• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > Premiers repères pour lire Hannah Arendt

Premiers repères pour lire Hannah Arendt

Née en 1906, décédée en 1975, Hannah Arendt a été, selon la formule même de Hans Jonas, « une passagère du XXe siècle ». Elle en a éprouvé les douloureuses contradictions, celles-là même que son œuvre tente d’éclairer. Depuis The Origins of Totaltarianism jusqu’à The Life of the Mind, en passant par The Human Condition, On Revolution, Between Past and Future, Eichmann and Jerusalem œuvres qui ont fait sa renommée, Hannah Arendt s’efforce de penser les nouvelles conditions politiques du « vivre-ensemble » dans un monde post-totalitaire où le progrès considérable de la technique et l’avènement des sociétés de masse mettent en péril l’existence de l’humanité dans son ensemble.

Arendt, juive allemande, ayant connu en France le camp de déportation de Gurs avant d’émigrer aux États-Unis puis d’obtenir la citoyenneté américaine en 1951, écrit tant en allemand qu’en anglais, mais semble le plus souvent penser en grec ou latin. Elle se réfère au paradigme de la traduction pour désigner ses propres tentatives d’articulations conceptuelles et est très sensible aux contresens, parfois féconds, que le passage d’une langue à une autre, d’un monde à un autre, favorise. Il s’agit, pour elle, de constituer un monde commun sans s’enfermer dans la perspective particulière et irremplaçable qu’ouvre une tradition, une langue, une culture.

Arendt ne produit pas de définition. Elle formule constamment des distinctions adossées à un langage se voulant « commun » à tous les sens du terme : l’autorité n’est pas le pouvoir, penser n’est pas calculer ou déduire, le travail n’est pas la fabrication, la politique n’est pas le social, ... le privé n’est pas l’intime, l’antisémitisme n’est pas l’antijudaïsme. Les distinctions qu’elle produit, et cela est essentiel, ne renvoient quasiment jamais au face à face de deux termes, concepts ou notions, mais au moins à des triades (travail, œuvre, action par exemple). Ces distinctions prétendent à la fois être enracinées dans l’expérience, et à la fois formulées dans une perspective particulière (tel ouvrage étudie tel objet, à telle période, en s’adressant à tel public) perspective qui doit sans cesse être reprise, modifiée, redéployée, si l’on change de place, si l’on modifie le point de vue. Enfin ces distinctions ne sont jamais des oppositions : il s’agit de trouver des spécificités et des articulations (entre travail, œuvre et action par exemple) ainsi que des processus (ce qui fait qu’on confonde toujours ces trois notions, même si on ne les confond pas sous la même activité dominante).

Rien ne prédispose Arendt, alors qu’elle poursuit des études de philosophie et de théologie de façon très classique, à devenir un penseur politique majeur de notre temps. Mais, en 1933, l’Histoire se précipite et se confond avec sa propre vie. Le choc initie chez elle une réflexion sur le totalitarisme, un nouveau type de régime qui a « manifestement pulvérisé nos catégories politiques ainsi que nos critères de jugement moral ». Qu’est-ce qui a rendu possibles (et non pas nécessaires) des régimes dont les devises pourraient être « tu tueras » et « tu porteras de faux témoignages » ? Tel est le point de départ de la réflexion d’Arendt. Avec l’apparition, durant le XXe siècle, de régimes totalitaires fondés sur l’usage systématique de la terreur, nous sommes les témoins de la faillite et de la fin de toute la tradition de pensée occidentale. Cet événement représente un point limite à partir duquel la civilisation européenne toute entière bascule dans le non-sens.

Les préoccupations d’Arendt ne se limitent cependant pas à l’interprétation historique et politique des événements de son temps et ne tournent pas définitivement le dos à la réflexion philosophique. Arendt refuse simplement de considérer la politique comme un sous-domaine de la réflexion philosophique au même titre que la morale, l’épistémologie ou encore l’esthétique. Elle affirme sans détour que les événements du XXe siècle ont invalidé la prétention des philosophes à comprendre notre monde et exigent que la philosophie, redevenue l’affaire de tous, s’explique avec la politique. Tout à la fois philosophe, historienne et même journaliste, elle s’approche au plus près d’une pensée de l’événement qui donne toute sa mesure à l’événement de la pensée.

