• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > On saute rarement d’un avion sans parachute

On saute rarement d’un avion sans parachute

« Imaginons-nous un instant dans un avion. Mon objectif est de vous faire sauter en parachute. Si vous n’avez jamais sauté, si vous ne vous êtes même jamais exercé au sol, je vais avoir du mal à vous persuader de sortir de l’avion… et vous aurez raison. Inutile de dire que, sans parachute, aucune chance de vous faire sauter : j’aurais beau vous parler du plaisir de se trouver en l’air ou de l’intérêt de ce qui nous attend une fois arrivé, rien n’y fera.

À l’inverse, si vous êtes expérimenté, une simple explication va vous amener à sauter. Ainsi ce qui va déclencher la décision de sauter, ce n’est pas tant la perspective du gain attendu que l’appréciation du risque à prendre pour atteindre ce gain. Cette appréciation n’est pas absolue, mais relative à l’expérience de la personne : c’est l’interprétation du risque qui compte.

Autre situation : vous êtes maintenant au bord d’une rivière et mon objectif est de vous la faire traverser. Je vous ai expliqué que vous alliez trouver de l’autre côté quelque chose qui correspond à ce que vous aimez et recherchez, ce qui signifie que j’ai déjà fait l’effort de projeter sur vous non pas pourquoi moi je veux que vous traversiez, mais bien pourquoi vous, vous y trouveriez un intérêt personnel.

Vous avez envie d’y aller, mais vous regardez l’eau qui tourbillonne devant vous. Vous savez nager, vous pouvez traverser, mais finalement vous avez peur de cette eau et restez immobile. À ce moment, arrive sur votre rive une menace importante, par exemple un animal sauvage ou un feu.

Entre ce risque certain et immédiat et le risque potentiel de la traversée, vous vous décidez à plonger, ce d’autant plus que vous savez que de l’autre côté vous allez trouver ce que vous cherchez.

Ainsi donc finalement, le déclencheur aura été plus la peur que l’attraction : votre interprétation du risque a été différentielle. Elle est ainsi fonction de l’expérience passée – Quelle est mon évaluation du risque lié à la traversée ? – et de la criticité de la situation présente – Quel est le risque à ne pas bouger ? –.

Dernière histoire : celle du Petit Poucet. Simplifions-la : les parents n’ont plus de quoi nourrir leurs enfants et décident de les abandonner dans une forêt. Le Petit Poucet avec ses frères doit revenir à la maison sans y être du tout préparé. Il va avoir de lui-même à résoudre tous les problèmes : comment retrouver son chemin, comment arriver à prendre le leadership sur ses frères, comment faire face aux menaces rencontrées…

Pour déclencher cette action, les parents ont employé une solution extrême : l’abandon – comme si je vous avais poussé tout à l’heure de l’avion –. L’ensemble joue avec les peurs des enfants et reste dans nos mémoires comme une expérience effrayante.

Nous sommes tous d’accord pour considérer que les parents du Petit Poucet, même s’ils avaient à faire face à une situation dramatique, ont recouru à une solution évidemment condamnable.

Repassons maintenant à l’entreprise. Quand un manager fixe à l’un de ses collaborateurs un objectif sans s’être assuré qu’il a les ressources techniques et humaines pour les atteindre, il est dans l’attitude des parents du Petit Poucet : « Je vous largue dans la forêt, à vous de vous débrouiller ! ».

Le collaborateur n’exprimera probablement pas ses craintes, intériorisera son stress… et fera tout pour ne pas aller dans cette forêt. Idem quand une Direction Générale fixe une cible sans avoir réfléchi au chemin.

À l’inverse, si les parents du Petit Poucet lui avaient fait suivre au préalable un stage de formation sur la traversée d’une forêt et la conduite à suivre, s’ils lui avaient fourni dans un sac à dos un matériel de survie, et si, alors seulement, ils l’avaient laissé seul avec ses frères dans la forêt, toute la fable serait changée et cesserait d’être effrayante : elle deviendrait une sorte d’aventure scoute avec pour seul risque d’avoir à faire un bivouac…

Dans tous ces exemples, un point commun : l’analyse du risque. Le risque n’a pas une valeur intrinsèque, il est relatif : je vais comparer ma perception du risque de la situation actuelle au risque du changement. Revenons un moment sur l’exemple de l’avion : si celui-ci est en feu, dans tous les cas, je saute, sauf évidemment sans parachute ! Ainsi plus le changement sera perçu comme risqué, plus il sera difficile à déclencher. À la limite, si le risque est perçu comme infini, rien ne pourra déclencher… »
 
Vidéo : "Les entreprises sont-elles meilleures en situation de danger ?"


(EXTRAIT DU LIVRE NEUROMANAGEMENT)


Moyenne des avis sur cet article :  2.5/5   (16 votes)




Réagissez à l'article

14 réactions à cet article    


  • morice morice 31 janvier 2009 12:04

     et on écrit parfois pour ne rien dire...


    • crazywasher crazywasher 1er février 2009 08:03

      Oui, je ne vois pas vraiment, ni l’intérêt, ni l’objectif !?

      Où veux-tu en venir ?

      C’est quand même pas pour vendre un bouquin que t’écris un article !


      • Gaston_06 1er février 2009 10:23

        Article au contraire très instructif. Il contribue à ouvrir les yeux du néophyte sur ce qu’est le "management" : un ensemble de techniques manipulatoires à la disposition des dirigeants pour pouvoir mener leurs subordonnés où ils l’ont décidé.

        Par exemple à sauter d’un avion sans parachute...

        L’équipe de notre Tout-Puissant Zébulon use et abuse de ces techniques.

        Prenons l’exemple de l’auteur où il veut faire traverser une rivière impétueuse à un individu. Notre Leader Bien-Aimé se trouve dans la position de l’auteur lorsqu’Il veut faire passer Ses réformes. Il faut donc à chaque fois s’efforcer de faire intervenir une « bête féroce » pour « motiver » le bon peuple à se jeter à l’eau et rejoindre l’autre rive.

        En d’autres termes, pour motiver la population à aller rejoindre l’autre rive, il faut se débrouiller pour rendre celle-ci invivable.

        Par exemple, si on veut transmettre la manne financière de l’assurance maladie aux assureurs privés, il faut préparer le terrain en dégradant le service rendu par la Sécurité Sociale... Au bout d’un moment, à force de déremboursements, de complexifications administratives de l’accès au remboursements des soins, de tracasseries toujours plus importantes, on réussira bien à rendre les assurances privées plus sexy que la sécu aux yeux des assurés... et des médecins !


        • crazywasher crazywasher 1er février 2009 10:28

          Cher Gaston 06,

          Voilà qui est plus intéressant, de l’argument, de l’exemple et une idée de fond.

          L’auteur, lui, s’est contenté de trop peu.


        • crazywasher crazywasher 1er février 2009 10:31

          En plus, je reste persuadé que l’auteur veut juste nous vendre son bouquin dont le sous-titre m’irrite considérablement les oreilles (cf photo de l’article).
          Je tiens à signaler qu’Agoravox n’est pas à mon sens un lieu où faire son autopromo !


        • Gaston_06 1er février 2009 10:38

          Oui, crazywasher, l’auteur espère sans doute une certaine visibilité médiatique pour son ouvrage...
          Mais rien ne nous empêche de rebondir là-dessus pour informer nos concitoyens sur l’art de les mener sans qu’ils s’en aperçoivent :)


        • Robert Branche Robert Branche 1er février 2009 11:09

          @Gaston 06
          Je crois que vous faites une contre-interprétation de mon propos : Ce qui, pour moi, est essentiel est le fait que l’on se soit assuré que le mouvement attendu n’est pas risqué du point de vue de l’acteur. Ceci signifie que sont prioritaires toutes les actions en matière de formation, et "d’équipement" (au sens large) des individus : S’assurer qu’ils ont bien effectivement les moyens de le faire.
          C’est donc tout le contraire d’un "management par la terreur" ! Je pense que celui-ci est totalement innefficace dans la durée et, si il peut donner des résultats "apparents" immédiats, il se retourne très vite contre celui qui l’utilise.
          Quant à faire une lecture politique de mon propos, c’est-à-dire dans la capacité des politiques - que ce soit Sarkozy ou un autre - à bien mettre en oeuvre de vraies plans de changement responsables, je crois qu’effectivement ils ont une tendance à ne pas vraiment se préoccuper de la faisabilité de ce qu’ils proposent, et, du coup, chercher à faire peur pour faire bouger... Ce qui est l’inverse de ce que je recommande (mais je ne suis pas un acteur en la matière).
          Enfin oui cet article a pour but de faire connaître partiellement ce que j’ai écrit et de le mettre en débat. 
          Merci donc de votre commentaire qui m’amène à préciser mon propos.

          Quant à ce que je pense plus largement, il suffit d’aller lire mes articles publiés sur AgoraVox pour éviter de me caricaturer...


        • Robert Branche Robert Branche 1er février 2009 11:14

          @Crazywater

          Si vous n’êtes pas d’accord avec ce que j’ai écrit, le mieux est , comme l’a fait Gaston 06, est de développer votre argumentaire.
          Le but de mon article n’est pas de faire de "l’autopromo", mais simplement de faire connaître ce que je pense et de le mettre en débat. 
          C’est ce que je fais au travers des diférents articles que j’ai publié sur AgoraVox (qui ne sont pas eux des extraits de mon livre, mais sont en cohérence bien sûr).
          Je n’ai aucune certitude d’avoir a priori raison ... ni tort : ma seule certitude est qu’il faut développer les débats et les confrontations pour avancer. L’intelligence est dans le débat et dans la recherche de la compréhension du point de vue de l’autre. (voir par exemple mon dernier article : "Je suis le centre du monde")


        • Reinette Reinette 1er février 2009 22:21

          TOUT DEVIENT (POURRI) PRIVE

          Comme dans l’immobilier : on laisse bien pourrir un quartier puis les requins rachètent le tout, construisent des résidences*** - avec la complicité de certains élus (Paris, Marseille etc..), qui à leur tour bénéficient de 10, 20%, voire plus, sur un logement tout beau tout neuf vue imprenable.

          logements sociaux, écoles publiques, hôpitaux, etc..


        • crazywasher crazywasher 1er février 2009 12:02

          Cher Robert,

          Désolé si mon propos t’as froissé. Je vais essayer de développer :

          • Je ne souhaite pas entrer dans un débat d’idée à propos du management que je ne connais pas, mais simplement te dire que tu peux écrire un article sur le sujet sans y mettre la photo de ton livre. Tu peux faire ça sur un site perso, ce serait à mon goût, plus approprié.
          • Ensuite, par rapport à mon premier commentaire, je ne voyais vraiment pas où tu voulais en venir, pourquoi cet article, quel débat souhaitais-tu lancer, quelle(s) idée(s) de fond voulais-tu exposer ?
          • Enfin, pour le sous titre de ton livre, j’avoue que pour un néophite comme moi le titre "neuromanagement" et le sous titre "pour tirer parti des inconscients de l’entreprise" sonnent à mes oreilles comme une forme de manipulation de l’inconscient collectif, d’utilisation de celui-ci. Et bien évidemment, les techniques d’utilisation de l’inconscient collectif me posent problème. En effet, il est utilisé au mieux pour améliorer un rendement en entreprise ("tirer parti")mais les salariés ne sont pas des vaches à lait devant toujours plus et mieux produire, au pire pour manipuler les masses à des fins plus que douteuses. En gros, je préfère largement quelqu’un qui va user de pédagogie plutôt que de manipulation.
          Par contre, la réponse que tu m’as faites me convient parfaitement car je penses comme toi " qu’il faut développer les débats et les confrontations pour avancer". Autre point commun, lorsque je débat, je mets de coté mes certitudes pour avoir un dialogue enrichissant.
          J’éspère que ce commentaire te paraitras plus argumenté que les premiers !

          Cordialement



          • Robert Branche Robert Branche 1er février 2009 13:12

            OK donc pour la couverture du livre...
            Sur le reste, mon objectif est tout sauf de promouvoir des techniques de manipulation.
            Mon propos est autre : comme un individu, toute structure - une entreprise notamment - est trè mue par des processus inconscients, cad non voulus. Ces processus sont issus de son histoire, de son organisation, des outils en place... Comme pour un individu, sans eux pas de rapidité et pas d’efficacité (par exemple : quand on conduit une voiture, la plupart du temps on pense à autre chose... cad qu’on ne la conduit pas "consciemment" et cela nous permet d’être plus efficace). Mais si ils ne sont pas en ligne avec la situation réelle, ils peuvent devenir contreproductif, voire emmener l’entreprise à sa mort.
            Voilà en résumé extrême le propos de mon livre...


          • Gaston_06 1er février 2009 14:21

            @ l’auteur :

            Loin de moi l’idée de caricaturer vos propos ; je rebondis simplement sur le sujet de votre article, le « management », pour, effectivement, en faire une lecture politique en quelque sorte, en soulignant l’importance de ce sujet méconnu, je pense, du grand public.

            C’est une arme d’autant plus efficace entre les mains des dirigeants (politiques, d’entreprise, etc.) que leurs subordonnés ne la connaissent pas.

            J’ai bien saisi que votre propos n’a rien à voir avec le « management par la terreur », mais aurait je suppose plus à voir avec la notion de soumission librement consentie chère à Joule et Beauvois. Je vous rejoins sur l’inefficacité d’un tel mode de fonctionnement (par la terreur) sur le long terme, je pense que notre Danube de la Pensée finira bien par en supporter les conséquences.

            Bref, je ne critiquais pas votre propos, juste l’application malvenues de techniques manipulatoires inspirées de celles du management par nos « élites » pour nous tenter de nous faire avaler de mauvaises réformes.

            Je précise par ailleurs que contrairement aux apparences, je n’ai rien contre le concept de management en lui-même. Simplement, c’est une arme dangereuse si elle est mise au service de mauvaises fins...

             


            • Robert Branche Robert Branche 1er février 2009 14:27

              dont acte... 
              Je suis d’accord avec vous "l’art du management" est une arme dangereuse si elle est mise dans de mauvaises mains... et plus généralement, avoir de mauvais managers privés ou publics est dangereux ! smiley
              Pour ce qui est de la lecture du fonctionnement des systèmes publics et collectifs, c’est le sujet sur lequel je travaille actuellement et qui doit faire l’objet d’un nouveau livre d’ici fin 2009. Si vous jetez un coup d’oeil à mes derniers articles (notamment ceux ayant trait à la difficulté de la prévision et à la subjectivité du point de vue), cela pourra vous donner une idée sur l’axe de mes réflexions


            • Robert Branche Robert Branche 2 février 2009 00:08

              Je crois que vous avez mal compris mon propos (probablement ceci est dû au fait que ce texte n’est qu’un extrait court issu d’un long développement ) : Je prône tout, sauf de la manipulation. Je parle dans mon livre des "relfexes inconscients" des systèmes et non des individus. 
              Jetez un coup d’oeil à mes réactions aux autres commentaires, ainsi qu’à mes autres articles...

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès