressant que le contrôle des machines) serait un bon début.22

Dans un article publié en septembre 1927, Huxley écrivait :

Dans le futur que nous envisageons, l’eugénisme sera pratiqué pour améliorer les caractéristiques génétiques humaines et les instincts ne seront pas impitoyablement réprimés, mais, autant que possible, sublimés pour que leur expression ne soit pas dommageable socialement. L’éducation ne sera pas identique pour tous les individus. Les enfants de types différents recevront différentes sortes d’entraînements. La société sera organisée hiérarchiquement selon les qualités mentales et la forme de gouvernement sera aristocratique, au sens littéral du terme – c’est à dire que les meilleurs dirigeront.[...] Nos enfants pourront envisager un nouveau système de caste fondé sur les différences entre les aptitudes naturelles, un système éducatif machiavélique élaboré de façon à ce que les membres des castes inférieures reçoivent uniquement un savoir qui serait profitable aux membres des classes supérieures.23

Cette ébauche de l’utilisation future de l’eugénisme doit beaucoup à l’œuvre de H. G. Wells, une source d’inspiration admise par Huxley dans son introduction à Le plus sot animal... Les points de convergence entre Huxley et Wells étaient nombreux entre le milieu des années vingt et le milieu des années trente, en particulier la conviction que l’état doit appliquer des mesures eugénistes pour mettre un terme à la multiplication des inaptes. Comme le révèlent The Victory of Art over Humanity et Science and Civilisation, au moment où il écrivait le prétendument anti-wellsien Le meilleur des mondes en 1931, Huxley n’était pas moins un « Conspirateur au grand jour » contre la démocratie parlementaire et un partisan du gouvernement mondial que ne l’était Wells, l’inventeur de ce premier terme.

Les inquiétudes concernant le taux de naissances différentiel, c’est à dire la tendance des membres supposément moins méritoires de la société à avoir plus d’enfants que des parents positionnés plus haut dans l’échelle sociale, ont continuellement assailli Huxley durant la période couverte par cet ouvrage. Il exprime ses angoisses devant la prolifération des attardés mentaux dans Babies – State Property (1930), et, s’opposant à tous les avis des experts qu’il avait reçus, Huxley appelle à leur stérilisation obligatoire dans What is Happening to Our Population ? (1934). L’année suivante, dans The Next 25 Years, Huxley prédit que d’ici « au début des années cinquante, une personne sur quatre-vingt-douze [sera] un crétin bon pour l’asile ». Il poursuit en écrivant que d’ici 1960, le Parlement aura fait passer « une série de lois conformes à l’ensemble des principes de l’eugénisme négatif ». L’état d’esprit général de l’eugénisme britannique des années trente tendait vers une reconnaissance du rôle de l’environnement dans l’hygiène sociale.24 L’importance accordée par Huxley à l’hérédité et à « l’efficacité nationale » souligne par ailleurs la complexion edwardienne de son rapport à l’eugénisme.

D’un point de vue contemporain, le plaidoyer de Huxley en faveur de la stérilisation le place sous un éclairage peu flatteur. Cependant, et bien qu’il ait été en décalage avec la direction de l’Eugenics Society en appelant à une stérilisation obligatoire plutôt que volontaire, il serait erroné de considérer que ces vues révélaient Huxley sous les traits d’une sorte d’odieux crypto-nazi. De nombreux progressistes envisageaient l’eugénisme comme un moyen humanitaire d’accélérer la venue d’un monde meilleur, et les Webbs, Shaw, Naomi Mitchison et Marie Stopes furent tous profondément impliqués dans le mouvement eugéniste à un moment ou à un autre. La déclaration suivante du pionnier de la sexologie, Havelock Ellis, qui pourrait presque servir de résumé au What is Happening to Our Population ? de Huxley, était tout à fait représentative des opinions des progressistes :

L’homme superficiellement compatissant jette une pièce à un mendiant ; l’homme profondément compatissant lui construit un hospice pour qu’il n’ait plus besoin de mendier ; mais celui qui est probablement le plus radicalement compatissant de tous est l’homme qui fait en sorte que le mendiant n’ait jamais vu le jour.25

Huxley écrivit au début du mois de janvier 1931 dans What a world we live in :

La race humaine m’emplit d’une consternation sans cesse grandissante. J’ai passé l’automne dernier aux mines de charbon de Durham, au cœur du chômage anglais, et ce fut horrible. Si seulement il était possible de croire que les remèdes proposés face à cette horreur (le communisme, etc.) n’étaient pas encore pires que la maladie – en fait qu’ils ne sont pas une autre forme de la maladie, avec des symptômes superficiellement différents. La triste et humiliante conclusion qui s’impose est que la seule chose à faire est de s’enfuir et de se cacher. Personne ne peut rien faire pour améliorer la situation, et l’action est susceptible de transmettre la maladie à celui qui souhaite la guérir. Il n’y a donc rien à y faire si ce n’est de fuir tant qu’il en est encore temps.26

En 1930, Huxley avait visité le village minier de Willington dans le comté de Durham, qui était alors gangrené par un chômage quasiment universel de la population mâle. Sa visite de la région eut un profond impact sur sa personne mais Huxley résista à la tentation de céder à la déprime. À partir de ce moment, le Huxley « orwellien » était lâché.

« Ils sont partis aujourd’hui pour voir des mines, des usines... le pays noir ; ai fait les docks quand ils étaient là ; dois voir l’Angleterre » écrivait Virginia Woolf dans son journal le 17 février 1931. Après avoir dîné avec les Woolf la soirée précédente, Huxley et son épouse Maria s’étaient embarqués ce matin-là dans une reconnaissance rapide des centres anglais de l’industrie lourde, où régnait un chômage encore plus lourd. Comme le note Woolf, juste avant cette sortie dans le Nord et dans les Midlands, Huxley avait visité les « docks » Ste Katharine et Royal Albert de Londres. Il avait également visité un abattoir juif de l’East End de Londres. Ses excursions dans « l’Angleterre étrangère » se poursuivaient désormais avec un voyage en train en direction de Chesterfield, où sa femme et lui devaient « s’entretenir avec des managers »27 avant de visiter durant les six jours suivants une aciérie de Sheffield, une mine de charbon à Durham, Middlesbrough, l’énorme usine de production d’ammoniaque synthétique, de sodium et d’autres produits de l’ « Imperial Chemical Industries » dans la localité voisine de Billingham, et enfin une usine d’assemblage d’aimants à Birmingham. Bien que Huxley se soit par la suite plaint d’avoir eu à s’immerger dans des baignoires « dont les bords permettaient de découvrir une sélection de cheveux appartenant à tous les représentants de commerce du Nord », et qu’il se soit lamenté amèrement sur la dureté des matelas, les chambres glaciales et la nourriture immangeable que sa femme et lui eurent à supporter dans les hôtels hors de prix dans lesquels ils séjournèrent, le voyage de Huxley dans le Nord brisa enfin la carapace de son mépris intellectuel pour les masses. Si, comme l’a suggéré John Carey, « Le meilleur des mondes est une dénonciation classique de la culture de masse dans l’entre-deux-guerres »28, il faut également reconnaître qu’à l’époque où il écrivit son roman il publia aussi quatre articles – Abroad in England, Sight-Seeing in Alien Englands, The Victory of Art over Humanity et Greater and Lesser London – dans lesquels son plaidoyer pour les masses sans emploi, et pour ceux au sort à peine enviable qui s’éreintaient dans les usines, les aciéries, les mines de charbons et les docks, s’exprime sans aucune trace de condescendance.

Préfigurant le tribut payé par Orwell dans Le quai de Wigan (1937) aux « corps si nobles » des mineurs qu’il rencontra dans le nord-est de l’Angleterre, Huxley écrit en 1931 sur la « beauté émouvante » des torses des mineurs rencontrés dans la « monstrueuse pénombre » d’un front de taille du Nord-Est (Sight-Seeing in Alien Englands).29 De même, les deux anciens d’Eton eurent vivement conscience de la différence de statut social entre eux et les habitants du nord de l’Angleterre. En 1937, Orwell allait décrire les barrières de classes rigides qui s’opposaient à lui « comme un mur de pierre » dans le Lancashire et le Yorkshire.30 Huxley emploie la même métaphore dans Abroad in England en décrivant « la muraille de Chine » de classes, massive et infranchissable, qui se dressait durant sa visite à Willington. Au fond, tout comme Le quai de Wigan, les marques de compassion données par Huxley dans Alien England sont très largement destinées à un lectorat du Sud, urbain et potentiellement hostile. Huxley et Orwell avaient beaucoup plus en commun dans les années trente que ce qui est généralement admis.

S’il y a bien un thème qui sous-tend l’œuvre de Huxley au début des années trente, c’est la menace envers la stabilité sociale posée non seulement par la formation de légions de chômeurs, mais aussi par l’avancement non régulé de la technologie, et l’absence de toute tentative de planification nationale systématique. Huxley lance cet avertissement dans Science and Civilisation : « Aussi longtemps que continuera la recherche scientifique, la société sera susceptible de subir une succession potentielle de tremblements de terre. » Il écrivit ensuite en 1932 :

Une part de plus en plus importante de l’opinion publique est désormais favorable à une planification réfléchie de tous les aspects de notre vie sociale. C’est un idéal qui doit, il me semble, enthousiasmer tout homme raisonnable. En contemplant le chaos auquel nous a réduits un individualisme non planifié, nous sommes contraints de croire en la planification.31

Le meilleur des mondes n’est que l’expression indirecte de l’intérêt passionné qu’éprouvait Huxley pour la planification et pour la situation de l’Angleterre. Comme l’avait constaté Huxley au début des années trente, ce pays était confronté à un choix cornélien : « Nous devons planifier ou décliner » (Abroad in England).

L’historien Arnold Toynbee décrivit 1931 comme une « annus terribilis » au cours de laquelle les gens « envisageaient sérieusement et discutaient ouvertement de la possibilité que le système social occidental puisse s’effondrer et cesser de fonctionner ».32 Huxley faisait très certainement partie de ces pessimistes, et tandis que les affaires de la nation passaient d’une crise à une autre (avec en point culminant la formation du premier gouvernement d’union nationale britannique à la fin août et l’abandon de l’étalon-or à la fin septembre), l’exaspération de Huxley envers la démocratie parlementaire s’accentuait. Une visite qu’il avait faite à la Chambre des Communes plus tôt dans l’année pour y assister à un important débat sur l’économie avait achevé de le convaincre que le Parlement n’était rien de plus qu’une danseuse hors de prix, tout à fait incapable de résoudre les problèmes qui lui étaient confiés. À l’inverse, comme le montrent Abroad in England et Greater and Lesser London, Huxley fut impressionné par la vigueur politique d’Oswald Mosley et par ses propositions radicales pour un renouveau national. « Mosley appela au remplacement de la ‘‘machine’’ parlementaire du dix-neuvième siècle. Le Parlement doit devenir un lieu de travail, et il faut mettre un terme aux bavardages incessants » disait-il dans divers discours condensés dans un manifeste paru le 13 décembre 1930. Mosley mettait l’accent sur la nécessité d’adopter des mesures économiques rapides et efficaces mises en œuvre par un « exécutif fort », libéré des entraves et de la critique pointilleuse, et soumis uniquement au « contrôle général » du Parlement.33 Le plan de Mosley, « bien que vague ou imparfait par certains aspects », gagna l’approbation de T. S. Eliot qui reconnut sans ambages « que le dix-neuvième siècle est terminé, et qu’une réorganisation méthodique de l’industrie et de l’agriculture est essentielle ».34

Abroad in England révèle toutefois que Huxley était bien plus qu’un simple soutien enthousiaste de la rationalisation industrielle et agricole ; il s’avère qu’il était un fervent partisan de la planification de type soviétique. Comme l’écrit Huxley dans un article rédigé au début du mois de septembre 1931 :

Nous pouvons soit poursuivre dans la voie actuelle, qui est désastreuse, ou nous devons abandonner la démocratie et nous autoriser à être gouvernés par une dictature dominée par des hommes qui nous contraindront à faire et à supporter ce qui est exigé par une planification rationnelle.
Ou, si nous conservons les formes démocratiques, nous devons inventer quelque technique psychologique pour inciter l’électorat à agir avant l’accident plutôt qu’après ; nous devons fournir aux votants de mauvaises raisons émotionnelles pour les pousser à se comporter avec une prévoyance rationnelle.
Ou, au final, nous pouvons employer ces dernières méthodes ensemble – contraindre tout en utilisant la propagande pour que la contrainte paraisse acceptable.
C’est la méthode russe actuelle. Une fois raffinée et améliorée, elle a de bonnes chances de devenir universelle.35

Au cours d’une des périodes les plus sombres de l’histoire britannique moderne, la figure qui est devenue une icône de l’establishment libéral adhérait, brièvement, aux méthodes qu’il semblait vilipender dans Le meilleur des mondes. À vrai dire, la veille même du jour où il publia son roman en 1932, Huxley déclarait à son auditoire radiophonique que : « Toute forme d’ordre est préférable au chaos. Notre civilisation est menacée d’un effondrement total. La dictature et la propagande scientifique pourraient fournir les seuls moyens de sauver l’humanité des maux de l’anarchie. »

Comme avec le soutien de Huxley pour la stérilisation obligatoire, nous devrions prendre garde de ne pas le condamner sans procès pour avoir été prêt à approuver une solution autoritaire à la crise politique engendrée par la Grande Dépression. Devant le constat de sa monumentale inefficacité, les intellectuels de tous horizons se désespéraient tous plus ou moins du Parlement au début des années trente, et, selon qu’ils soutenaient un fascisme favorable aux entreprises, le paradis terrestre du communisme soviétique, l’État-Monde de Wells, ou simplement le gradualisme britannique du Political and Economic Planning et du Next Five Years’ Group, peu d’entre eux avaient réellement confiance dans la Chambre des Communes, même lorsqu’ils ne travaillaient pas activement à sa disparition. La question de savoir si les traditions de liberté, d’individualisme et d’ouverture de la société démocratique pourraient jamais s’accorder avec le monde fermé, stable et sous contrôle de « l’état rationnel » fut un casse-tête abordé à de nombreuses reprises par Huxley dans cet ouvrage.

Huxley écrit dans Casino and Bourse que « La spéculation financière est probablement le jeu de hasard le plus pernicieux jamais inventé ». L’éclatement de la bulle spéculative de Wall Street, le scandale Hatry survenu peu avant en 1929,36 et la révélation posthume, en mars 1932, que la fortune légendaire d’Ivar Kreuger, le « roi des allumettes » suédois, était pour la plus grande part imaginaire, tout ceci contribua à accentuer le dégoût de Huxley pour les spéculateurs.37 Il annonça en juillet 1932 à son agent littéraire J. B. Pinker qu’il « travaillait sur le scénario de ce qui pourrait être, je pense, une assez bonne pièce – avec une figure du type de celle de Kreuger comme personnage principal – ce qui établirait un lien entre le récit et les idées économiques générales, et qui serait opportun, puisque tout le monde s’inquiète de ces choses ».38 Huxley intitula sa pièce Now More Than Ever (empruntant une demi ligne à l’Ode à un rossignol de Keats) qu’il tenta à plusieurs reprises de faire produire au début des années trente.39

Peu après la révélation du scandale Kreuger, Huxley fit part de son étonnement que « les dirigeants de sociétés hautement organisées puissent permettre que la stabilité du mécanisme dont dépend la prospérité économique de la communauté, soit ébranlée par un petit groupe de riches parieurs ».40 L’affaire Stavisky de 1933, qui menaça de déstabiliser la Troisième République pendant un certain temps, fut là encore une crise causée par les machinations de spéculateurs, et elle incita Huxley à redoubler d’efforts pour que Now More Than Ever vît le jour. Le problème de la pièce était que ses longs dialogues descriptifs, qui, du point de vue de Huxley, étaient sa raison d’être,* la rendait aussi inexploitable commercialement. Le côté actuel de la pièce ne pouvait tout simplement pas compenser son manque de tension dramatique. Mais malgré toute sa raideur, Now More Than Ever, par sa présentation de la chute d’Arthur Lidgate, « un financier animé du désir sincère de rationaliser le monde »,41 provoquée par Sir Thomas Lupton, un spéculateur « grossier, rougeaud, à la richesse indécente » et par son acolyte véreux, l’américain Wertheim, fournit de nouvelles preuves de l’importance vitale que Huxley accordait à la planification et de son souci constant de la stabilité nationale au début des années trente. Huxley relut Pareto à la fin de 1933 et Pareto and Society évoque les scandales Hatry, Kreuger et Stavisky envisagés selon le point de vue de son maître italien.