Penseur d’une remarquable indépendance d’esprit, ne reculant pas devant la controverse, Arendt reste dans un « étrange entre-deux » et s’avère inclassable, bien que l’on tente aujourd’hui, difficilement, de faire de son œuvre un « classique ». Si on la considère souvent comme une nostalgique de la Grèce antique égarée dans la modernité, voire comme une antimoderne, Arendt reste, en fait, très attachée à l’héritage des mouvements révolutionnaires modernes. Très critiquée aux États-unis pour ses prises de position politiques, tant par les penseurs libéraux que par les conservateurs, elle se veut avant tout « radicale » au sens de la phrase de Georges Clemenceau, qui déclarait au moment de l’affaire Dreyfus : « L’affaire d’un seul est l’affaire de tous ». Il semble parfois difficile de la suivre tant elle manifeste un goût prononcé pour le paradoxe. Ainsi à propos de l’éducation progressiste en vigueur dans les écoles américaines, elle écrit : « C’est justement pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l’éducation doit être conservatrice ». Et, dans ses actions on peut relever bon nombre de paradoxes. Cette Juive, engagée dans différentes organisations sionistes durant la Seconde Guerre mondiale, n’a-t-elle pas consacré une grande partie de son œuvre à critiquer le sionisme ? Cette citoyenne du monde, qui s’est toujours sentie étrangère dans son propre pays, n’a-t-elle pas exprimé durant toute sa vie la nostalgie de sa germanité ? Cette femme illustre n’était-elle pas hostile au féminisme ? Cette passionnée de la pensée n’a-t-elle pas fait preuve de froideur et d’insensibilité dans ses analyses ? De fait si l’œuvre d’Arendt semble se mouvoir dans la contradiction, c’est précisément parce qu’elle vise à révéler la situation précaire et incertaine qui est celle de la pensée d’aujourd’hui. L’époque contemporaine paraît suspendue, en effet, entre un passé avec lequel nous avons rompu tout lien, et un avenir qui s’est brutalement obscurci.

Le point de départ de la pensée d’Arendt est bien que nous sommes dans une situation inédite, où la force à la fois coercitive et éclairante de la tradition ne peut plus nous guider. Nous sommes donc contraints de penser « sans béquilles ». Arendt se livre à une réflexion sur la modernité avec pour exigence minimale, tout simplement, de « comprendre ce que nous faisons ». Elle relit la tradition, en partie défaite, d’un œil neuf et ressaisit ce qu’elle a pensé et occulté. Le maître mot d’Arendt est que « la pensée n’étant plus liée à l’événement, comme le cercle demeure lié à son centre, est astreinte, soit à perdre complètement sa signification, soit à réchauffer de vieilles vérités qui ont perdu toute pertinence concrète[1] ». La démarche est la même des Origines du totalitarisme à la Vie de l’esprit, qu’elle s’attache à la politique, la morale, à la relecture de la philosophie. Retrouver sous les théories et les discours les questions d’origine.

L’ambition d’Arendt est à la fois immense et modeste. Il s’agit de conceptualiser les événements, problèmes, questions, politiques, de façon purement immanente, en refusant toute position de surplomb. Arendt oppose constamment les philosophes politiques, qu’elle soupçonne d’avoir comme déformation professionnelle l’amitié pour la tyrannie[2], aux « écrivains politiques » (expression empruntée à Montesquieu) plus soucieux de la liberté politique et plus respectueux de l’intégrité de leur domaine. Elle tente de réhabiliter l’opinion, le jugement. Ses propres tentatives sont présentées comme des « exercices de pensée politique ».

Contrairement à une idée bien enracinée, il n’y a donc, chez Arendt, aucun caractère nostalgique, et aucune exaltation de la cité grecque. La question, pour elle, est de penser, autant que faire se peut, la situation contemporaine qui se caractérise par sa nouveauté, et par l’impossibilité de tout retour au statu quo ante.

Les écrits de Hannah Arendt constituent une œuvre cohérente et aboutie qui révèle un projet politique. Construit, à partir d’un traitement particulier du totalitarisme, et autour de la réactualisation des trois activités humaines (travail, œuvre, action) et des trois facultés de l’esprit (pensée, volonté, jugement), ce projet met au cœur du politique la pluralité (les hommes et non l’homme) et la natalité (l’acte de fonder).

