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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > Ma réponse au « Christ philosophe »

Ma réponse au « Christ philosophe »

Bien écrit, bien argumenté, le « Christ philosophe » de Frédéric Lenoir est une étude d’un indéniable intérêt. Agoravox l’a présentée dans un article du 4 mars, ce qui me donne l’occasion de rappeler que j’ai publié, moi aussi, en 1996, deux ouvrages sur l’histoire du Christ. Déposés à la Bibliothèque nationale sous les numéros ISBN 2-9507295 5 et 6, pouvant être facilement consultés par les auteurs qui s’intéressent à la question, présentés sur mon site internet, ces deux ouvrages diffèrent sur de nombreux points de celui de Frédéric Lenoir.

Qu’on se reporte à mon article du 19.12.07 intitulé "Mystère et poésie des évangiles : les pèlerins d’Emmaüs"
Dans les Actes des Apôtres (Act. 8, 27-28), c’est "l’esprit qui dit à Philippe". Mais dans l’Evangile de Luc, c’est Jésus. Autrement dit, si dans les Actes, nous sommes dans le monde de la réalité visible, un peu comme dans tout récit historique, l’auteur de l’Evangile nous fait passer, dans son récit, à un plan supérieur. Dans le premier cas, nous ne voyons pas l’esprit saint, dans le second, nous le voyons agir sous le nom de Jésus. Il faut se rendre à l’évidence : les Actes des Apôtres et les Evangiles relèvent de deux styles différents d’écriture qu’il s’agit de bien distinguer.

D’où une première différence très importante
Frédéric Lenoir écrit (page 29) : « Le seul véritable consensus chez les chercheurs, de quelque horizon qu’ils soient, c’est la certitude de l’existence historique de Jésus... l’existence bien réelle d’un Juif nommé Jésus. »

Dans mon Histoire du Christ, tome I, page 269, je propose exactement le contraire. Interprétant l’Evangile de Jean dont je dis qu’il est le texte de prédication de Jean-Baptiste, j’écris : « Jean, manifestement, s’est servi de Jésus pour en faire son porte-parole. Aux noces de Cana, c’est Jean qui, en fait, défend son point de vue. Dans l’affaire du temple, c’est Jean qui fulmine. Dans la question à Nicomède, c’est Jean qui porte la contradiction aux Pharisiens. Dans sa réponse sadducéenne, c’est Jean qui s’exprime. Dans toute cette première partie, Jésus ressemble à un personnage presque irréel, transparent et désincarné. Jésus ne serait-il en définitive qu’un symbole dont des grands prêtres ou des chefs de communauté se seraient servis comme on se sert d’un drapeau pour emmener une troupe sur le chemin d’un combat ? La question est posée, mais la réponse n’est pas simple. »

Deuxième différence très importante
Frédéric Lenoir présente son Jésus/homme comme un personnage exceptionnel qui, par sa parole, aurait révolutionné tout un système de pensée alors que je replace les Evangiles dans le fil d’une pensée essénienne qui s’était figée, mais qui, au contact des Romains, a dû se réformer (exemples : certaines prescriptions absurdes concernant le sabbat, anciennes superstitions dont la fausseté était devenue évidente, etc.). En outre, alors que Frédéric Lenoir privilégie le message humaniste, j’ai plutôt tendance à expliquer ces textes dans le cadre de la rivalité politique séculaire qui a opposé le royaume de Juda à celui d’Israël, Jérusalem à Nazareth... Nazareth que j’identifie à Sephoris, ancienne capitale de la Galilée.

Troisième différence très importante
Un thème central de Frédéric Lenoir serait que la philosophie du Christ ne renaîtrait qu’avec les penseurs de la Renaissance et des Lumières et que, jusque-là, le message de l’homme/Jésus aurait été obscurci par l’institution ecclésiale. Je pense, au contraire, que ce message n’est jamais tombé dans l’oubli, mais qu’il a été diversement interprété. Je ne nie pas le poids des traditions antérieures ou extérieures, les errements, les turpitudes, mais je pense que c’est surtout le réalisme politique, tel qu’il était pensé par les hommes au pouvoir, qui l’emportait sur les bonnes intentions humanistes (la politique religieuse de Constantin le Grand - qui était très certainement un sceptique - en est un exemple).