En juillet 1933, Huxley pouvait déclarer à un de ses correspondants :

Environ 99,5% de la population de la planète est aussi stupide et béotienne, bien que de façon différente, que les masses anglaises. Il me semble qu’il est inutile de s’attaquer aux 99,5% – si ce n’est à titre d’exercice – mais qu’il est important que les 0,5% puissent survivre, se maintiennent au niveau de qualité le plus élevé possible, et, si possible, dominent le reste. L’imbécillité des 99,5% est consternante – mais, après tout, que peut-on en attendre d’autre ?42

De même, Huxley déclara trois mois plus tard à son auditoire parisien, à l’occasion d’un discours donné lors d’un congrès sur la coopération intellectuelle : « Malheureusement la logique a très peu de prise sur les masses. Aux masses, il faut parler en termes d’autorité absolue, comme Jéhovah aux Israélites.* »43

Cependant, la détérioration de la situation en Allemagne et plus généralement en Europe suite à la nomination de Hitler au poste de chancelier en janvier 1933, et particulièrement après qu’il fut nommé « Führer du Reich allemand » après le décès de Hindenburg en août 1934, provoqua un changement radical quant à l’attitude de Huxley envers l’autoritarisme. Au cours de l’été 1933, Huxley écoutait avec le plus grand désarroi les stations de radio allemandes et entendait les reportages sur les autodafés et le boycott des juifs.44 Plus tard dans l’année, des écrivains allemands réfugiés tels que Thomas Mann ou Lion Feuchtwanger commencèrent à affluer dans le sud de la France, et il ne fallut pas longtemps avant que Huxley ne condamne le nazisme comme étant « une rébellion contre la civilisation occidentale ».45 De plus, Huxley put assister en juin 1934 à une démonstration de l’usage de la force qu’il avait dans l’ensemble approuvé en 1931, lorsqu’il fut le témoin des brutalités des sbires de Mosley, vêtus de chemises noires, à l’occasion d’une manifestation à Londres de la British Union of Fascists.46 À la fin de l’année suivante, un Huxley radicalement transformé avait inauguré une exposition des « artistes contre le fascisme et la guerre » en déclarant que « toute forme de dictature est intrinsèquement mauvaise ». Peu après, il fut nommé président de « For Intellectual Liberty », une organisation anti-fasciste qui unissait les intellectuels britanniques opposés à la tyrannie et à l’oppression sur le sol national et à l’étranger. Au moment où Huxley fit son appel en faveur d’un « front populaire » en novembre 1936 (dans le seul et unique bulletin publié par « For Intellectual Liberty »), il avait pris conscience que « les progressistes doivent soit se serrer les coudes, soit être pendus individuellement ».

Le communiste Walter Clough, éduqué à Oxford, dit dans Now More Than Ever que « aimer son voisin est un acte héroïque. Héroïque parce que c’est incroyablement difficile, la chose la plus difficile du monde. J’en ai toujours été incapable. » Mais bien qu’il exècre leurs divertissements – les films, le jazz, le football – Clough croit qu’avec de la détermination « il est possible d’aimer ses voisins même lorsqu’on n’a que peu de choses en commun avec eux ». C’était le challenge que Huxley s’était fixé dans les années trente, et alors que la décennie avançait, il défendait avec de plus en plus de véhémence la cause de ceux qu’il avait moqués ou ignorés au cours de la décennie précédente – comme les femmes déshéritées et sans abri de Londres (The Worth of a Gift) – et qu’il considérait désormais comme les victimes impuissantes d’un système politique à la dérive se précipitant vers la guerre. Comme il l’écrit dès juin 1932, « tous les hommes, et particulièrement les ‘‘intellectuels’’, sont chroniquement tentés d’échapper à certaines particularités déplaisantes et perturbantes pour se réfugier dans le monde dépourvu de passions de l’abstraction » (Dispatches from the Riviera). Plutôt que de pourfendre « l’imbécillité » de la société de masse, le Huxley des années trente se consacra à mesurer la hauteur des vastes murs qui séparaient, selon ses propres mots, la « province éloignée de l’Empire Grand Bourgeois habitée par les Hommes de Lettres, les Penseurs Professionnels et les Amateurs d’Idées Générales » et les plaines infinies de la vie ordinaire.

En décembre 1936, Huxley pouvait toujours écrire, dans How to Improve the World, sur « le besoin douloureux [de la Grande-Bretagne] de planification cohérente et de réforme intelligente », mais il mettait alors également l’accent sur l’importance de la médecine holistique et du régime dans la régénération sociale. « Au même moment », écrit-il, « toutes les techniques psychologiques et psycho-chimiques permettant de créer un état de rêves doivent être soigneusement étudiées », un commentaire qui préfigure ses futures expériences avec la mescaline et le LSD.

Les deux derniers articles présentés dans ce volume traitent de thèmes qui traversent l’intégralité de la section dédiée aux émissions de radio et aux essais de Huxley : la menace de l’innovation scientifique incontrôlée, les maux provoqués par le chômage de longue durée, et l’ennui et la routine du travail à l’usine. Dans The Man Without a Job et Pioneers of Britain’s ‘‘New Deal’’, Huxley condamne « le progrès technologique et l’organisation autoritaire et hiérarchisée de l’industrie [...] qui enlèvent tout satisfaction au travail », et argumente en faveur d’une « université de la vie commune – une université avec des facultés et des laboratoires disséminés dans tout le pays, où les hommes et les femmes de tous âges pourraient étudier et mener des expériences sur tous les aspects – personnel, social et professionnel – de l’art de vivre ». Après avoir visité une communauté accueillant des hommes sans emploi à New Forest, Huxley salua une initiative dans laquelle la vie était envisagée de façon « coopérative, et, dans le sens le plus entier du mot, communiste ». L’intellectuel consommé, qui avait débuté sa carrière dans un désespoir angoissé face aux masses insurgées et à l’américanisation de la planète, partit pour les États-Unis en avril 1937 convaincu que l’humanité pourrait être sauvée si seulement elle renonçait à la politique traditionnelle et qu’elle vivait dans des groupes « entre la taille d’un équipage de bateau et celle d’une équipe de rugby ».

Les premières satires sociales de Huxley et Le meilleur des mondes attireront toujours un lectorat, mais la qualité plus inégale de ses derniers romans, dans lesquels les idées sont plus souvent expliquées qu’incarnées, suggère que l’œuvre romanesque de Huxley n’aura jamais de place assurée dans le canon du roman anglais. Cependant, l’ampleur, la clarté, la netteté et la prescience des écrits non romanesques de Huxley, couplées avec l’attraction constante exercée par ses premières nouvelles, devraient lui permettre de conserver le statut d’une figure significative de l’histoire de la pensée et de la culture du vingtième siècle. Les essais et émissions de radio jusqu’alors négligés présentés dans ce volume, bien que limités à l’immersion de Huxley dans le bourbier social et politique du début des années trente, révèlent un écrivain plus troublé, troublant et fascinant que celui que nous connaissions jusqu’à présent. Bien que le légendaire libéral-humaniste ne sorte pas indemne de ces pages, il se peut que le Huxley qui en émerge soit une figure qui mérite encore plus notre attention.

 

* Ndt : en français dans le texte.

Notes

  1. « Le terrain de jeu condamné » était la description que Cyril Connolly faisait de la scène littéraire des années trente. Cyril Connolly, The condemned playground : Essays 1927-1944, Londres : Routledge, vi.

  2. Avant-propos, Brave New World, New York : Harpers, ix.

  3. Max Beerbohm, Things New and Old, Londres : William Heinemann, 1923, plate 14, « Mr. Aldous Huxley ».

  4. Claire John Eschelbach et Joyce Lee Shober, Aldous Huxley : A Bibliography 1916-1959, Berkeley and Los Angeles : University of California Press, 1961. Ceci a désormais été augmenté par David Bradshaw, A New Bibliography Aldous Huxley’s Work and Reception, 1912-1937, Bulletin of Bibliography, li, septembre 1994, pp. 237-55.
    La majeure partie des citations des écrits de Huxley présentes dans ce volume provient de lettres jusqu’ici inédites et d’articles, émissions de radio et revues non documentés. Sauf indication contraire, le lieu de publication original est Londres.

  5. « Questionnaire », Little Review, xii, mai 1929, pp. 48-9.

  6. Huxley avait déclaré que « dans la sphère économique » le but du pacifiste doit être le « socialisme ». « 100 000 Say No ! », Nash’s Pall Mall Magazine, xcvii, juillet 1936, pp. 76-81.

  7. Lettre à Frances Petersen, Department of Special Collections, University Research Library, University of California at Los Angeles (UCLA), non daté [début août 1915].

  8. Copie d’une lettre de R. Palme Dutt à Sybille Bedford, 28 mai 1968, Chatto & Windus Archive, University of Reading. Pour Dutt, voir John Callaghan, Rajani Palme Dutt : A Study in British Stalinism (1993). Pour le socialisme idiosyncratique de Wilde, voir son L’âme de l’homme sous le socialisme (1891).

  9. Bodleian Library, Oxford, MS. Top. Oxon. d.467, fol.14.

  10. La Base fabienne est reproduite en appendice de l’ouvrage de Margaret Cole, The Story of Fabian Socialism, Londres : Heinemann, 1961, pp. 336-41.

  11. W. B. Yeats, Autobiographies, Londres : Macmillan, 1977, p. 229.

  12. W. B. Yeats, A Vision, Londres : Macmillan, 1938, p. 277.

  13. D. H. Lawrence, « Education of the People », in Michael Herbert, éd., Reflections on the Death of a Porcupine and Other Essays, Cambrige : Cambridge University Press, 1988, pp. 87-166. Cité à partir de la p. 107.

  14. Voir par exemple « Pareto’s Politics » par Raymond Aron, in James H. Meisel, éd., Pareto and Mosca, Englewood Cliffs, New Jersey : Prentice Hall, 1965, pp. 115-20. Voir aussi Robert A. Nye, The Anti-Democratic Sources of Elite Theory : Pareto, Mosca, Michels (1977). Plus récemment, Renato Cirillo a cependant défendu l’idée que les enseignements fascistes de Pareto avaient été exagérés, et qu’il serait plus exact de le considérer comme un « libertarien radical ». Renato Cirillo, Was Vilfredo Pareto Really a Precursor of Fascism ?, in Mark Blaug, éd., Vilfredo Pareto (1848-1923), Aldershot : Edward Elgar, 1992, pp. 239-45. Voir aussi Alan Sica, Weber, Irrationality and Social Order (1988).

  15. Franz Borkenau, Pareto, Londres : Chapman & Hall, 1936, p. 168.

  16. Proper Studies, Londres : Chatto & Windus, 1927, xviii. Il est probable que Huxley fut introduit à l’œuvre de Pareto par James Strachey Barnes, le frère de Mary Hutchinson, une amie proche des Huxley. Barnes était le secrétaire général du Centre international d’études sur le fascisme de Lausanne de 1927 à 1929. Il loue le « magistral » Trattato de Pareto dans The Universal Aspects of Fascism, qu’il rédigea en 1926 au moment où Huxley préparait Proper Studies (James Strachey Barnes, The Universal Aspects of Fascism, Londres : Williams & Norgate, 1928, p. 10). Voir aussi Richard Griffiths, Fellow Traveller of the Right : British Enthusiasts for Nazi Germany 1933-9, Oxford : Oxford University Press, 1983, p. 16.

  17. S. E. Finer, introduction de Vilfredo Pareto : Sociological Writings, trans. Derick Mirfin, Londres : Pall Mall Press, 1966, pp. 14-15.

  18. Vilfredo Pareto, The Mind of Society, trans. Andrew Bongiorno et Arthur Livingston, éd. Arthur Livingston, 4 vols., Londres : Jonathan Cape, 1935, vol. iii, p. 1430.

  19. Brave New World, Londres : Chatto & Windus, 1932, p. 38.

  20. « Aristocracy », Proper Studies, pp. 157-64.

  21. Crome Yellow, Londres : Chatto & Windus, 1921, p. 47.

  22. Lettre en possession de Lady Huxley, 7 juin 1922.

  23. « The Future of the Past », Vanity Fair (New York), xxix, septembre 1927, p. 72 et p. 102.

  24. Voir, par exemple, « Reform Eugenics, Population Research, and Family Planning, 1930-1939 », in Richard A. Soloway, Demography and Degeneration : Eugenics and the Declining Birthrate in Twentieth-Century Britain, Chapel Hill et Londres : University of North Carolina Press, 1990, pp. 193-225.

  25. Cité dans Daniel Jo Kevles, In the Name of Eugenics : Genetics and the Uses of Human Heredity, Harmondsworth : Penguin, 1986, p. 90. Voir aussi Diane Paul, « Eugenics and the Left », Journal of the History of Ideas, xlv, octobre 1984, pp. 567-90.

  26. Grover Smith, éd., The Letters of Aldous Huxley, Londres : Chatto & Windus, 1969, p. 345. Abrégé en Letters à partir de maintenant.

  27. Anne Olivier Bell et Andrew McNeillie, éd., The Diary of Virginia Woolf, vol. iv : 1931-5, Londres : Hogarth Press, 1982, pp. 11-12.

  28. John Carey, The Intellectuals and the Masses : Pride and Prejudice among the Literary Intelligentsia 1880-1939, Londres : Faber and Faber, 1992, p. 86.

  29. George Orwell, The Road to Wigan Pier, Londres : Victor Gollancz, 1937, p. 23.

  30. Ibid., p. 188.

  31. « Man Proposes », Chicago Herald Examiner, 24 septembre 1932, p. 9.

  32. Cité dans Robert Skidelsky, Politicians and the Slump : The Labour Government of 1929-1931, Harmondsworth : Penguin, 1970, p. 313.

  33. Robert Skidelsky, Oswald Mosley, Londres : Macmillan, 1975, pp. 227 et 237.

  34. T. S. Eliot, « A Commentary », The Criterion, x, avril 1931, pp. 481-90.

  35. « Forewarned is not Forearmed », Chicago Herald and Examiner, 18 novembre 1931, p. 9. Réimprimé dans Nash’s Pall Mall Magazine, lxxxix, juillet 1932, p. 50.

  36. Clarence Hatry (1888-1965) fut l’acteur principal d’un énorme scandale boursier. Pour un compte-rendu plus exhaustif de ses méfaits, voir sa chronique nécrologique parue dans The Times du 12 juin 1965, p. 12. Huxley avait suivi le procès de Hatry : voir Letters, p. 327. Le spéculateur éponyme et « escroc napoléonien de grande envergure » de Chawdron est clairement inspiré de Hatry. Life and Letters, iv, avril 1930, pp. 250-302. Réimprimé dans Brief Candles (1930).

  37. Au moment de son suicide en mars 1932, la richesse et la puissance du « roi des allumettes » – le sobriquet donné à Kreuger en raison de son monopole sur la production globale – étaient légendaires. Cependant, il fut bientôt découvert que les possessions de Kreuger étaient en grande partie imaginaires. Kreuger inspira le personnage d’Erik Krogh dans England Made Me (1935), par Graham Greene.
    Pareto écrivait qu’une société dominée par les spéculateurs « manque de stabilité, vit dans un état d’équilibre instable qui pourrait renversé par un léger accident interne ou externe ». The Mind and Society, iv, p. 1555.

  38. Harry Ransom Humanities Research Center, University of Texas at Austin, 24 juillet 1932.

  39. Le manuscrit dactylographié de 92 pages est la propriété du Harry Ransom Humanities Research Center. Il est en cours d’édition par David Bradshaw et James Sexton.

  40. « Notes on the Way », Time and Tide, 7 mai 1932, p. 516.

  41. Tiré d’une lettre de Huxley datée du 27 août 1932, citée dans Leon M. Lion, The Surprise of My Life : The Lesser Half of an Autobiography, Londres : Hutchinson, 1948, p. 115.

  42. Lettre à J. Glyn Roberts, tirée des L. J. Roberts and J. Glyn Roberts Papers, Correspondence File, ff. 55-6, National Library of Wales, 19 juillet 1933.

  43. « L’avenir de l’esprit européen », Coopération intellectuelle, no. 38, mars 1934, pp. 77-9.

  44. « German Bonfires », Chicago Herald and Examiner, 29 septembre 1933, p. 9.

  45. « Alypius in a Brown Shirt », American Spectator, ii, avril 1934, p. 1.

  46. « Vindicator » [i.e. Victor Gollancz], Fascists at Olympia : A Record of Eyewitnesses and Victims, Londres : Victor Gollancz, 1934, p. 21.


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27 réactions à cet article    


  • DTC (---.---.82.102) 1er août 2016 10:40

    Pour compléter, je vous invite à lire :
    https://sniadecki.wordpress.com/2015/01/21/huxley-transhumanisme/

    "J. Huxley invente en 1957 le terme de transhumanisme pour désigner son idée d’amélioration des performances humaines. Dans ce texte très court – pour la première fois traduit en français –, on y retrouve tous les poncifs de l’idéologie évolutionniste-progressiste de l’époque."


    • attis attis 1er août 2016 13:32

      @DTC
      C’est son frère Julian, président de l’Eugenics Society puis secrétaire général de l’UNESCO (!), qui a inventé le terme transhumanisme.
      La famille Huxley est une famille extrêmement particulière, qui a été au service des élites pendant plusieurs générations. Le grand-père d’Aldous, Thomas Huxley, surnommé « le bull-dog de Darwin », a soutenu l’évolutionnisme darwinien en raison de ses implications politiques, en ce qu’il donnait une justification scientifique à l’organisation pyramidale de la société.
      Et quand Aldous s’occupait de la version américaine de MKULTRA, son cousin Leonard Huxley travaillait sur la branche australienne de ce programme (dans laquelle est impliqué le psychiatre Antony Kidman, père de l’actrice Nicole Kidman).
      Ceux qui souhaitent tomber sur un nid de vipères pourront étudier la fiche Wikipedia de cette famille.


    • Hecetuye howahkan howahkan Hotah 1er août 2016 11:33

      Salut et merci, j’ai voté pur la parution de cet article..., intéressant et assez complet, il ne manque je pense que sa prose écrite pour un livre de jiddu krishnamurti , et de lire Huxley ici même, je me demande bien ce qu’il a pu trouver chez krishnamurti autre que sa quête élitiste à lui Aldous..d’un monde ou il n’y aurait que des idiots et 0.5% qui savent..

      or c’est précisément ceux qui croient savoir qui nous mènent en « enfer »...cela dit on vote pour eux ...un couple maudit et détonnant...sauf de + en plus de nombreuses exceptions pour un possible réveil de l’humain ???

      étrange non ??

      Il a cette certitude d’être au dessus du panier de crabe, ce qui est le cas de quasiment tout le monde en fait..

      «  Un monde où les idées n’existeraient pas serait un monde heureux car il ne comporterait pas ces forces si puissamment conditionnantes qui contraignent l’homme à des actions inappropriées, ces dogmes sacro-saints au nom desquels les pires des crimes sont justifiés, les plus grandes folies méticuleusement rationalisées. » Aldous Huxley, préface à La première et dernière liberté



      en lien si cela intéresse la preface de huxley dans le livre de Krishnamurti..



      • attis attis 1er août 2016 13:41

        @howahkan Hotah
        Intéressant, j’ignorais que Huxley avait rédigé cette introduction pour Krishnamurti.
        Le lien entre les deux est probablement la société fabienne.
        Annie Besant est à la fois la fondatrice de la société fabienne et de la société théosophique (ce qui devrait interroger les plus curieux d’entre vous).
        Or Krishnamurti est une création intégrale de la société théosophique.


      • Hecetuye howahkan howahkan Hotah 1er août 2016 14:13

        @attis

        re..

        oui je sais cela....

        quand à savoir si k est uniquement un pur produit de la société théosophique qu’il a quitté avec fracas est un autre sujet..que je n’aborderais pas...j’ai une vison de cela assez clair qui me suffit pour moi même..

        salutations...


      • Alren Alren 1er août 2016 11:45

        C’est une chose fréquente, presque naturelle, que les individus qui ont eu le privilège de recevoir une éducation jusqu’à l’enseignement supérieur considèrent comme justifiées les inégalités qui en découlent, non par les hasards de la naissance mais relatives à la personne. C’était encore plus vrai autrefois quand les diplômés du supérieur étaient bien plus rares qu’aujourd’hui.

        N’est-ce pas Figaro qui lançait au comte dans le Mariage de Figaro : « Parce que vous êtes un grand seigneur vous vous croyez un grand génie. » ?

        L’article est bien long et franchement je n’ai pas tout lu du fait que je m’intéresse à la plupart des thèmes abordés sur Agoravox et que cela prend trop de temps et d’attention pour un homme au final ordinaire car reproduisant les préjugés de sa classe sociale : en effet, pour pouvoir s’offrir une propriété sur la Côte d’Azur puis aux USA, sans avoir de grands succès de librairie, il devait avoir hérité d’une belle fortune.

        Bref c’était un riche qui pouvait faire le malin avec l’idéologie socialiste, tout en étant imprégné d’un eugénisme typique de l’extrême-droite, partagé par les « autorités » anglaises de l’époque qui arrachaient leurs enfants aux femmes pauvres parce qu’elles n’étaient "pas capables de les élever convenablement", c’est-à-dire selon leurs critères de « convenable », critères où l’affection était superflue et l’attachement des enfants aux parents pauvres nié.


        • César Castique César Castique 1er août 2016 17:42

          @Alren


          « ...’un eugénisme typique de l’extrême-droite... »


          On notera tout de même que, de 1936 à 1976, la très socialiste Suède a stérilisé près de 63’000 personnes.


          Dans le cas particulier, je ne sais pas de quoi l’eugénisme était typique, mais je peine à imaginer Olof Palme (1969-1976) en extrémiste de droite...

        • Alren Alren 1er août 2016 18:28

          @César Castique

          Vous confondez socialisme et social-démocratie.

          En Suède jusqu’à une explosion, oui dans les années 70, où l’on a vu les jeunes Suédoises faire pratiquer une sexualité considérée par elles comme un sain exercice physique, le pays vivait dans le carcan du protestantisme le plus austère, social-démocratie ou pas, qui bridait les mœurs d’une manière que nous, Français (certains ressortiront « Gaulois ») n’avons jamais connue.


          Ce n’est pas par hasard si pour son opéra bouffe, Offenbach choisit un couple de Suédois pour visiter Paris et fait dire avec le librettiste au monsieur : « Avec mon père très austère, j’ai dû garder la robe blanche jusqu’à mon mariage (ma virginité) mais à Paris en trois mois je vais m’en fourrer jusque là ! »

          L’austérité protestante c’est, au nom de la Bible, le droit que se donnent les autorités ... et le voisin ou la voisine, de fourrer leur nez dans votre vie privée et d’exiger des comptes sur vos mœurs.

          Au nom de ce principe tout ce qui est « déviant » doit être corrigé et peut être privé du droit à une descendance.


          Mais vous êtes de mauvaise foi, de ne pas reconnaître que l’idée de réserver la reproduction à des « êtres supérieurs », c’est-à-dire eux-mêmes, est un concept typique des « penseurs » racistes d’extrême-droite.

          Même un Michel Debré qui était contre la pilule contraceptive en métropole, l’avait promue à la Réunion où il était aller désespérément se faire élire, pour éviter une prolifération de « noirs » qui auraient pu envahir la métropole !

          Vous oubliez de mentionner que dans les camps nazis, des expériences ont eu lieu pour mutiler les femmes juives et castrer des hommes juifs, sans anesthésie, avec évidemment une mortalité généralisée.

          Je crois qu’on peut dire que les nazis étaient d’extrême-droite, vous ne trouvez pas ?




        • César Castique César Castique 2 août 2016 00:06

          @Alren


          « Mais vous êtes de mauvaise foi, de ne pas reconnaître que l’idée de réserver la reproduction à des « êtres supérieurs », c’est-à-dire eux-mêmes, est un concept typique des « penseurs » racistes d’extrême-droite. »

           

           Toute la doctrine socialiste (communiste comme nationale) plaide en faveur d’un prolétariat sain de corps et d’esprit, l’opposant à la bourgeoisie corrompue et décadente. 

           

          En peinture, le réalisme socialiste n’a rien à envier à son équivalent national-socialiste qui, lui relègue le rachitique, la pute décatie, le bourgeois lubrique, dans sa célèbre exposition sur l’"Art dégénéré" (entartete Kunst)

           

           

          Trotski pour sa part, ira jusqu’à prophétiser l’avènement d’un surhomme, maître des "processus semi-conscients et inconscients de son propre organisme". Dans « Littérature et Révolution  », chap. VIII, «  Art révolutionnaire et art socialiste  », il écrit  : 

           

          « …l’homme commencera sérieusement à harmoniser son propre être. Il visera à obtenir une précision, un discernement, une économie plus grands, et par suite, de la beauté dans les mouvements de son propre corps, au travail, dans la marche, au jeu. »

           

           

          Des lignes qu’Alfred Rosenbeg, dans "Le Mythe du XXe siècle« ou Walter Darré dans »La Race", auraient pu signer des deux mains. 


          Reste à dire quelques mots de la classe « M » comme « Mabouls », dont le plus éminent représentant fut le professeur Ilya Ivanov Ivanovich (1870-1932), biologiste stalinien, et pionnier sans postérité des expériences d’hybridation homme-singe.


          Mais peut-être abordons-nous ici un eugénisme typique de l’extrême gauche smiley


        • Alren Alren 3 août 2016 18:11

          @César Castique

          Toute la doctrine socialiste (communiste comme nationale) plaide en faveur d’un prolétariat sain de corps et d’esprit, l’opposant à la bourgeoisie corrompue et décadente. 

          Là encore, soit par ignorance, soit par mauvaise foi, vous amalgamez deux concepts qui s’opposent fondamentalement.

          Pour les racistes d’extrême-droite, l’inégalité des hommes entre eux et la supériorité de l’homme sur la femme est génétique, innée.

          Cela se constate à propos de l’antisémitisme, « valeur » commune à l’extrême-droite d’avant-guerre et à l’église catholique d’alors.

          Pour un bon catholique, donc antisémite, un juif qui se convertissait devenait fréquentable, comme un chrétien qu’il était devenu.

          Pour les nazis, un juif, et même un demi-juif ou un quart de juif restait un être inférieur de par sa naissance, quoi qu’il fasse. Ils appliquaient là le même principe que les racistes américains envers les noirs.

          Les marxistes, lointains héritiers de Rousseau et de son « Émile », pensent que c’est l’éducation qui différencient les humains.

          Ils pensent, et vérifient, que l’on apprend au jeune bourgeois à ne pas se mêler aux gamins du peuple dans ses jeux et à regarder de haut, même enfant, un adulte mal habillé.

          Il apprend même à mépriser le travail manuel et à respecter seulement « le travail » du père rentier qui joue à la Bourse ou va toucher ses fermages.

          On ne donne du « Monsieur » qu’à un homme à chapeau et du « mon brave » à un "salopard à casquette« . Si c’est un vieil homme, on l’appelle : »le père Machin".

          Les marxistes pensent, et le présent leur donne raison, qu’une autre éducation aurait « fabriqué » un jeune homme avec de toutes autres idées.

          En peinture, le réalisme socialiste n’a rien à envier à son équivalent national-socialiste.

          Là vous avez raison ! Mais là encore les raisons de ces interdits sur l’art moderne, diffèrent totalement.

          Aimer l’art pictural, en particulier depuis l’impressionnisme, c’est se laisser aller à éprouver une émotion.

          Les nazis pensent qu’éprouver une émotion esthétique pour un bon aryen, c’est une faiblesse qu’il faut laisser aux femmes. (Étonnant d’ailleurs car devant la musique instrumentale, art abstrait par excellence, l’émotion artistique est bien venue, même chez les gardiens de camps de la mort.)

          Pour Staline, l’urgence des urgences c’est d’éduquer le peuple de paysans russes ignorants pour qu’ils deviennent de farouches combattants soviétiques, comme soldats et comme travailleurs.

          Les peintres doivent être au service du peuple et non de quelques esthètes privilégiés pour cette bataille.

          Ils doivent susciter des émotions, eux, chez les spectateurs, mais des émotions en faveur de la Mère patrie et du socialisme.

          Trotski pour sa part, ira jusqu’à prophétiser l’avènement d’un surhomme, maître des "processus semi-conscients et inconscients de son propre organisme"

          Bon visionnaire Troski ! C’est ce que la recherche en biologie de pointe vise. Et elle a accompli ces dernières décennies des progrès fulgurants. On en est aujourd’hui à entreprendre la fabrication d’un cerveau artificiel pour mieux comprendre certains mécanismes du cerveau biologique.

          Nul doute que dans une cinquantaine d’années, si l’humanité survit jusque là, on pourra optimiser le fonctionnement des organes des humains par la copie génétique de ceux des individus qui présentent les meilleures performances.

          Mais cela n’a rien à voir une quelconque forme de racisme puisque ce sera universaliste  !!!


        • sarcastelle sarcastelle 1er août 2016 11:54

          Un article qui sera apprécié par les alpha ++ tels que moi. 


          • leypanou 1er août 2016 12:39

            Article intéressant mais trop long pour moi : un résumé aurait été mieux.

            Quant à l’idée majeure même, cela existe parfaitement maintenant, le fonctionnement de l’UE ou les propos de J Attali en sont l’illustration (grosso modo, la gouvernance mondiale) : les dirigeants ont besoin de moutons incultes pour pouvoir continuer sans risque ou encore on les fait se disputer entre eux.


            • attis attis 1er août 2016 12:53

              En bonus, deux citations supplémentaires tirées de The Hidden Huxley  :

               - Page 36 : « Dans un article d’août 1927 intitulé The Outlook for American Culture, par exemple, Huxley écrivait dans des termes quasiment identiques à ceux utilisés par Wells : " L’état idéal est celui dans lequel il existe une démocratie matérielle contrôlée par une aristocratie de l’intellect - un état dans lequel les hommes et les femmes reçoivent la garantie d’une existence humaine décente, et à qui on donne toutes les possibilités de développer leurs talents, et où ceux qui possèdent le plus de talent dirigent. Les oligarchies actives et intelligentes de l’état idéal n’existent pas encore. Mais le parti fasciste en Italie, le parti communiste en Russie, et le Kuomintang en Chine sont pourtant leurs précurseurs inadéquats." »

              - Page 38 : « [...] Huxley diffusa une discussion intitulée Science and Civilisation. Au cours de celle-ci, il rumina que si, dans l’intérêt de la stabilité, l’eugénisme devait être utilisé par l’état pour créer une caste de travailleurs manuels stupides et dociles "ceci devrait être accompagné par la création génétique et par l’entraînement d’une petite caste d’experts, sans lesquels une civilisation scientifique ne peut exister.[...] Dans une civilisation scientifique, la société doit être organisée selon le système de castes. Les dirigeants et leurs experts-conseils seront en quelque sorte les brahmanes qui contrôleront, en vertu d’une connaissance spéciale et mystérieuse, de vastes hordes qui seront intellectuellement équivalentes aux sudras et aux intouchables." Ces vues furent diffusées à la radio deux semaines avant la publication du Meilleur des mondes, un roman qui a constamment été interprété comme étant une condamnation sans appel de la manipulation génétique. »


              • alanhorus alanhorus 1er août 2016 15:17

                https://vimeo.com/28814110
                vers 9 minutes aldous huxley présente son idée « géniale » : les camps de concentration.
                https://www.youtube.com/watch?v=2py2bf8XOZ0
                https://en.wikipedia.org/wiki/Matthew_Arnold
                https://en.wikipedia.org/wiki/Thomas_Henry_Huxley
                https://en.wikipedia.org/wiki/Julian_Huxley
                lié a darwin.
                Aldous Huxley aurait il été l’inspirateur du fascisme sous toutes ses formes ?


                • Xenozoid Xenozoid 1er août 2016 15:23

                  @alanhorus



                  le pouvoir.
                  a été et est le fashisme,le pouvoir n’a besoin de label que pour le con,ce qui n’est pas un handicap

                • Abou Antoun Abou Antoun 1er août 2016 17:06

                  La trame du « Meilleur des mondes » est déjà contenue dans le roman « Nous autres » (Мы) d’Eugène Zamiatine publié en 1920...


                  • sarcastelle sarcastelle 1er août 2016 22:12

                    @Abou Antoun

                    .
                    Tiens, c’est rigolo. Le récit par Lindbergh de son vol s’appelait : « We » (son zinc et lui). 

                  • Daniel Roux Daniel Roux 1er août 2016 17:10

                    Nous avons donc un type cultivé, dans une famille riche et influente, qui s’insurge contre le parlementarisme, c’est à dire l’accès au pouvoir par la démagogue, les beaux parleurs et les sophistes, non par la naissance, la filiation, l’onction magique.

                    Ce qui est intéressant n’est pas que ce genre d’intellectuel flamboyant s’exprime, mais qu’il soit lu, entendu, commenté, décortiqué. Ses idées, y compris dans leur évolution, fascinent les hommes, par essence schizophrène, qui veulent à la fois la liberté pour eux-mêmes et l’ordre pour la société.

                    Pourquoi Aldous Huxley fascinait-il autant et fascine t-il encore aujourd’hui, comme le démontrent les nombreux ouvrages à son sujet et cet article ?

                    Peut-être parce que les questions qu’ils posent sur les sociétés humaines sont à la fois incontournables et insolubles et que cela nous angoisse.

                     


                    • attis attis 1er août 2016 19:32

                      @Daniel Roux
                      Ce qui est intéressant n’est pas que ce genre d’intellectuel flamboyant s’exprime, mais qu’il soit lu, entendu, commenté, décortiqué.
                      Ce que je trouve intéressant est surtout que pendant près d’un siècle, et jusqu’à aujourd’hui, il a été donné au public une vision de Huxley diamétralement opposée à la réalité : celle d’un visionnaire, progressiste, humaniste qui s’opposait au totalitarisme et à l’eugénisme. Or nous avons affaire à un partisan d’une dictature oligarchique totalitaire fondée sur l’eugénisme, la propagande et la distribution de drogues, dans laquelle « les vastes hordes » d’esclaves sont conditionnés à « aimer leur servitude ».
                      Comment et pourquoi une telle erreur d’interprétation a-t-elle été possible pendant tout ce temps ? Les travaux de Bradshaw sont connus depuis plus de vingt ans, et ils restent pourtant confidentiels, tout comme ceux de Jan Irvin, dont je ne saurais trop recommander la lecture. Les médias dominants allument régulièrement leur cierge à la mémoire de saint Huxley, les professeurs de lettres continuent de l’encenser (voir cet article publié ici même il y a quelques semaines), et les moutons continuent de croire que Huxley était un prophète, alors qu’il s’agissait plutôt d’un équarrisseur au service de l’oligarchie.
                      Cette propagande universelle en faveur de Huxley, cette inversion des valeurs, ces erreurs grossières d’interprétation, voilà ce que je trouve réellement fascinant.


                    • eugene eugene 1er août 2016 22:30

                      Votre article est sans doute intéressant par bien des aspects. On arrive toujours à sortir le coté déplaisant et sombre d’un auteur, si l’on s’applique à soulever les meubles qui recouvrent les nids à poussières qu’on a planqués...J’ai lu dernièrement des pages sur Dickens et sur Zweig où ces types ne sortaient pas grandis. Ne parlons pas de Freud...En fait bien peu s’avérèrent lumineux dans leur vie, et même dans tous leurs écrits. Georges Orwell fera pour moi exception, mis à part le fait qu’il ai exécuté un éléphant en Birmanie. Mais c’était à l’époque où il était officier, et puis cet éléphant était fou.

                       C’est quand même une tâche. Un éléphant même s’il est gros et fou reste un animal sans défense. Mais le devoir d’un officier anglais et tout ça font que vous claquez la porte un jour à vos obligations et à votre réserve. Une chose dont Huxley ne se départit jamais. Ce coté rigide et un peu froid, amoureux pourtant des couleurs chaudes des impressionnistes, louchant vers le décolleté des belles dames, comme un entomologiste. Mais il reste toujours en dehors du cadre. Ses mots et ses concepts ne seront jamais ceux d’un artiste, mais d’un intellectuel, formaté par la science des salles de dissection et d’expérimentation. 
                      Voilà Huxley, avec les mots qui jaillissent en vrac de mon clavier, 40 ans plus tard après avoir lu « la traversée des apparences », un nom évocateur.
                      Tout de même, Orwell berça mon adolescence, et Wells ( un satyre) aussi. Huxley m’a fait beaucoup réfléchir, comme tant d’autres. Un homme qui voyait donc d’une façon un peu froide, malgré tous ces efforts, formaté par sa classe. 
                      Mais enfin l’homme était pratiquement aveugle. Je lui pardonne beaucoup pour des livres que personne ne lit plus, et qui sont restés un peu en moi, m’ont fait ce que je suis. Un peu snob, un peu happy few, dissertant sur les rivages de la vieille europe, du monde qui nous attendait. « Contrepoint » et« la paix des profondeurs » m’avaient tant plu, du moins je tentais de m’en convaincre, comme face à quelqu’un qui possède le verbe et la manière, que j’avais souligné bien des passages. Je ne pense pas qu’il est traité le fait religieux, enfin pas à la façon dont tout cela a mal tourné, bien loin des querelles métaphysiques, et des vues de Malraux.
                       Au delà du débat sempiternel, Orwell ou Huxley, arnaque politique ou scientifique, préfigurant notre avenir, Peut être après tout que Lovecraft avec ces créatures dingues venues de l’espace, et leurs prêtres et disciples psalmodiant des choses, pour tenter de prendre notre place sur terre, était le vrai voyant des temps à venir. 

                      • attis attis 2 août 2016 00:07

                        @eugene
                        Chaque être humain a un côté obscur, bien entendu. Mais les Huxley, Wells, Orwell & co. auront été franchement malveillants vis à vis de l’ensemble de leurs congénères. Eh oui, Wells et Orwell ne valaient pas tellement mieux que Huxley, même si ce dernier décroche sans doute le pompon dans le domaine de la malignité. Je ne vais pas développer sur Orwell et Wells, il faudrait écrire deux articles au moins aussi longs que celui-ci.
                        Je considère tous ces gens comme des psychopathes mégalomanes : les psychopathes ont tendance à se contenter de faire du mal à leurs proches. Eux auront fait du mal à l’ensemble de l’humanité (mis à part les « 0.5% » qu’ils servaient).
                         
                        D’un point de vue purement littéraire, je n’ai jamais été un admirateur de Huxley, que je trouve trop emphatique et trop démonstratif. Dans la catégorie des auteurs-psychopathes, mon préféré est de très loin Sade.


                      • eugene eugene 2 août 2016 10:47

                        @attis
                        Il y a des gens plus lumineux que d’autres, et Orwell ne m’a semblé jamais être un suppôt du diable, ni dans ses écrits, ses engagements, et sa propre vie. « An old fellow ! ».... 1984 et la ferme des animaux restent des livres immenses, le second pouvant être lu par des enfants, comme un conte philosophique. Je ne sais pas la raison de votre ressentiment à son égard ? Avez vous lu la très bonne biographie de Bernard Schlink ? ...

                        L’homme possédait beaucoup d’humour et le sens de l’autodérision, mais peut-être est ce aussi votre cas. Entre Orwell et Huxley, un monde de classe de différence. Si les deux fréquentèrent les collèges anglais huppés, Orwell fut simplement boursier et eut à souffrir de ce postulat ; ce qui provoqua chez lui la défense des exclus, et entretint l’esprit de révolte envers la classe dominante, et la capacité à décrypter sa tendance à manipuler, à instrumentaliser, à cliver, dans un bel exercice de gouvernement. Voilà la genèse de « 1984 », et de « la ferme des animaux. Ses souvenirs de collège, à Saint Cyprian, montrent cette capacité à comprendre les mécanismes de l’oppression, et sa très grande résilience. S’il y avait un livre à faire à Orwell, ce serait intéressant à mon avis, d’exploiter ce ressort un peu névrotique qui l’a fait mettre sans cesse en danger, dans des expériences extrêmes, au point de mourir avant 50 ans.
                        Pas le cas de Zweig, qui se suicida, et suicida aussi sa jeune compagne, si l’on peut dire ainsi, en raison de l’ascendant moral et intellectuel qu’il possédait sur cette jeune secrétaire.
                        Si Stephen Zweig , dans »Le monde d’hier« , regrette le monde d’avant 14, et ses prétentions progressistes et universelles, il parle de son monde protégé, le Vienne de la belle époque où il vivait sous une cloche de verre. 
                        Pas le cas d’Orwell, qui, après la révolution soviétique, se demandait ce qu’avaient pu devenir les fis d’aristocrates russes ; Ceux qui lui demandaient dédaigneusement quand il avait 13 ans, combien son père avaient de voitures, et de palais. Ce regard croisé, dichotomique, sur le monde d’avant, entre les perceptions de Zweig, nostalgiques, enfant couvé, et celles d’Orwell, révolté, marginalisé, dépend avant tout de leur expérience propre !
                        D’une façon générale je cherche ce qui peut sauver les gens, et pour certains auteurs, c’est très difficile à trouver : Rien dans leur oeuvre, ou leur engagement, passé l’effet de mode de leurs écrits opportunistes et maniérés...Les bons auteurs se ramassent à la pelle, et jaunissent comme les feuilles mortes. Il y en a peu de vivaces.. 
                        Au moins quand leurs écrits possèdent un tant soi peu de la grâce, et provoque débat, questionnement, fascination et engagement, par le fait des bandes de billard à trois boules, malgré le temps passé, on peut dire qu’ils n’ont pas écrit en vain.
                         C’est le fait de tous les auteurs dont on parle : Des humains, mais qui comptèrent pour les autres, en raison de leurs engagements et de ces quelques livres qui comptent dans un siècle, et qui continuent à faire référence.
                         C’est le cas, aussi, me direz vous, de »Mein Kampf", écrit par un vrai psychopathe indiscutable, et chez qui on retrouve des idées du divin Marquis, en l’occurrence celle du droit des forts de disposer des faibles, que Sade défend en rapport à ce que la nature nous livre en exemple ce fait brut tous les jours. Nous arrivons ici dans les vues de l’ultralibéralisme, et ses sophismes, qui envoie directement le monde en enfer. : Les gueules noires de wigam, et le monde des exclus, qui a changé juste de quai.

                      • attis attis 2 août 2016 16:48

                        @eugene
                        Pas facile de déboulonner ses idoles, n’est-ce pas ? :)
                        La littérature est un puissant outil de propagande, et les Huxley, Wells et Orwell ont tous été recrutés par les services de contre-espionnage britanniques (Huxley a été « prêté » à la CIA après son exil américain). Sur le cas d’Orwell, sa biographie officielle a été trafiquée pour nous faire croire qu’il était un pauvre fils de colons exilés en Birmanie. La vérité est que son père descend des comtes de Westmoreland et que sa mère appartient à une famille de riches exploitants de bois. Sa bio a été truquée pour lui donner une couverture crédible lors de ses missions d’infiltration du petit peuple. Comme cité dans l’article ci-dessus, Orwell ressentait lui-même le « mur de classe » entre lui et les prolos. Je vais vous donner un seul exemple, qui devrait vous faire réfléchir : dans Dans la dèche à Paris et à Londres, Orwell a un « ami » qui se trouve être un russe blanc, et qui lui permet d’entrer dans une organisation bolchévique clandestine. Décodage : ce russe blanc est un agent, le référant parisien de l’agent Orwell, qui permet à ce dernier d’infiltrer une organisation coco. Le reste de sa carrière est à l’avenant. Pour rester dans la catégorie des soi-disant « auteurs-aventuriers » - mais qui sont en réalité des agents - nous avons Hemingway, dont même la CIA admet qu’il était un agent.
                        Le meilleur des mondes et 1984 sont des ouvrages complexes. Pour comprendre une partie des mécanismes à l’oeuvre ici, je vous invite à lire cet article, centré sur Wells, qui explique le fonctionnement de la "fiction normative" (si vous ne souhaitez pas tout lire faites un simple ctrl+F - « fiction normative »). De façon plus terre à terre, 1984 combat le stalinisme pour promouvoir la troisième voie fabienne.
                        Je considère ces auteurs comme de vulgaires agents de propagande, ni plus ni moins.
                        Je ne vais pas commenter sur Stefan Zweig, ne connaissant pas sa bio, et n’ayant lu de lui que La confusion des sentiments (que je n’avais d’ailleurs pas apprécié).
                         
                        Au moins quand leurs écrits possèdent un tant soi peu de la grâce, et provoque débat, questionnement, fascination et engagement, par le fait des bandes de billard à trois boules, malgré le temps passé, on peut dire qu’ils n’ont pas écrit en vain.
                        Oui, c’est ce qui me fascine chez le divin marquis. Quel écrivain merveilleux ! Et il semble que plus ses ouvrages sont scabreux, plus son niveau d’écriture s’élève. La lecture des 120 jours de Sodome est presque insoutenable, mais quelle prose, quelle verve incroyable.
                         
                         C’est le cas, aussi, me direz vous, de »Mein Kampf", écrit par un vrai psychopathe indiscutable, et chez qui on retrouve des idées du divin Marquis
                        Je n’y avais jamais pensé, mais maintenant que vous le dites... Mais Hitler n’était pas aussi bon écrivain que Sade. La lecture de Mein Kampf est surtout insoutenable par la lourdeur de son style.


                      • eugene eugene 2 août 2016 23:20

                        @attis
                        Je ne partage pas votre étrange rhétorique manichéenne et paranoïaque, dirais-je..Pas plus que les polissonneries sadiennes qui m’ont toujours fait gerber, juste propres à emoustiller des adolescentes boutonneux, et voyant la philosophie par le petit trou de la serrure, à hauteur de braguette. 

                        Faut pas confondre idoles et modèles. La seule chose finalement à laquelle j’adhère dans votre discours, c’est au sujet de la prose du caporal adolph, qui ne vaut pas une bille.
                         Elle a tout de même séduit des ballots. Et les salles cons qui n’attendaient que l’aboiement d’un cabot pour passer à l’acte. 
                        Plus le style et les idées viennent du caniveau, plus elles sont répugnantes,et plus les psychopathes et les pervers y voient une possibilité de transgression.
                         Voyez Daesh, par exemple....Voilà bien plus de 120 jours que ces frappés sans style ont commencé leur empire autour de sodome. Au moins si on ne sait pas toujours où est le bien, ces gens nous montrent clairement le mal absolu. 

                      • attis attis 3 août 2016 00:29

                        @eugene
                        Ma rhétorique vous semble sans doute étrange, manichéenne et paranoïaque parce que vous n’êtes pas suffisamment informé sur toutes ces questions. L’article proposé ici devrait pourtant commencer à vous déciller les yeux.
                         
                        Nous sommes en guerre. Une guerre aussi vieille que l’histoire, qui oppose l’oligarchie du moment au peuple. De nos jours, cette guerre est menée de façon plus subtile que du temps de Thucydide : les principes de Sun Tzu ont été intégrés par l’oligarchie, qui mène désormais une guerre psychologique permanente contre le peuple, dans le but de lui faire déposer les armes avant d’avoir tiré un seul coup de fusil, et « d’aimer sa servitude ». Huxley, Orwell, Wells et tant d’autres (écrivains, cinéastes, journalistes, agents de relations publiques, scientifiques, etc., etc.) sont les soldats d’un type nouveau envoyés sur la ligne de front actuelle, celle de l’esprit.
                         
                        Quant à Sade, il ne m’émoustille pas comme « une adolescente boutonneux ». Je trouve le fond répugnant, le style superbe.


                      • Taverne Taverne 1er août 2016 22:40

                        Un sacré boulot, cet article ! 

                        Je ne connaissais pas la facette « héritier de Machiavel » d’Aldous Huxley.


                        • Shev 3 août 2016 23:08

                           Oui, merci, un vrai régal cet article !

                          Tu amènes subtilement devant ou sous nos yeux, encore et encore que la lutte des classes est bel et bien perdu.. )


                           Maintenant qu’on a l’Histoire entière comme preuve... qu’attendant nous ?.
                          Créé un parti Agora ? Une assemblée Agora ?.. On sera peu-être fiché par les RG mais bon, on est plus à ça près...et puis bon, on a qu’une vie !



                           Sénèque :

                          .Voilà ce qu’on peut constater dans toute une vie ; nul ne s’égare pour lui seul ; on est la cause et l’auteur de l’égarement d’autrui.
                          . La preuve du pire, c’es la foule (chacun aimant mieux croire que juger, jamais nous ne jugeons la vie, toujours nous nous en rapportons aux autres).
                          . Nul ne saurait heureux s’il est jeté hors de la vérité. La vie heureuse est donc celle qui s’établit sur un jugement droit et sûr, celle qui est immuable.


                          Bisous, Bisous mes enfants rois.

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