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La grande confusion

La grande confusion, c’est la remise en question de nos plans de lecture et l’incapacité à percevoir notre situation réelle, à maîtriser notre espace-temps, à comprendre notre destin individuel et collectif, à nous situer dans notre propre histoire, à envisager notre futur, à élucider les paradoxes de nos sociétés. Le livre de Gérard Ayache, La grande confusion, est édité par Bénévent. Sa sortie en librairie est prévue pour septembre 2006.

[Extraits de l’Introduction de La grande confusion]

" La confusion est le paradigme de notre temps ; il faudra bien se rendre à l’évidence, sans s’aveugler de simples euphémismes. Les sociétés dans lesquelles nous vivons subissent des vibrations qui ébranlent leurs fondements. Chaque être humain vivant sur cette planète connaît des doutes dans le moindre de ses actes quotidiens. Il s’interroge sur son destin personnel comme sur celui de son espèce. La science comme la pensée vivent la fin de leurs certitudes, le monde réel auquel nous sommes habitués depuis si longtemps laisse la place à un univers peuplé de virtualités et d’extrêmes fragilités, notre foi dans les valeurs et les idéologies prêche dans un désert peuplé de mégapoles, de nomades et de tribus. L’uniformité des modèles économiques gagne tous les continents de la planète. En retour, de grandes vagues de violences et de passions se soulèvent partout, au bout du monde comme au cœur de nos cités, modernité et barbarie se conjuguant dans les mêmes spasmes. Sidérations terroristes, psychoses aviaires, peurs climatiques, doutes existentiels, mélancolies juvéniles radicalisées, pauvretés embusquées, socles sociaux délités, monde épuisé et nouveaux mondes débridés, réponses politiques démonétisées, médias déboussolés... Notre époque découvre avec stupeur la grande confusion c’est-à-dire la remise en question perpétuelle de nos plans de lecture et d’interprétation du réel, de nos valeurs et de nos fins. Le syndrome confusionnel se forge dans notre incapacité à percevoir notre situation réelle, à maîtriser notre espace-temps, à comprendre notre destin individuel et collectif, à nous situer dans notre propre histoire, à élucider les paradoxes de nos sociétés.

Devant la surabondance des faits, des discours, des savoirs, vrais ou faux, réels ou virtuels..., devant l’enchevêtrement chaotique des causes et des finalités, du renversement des fins et des moyens..., devant l’impuissance des grandes machineries, garantes supposées d’un ordre symbolique ou social..., devant les paris insensés ou aveugles sur le devenir de l’être humain dans son écologie la plus vitale..., devant les fractures d’intelligence qui émergent au coin de notre rue comme au bout de la planète..., devant les États-nations recroquevillés sur leur territoire « réel », ombre pathétique d’un nouvel espace virtuel de circulation des biens, des valeurs, des idées..., devant la puissance émotionnellement cataclysmique des images relayées ad nauseam d’un symbole qui s’effondre ou d’un peuple qui se noie..., devant l’immersion du moi dans un soi plus vaste..., devant l’implosion une à une de ces bulles de signes et de symboles, de pouvoir, de richesse ou de sens..., devant la déformation du temps qui n’est plus le mien ni celui de l’univers mais qui est un temps aboli, un temps non humain car trop réel..., devant l’ubiquité factice, l’abolition des distances et la contraction des espaces..., devant les discours convenus qui résonnent dans le vide d’une logomachie aseptisée.... Devant ces confusions, multiples avatars d’une société en gésine, l’esprit humain hésite. Il adopte deux attitudes souvent en même temps. La première est un enthousiasme utopiste qui voue, selon une véritable néo-liturgie, un culte au nouveau monde en création, à ses anges technologiques, ses visions d’universelle intelligence et ses promesses de paradis virtuels ; d’un autre côté le même esprit humain sombre dans un abîme d’angoisse et de grandes peurs face à cet inconnu protéiforme, qui adopte tantôt le visage d’une hydre totalitaire, tantôt celui d’un ange d’apocalypse. La vague de fond confusionnelle a déjà commencé son œuvre ; elle s’amplifie chaque jour davantage et laisse au bord de son lit les alluvions d’une société obsolète, vestiges du temps présent, que chacun découvre avec stupéfaction ou incompréhension.

Notre époque découvre l’hypermonde et s’arc-boute sur une rupture civilisationnelle qui n’a d’égale, peut-être, que les temps lointains de l’avènement du néolithique ou de la civilisation industrielle. Les plaques tectoniques qui architecturent notre univers de représentation sont travaillées par une force organique qui fractalise littéralement le monde, qui le réfracte en une multitude de combinaisons et d’images. Cette force est l’hyper-information. Sa puissance va bien au-delà des technologies qui la portent et des forces économiques qui tentent de la dompter ; sa nature la rapproche de celle des mystères qui animent le cœur de la matière comme celui de la vie.

L’hyper-information bouleverse la nature de notre rapport au monde, elle transforme nos habitudes de le représenter et d’agir sur lui, elle nous fait changer de peau sociale. Son échelle est celle de la planète comme celle de la conscience de l’être humain lui-même, partie prenante enchevêtrée d’un flux qu’il anime et qui l’anime. Son espace-temps est à la fois l’univers et les abysses du cerveau de l’homme. Cette force n’est pas régulée, elle n’est pas contrôlée malgré tous les efforts faits par les organisations les plus puissantes pour la domestiquer ; elle est. Son destin est l’expansion et l’universalité ; il est irréductible. Elle dessine les nouvelles cartes mobiles du savoir, du vrai et du faux, sur lesquelles les terra incognita apparaissent et disparaissent pour réapparaître à nouveau, ailleurs.

L’information ne peut alors plus être entendue comme une relation linéaire, une intermédiation entre deux pôles d’un axe de communication. L’hyper-information est bien au delà de cette simplification ; sa nature est hautement complexe et pour l’appréhender il sera nécessaire de faire des détours par la thermodynamique, la physique des particules, le domaine des systèmes complexes et les chemins de l’intelligence artificielle. Nous nous retrouverons alors loin de l’image simplifiée que nous connaissions de l’information ; nous comprendrons mieux les différentes formes mediumniques qu’elle prend déjà et celles qu’elle prendra encore. Nous aurons aussi à examiner comment notre cerveau interagit dans un système aussi complexe et saturé, quel est son espace de liberté, d’imagination et de création. Nous constaterons, en regardant d’un œil neuf l’information, qu’elle est un moteur, une force de mutation dont l’énergie se répand dans toutes les strates de nos sociétés et de nos consciences.

Le flux hyper-informationnel enfle et progresse inexo­rablement. Ambivalent, il crée la confusion mais il porte en lui les germes d’un monde étrange : libération de la parole, abolition des limites établies depuis des siècles entre les individus, prise de conscience d’une humanité planétaire, intelligence collective partagée dans un réseau mondial, citoyenneté directe libérée du sanctuaire national et du mythe représentationnel...

La confusion est l’expression de l’hypermonde complexe qui naît. Elle prend racine dans les relations intersubjectives comme dans les rapports intrasociétaux. Elle est universelle, polymorphe, multiple comme l’est la multitude des humains ; elle trouve sa source dans l’ensemble de notre rapport avec le réel, ce réel qui arrive, et qui est contingent.

Elle confère un caractère d’urgence à une refondation du politique, dans ses fondements éthiques mais aussi dans ses approches de l’humain, du nouveau, du complexe et de l’imprévisible. Elle appelle des réponses plutôt que des initiatives souveraines. Elle démontre la vanité des certitudes établies et des visions monolithiques.

Les psychiatres décrivent le syndrome confusionnel par les altérations de la conscience, la désorientation temporo-spatiale, la perturbation des perceptions sensorielles, les comportements et discours inadaptés voire incohérents, un état de perplexité anxieuse, l’altération de l’état psychologique général. Le diagnostic de la société confusionnelle est patent ; il faut maintenant prendre le problème à bras-le-corps et reconnaître la confusion comme un paradigme de notre temps.

C’est le but de ce livre. Il est organisé de manière progressive pour nous révéler par degrés les traces de confusion à travers notre perception du réel, de la vérité, à travers nos émotions et nos sentiments. Nous analyserons aussi comment l’hypermonde, cet univers nouveau qui lie consubstantiellement hyper-information et économie de marché, nous conduit à expérimenter le temps d’une façon radicalement inédite dans l’histoire de l’humanité. L’urgence du temps réel, la dilatation du présent et la confusion du futur changent nos repères temporels ; le syndrome confusionnel est alors de nature anthropologique.

Nous essaierons de comprendre quelle est la nature de ce nouveau monde qui naît à travers les modifications apportées par petites touches à la conception même de l’espace, du territoire, des États et des nations. L’hypermonde qui se produit sous nos yeux engendre une mutation de l’homme qui ne sait plus s’il doit être un individu, une personne, ou le représentant d’une espèce en voie de disparition. Cette grande confusion altère notre vision du destin. Où allons nous ? Comment l’organisation du monde évoluera-t-elle ? Dans quelle mesure l’être humain peut-il encore agir ? Nous plaiderons pour l’urgence d’une véritable révolution humaine. Nous identifierons quelques directions que l’humanité doit emprunter pour sortir de la confusion et se survivre à elle-même.

Face à la complexité et à la diversité d’un tel sujet, il convient de penser de manière organique en pénétrant dans les sédimentations successives des savoirs, des réflexions déjà menées, des observations, pour mettre en perspective et comprendre. Quand il y a changement de paradigme, le penseur ne possède pas de recette miracle. Il doit savoir à la fois repérer les fragments de significations, creuser profondément mais aussi, paradoxalement, s’attacher à la surface des choses. Notre lecture du monde et de sa confusion est menée à la manière d’une ‘écoute flottante’ ; c’est le seul moyen de découvrir le fond des choses, de faire ressortir les pépites de lueur, les voies possibles vers la lumière. De tenter de comprendre, pour s’extraire de la grande confusion. "


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22 réactions à cet article    


  • bernard29 candidat 007 28 juin 2006 11:51

    ça semble intéressant. Sur la confusion et sur une rupture civilisationnelle on doit s’intérroger.

    Mais,dites moi, j’ai relevé dans chaque article sur le monde de l’« hyper-information », que l’on ne pose jamais la question du pouvoir. C’est tabou, embêtant, monolithique, ou essentiel ? Le monde, né de la confusion, aura un dieu ou des dieux. Il (ou ils) sera virtuel ? La FORCE sera collective et elle n’aura pas de centre, mais se tiendra dans les limbes du filet maillant de « l’écoute flottante » qui nous pelotera tous ensemble, citoyens hyperinformés et hyperinformateurs ? C’est celà ?(ah ce besoin de certitude !!). Disons donc plutôt ; c’est vers cela ?

    En revanche, en permanence, il est question du « mythe representationnel ». C’est compréhensible s’il n’y a pas de pouvoir, si on se situe dans le post-pouvoir. la question du pourvoir est peut-être dépassée. ?

    j’ai remarqué, si on redescend un peu sur terre, que ce sont les gens au pouvoir, qui n’aiment pas parler de pouvoir, qui le dévalorise ou le minimise. On se demande bien pourquoi ils l’aiment.


    • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 29 juin 2006 09:16

      Votre remarque est pertinente : la question du pouvoir est centrale, mais il faudrait distinguer le pouvoir formel (institutionnel) hiérarchique et territorialisé, le pouvoir informel, séducteur et persuasif, que développe les nouveaux médias dans leur usage commercial, le pouvoir intersubjectif d’influence de l’opinion en train d se faire et le pouvoir financier des marchés hors tout contrôle politique central et territorial.

      Le premier est indiscutablement en crise de légitimité, car sa capacité de bienfaisance et de nuissance est constament neutalisé, piraté, voire gangrené, par les pouvoirs multicentrés et polyvalents qu’il ne contrôle plus (ex : Internet).

      Raison de plus pour travailler à ce que chacun soit plus autonome, à savoir plus sage et plus capable de se commander lui-même en régulant ses passions ; celles-ci en effet ne sont plus codables et donc formatés par de grands récits autoritaires et moralistes centralisés. L’ordre ne peut venir aujourd’hui que du dynamisme autonome et plus savant des individus eux-mêmes sur eux-mêmes.

      Le communautarisme fusionnel autour d’un chef-personne représentatif des espérances confuses coagulées par la rhétorique politicienne ou religieuse des individus et d’un chef-lieu bien délimité ne peut plus faire la politique. Celle-ci, au choix, est soit en voie de disparition comme domination hiérarchique formelle, soit en voie d’ultra-démocratisation hyper-flexible.

      Le puissance du multiple l’emporte sur l’autorité de l’un qui n’en est plus qu’un élément symbolique précaire soumis à la concurrence permanente d’autres éléments pou ou prou incompatibles. Il appartient alors à chacun de se (re)construire comme puissance d’agir cohérente et pragmatiquement efficace dans la durée.


    • Adolphos (---.---.59.170) 29 juin 2006 10:22

      « Le puissance du multiple l’emporte sur l’autorité de l’un qui n’en est plus qu’un élément symbolique précaire soumis à la concurrence permanente d’autres éléments pou ou prou incompatibles. »

      Jusqu’au jour ou la majorité en à ras le bol du foutoir et se tourne vers le Chef..


    • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 29 juin 2006 10:48

      Il n’ y a plus de chef qui tienne chez nous ; c’est un fait : un chef en remplace un autre et vous savez, en autre raison, pourquoi ?

      Parce que le politico-religieux s’est perdu dans le sable du marché mondialisé ; c’est même pour moi ( et cela devrait l’être pour vous, si vous étiez cohérent) un des avantages de l’économie de marché de détruire les mythologies monolytiques et transcendante et/ou de les recycler en permanence dans la mode ; c’est en cela que le marché est vecteur de la possibilité d’une plus grande autonomie individuelle par rapport aux pensées collectives toute faites stabilisatrices.

      Si vous voulez un chef indiscutable ; il faudrait détruire l’économie de marché mondialisée et faire retour au protectionisme afin d’imposer une quasi religion justificatrice de cette abolition de l’économie de marché, fondement d’une morale incontestable (sacrée). (Si vous en avez les moyens). Le marché est par nature idéologiquement dissolvant de toute chefferie centralisée et de toute les formes de social-étatisme.

      Mais je pense que vous pensez comme moi que ceux qui réussiraient à détruire l’économie de marché, non seulement ne sont pas nés ; mais n’ont aucune chance de naître chez nous. Le marché à gagné la guerre idéologique et le marché est par définition pluraliste, en économie libérale comme en politique démocratique.


    • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 29 juin 2006 11:01

      Il faut lire : neutralisée, piratée et gangrénée ; avec les excuses


    • (---.---.224.225) 29 juin 2006 11:21

      Bonjour Mr Reboul,

      « d’ultra-démocratisation hyper-flexible ».

      Je comprends sans en être certain que vous utilisez cette formule sans y prêter quoique ce soit de péjoratif... au contraire...

      « Il appartient alors à chacun de se (re)construire comme puissance d’agir cohérente et pragmatiquement efficace dans la durée »

      Je me dis qu’il faut évidemment que chacun se re-construise mais personne à mon sens ne s’est construit tout seul....

      Bref, la pluspart d’entre nous et votre serviteur y compris sans doute, dépend de lui même mais également des autres pour, comme vous dites, se construire et/ou se reconstruire...

      Il se pourrait bien que vos interventions ds Avox, aident votre lecteur, comme peut être vous même à se reconstruire...

      Ce qui m’amène à me demander comment faire pour ne pas laisser les autres à l’écart de cette entreprise stimulante et ambitieuse d’auto-reconstruction et de reconstruction mutuelle...

      Utopiquement votre... et bonne journée

      Marc P


    • Marc P (---.---.224.225) 29 juin 2006 11:31

      Pas d’objection contre le marché gagnant...

      Mais pour l’instant c’est surtout le Mammon qui nous tyranise tous... et prend tant de décisions individuelles et collectives « à notre place ».

      Au fait cette confusion collective est bien le fruit d’une confusion individuelle entretenu par l’éducation et les médias entre autre...

      Cordialemement.

      Marc P


    • Gérard Ayache (---.---.93.130) 29 juin 2006 11:38

      Merci de vos commentaires. Quand vous dites que « Le marché est par nature idéologiquement dissolvant de toute chefferie centralisée et de toute les formes de social-étatisme » je pense que vous voulez évoquer une des conséquences majeures de la « globalisation » que j’entends comme mondialisation dominée par le marché : la disparition à terme des Etats-nations. La mondialisation économique a besoin d’un espace lisse pour se développer (voir ce billet : http://www.lagrandeconfusion.com/?2006/06/23/53-la-subversion-des-territoires ) , un espace sans frontières et sans Etats. Les « chefferies » centralisées que nous connaissons seront amenées à être remplacées soit par une mégachefferie planétaire, soit par une fragmentation des pouvoirs dans l’extrème local : le néomédiévalisme.


    • zen (---.---.232.196) 29 juin 2006 11:47

      Mr Ayache, par « neomédiévalisme » entendez-vous « tribalisation »...phénomène en voie de développement en Europe (voir dislocation de l’ex-Yougaslavie, encouragée par certains états, indépendance des régions jusqu’à la quasi-rupture -catalogne..Italie du Nord ,etc...) ?


    • Gérard Ayache (---.---.93.130) 29 juin 2006 11:58

      Oui, entre-autres...


    • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 29 juin 2006 12:24

      Vous pouvez une très importante question : celle de l’autonomie ; je fais une différence précise entre l’autonomie et l’indépendance.

      Est autonome qui peut choisir par contrat son engagement vis-à-vis des autres et le mode d’interdépendance qu’il entretient avec eux ; donc qui n’est pas responsable devant eux sans son consentement et sans que cet que cet engagement lui permette un marge de manoeuvre stratégique personnelle.

      Serait indépendant qui pourrait croire (à tort) qu’il peut se débrouiller pour vivre sans être jamais responsable devant les autres de ce qu’il est en tant que puissance d’action. qui donc pourrait se construire sur un ile déserte ou penser qu’il ne dépendrait pas du tout des autres dès lors qu’il disposerait d’un pouvoir absolu (donc abolument tyrannique) sur eux. or un tel pouvoir est une illusion liberticide : un tel individu ne pourait être autonome car il ne pourrait se commander à lui-même, à savoir réguler ses passions.

      C’est Adolphos qui confond les deux et c’est ce qui fait que sa vision prétendument libérale est de fait anti-libérale, comme chez tous les soi-disant ultra-libéraux (que j’appelle, moi, les ultra-capitalistes despotiques) ; on le voit dans ses interventions directement politiques : il passe toujours, sans transition, de l’indépendance de l’individu à la soumission totale au chef dont le pouvoir n’aurait besoin d’aucune justification vis-à-vis de la société à fournir être reconnu comme légitime (ce qu’aucune société ne peut admettre pour fonctionner pacifiquement), car celui-ci aurait été soi-disant consentie par contrat sous une forme légale. En cela il confond du reste légitimité de l’autorité et légalité d’un pouvoir qui même sous contractuel peut être vécu comme injuste, dans la mesure il prétend s’imposer absolument..


    • bernard29 candidat 007 29 juin 2006 12:30

      je vous remercie,pour votre réponse.

      L’élément essentiel qu’introduit ou révèle la civilisation de l’hyper-information est la précarité du pouvoir. Si cette précarité est incluse par nature dans les pouvoirs « informel » et « intersubjectif », pour reprendre vos mots, elle ne l’est pas dans le pouvoir institutionnel et même le pouvoir financier. Au contraire, même par nature ces pouvoirs détestent la précarité.

      C’est à mon avis la raison pour laquelle le pouvoir institutionnel perd de sa légitimité, parce qu’il n’y a plus concordance avec ce que ressent le citoyen et les blocages formels. Il serait nécessaire d’adapter les régles du pouvoir institutionnel et donc de le précariser, car cette précarisation du pouvoir institutionnel ne viendra pas toute seule, ou alors sur le trés long terme par diffusion lente. On peut l’espèrer !

      Mais les pouvoirs « institutionnel et financier » ne sont’ils pas les mieux placés pour maîtriser les pouvoirs « informel ou intersubjectif », dans lesquels on pourrait laisser les citoyens se bercer de l’illusion d’un pouvoir. ??

      Vous êtes trés optimiste. « .....Celle-ci, au choix, est soit en voie de disparition comme domination hiérarchique formelle, soit en voie d’ultra-démocratisation hyper-flexible. »,

      Et, je suis tout à fait d’accord avec votre conclusion : « Il appartient alors à chacun de se (re)construire comme puissance d’agir cohérente et pragmatiquement efficace dans la durée. »


    • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 29 juin 2006 12:37

      Cette menace clanique est au coeur de toute forme de société, mais plutôt moins dans le nôtre dans la mesure où les individus sont appelés - c’est même une condition de leur adaptabilité au marché concurrentiel et au droit contractuel du travail- à être plus autonomes dès lors qu’on ne peut leur imposer un allégeance quelconque à une quelconque autorité supérieure pour des motifs indiscutables d’ordre public.

      Il est en cela décisif que le droit libéral lutte contre toutes les formes de captations fusionnelles sectaires ou mafieuses des individus donc que la société maintienne les droits individuels comme « supérieurs » aux droit de la communauté en autorisant, donc en rendant possible, par la force de la loi et la contrainte de la sanction, tout refus de soumission locale ou localiste de ce type (ex : le libre circulation des européens et leur non-discrimination au travail et à l’accès aux droits individuels et sociaux, type sécurité sociale)


    • Antoine Diederick (---.---.249.170) 28 juin 2006 15:39

      Si le cet article intéressant sert de préambule à votre livre, j’ai comme l’impression que le constat sera intéressant.

      Mais ce que vous dites était prévisible il y a 20 ans...

      Alors que faire pour supporter l’hypermonde qui ressemble au supermarket, réponse, consommer avec modération ou ne pas consommer du tout, la paix quoi.

      Trop d’informations tue l’information.


      • Marc P (---.---.224.225) 28 juin 2006 16:19

        Beau texte, bravo, et qui plus est limpide...

        On a envie d’aller voir plus loin...

        Marc P


        • Marsupilami (---.---.51.80) 28 juin 2006 22:56

          Ouaf !

          Très bon papier. Ça change agréablement des conneries politiciennes et footeuses qui polluent Agoravox.

          De la pensée comme ça, j’en mets plein mon caddie.

          Pour la confusion, voir cet autre article.

          Houba houba !

          Houba houba !


          • Antoine Diederick (---.---.196.13) 28 juin 2006 23:09

            Confusion des valeurs et des sens.


          • Adolphos (---.---.59.170) 29 juin 2006 10:21

            « De la pensée comme ça, j’en mets plein mon caddie. »

            On voit que tu es soumis à la domination idéologie que du marché Roi.. Repantois !


          • José W (---.---.25.142) 29 juin 2006 01:16

            Le constat de déclinologie est posé. Un de plus serait-on tenté de dire...

            A la lecture de ces lignes, la confusion nous tombe sur la tête comme une avalanche et nous emporte.

            Du coup, on se demande bien quelles sont les solutions apportées par l’auteur à ce très sombre diagnostic : L’article ne donne aucune clé ni aucune piste, si ce n’est une « écoute flottante » : Mais cette « écoute flottante » passe-t’elle par des gestes aussi impliquants que l’achat d’un livre ?

            Mystère, réponse peut-être en Septembre 2006 dans toutes les bonnes librairies comme on dit ?

            En tout cas la « promo flottante » est lancée sur Agoravox.


            • pingouin perplexe (---.---.76.10) 29 juin 2006 18:25

              J’ai lu attentivement votre article, érudit et vif, et ai par la suite consulté votre blog. Un intérêt tout à fait manifeste pour l’oeuvre girardienne donne l’impression que vous y avez trouvé de précieux éléments aidant à penser la complexité de l’hypermonde que vous décrivez. On peut à ce propos être tenté d’émettre l’hypothèse que de récentes réformes de la rationalité induites notamment par l’introduction d’épistémologies systémiques associées sensiblement aux nouvelles géométries, laisseraient toujours ouvertes des voies de résolution harmoniques, ou, disons « non-déclinistes ». Il s’agirait peut être d’une conjonction entre la nécessité d’acquérir des outils intellectuels de plus en plus élaborés afin de penser la complexité, et une manière de toujours mieux s’appuyer sur des acquisitions anthropologiques nettement plus classiques, et, souhaitons le, lues selon une approche aussi féconde que possible ,soit, entre littéral et littoral.

              Cordialement, et félicitations pour cet article.

              Le pingouin


              • Fugace (---.---.186.125) 1er juillet 2006 18:24

                « Raison de plus pour travailler à ce que chacun soit plus autonome, à savoir plus sage et plus capable de se commander lui-même en régulant ses passions. »

                Bonne chance et bien du plaisir.

                *é2r* de chez *é2r*


                • donQuichotte (---.---.181.232) 14 septembre 2006 19:45

                  Si je comprends bien, le citoyen lamda devra d’abord « penser de manière organique en pénétrant dans les sédimentations successives des savoirs, des réflexions déjà menées, des observations, pour mettre en perspective et comprendre », avant de pouvoir prétendre à « paradoxalement, s’attacher à la surface des choses ». Mais, s’il est dans la confusion, il ne pourra pas participer à cette « humanité planétaire, intelligence collective partagée dans un réseau mondial, citoyenneté directe libérée du sanctuaire national et du mythe représentationnel... » Il est sans doute vrai que dans la Grèce antique, la démocratie savait s’accomoder d’esclaves ... On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs, soit. Mais on se rendra facilement compte que les grandes librairies sont pleines d’ouvrages qui constatent qu’aujourd’hui l’omelette démocratique se fait toujours désirer. La technologie des réseaux boostera-t-elle l’émergence d’une intelligence collective non confuse ... dans la population des lambda qui se savent sacrifiés ? Au fait, combien de terriens ont aujourd’hui accès à ce « flux hyper-informationnel » qui « enfle et progresse inexo­rablement » ?

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