Le langage de saint Paul est ambigu. Un Christ en formation, cela surprend
Chapitre 24 de mon tome II, je cite : Dans la première épître aux Corinthiens, Paul écrit : « Nous sommes les membres dont le corps est le Christ. » Dans la deuxième épître, il ne nous cache pas que l’Evangile est recouvert d’un voile, mais il laisse clairement entendre que ce voile n’est pas levé pour les fils des ténèbres, mais seulement pour les fils de lumière. C’est seulement ceux-là qui peuvent voir la lumière resplendissante de l’Evangile. Dans son épître aux Galates, il précise : « Mes petits-enfants, que j’enfante de nouveau jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous. » Et il ne fait pas mystère de ses aptitudes à interpréter allégoriquement les textes de l’Ancien Testament.

Critique des sources extérieures
Frédéric Lenoir cite en premier un témoignage de l’historien Flavius Josèphe qui vécut au Ier siècle. Considéré jusqu’à une certaine date comme un rajout, le texte est énigmatique. Jésus est présenté comme un homme sage "si toutefois il faut l’appeler homme". L’appeler "dieu" n’étant certainement pas dans l’esprit de l’historien juif, c’est une autre signification qu’il faut chercher, celle que je propose un peu plus loin. Quant à la suite de ce texte et autres témoignages très succincts de Pline ou Tacite, ils prouvent seulement qu’à cette époque, les "gentils" ne comprenaient les textes évangéliques que dans un sens littéral, tels qu’ils leur parvenaient dans une traduction grecque et non dans le sens très élaboré des textes originaux en hébreu qui leur restait ainsi caché.

Quatrième différence très importante, j’explique comment les évangiles s’inscrivent dans la continuité et dans l’héritage de l’essénisme
Oubliés dans l’étude de Frédéric Lenoir, j’ai étudié d’une façon très approfondie Les Ecrits esséniens d’André Dupont-Sommer et Le Christ hébreu de Claude Tresmontant, savants pourtant reconnus, mais dont on n’a pas, ou pas voulu, mesurer les conséquences de leurs travaux, ce qui est un scandale. Y a-t-il plus grand drame pour un savant que de mourir sans avoir réussi à transmettre ses découvertes à une société qui les rejette ? Les nouveaux textes, affirme Dupont-Sommer, révèlent que l’Église chrétienne primitive s’enracine, à un degré que nul n’aurait pu soupçonner, dans la secte juive essénienne. Quant au remarquable hébraïsant Claude Tresmontant, il démontre que les Evangiles ont été écrits au cœur des événements, renvoyant aux oubliettes la thèse absurde d’une longue gestation orale tout en vouant aux gémonies les exégètes et, par conséquent, l’abondante littérature qui s’appuie sur leurs élucubrations.

L’important est de remettre les Evangiles dans l’ordre
C’est ainsi que je propose l’Evangile de Jean comme premier, Evangile plus ou moins prophétique que prêchait Jean-Baptiste vers l’an 30 et qu’a porté la communauté essénienne installée à Qumrân, au bord de la mer Morte. Porté par une communauté des bords du lac de Galilée, écrit vers l’an 33, Marc est le deuxième Evangile. Quatre ou cinq ans après, Luc est une réécriture de Marc et, en l’an 48, Mathieu fait la synthèse après le premier concile de Jérusalem.

La grande erreur des exégètes
La grande erreur de l’exégèse est d’avoir cru que les évangélistes voulaient transmettre à la postérité un témoignage prouvant que Jésus avait bien existé. En réalité, Luc a surtout voulu démontrer que l’esprit de Dieu qui s’exprimait dans le grand conseil essénien, ou dans son conseil restreint, était bien la parole messianique annoncée par les prophètes, laquelle descendait enfin sur terre, jusqu’à y prendre corps... dans la communauté... dans les martyrs de la communauté... et éventuellement - si Dieu le décidait - dans un membre martyr particulièrement saint de la communauté (extrait de mon Histoire du Christ, tome 2, page 202).

Ce conseil, quel est-il ?
Il s’agit du conseil essénien qui siégeait à Gamala, dans l’arrière-pays de la Galilée. Ce conseil de Dieu, conseil divin, saint conseil, conseil éternel, est au centre des documents de Qumrân de même que Jésus est au centre des textes évangéliques. Même autorité, même sentiment de vénération à son égard, même sainteté. Ce conseil est composé de douze hommes représentant les douze tribus d’Israël et de trois prêtres de la tribu de Levi. Recevant l’esprit saint qui vient du ciel, il transmet à la communauté les instructions de Dieu.

Le ciel des Esséniens n’était pas vide. Les découvertes de Qumrân nous ont révélé les textes juifs anciens à partir desquels ils développaient leur réflexion, depuis le livre d’Enoch en passant par les visions célestes des prophètes. Rien d’étonnant donc à ce qu’ils aient projeté dans leur communauté les symboles qu’ils voyaient dans leur ciel astrologique et, en particulier le Fils de l’homme qui est à la droite de Dieu et le Fils de Dieu qui descend tout droit du Dieu qui siège à l’étoile polaire, au centre du ciel. Et c’est ainsi qu’aux difficultés d’interprétation inhérentes à ce langage symbolique s’ajoute le fait que les auteurs des évangiles ont joué l’équivoque en laissant au lecteur averti le choix d’appliquer les symboles pré-cités : à la communauté dans son ensemble, à son conseil restreint, ou même, à un seul membre de ce conseil, évidemment le plus saint et le plus parfait... en espérant que celui-ci ressuscite par la grâce de Dieu (ce qui n’était pas exclu étant donné la diversité des témoignages pouvant être recueillis).

Ce conseil a-t-il été crucifié ?
Oui, sans aucun doute. En proclamant les deux premiers évangiles, les conseils des communautés esséniennes - dissidentes ou réformatrices - qui les portaient se condamnaient automatiquement au crucifiement romain sur demande du Sanhédrin de Jérusalem, mais, tout en perdant la vie, ils assuraient le succès de leur prédication. C’est très certainement ce succès populaire qui a poussé le conseil suprême de la communauté essénienne à s’inscrire dans ce processus et à proclamer le quatrième Evangile, celui de Mathieu. Cette proclamation a engagé le même processus jusqu’au crucifiement des membres de ce conseil. La preuve en est donnée par Flavius Josèphe qui mentionne les principaux personnages victimes de la répression : « Tibère Alexandre fit crucifier Jacques et Simon, fils de Juda de Galilée, qui du temps que Cyrénius faisait le dénombrement des Juifs, avait sollicité le peuple à se révolter contre les Romains. »

Il ne faut pas raisonner dans notre esprit, mais dans celui des Anciens

Lorsque Jacques écrit qu’il a rédigé son Protévangile à la mort d’Hérode, je le crois car j’accorde beaucoup d’importance aux textes d’époque. C’est une erreur de considérer ce texte comme apocryphe. J’y apprends qu’à l’époque du recensement d’Auguste (vers l’an 8 avant notre ère), le salut de Yahvé est descendu sur terre dans le corps d’un nouveau-né sous la forme allégorique d’une nuée lumineuse. Cela signifie que le salut de Yahvé est dans l’enfant et qu’il ne réapparaîtra que lorsque cet enfant, devenu grand, se présentera aux portes de Jérusalem. Cela signifie que Jérusalem, depuis cette date, ne reçoit plus l’esprit de Yahvé puisqu’il est dans l’enfant à venir. Cela signifie que depuis l’an - 8, Jérusalem est malade et qu’elle ne sera guérie que lorsque cet enfant devenu grand viendra à elle. L’épître de ce même Jacques me donne son nom : Jésus, Christ (je dis bien : Jésus virgule Christ).

Premièrement, je prends ma calculette.
Dans l’Evangile de Jean, le malade de la piscine de Bézetha guéri par Jésus était paralysé depuis 38 ans. Il s’agit de la partie de la population qui a perdu la foi depuis que l’esprit de Yahvé l’a quittée en l’an 8 avant notre ère. Cela me donne la date de cet évangile : 38 - 8 = l’an 30 de notre ère.
Dans l’Evangile de Marc, la femme que Jésus a guérie avait des pertes de sang depuis douze ans. Cela signifie qu’elle était impure depuis douze ans. Le rapprochement avec la fondation "impure" de Tibériade sur un cimetière en l’an 20 me donne la date de cet évangile : 20 + 12 = l’an 32 (je préfère toutefois l’an 33).
Dans l’Evangile de Luc, Jésus guérit une femme qui ne peut être, là aussi, que Tibériade. Cette femme était courbée depuis 18 ans. Cela me donne la date de cet évangile : 20 + 18 = l’an 38.
Enfin, c’est Flavius Josèphe qui me donne la date de l’Evangile de Mathieu en nous informant du crucifiement de Jacques et de Simon sous le mandat de Tibère Alexandre, donc vers l’an 48.

Deuxièmement, je procède à un recoupement de l’information comme dans toute bonne enquête.
Je note que Jean-Baptiste a commencé à prêcher l’an 15 du principat de Tibère (Luc 3, 1), c’est-à-dire en l’an 29. Suivant le processus automatique que j’ai indiqué, il est presque aussitôt condamné à mort, mais non sans avoir annoncé dans son Evangile de Jean l’inévitable crucifixion du Jésus que portait sa communauté (prophétie un peu ratée puisque Jean-Baptiste a eu la gorge tranchée, qu’importe !).
Question : comment ce Jésus/conseil pouvait-il ensuite ressusciter ?
Réponse : dans une autre communauté, trois ans après (trois jours, cela fait un peu court). Nouveau prêche, nouvel Evangile, celui de Marc (30 + 3 = l’an 33). Nouvelle persécution, nouveau crucifiement de Jésus.
On attend qu’il ressuscite dans un troisième évangile, donc en l’an 33 + 3 = l’an 36. Trois ans se passent. Problème : cet évangile n’est pas prêt... "Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. A quoi bon le laisser épuiser le sol ? Mais le vigneron lui répondit : Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas (Luc 13, 1-9)."
Deux ans se passent. L’Evangile de Luc paraît enfin en l’an 38. Mais il faudra attendre dix ans pour que Jésus ressuscite de nouveau dans l’Evangile de Mathieu.

Que faut-il penser de cette incroyable opiniâtreté des Anciens à vouloir faire descendre sur terre la parole de Dieu ? Ont-ils réussi, ne serait-ce qu’en partie, dans leur entreprise ? Ce n’est pas à moi de le dire. Je ne suis qu’un Grec qui raisonne en français. Eux étaient Hébreux et s’exprimaient en hébreu de leur époque, ce n’est pas la même chose.


Les réactions les plus appréciées

  • Emile Mourey (---.---.---.186) 21 mars 2008 12:51
    Emile Mourey

    @ Bernard Dugué

    Merci de votre intervention.

    Comme vous l’avez très bien vu, il existe un lien évident entre l’essénisme et la doctrine de Zoroastre. Dans son chapitre traitant de la naissance du christianisme, Fréderic Lenoir n’en parle pas, ni d’ailleurs des Esséniens. Sa thèse repose sur l’idée que Jésus est un homme exceptionnel qui apporte une pensée nouvelle, personnelle, qui "révolutionne". Nous retombons là dans le mythe du héros et de l’homme providentiel, comme avant, mais avec la différence que cet homme ne descend pas du ciel mais qu’il sort de nulle part. Cette explication, si elle satisfait les incroyants comme les croyants - il sufit pour eux de faire une simple extrapolation - ne satisfait pas l’historien qui essaie de reconstituer les fils de notre Histoire.

    Quant à l’évangile de Thomas, je ne me rappelle pas que Frédéric Lenoir l’ait évoqué. Comme il fait confiance aux éxégètes, je suppose qu’il y voit une redite des évangiles, alors que, selon moi, c’est le contraire.


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47 réactions à cet article

  • mcjb (---.---.---.178) 20 mars 2008 15:09

    ok ok dur de comprendre l’histoire, il me semble qu’un enseignement primordial celui des nombres n’est pas correctement traite,

    • mcjb (---.---.---.178) 20 mars 2008 15:38

      il semble egalement que l’on ne tienne pas compte de la philosophie des etoiles, celle des bergers de bethleem, pourtant tres presente du temps de jesus, cette philosophie que l’on retrouve chez Kant, etre allonge sous un ciel etoile, la ou la source sort de la roche, en paix avec sa conscience s’endormir d’un coeur leger (legerement remanie),voila la quintescence du message de jesus, avoir fait la jonction entre pythagore et le monde moderne des mathematiques ,etre en passe delimiter un champs autrement que par des cairns, d’en definir la surface certes par l’ algebre de pythagore mais aussi d’extrapoler par les mathematiques l’astrologie, galilee, utilisait la distance entre les etoiles, pour definir la distance sur terre, ce fut donc l’epopee du ml, pre carre , constellation etc. l’astuce fut de comprendre que si le chemin s’arretait , la grande casserole par exemple dont on cherchait a delimiter le pourtout ,il faut compter double les voies sans issues, leo galope allegrement sur le cnc la nuee des constellations

       

    • mcjb (---.---.---.178) 20 mars 2008 15:39

      la source, l’eau jaillit de la source de la roche, kant peut dormir tranquille

    • Emile Mourey (---.---.---.186) 20 mars 2008 20:32
      Emile Mourey

       

      Je ne suis pas un spécialiste de Kant ni un adepte de la philosophie des étoiles. Mais ce que je sais, c’est que la représentation que je me fais aujourd’hui du ciel étoilé n’est pas celle des philosophes allemands d’antan, ni celle des Esséniens d’avant antan. Je veux dire par là que les anciennes querelles religieuses qui ont marqué l’histoire du christianisme me semblent complètement dépassées dès lors qu’il s’avère que les différents protagonistes ont très mal interprété les textes évangéliques. Il n’en reste pas moins que ces textes représentent un intérêt de plus haute importance pour l’historien dans sa recherche de la connaissance de l’homme. Le mépris de Martin Heidegger à l’égard de la pensée hébraïque et de la pensée chrétienne qui en est issue est très significatif. Prétendre que seule vaut la pensée grecque et que la pensée hébraïque n’a jamais existé est, à mon sens, une absurdité.

  • Emile Mourey (---.---.---.186) 20 mars 2008 20:43
    Emile Mourey

    @ Benjamin Wolff

    Vous avez dit : Ca me touche beaucoup que vous me jugiez indispensable au débat... Et je ne manquerai pas de réagir :

    • Emile Mourey (---.---.---.186) 20 mars 2008 21:04
      Emile Mourey

       @ TALL ; @ Forest Ent ; @ brieli67 ; @ Mjolnir ; @ Le furtif ; @ Le péripate ; @ Icks PEY ; @ Thierry JACOB ; @ Nicolas Ernandez ; @ Méric de Saint-Cyr ; @ Antenor ; @ ATHENA ; @ ninou ; @ Bernard Dugué ; @ Courouve ; @ Kookaburra @ Kabyle d’Espagne ; @ fouadraiden ; @ jeanclaude

      Ma réponse au "Christ philosophe", article de ce jeudi 20 mars.

    • Antenor (---.---.---.138) 20 mars 2008 22:49
      Antenor

      Nous voici enfin au coeur du "truc Jésus" !

      Je suppose que la décapitation de Jean le Baptiste symbolise la mise à mort des têtes pensantes du mouvement essenien ? Le langage de Paul paraît assez clair (boulette de la part d’un demi-initié ?) sur ce qu’était Jésus. Jésus était le "nom de baptême" de groupes successifs d’inspiration essenienne de la même manière qu’Israël a été celui de Jacob puis de ses descendants. Le but était-il de faire de Jésus le nouvel Israël ?

      Je ne connais pas très bien les esséniens, mais d’après ce que j’en sais, il s’agissait au départ d’intégristes. Le renversement total de leur façon de concevoir le culte doit être très instructif à étudier. A pousser le respect des règles jusqu’à l’extrême, ils se seraient finalement rendu compte de leur formalisme et auraient pris le chemin inverse ?

      Que se passe-t-il en -8 à Jérusalem ?

    • Antenor (---.---.---.138) 20 mars 2008 23:18
      Antenor

      @ Emile

      Pourriez-vous détailler qui était Joseph, Marie, Zacharie et Elisabeth ? Bien que commençant avoir pris le pli avec votre interprètation, j’ai du mal à comprendre le lien que vous établissez entre Jean le Baptiste et Jesus.

    • Emile Mourey (---.---.---.186) 20 mars 2008 23:50
      Emile Mourey

      @ Antenor

       Les Esséniens n’étaient pas une simple secte mais les descendants de l’ancienne population juive très attachée à son histoire qui, à son retour d’exil de Babylone, s’était réimplantée principalement en Galilée. S’inscrivant dans la lignée de David, donc héritière légitime, elle ne pouvait qu’être irritée de voir "leur Jérusalem" habitée par les descendants de ceux qui avaient pris leur place durant leur déportation.

       Ces Esséniens ont vu leurs effectifs renforcés par des opposants au pouvoir de Jérusalem qui se réfugiaient dans le désert de Judée pour échapper aux répressions.  Qumrân était probablement le centre essénien important, en Judée, qui faisait pendant au centre essénien de Galilée.

       Le mouvement de réforme essénien qui a donné naissance au christianisme est parti, selon moi, de Qumrân, dans une communauté à laquelle il faut donner le nom de Jean et à son maître, celui de Jean-Baptiste.

       Maintenant, il est très important de comprendre ce que signifie un recensement tel que celui que l’empereur Auguste a décidé pour tout l’empire, vers l’an -8, lequel a été suivi d’autres recensements. Car un recensement, c’est la première chose à faire pour être en mesure d’encadrer la population, de la surveiller, d’imposer ses biens en cadastrant les terres. Mais c’est aussi la possibilité de déplacer ceux qui occupent les sites/capitales et d’y installer à leur place des vétérans de la légion fidèles à Rome. C’est ce qui a été fait à Sephoris que les évangiles connaissent sous le nom de Nazareth. D’où la révolte de spoliés, d’où les troubles, d’où les répressions, notamment celle qui a marqué la fin du règne d’Hérode et celles qui ont suivi.

      Les évangiles sont un peu l’histoire des communautés esséniennes victimes de ces répressions.

    • Emile Mourey (---.---.---.186) 21 mars 2008 00:25
      Emile Mourey

       

      @ Antenor

       Ce sont les mots qu’utilise Jacques dans sa prophétie auquel on a donné le nom de Protévangile. Ce sont des mots codes tirés de l’histoire du peuple juif mais dont les exégètes n’ont pas toujours bien compris le sens. Joseph évoque les prêtres Joseph d’Egypte et donc sa descendance, prêtres de la maison de Joseph, à Nazareth. Zacharie est le nom sous lequel a été diffusée la prophétie dite de Zacharie. Mais dans le Protévangile de Jacques, c’est le nom sous lequel Jacques évoque les prêtres du temple victimes de la répression d’Hérode le Grand. Quant à Marie, c’est un vieux symbole qui, dans le Protévangile, désigne la population pieuse et servante qui soutient les prêtres "Joseph". Enfin Elisabeth, c’est celle qui annonce comme jadis le prophète Eli.

      La lien qu’il y a entre Jean-Baptiste et Jésus s’explique par le fait que Qumrân est le siège d’une communauté dépendante (Jean) et que le conseil suprême se trouve en Galilée dans une communauté/mère (Simon). Jésus est l’esprit qui inspire les communautés. Et quand cet esprit se manifeste, cela donne un texte qui est "prêché", ce qui entraine une réaction du Sanhédrin de Jérusalem, autrement dit une répression et une condamnation à la croix des manifestants.

    • Antenor (---.---.---.38) 21 mars 2008 11:17
      Antenor

      @ Emile

      Correction à mon premier commentaire :" Le langage de Paul paraît assez clair sur ce qu’était le Christ."

      Jésus était au départ le mouvement de résistance (essenien ?) des Nazaréens face à Jérusalem, il a été ensuite récupéré par les Esseniens de Qumran (Jean Baptiste) qui s’en sont plus ou moins servi de bélier et en ont fait leur Christ.

      J’ai bon ?

      Marie (population de la Galilée ou de toute la Judée ?) et Joseph était déjà esseniens ?

       

    • Emile Mourey (---.---.---.186) 21 mars 2008 12:03
      Emile Mourey

       @ Antenor

       Il ne fait pas de doute que Paul connaissait parfaitement ses textes. Le problème, c’est qu’il les enseignait dans la tradition de la pensée hébraïque que nous avons, nous cartésiens, beaucoup de mal  à comprendre. L’autre problème est qu’on a, à un certain moment, l’impression qu’il est arrivé à croire que ce que les Juifs espéraient était vraiment arrivé.

      En fait, le langage le plus clair est celui des épîtres dits de Jean dans lesquels l’auteur, après les "manifestations" de Jésus, ne parle pas de sa résurrection mais attend l’ apparition  de Yahvé en personne.

       Le lien entre Nazareth et Qumrân apparaît très clairement dans la cérémonie du baptême de Jésus par Jean-Baptiste. C’est le conseil qui dirige le mouvement de la résistance galiléenne née à Nazareth auquel Jean-Baptiste donne l’onction divine au nom de la communauté essénienne de Qumrân.

       Pour votre autre question, c’est la rencontre de Marie et d’Elisabeth qui donne l’explication. Marie étant la population, ou plutôt, la partie de la population galiléenne qui soutient les résistants galiléens dont je viens de parler. Elisabeth étant la partie de la population de Judée qui soutient les prêtres et séminaristes exilés, Jean, qui se sont réfugiés dans le désert pour fuir les répressions d’Hérode et de ses successeurs. Cette rencontre confirme l’alliance que je viens d’évoquer.

       Quant à Joseph, il est dit dans un ou deux textes apocryphes qu’il était porteur de la hache (essénienne) et l’évangile le présente comme un charpentier (essénien).

       A noter que les Esséniens ne s’appelaient pas ainsi, mais qu’ils se considéraient comme des juifs authentiques, des pieux et même des parfaits ou des saints pour les meilleurs d’entre eux.

    • Emile Mourey (---.---.---.186) 21 mars 2008 13:04
      Emile Mourey

      @ parkway

      Merci

  • Forest Ent (---.---.---.205) 21 mars 2008 00:40
    Forest Ent

    Je ne vois pas dans cet article d’argument déterminant. C’est une hypothèse parmi d’autres possibles. Jésus pourrait très bien avoir été le leader d’une branche essénienne un peu normalisée.

    Je n’ai pas d’opinion experte sur ce point. La filiation entre esséniens et chrétiens est évidente, mais les évangiles contiennent des passages plus proche du pharisianisme. Il est probable que tout cela ait été un peu re-brassé à cette époque, et que l’on n’en trouvera jamais aucune trace historique.

    Toutefois, le fait que tant de gens en si peu de temps se réclament d’un personnage donné serait un peu surprenant pour quelqu’un qui n’existe pas. Ce serait la non-star connue la plus célèbre de l’histoire de l’humanité, loin devant sim-one. Les opinions sont libres sur ce sujet, mais j’incline quand à moi à penser que l’existence réelle de Jésus est l’interprétation rationnellement la plus simple que l’on puisse en faire. Ca ne prouverait évidemment pas que le Jésus historique ressemble à celui des Evangiles.

    A part ça, en tant que croyant, ça m’est indifférent, parce que les Evangiles sont des textes édifiants quelle que soit leur origine historique.

    • Philou017 (---.---.---.225) 21 mars 2008 02:08
      Philou017

      Personnellement, je ne suis pas du tout d’accord avec cette théorie de personnage collectif. Les anciens n’inventaient pas les choses. Je trouve que c’est pousser bien trop loin le bouchon de l’allégorie. Je ne pense pas que l’existence de Jesus ait été remise en cause par qui que ce soi, à l’époque.

      D’une maniere générale, je crois que toutes les grandes légendes ont une vraie origine, car seule une vraie histoire peut marquer la conscience et l’inconscient collectif.

      Par contre, bien d’accord avec l’origine essénienne de Jésus, souvent passéee sous silence par l’Eglise officielle. Jean-baptiste fut, à mon avis, une sorte de précurseur à la venue de Jésus.

    • Emile Mourey (---.---.---.186) 21 mars 2008 09:40
      Emile Mourey

       Forest Ent écrit qu’il n’y a pas dans mon article d’argument déterminant… peut-être (bien que j’ai déjà publié d’autres articles dans ce sens qu’il serait bon de relire). Si j’ai écrit dix livres avant de pondre cet article, c’est bien parce que ces histoires ne sont pas simples et que je ne peux crédibiliser mes interprétations que dans un tout. Le problème, il n’est pas là. Il est dans le fait qu’après les questions que je soulève, mon présent article va être classé dans les archives d’Agoravox, qu’aucun journaliste ou autre n’aura l’idée de faire en sorte que le débat puisse se poursuivre et qu’il sera oublié. Comme dit le philosophe, nous ne pensons pas seul. Je suis dans le prolongement d’une interprétation dans laquelle d’autres que moi m’ont précédé. Et en effet, il est significatif que Frédéric Lenoir n’évoque dans son ouvrage, ni Dupont-Sommer ni Tresmontant, les grands oubliés du débat. Leurs interprétations dérangeaient les exégètes de leur époque, de quelque bord qu’ils soient, de même que mon interprétation dérange tous ceux qui écrivent aujourd’hui sur le sujet.

      Nos contemporains veulent aujourd’hui des réponses simples, voire simplistes, à des questions complexes. Cela leur permet de se défouler dans des joutes verbales souvent passionnées, parfois violentes. Cela mène à une impasse. Comme l’a écrit Comte-Sponville, nous sommes notre histoire. Il nous faut l’accepter mais  il est de notre ardente obligation d’essayer de mieux la comprendre.

    • Emile Mourey (---.---.---.186) 21 mars 2008 10:12
      Emile Mourey

       Philou écrit qu’il n’est pas d’accord avec cette théorie de personnage collectif. Et pourtant, il suffit d’ouvrir les yeux. Athena symbolisait la ville d’Athène, la déesse Rome, Rome ; la déesse Bibracte, Bibracte. Les héros éponymes d’Homère sont des oligarchies militaires et la belle Hélène une troupe d’élite que Paris a soustraite à Ménélas. Il faudra bien un jour faire un effort pour comprendre les mythes grecs autrement qu’on l’a fait jusqu’à maintenant. Voila pour la pensée grecque !

       Quant à la pensée hébraïque, je ne peux que conseiller de lire certains grands textes de l’Ancien testament, tel que le cantique des cantiques et l’on comprendra comment les Hébreux personnifiaient les rapports qui liaient leur peuple à son Dieu dans l’image de l’époux et de l’épouse. Les textes sont tellement nombreux où Jérusalem est personnifiée qu’il faut vraiment être aveugle pour ne pas s’en rendre compte.

      J’ai publié quelques articles où j’ai expliqué que les patriarches, dont la durèe de vie était si longue, ne pouvaient être que des conseils et non des individus. Ma thèse n’avait guère alors soulevé d’objections. Il faut être logique. Si les Anciens ont inscrit Jésus dans la lignée de ces patriarches(conseils), c’est bien évidemment parce que ce Jésus était attendu, en premier lieu, en tant que conseil.

      Les Anciens n’étaient pas des imbéciles, mais les descendants que nous sommes ? je ne me risquerais pas à prendre position.

    • Emile Mourey (---.---.---.186) 21 mars 2008 12:21
      Emile Mourey

      @ Forest Ent

      Vous dites : le fait que tant de gens en si peu de temps se réclament d’un personnage donné serait un peu surprenant pour quelqu’un qui n’existe pas.

      Justement, c’est parce qu’il y avait tant de gens qui voulaient qu’il vienne qu’il y en a eu et pas qu’un seul. Le Jésus de Thomas s’exprime en paraboles, le Jésus du Protévangile de Jacques est un christ vengeur, celui de Jean-Baptiste préfère convertir, l’évangéliste met en garde les fidèles contre les faux christs - ce qui prouve qu’il y en avait d’autres - tandis que l’épître aux Hébreux confirme que les Jésus des quatre évangiles sont bien le même.

    • Forest Ent (---.---.---.145) 21 mars 2008 12:29
      Forest Ent

      Il me semble qu’il n’y a pas de différence historiquement vérifiable entre "un groupe de leaders d’une branche phariso-essénienne" et "un leader d’une branche phariso-essénienne".

    • Emile Mourey (---.---.---.186) 21 mars 2008 13:01
      Emile Mourey

      @ Forest Ent

      La très grande différence est qu’un groupe peut se reconstituer mais qu’un individu ne le peut pas. Je veux dire par là que le corps d’un individu ne peut pas, scientifiquement, ressusciter.

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