L’œuvre d’Arendt s’est donné pour premier objectif d’analyser l’aliénation du politique. Le politique a été recouvert, de longue date, par des préoccupations qui lui sont totalement étrangères. Nous ne comprenons plus très bien ce qu’il faut entendre par ce mot. Arendt s’oppose à la réduction du politique à la rationalité technique et scientifique parce qu’elle consacre le triomphe du gouvernementalisme, de l’économisme et de la bureaucratie, autant de figures de domination de l’homme sur l’homme. L’utilitarisme, qui s’est imposé comme la doctrine caractéristique de la modernité, en valorisant le travail productif au détriment des autres modalités de l’activité humaine, a donné naissance à une conception purement instrumentale du pouvoir. De là provient le sacre contemporain de la violence : qu’on la considère comme un mal nécessaire ou bien comme un moyen légitime, c’est elle qui norme le champ du politique. « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs », disent les révolutionnaires[3] professionnels, tout comme les gardiens de l’ordre établi. La violence semble résumer aujourd’hui le sens de l’action politique, qu’il s’agisse de l’action de l’État ou de l’action révolutionnaire dirigée contre l’État.

Comment sortir du face-à-face interminable entre les individus et l’État ? Comment faire coexister librement et pacifiquement des individus au sein d’un espace public, sans recourir ni à une conception strictement étatique du pouvoir, ni aux utopies communautaires qui tendent à fonder l’ordre politique sur l’affinité des sentiments ou le consensus des opinions ? Certes, l’idée d’un ordre politique suppose que les hommes puissent avoir entre eux des rapports réglés. Mais Arendt ne confond pas le respect de ces règles de vie communes avec la contrainte imposée par le droit positif : il existe un ordre politique indépendant de l’existence de l’État, ordre qu’elle refuse de dissoudre dans le domaine du « social » dominé par le conformisme des valeurs et l’emprise des communautés. Si la vie politique constitue une sorte de « combat », celui-ci oppose, non pas des ennemis, mais des adversaires : c’est-à-dire des individus qui cherchent à se distinguer les uns des autres par leurs actes et leurs paroles, tout en se considérant comme des semblables et des égaux. Le politique n’a donc rien à voir, selon Arendt, avec « la politique », ce terme galvaudé et péjoratif, par lequel nous entendons généralement le conflit, l’oppression, la manipulation et le mensonge.

Arendt ne s’érige cependant pas en conscience morale de son temps. Elle s’élève même contre la posture du sage, vivant en retrait et jetant un regard condescendant sur le monde commun. La pensée du philosophe retiré du monde n’est,pour elle, en effet d’aucun secours pour appréhender l’action. Il se pourrait même que la philosophie ait sa part de responsabilité dans les événements politiques qui se sont produits au XXe siècle[4]. Après Auschwitz, il n’est pas possible de revenir à un âge d’or de la politique - à l’exemple de la polis athénienne du Ve siècle avant J.-C. Dans son analyse du totalitarisme, Arendt dévoile un point de connexion entre le nazisme et le stalinisme : la désolation comme expérience de masse de sociétés où les hommes sont devenus superflus. L’enfer ce n’est pas les autres, mais l’absence de liens avec les autres et avec soi-même. Plus largement, pour Arendt, l’expérience fondamentale qui caractérise l’existence de l’homme moderne est celle de la perte du monde commun (acosmisme) et corrélativement celle de la fuite vers le moi. Pour pallier cette perte l’époque contemporaine a inventé l’idéologie. Celle-ci nous tient lieu de pensée et ne nous permet d’appréhender les événements historiques et de comprendre le sens des actions humaines qu’en les enfermant dans le carcan de la logique. Ce que le totalitarisme a révélé au grand jour, c’est que cette incapacité à comprendre le monde commun est devenue l’affaire de tous. C’est la caractéristique principale de ces « sociétés de masse » dans lesquelles les hommes mènent des existences de fantôme. L’idéologie intègre les pensées et les actions dans un processus logique qui ne laisse plus aucune place à l’initiative individuelle. De là vient que nous soyons devenus incapables de penser ce que nous faisons.

Après Auschwitz, il n’est définitivement plus possible de suivre le fil de la tradition philosophique, et on ne peut plus faire de la « philosophie politique » comme on en faisait à l’époque d’Aristote. Pourtant, pour Arendt, cette terrible faillite de notre tradition de pensée représente aussi une occasion exceptionnelle : c’est dans la fin que naît la chance d’un nouveau commencement. À quelles conditions la rencontre de l’action et de la pensée sera-t-elle à nouveau possible ? La pensée peut-elle appréhender le domaine du politique sans l’enfermer dans le carcan de la théorie pure ? Inversement l’action peut-elle être pensée comme libre initiative, sans être abandonnée à l’arbitraire et au non-sens ? La pensée peut-elle produire une « conception du politique » ?

Toute l’œuvre d’Arendt paraît tendue vers cet objectif : cerner le sens de l’action politique. Pour ce faire, il lui faut découvrir un critère pour juger ce que les hommes font. Or, le critère permettant d’évaluer le sens de nos actions ne peut se trouver ni dans un monde supra-humain - celui des normes idéales et éternelles découvertes par le philosophe -, ni dans le règne intra-humain des lois nécessaires déterminées par le savant. Arendt récuse à la fois l’idéalisme philosophique et l’objectivisme scientifique. Il s’agit de cerner le domaine pur du politique, loin de tout idéalisme et moralisme (cette « vision morale du monde » dénoncée par Hegel), mais sans sombrer toutefois dans un pseudo-réalisme de mauvais aloi - Arendt ayant obstinément dénoncé, tout au long de sa vie, le cynisme et le pragmatisme de la Realpolitik. Existe-t-il un domaine propre du politique irréductible à la philosophie comme à la science, à la pensée normative comme à la connaissance objective ? S’il est vrai que la pensée pure ne nous est d’aucun secours pour comprendre ce que nous faisons, nos actes ne sauraient pourtant être totalement livrés à l’arbitraire de la volonté ni aux aléas de l’histoire.

Arendt nous invite alors à chercher ce critère dans l’exercice d’une faculté commune à tous les hommes : l’opinion ou le jugement. Seule la pensée issue du sens commun (le sensus communis) peut, selon Arendt nous aider à comprendre l’agir humain. Le jugement, en tant que faculté éminemment politique, se distingue à la fois de la connaissance objective fondée sur des concepts, et de l’évaluation morale fondée sur des valeurs. Arendt le compare au jugement esthétique au sens kantien, c’est-à-dire au jugement que nous portons sur les œuvres d’art et qui nous fait dire « c’est beau ». « La culture et la politique s’entr’appartiennent, alors, parce que ce n’est pas le savoir ou la vérité qui est en jeu, mais plutôt le jugement et la décision, l’échange judicieux d’opinions portant sur la sphère publique et le monde commun, et la décision sur la sorte d’action à y entreprendre, ainsi que la façon de voir le monde à l’avenir, et les choses qui doivent y apparaître[5]. »

Au moment de la mort d’Arendt[6], la première partie de son dernier livre, la Vie de l’esprit, consacrée à la pensée, est achevée depuis quelque temps. La deuxième, sur la volonté, vient juste, non sans mal, d’être terminée. La troisième, sur le jugement[7], a été explorée et approfondie dans de nombreuses conférences. D’après son amie Marie McCarthy[8], Hannah Arendt considérait la Vie de l’esprit comme sa tâche finale, le couronnement de ses efforts, non seulement pour remplir l’autre côté de la médaille des capacités humaines, mais pour rendre hommage à la capacité la plus haute et la moins visible : l’activité de l’esprit. « Étant Hannah Arendt, elle eut senti que le service, la mission pour lesquels elle avait été mise au monde, étaient remplis.[9] »

Livres de Hannah Arendt cités dans cet article

The Origins of Totalitarianism (Les origines du totalitarisme)

o 1951 : première édition, New York, Harcourt Brace & Co

o 1958 : 2e édition augmentée, New York, The World Publishing

o 1966 : 3e, 4e et 5e éditions (nouvelles préfaces), New York, Harcourt Brace and World

o Dernière édition française disponible : 2002, Quarto Gallimard

The Human Condition (Condition de l’homme moderne)

o 1958 : Chicago, University of Chicago Press

o 1998 : Chicago, University of Chicago Press, seconde edition with an introduction by Margaret Canovan

o Édition française disponible : 1994, Pocket/Agora avec préface de Paul Ricœur

Between Past and Future (La crise de la culture)

o 1961 : première édition, New York, The Viking Press

o 1968 : 2e édition augmentée de deux essais

o Édition française disponible : 1989 , Gallimard/Folio essais

Eichmann Jerusalem (Eichmann à Jérusalem)

o 1963 : New York, The Viking Press

o 1965 : : 2e édition revue et augmentée, New York, The Viking Press

o Édition française disponible : 2002, Quarto Gallimard

On Revolution (Essai sur la révolution)

o 1963 : New York, The Viking Press

o 1965 : 2e édition revue et augmentée, New York, The Viking Press

o 2006 : Penguin Classics, préface de Jonathan Schell,

o Aucune édition français disponible depuis 2003 !

The Life oh The Mind (La vie de l’esprit)

o 1978 : ouvrage inachevé publié à titre posthume par M. McCarthy, New York, Harcourt Brace Jovanovitch

o Édition française disponible : 1981, Presses Universitaires de France




[1] CC, 15

[2] L, 109

[3] Lénine

[4] Arendt, Hanna & Jaspers, Karl, La philosophie n’est pas tout à fait innocente, 1985, traduction 1995, 2006, Petite Bibliothèque Payot

[5] La crise de la culture, traduction sous la direction de Patrick Lévy, Gallimard, collection « Folio », 1972, p.285

[6]Le 4 décembre 1975

[7] Dont on trouvera le titre sur la dernière feuille tapée sur sa machine à écrire

[8] « Pour dire au revoir à Hannah » publié en préface des Considérations morales (Rivages/Poche -1996)

[9] « Pour dire au revoir à Hannah » publié en préface des Considérations morales (Rivages/Poche -1996)

Documents joints à cet article

Premiers repères pour lire Hannah Arendt

Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (10 votes)




Réagissez à l'article

16 réactions à cet article    


  • caramico 5 décembre 2007 10:56

    Trop long, j’ai décroché.


    • TTO TTO 5 décembre 2007 11:21

      Fait partie, selon Pennac, des droits du lecteur : 1. Le droit de ne pas lire 2. Le droit de sauter des pages 3. Le droit de ne pas finir un livre 4. Le droit de relire 5. Le droit de lire n’importe quoi 6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible) 7. Le droit de lire n’importe où 8. Le droit de grapiller 9. Le droit de lire à haute voix 10. Le droit de nous taire


    • brieli67 5 décembre 2007 11:26

      dans Johanna Arendt on peut lire et trouver ce que l-on veut tellement elle était prolixe et médiatisée

      comme avant-goût http://www.republique-des-lettres.fr/224-martin-heidegger

      Allez sur Wikipédia allemand sur un énorme article et mais des discussions sont élaguées. cf historique . Presque pas de jour sans contribution. La bataille fait rage. http://de.wikipedia.org/wiki/Hannah_Arendt

      La vraie cata cette nana Juive ? sécularisée laïcarde tournée vers la Théologie protestante http://en.wikipedia.org/wiki/Secularization

      Comme nié par l’auteur son joli Martin avant 39 et à Nuremberg et par après

      antisioniste très souvent on attend Adema au tournant

      communiste même spartakiste avec son mari un bout de temps

      instrumentalisée aux USA. Son anglais était pitoyable largement insuffisant pour ses écrits. Des phrases et des paragraphes entiers de sa « marque de fabrique » lui étaient et lui sont restés inconnus.

      Une femme de caractère avec charisme certes se mettant en scène mariant la carpe avec le lapin. Surtout très garce elle était imprévisible. Elle ne donnait pas les réponses argumentées qu’on demandait d’elle.

      Une « apatride » de la pensée. Une « passeuse » de frontières. Les média avant l’heure.


      • TTO TTO 5 décembre 2007 11:40

        Un peu court et réducteur. Une femme philosophe, quelle horreur, et qui en plus met en cause la philosophie. Qui ne parle que cinq langues et ne connait que trois cultures ! Qui a comnbattu le nazisme alors que son « Heidegger » y sombra. et Jasper, et Blucher...et Anders (Stern)... Très mal traduite et étudiée en France...mais « médiatisée » Connue, souvent citée, très peu lue, travaillée. Son seul objectif était de comprendre et pour cela elle pensait à haute voix ce qui nous a donné de nombreux chefs d’oeuvre mais a laissé dans l’ombre beaucoup de ses écrits. Quelques « penseurs politiques » anglo-saxons contribuent à faire émerger la cohérence et l’actualité de son oeuvre (Canovan, Kolhn, Schell,..). Bien à vous


      • fouadraiden fouadraiden 5 décembre 2007 16:32

         

         

         5 langues ?

         

         il existe des professeurs , qui n’intéressent personne , et qui parlent des langues disparues depuis des siècles. j’en connais un qui déchiffre à ses heures de bureau 27 langues mortes.et alors ?

         

         qt à l’argument moral ....

         

         


      • TTO TTO 5 décembre 2007 18:59

        Je vous conseille de démarrer en parallèle par deux livres aux éditions Pocket/Agora :

        • La condition de l’homme moderne
        • Introduction à l’oeuvre de Hannah Arendt par Jean-Claude Poizat

        Le nom d’Hannah Arendt est relativement connu en France mais son oeuvre, souvent mal éditée, est peu lue. Certains brillent en utilisant des citations hors de leur contexte.

        La meilleur édition d’une oeuvre de Hannah Arendt est celle de Gallimard Quarto regroupant en un volume Les origines du totalitarisme et Eichmann à Jérusalem.

        Bien à vous


      • mike 13 février 2009 20:22

        OUI ANNA harendt c’est une grande femme qui a incarné à la fois l’amour de la vérité contre tous ses usurpateurs des 2 extrêmes selon le principe d’Aristote du juste milieu ( si nécessaire dans une époque qui confond attitude extrême et vérité) et le courage de ses opinions par l’action (elle fut résistante en Allemagne en cachant des juifs au prix de sa vie). excellence dans son analyse des dérives de la société actuelle sans concession, juste milieu dans ses condamnation : elle semble condamner les 2 extrêmes : (tous les mots en "ismes" quoi...sauf l’humanisme, mais alors "déniaisé", sans angélisme sur la nature de l’homme qui n’est ni ange , ni bête)et avec constance. Elle incarne ainsi la définition de la vertu au sens ggrec c’est à dire de la valeur, au sens d’Aristote.


      • mike 13 février 2009 20:59

        Anna Arendt est géniale pour moi car elle à su incarner, comme tous les grands hommes , philosophes les valeurs indémodables qui font la valeur d’un individu, pour Aristote : la recherche du juste milieu en tout pour boussole pour se mettre en quête de la vérité ( et lindividu qui oserait cette voie à notre époque qui confond vérité et extrême en "isme" donnée pour tel en pature au troupeau, seait un homme digne de ce nom, car ça relèverait d’un véritable quète à la Indiana Jones, dans ses conditions...), le culte de l’excellence/exigence qui contrebalance ce premier principe ( exemple : la démocratie, requiert , la "vertu", au sens classique sinon , elle vire à la démagogie que l’on acquiert par l’éducation (si elle était à la hauteur au moins..or elle à abdiqué à transmettre des valeurs), la constance dans cette attitude ou persévérence.
        Aristote définissait en effet la valeur comme la capacité à rechercher en tout le juste milieu ainsi il aurait renvoyé dos à dos tous les mots en ismes actuel, au moins dans leur acception extrêmes que sont le capitalisme débridé, le communisme au moins dans sa version dévoyé, là aussi (ex urss ) qui étouffent l’homme au lieu de le libérer, comme l’a fait Harendt. Elle a à la fois condamné les excès des sioinistes extrêmes, impérialistes que ceux tout aussi ridicules qui dénié le droit d’Israêl à se défendre, et à ains i applaudi quand il a gagné la guerre en 67 avec brio, une guerre imposée par les pays arabes résolus à lui régler son compte...ainsi a été ridiculisé celui qui croyait ridiculiser .
        La 2ème qualité est l’excellence, dont la profondeur de ses analyses et son courage physique ( résistante en Allemagne)témoignent.
        la constance enfin dans sa vie à ridiculiser les extrêmes des 2 camps : pleureuses et les fachos cyniques, à être ainsi courageuse, frondeuse, libre, et donc amoureuse de la véritéjusqu’au trippes, à la vida à la muerte, belle Dame !


      • brieli67 5 décembre 2007 14:31

        écrivait que Clausewitz on ne peut parler de Clausewitz qu’ en allemand. Clausewitz est illisible ininterprétable en français.

        Que de discours et de malinterprétations avec la traduction de Freud par la "petite" Marie Bonaparte. Lacan un jour a reconnu que ces "errances incongrues" lui ont fait perdre bien une dizaine d’années. Et ce même Lacan est "inexportable" sans le français...

        J’éspère que pour votre travail sur Arendt vous vous basez sur ses oeuvres en langue allemande. Voir même s"intéresser au judendeutsch/yiddish ce dialecte allemand vernaculaire trés lié à l’alaman
        http://de.wikipedia.org/wiki/Alamannen pour à l’instar de Freud comprendre certains cheminements de sa pensée.

        Bon courage et au plaisir


        • liberté chérie 5 décembre 2007 19:46

          Félicitations pour votre écriture ! Très bon article de haut niveau !

          Hannah Arendt dont la pensée clairvoyante ne cesse de révéler la justesse d’analyse de notre monde contemporain.

          D’elle j’ai juste lu le limpide "système totalitaire", dernier volet des "Origines du totalitarisme".

          Il y est question d’un système politique de masses qui caractérise en effet le stalinisme et le nazisme...

          Elle pourrait aujourd’hui ajouter l’islamisme, qui est une autre logique, destructrice, de déraison !!


          • Proudhon Proudhon 5 décembre 2007 20:00

             Je note à un endroit de votre article cette phrase :

            "Dans son analyse du totalitarisme, Arendt dévoile un point de connexion entre le nazisme et le stalinisme : la désolation comme expérience de masse de sociétés où les hommes sont devenus superflus."

            S’arrêter au nazisme et au stalinisme en oubliant le capitalisme est désolant. Il serait plus simple de parler de matérialisme, celui-ci englobant toutes les sociétés politiques. C’est la matérialisme qui entraîne la désolation et le superflus de l’humain. L’humanité est passée depuis de nombreuses années de l’Hommo-Spiritualus à l’Hommo-Economicus. L’homme-dieu est devenu l’homme-machine consommateur.

            J’ai l’impression qu’il manque à H Arendt une certaine spiritualité. Qu’en est-il d’Harendt et de la spiritualité, monsieur TTO ?

            Mais il est vrai que j’aime surtout lire les textes traitant de spiritualité, d’où mon manque. La philosophie "traditionnelle" me semble toujours froide, mécanique. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux exprimer ?


            • mike 13 février 2009 20:05

              TOUT A FAIT POUR LE PARALLèle entre les 3 alliénations que sont ces 3 utilitarismes, par contre Anna Arendt c’est la spiritualité en action, faite femme, car elle recherche en tout le juste milieu donc la vérité, ensuite elle ose le mettre en action, ce qui fait d’elle une sage et une femme d’action.
              Ainsi , comme le sage elle se met à dos les extrémistes des deux bords, tous démagogues , comme Socrate se mettait à dos les conservateurs possédants et les révolutionnaires sans foi ni loi : les sophistes.


            • liberte cherie 5 décembre 2007 20:48

              attention : risque de confusion possible avec ayn rand, philosophe d’origine russe, mere de l’objectivisme (1906-1982)

              moi j’avais confondu 


              • La Taverne des Poètes 5 décembre 2007 23:29

                J’avais beaucoup votre précédent article, fort bien écrit, de ce week end. J’ai pris des notes. Il y a matière à réflexion. Je prépare en ce moment un hommage de poète à deux grands philosophes...Hannah, ne vois-tu rien venir ? Je suis sûr que si...

                Merci pour ce papier.


                • La Taverne des Poètes 5 décembre 2007 23:29

                  J’avais beaucoup apprécié...


                • Zenobia Zenobia 6 décembre 2007 10:04

                  Excellent article, merci beaucoup.

                  J’avais beaucoup apprécié en son temps le livre de Martine Leibovici ("Hannah Arendt, une juive. Expérience, politique et histoire"). En tous cas, philosophe ou pas, selon les appréciations, elle a su à partir d’un vécu personnel expliquer les origines de la montée d’un totalitarisme sur un plan universel. Peut être plus sous une forme journalistique, c’est possible. Mais en tous cas un déchiffrage du "sens du politique" tout à fait pertinent.

                  Si pour certains, partir du vécu signifie devenir "opportuniste"...alors...

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès