• vendredi 18 avril 2014
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
40%
D'accord avec l'article ?
 
60%
(102 votes) Votez cet article

Que sais-je du Tibet ?

Auteur de l’ouvrage « Tibet : la question qui dérange » chez Albin Michel, Claude. B. Levenson nous offre un portrait saisissant du Toit du Monde dans cette nouveauté de la collection « Que Sais-je ? » aux PUF intitulée « Le Tibet » et tout juste sortie des presses. Un ouvrage de référence de 124 pages et 8 euros.

Voici un petit ouvrage fourmillant d’informations qui tombe à point pour répondre à l’honorable parlementaire maoïste Jean-Luc Mélenchon sur la question du Tibet.

La question essentielle qui se pose aujourd’hui sur le Tibet peut se résumer à la suivante : lorsqu’en 1950 l’Armée rouge de Mao envahit le Toit du Monde pour le libérer, disait-on, des « impérialistes », le Tibet était-il, oui ou non, un État libre et indépendant ?

Tout est là. Et, spécialiste confirmée du Tibet, l’auteur Claude B. Levenson apporte dans son petit « Que sais-je ? » n° 3038, 126 pages et 8 euros, de précieux éléments de réponse tombant à pic pour clouer le bec aux partisans du régime de Pékin et de son « boucher de Lhassa », Hu Jintao.

Qu’on en juge.

« Le Tibet alignait toutes les caractéristiques communément admises par les normes internationales d’un État-nation indépendant : un territoire, un peuple, une langue, une culture, une administration, un service de communications intérieures, un drapeau, une petite armée, des relations avec ses voisins immédiats, sans oublier qu’il battait monnaie », relève l’amie du Dalaï-Lama.

C’est un fait. L’on ne répétera jamais assez, et Claude B. Levenson le sait ô combien, qu’en 1912 le XIIIe Dalaï-Lama proclame officiellement l’indépendance du Tibet « par le traité d’Ourga avec la Mongolie ». C’est un autre fait. Un fait confirmé « l’année suivante publiquement à Lhassa à l’occasion des cérémonies de la Grande Prière », le Meunlam qui marque le Nouvel-An tibétain.

En 1950, le Tibet est donc officiellement indépendant depuis 1912.

Preuve supplémentaire de l’indépendance du Tibet, en 1949 les Chinois résidant sur place sont « reconduits sous escorte à la frontière ». Pour quelle raison ? « Parce qu’étrangers, chinois en l’occurrence » et donc « indésirables à Lhassa ».

Preuve encore, six ans auparavant, les Etats-Unis demandent au Tibet l’autorisation d’acheminer par son territoire des convois d’armes « aux troupes nationalistes de Tchiang Kai-sheck », le généralissime chinois, à la fois ennemi juré et allié de circonstance du futur président Mao. Et alors que la Chine est ouvertement engagée auprès des Alliés contre les Puissances de l’Axe, le Tibet entendra rester neutre.

Le 7 novembre 1950, le gouvernement tibétain, face à l’agression de l’armée chinoise, lance « un appel au secrétaire général des Nations unies ». Mais « hormis les protestations platoniques outrées, aucune démocratie n’a bougé ». C’est que l’Inde assurait qu’une « solution à l’amiable pouvait être trouvée hors de l’institution ».

Au Tibet, le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » qu’il incombait à « l’ONU nouvelle-née » de faire respecter passe dès lors à la trappe.

Claude B. Levenson de noter avec fort à-propos : « à contre-courant de l’évolution historique dans le monde au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Tibet se retrouve en voie de colonisation alors que les pays d’Asie et d’Afrique se libèrent du carcan colonial pour accéder à l’indépendance et à la souveraineté nationale. »

C’est que les diplomates ont une fâcheuse tendance à se retrancher derrière le « fait accompli ». Un fait accompli qui résonne comme un « écho des luttes d’influences du Grand Jeu de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, quand les grandes puissances du monde se taillaient des fiefs en territoire chinois ».

Qu’est-ce à dire ?

« Il importe de rappeler qu’après l’expédition britannique de Younghusband au Tibet en 1904, les émissaires de Sa Gracieuse Majesté britannique avaient signé en 1906 avec les plénipotentiaires du Fils du Ciel à Pékin, puis en 1907 avec les représentants du tsar de toutes les Russies à Saint-Petersbourg des accords bilatéraux concernant le Tibet sans en référer aux principaux intéressés qui n’avaient guère apprécié ; une politique éminemment coloniale dont les effets à retardement se ressentent encore aujourd’hui. »

Seuls ces accords bi-latéraux reconnaissaient la pseudo-suzeraineté de la Chine sur le Tibet.

Une entourloupe à laquelle le XIIIe Dalaï-Lama pensait avoir mis fin par la suite en forgeant le drapeau national tibétain et en proclamant l’indépendance de son pays. En 1914, la Convention de Simla reconnaît officiellement la frontière entre l’Inde et le Tibet. C’est la fameuse « ligne Mac Mahon » du nom du négociateur britannique. La Chine se tient à l’écart de cette convention, nouvelle preuve de l’indépendance du Tibet.

Pourtant, en 1933, mais bientôt deux décades ont passé, le même Thubten Gyatso, alias « Grand Treizième », prédit, face à la montée du maoïsme en Chine, que « sous peu, les communistes seront à nos portes ». Et de conclure, prophétique, dans son testament, « nous deviendrons les esclaves de nos envahisseurs ».

C’est encore là un fait. Même « catégoriquement opposés au colonialisme et à l’esclavage sous toutes leurs formes », comme l’affirmait non sans un aplomb particulièrement cynique, le président Hu Jintao à l’université de Pretoria en février 2007, les communistes chinois vont à partir de 1950 procéder à une « colonisation, ou usurpation des terres au détriment des autochtones pour le seul bénéfice du colonisateur ».

Claude B. Levenson de préciser qu’en Mongolie intérieure, « sur environ 24 millions d’habitants », eh bien il y a « 19 millions de Hans et 4 de Mongols ; au XinJiang, 8 millions de Ouïghours sur 23 millions d’habitants et dans les régions anciennement mandchoues, sur 39 millions d’habitants seuls dans quelques villages les vieux parlent encore le mandchou ».

Aujourd’hui, il y a peut-être bien trois à quatre fois plus de Chinois que de Tibétains. Le Tibet vit une « colonisation par sinisation accélérée d’une terre annexée de force ».

Vient alors à se poser une question légitime : pourquoi donc cette « colonisation » entre autres du Tibet ?

Le précieux petit ouvrage de la célèbre collection des PUF apporte un réponse précise qui tient en deux mots : exploitation des richesses. La Chine se livre au Tibet à une « exploitation anarchique des richesses du sous-sol » et aussi du sol, dirons-nous.

Ce qui « a poussé le régime maoïste à faire main basse sur le Tibet : en un sens, c’était une assurance anticipée sur son avenir économique ».

Claude B. Levenson dénombre « 600 gisements de charbon, d’uranium et de zinc (40 millions de tonnes chacun), de fer (plus d’un milliard de tonnes), sans compter le gaz ni le pétrole pour une valeur estimée à 128 milliards de dollars ».

Dans les alentours de Golmud au Qinghai, anciennement la province tibétaine de l’Amdo, les « réserves de pétrole atteindraient 30 milliards de tonnes, de gaz naturel - 300 milliards de mètres cubes, sans oublier les rivières avec des ressources en eau estimées à 238 millions de mètres cubes, plus les énergies solaire et éolienne ».

Et certains projets prévoient de détourner là les eaux du Brahmapoutre tibéto-indien au profit du Fleuve Jaune chinois.

Rien moins.

On comprend dès lors pourquoi les autocrates de Pékin s’époumonent à répéter à l’envi que « le Tibet appartient à la Chine » !

Même si cette exploitation met en danger de façon inconsidérée « les fragiles équilibres écologiques », pollue les eaux et l’air.

Ici apparaît au grand jour la stratégie de Pékin qui proteste des bienfaits soi-disant prodigués tant à ses régions autonomes qu’à ses minorités : « sous couvert d’aide généreuse au développement », le régime chinois procède d’abord à « une occupation subreptice des lieux en installant sur des terres étrangères une partie de son trop-plein de population » puis à « la mise en exploitation de ressources appartenant de fait à des groupes ethniques éparpillés et trop peu nombreux pour se défendre, les dépouillant pratiquement des richesses qui devraient assurer leur avenir, sinon leur survie ».

La Chine se livre donc bien qu’on le veuille ou non à une « colonisation à bride abattue sous couleur de modernisation et d’ouverture au monde ». Politique, à nos yeux, expansionniste, colonialiste et hégémoniste, s’il en fût. Le Communisme chinois serait-il donc un impérialisme ?

Si l’auteur ne pose pas cette question, elle y répond néanmoins.

Le président Hu Jintao (alias le « boucher de Lhassa » car il dirigea là-bas en son temps une sanglante répression) a rendu sa première visite officielle à l’Inde en novembre 2006. A la veille de son arrivée, l’ambassadeur chinois déclare publiquement à New Delhi que « le Tibet appartenant à la Chine, il allait de soi que l’Arunachal Pradesh... lui revenait de droit ». Et l’on évita de peu l’incident diplomatique.

Territoire du nord-est indien, l’Arunachal Pradesh était cédé en 1914 par le Tibet au Raj - l’Inde colonie de l’Impérialisme britannique -, par la Convention de Simla à laquelle la Chine n’était pas partie.

Ce qui n’empêche pas Pékin de prétendre à sa souveraineté sur le territoire de cet État de l’Union indienne. Pourquoi se gêner, n’est-ce pas ?

« Le régime chinois d’aujourd’hui, anti-impérialiste car communiste prétend asseoir la légitimité de sa présence au Tibet sur une tradition impériale », observe fort justement Claude B. Levenson, « il s’obstine à n’y voir qu’une "affaire intérieure" dont nul étranger n’a le droit de se mêler, ce qui ne l’empêche pas de réclamer haut et fort le respect du droit à l’autodétermination de tous les peuples, pourvu que cela ne l’affecte pas directement ».

Double langage et impérialiste anti-impérialisme, car loin de se contenter de prétentions sur une partie du nord-est indien, la Chine a mis le pied au nord-ouest sur l’Aksai Chin dans l’Himalaya en y construisant « en douce » des routes.

Ces « revendications territoriales injustifiées » et autres « empiètements » à l’Est comme à l’Ouest, provoquèrent un « bref conflit armé » entre l’Inde et la Chine en 1962.

Mais le grand Timonier n’avait guère caché son jeu pourtant qui en 1949 clamait qu’à ses yeux « le Tibet est la paume de la Chine, le Ladakh, le Népal, le Sikkim, le Bhoutan et la NEFA (actuel Arunachal Pradesh) sont ses cinq doigts ».

Or, Pékin est l’alliée du Pakistan et de la Birmanie (Myanmar). Et New-Delhi « s’inquiète de cette stratégie de tenailles ». On s’en inquiéterait à moins sachant que Pékin qui a fait arriver son train à Lhassa nourrit le projet de le conduire jusqu’à Shigatsé puis à la frontière avec le Népal (tombé ou presque aux mains de maoïstes) dans un second temps.

On comprend dès lors combien la question du Tibet est ultrasensible et que Pékin à son égard tonne à la patrie en danger.

Mais, quoi qu’il en soit, nous dit Claude B. Levenson, « en revendiquant l’autodétermination, voire l’indépendance, le Tibet et les Tibétains ne réclament que leur dû, conformément aux dispositions de la Charte des Nations unies ».

A l’Assemblée générale onusienne, une « première résolution est votée le 21 octobre 1959 avec l’appui de Taiwan, exprimant la "grave préoccupation" de l’ONU, mais contre l’avis de l’URSS et de ses amis ».

C’est que « la Chine rouge naissante est assurée du soutien agissant » du grand frère soviétique.

« Une deuxième résolution passe l’année suivante, à la suite des rapports de la Commission internationale des juristes (CIJ), mais demeure elle aussi sans effet pratique. »

En 1964, la CIJ remet un document intitulé « violations continues des droits de l’homme au Tibet », avec un nouvel appel du Dalaï-Lama au secrétaire général de l’institution.

Le dossier se fonde « sur le rapport secret du Panchen-Lama », seconde plus haute autorité spirituelle tibétaine, « remis en 1962 à Chou En-lai » et détaille « les exactions commises au Tibet » après le soulèvement de Lhassa.

« Une troisième résolution est alors votée par l’Assemblée générale, tout aussi inefficace que les précédentes. »

En 1968, « le ministre des Affaires étrangères de Thaïlande se hasarde à mentionner "le génocide systématique" des Tibétains par la Chine » sans pour autant « éveiller plus d’écho ».

Parmi la dissidence chinoise même, Wei Jingsheng, Harry Wu, Wang Lixiong et Ge Jianxiong ont élevé la voix en faveur du Tibet voire nié tout titre de « propriété » ou de « suzeraineté » de la Chine sur le Tibet.

Une stèle érigée à Lhassa, et qui remonte à l’an 822, tôt consacre l’indépendance du Tibet. Peut-on y lire, n’en déplaise à Jean-Luc Mélanchon : « le Tibet et la Chine se maintiendront dans leurs frontières présentes : tout ce qui est à l’orient appartient à la Grande Chine, tout ce qui est au ponant est incontestablement le pays du Grand Tibet. »

Sachant qu’il s’agit de la réplique d’une stèle déposée à la frontière entre les deux pays, qui conclut : « cet accord solennel ouvre une grande époque où les Tibétains seront heureux en terre du Tibet et les Chinois, heureux en terre de Chine ».

Les Chinois apportant là une reconnaissance historique indéniable à l’indépendance totale du Tibet vis-à-vis de la Chine.

Indépendance totale qu’aucun événement, accord, traité ou autres ne vinrent remettre en question jusqu’à l’invasion de 1950 pour libérer le Tibet des « impérialistes » qui en étaient absents tout comme les Chinois.

Alors « quelle validité accorder encore aux revendications tapageuses de "propriété" sur un pays voisin et un territoire qui, historiquement, ne font pas partie de l’héritage classique chinois ? »

Oui, c’est bien là une excellente question, sachant que, de surcroît, « divers exemples témoignent à l’envi de la tendance à infirmer le fait accompli : la reconstitution de la Pologne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les pays Baltes et d’Europe orientale reprenant leur liberté de choix de société après la chute du Mur de Berlin... »

Claude B. Levenson énumère alors la foultitude d’autres exemples que procurent encore « les Balkans » ainsi que « l’indépendance d’une quarantaine micro-Etats, îles du Pacifique ou des Caraïbes » pour « prendre la mesure de l’injustice faite aux Tibétains ».

Et quelle « injustice » !

Oui, en effet, « en quoi le sort du Tibet devrait-il être différent » ? Surtout « dans la mesure où s’y pose la question de la légitimité » de la « présence chinoise » que seule la force impose et maintient.

« Pieds et poing liés », les Tibétains, « pris dans un engrenage qui les broie » font face à une « mise à sac soigneusement planifiée » de leur « eldorado au rabais des laissés-pour-compte du miracle chinois ».

Sachant qu’« il suffit à un moine tibétain d’avoir dans sa cellule une photo interdite pour être accusé de mettre en danger la sécurité de l’État ».

Dès lors, dépossédés de leur souveraineté séculaire et sans prise sur leur propre sort, les Tibétains « n’ont qu’un seul droit, obtempérer en silence ».

Il reste peu de la « résistance » qui va s’étendre « avec les actions du Chusi Gangdruk (Quatre Fleuves et Six montagnes) dont le chef campa Gompo Tashi Andrugstang est entré dans la légende ».

Cette « résistance » un temps basée au Mustang népalais, soutenue par la CIA, et dont Claude B. Levenson dit trop peu, sera décapitée et décimée sur ordre du Dalaï-Lama après la reconnaissance du régime de Pékin par Richard Nixon en 1971. Héros rescapés, Lhasang Tsering et Jamyang Norbu, deux intellectuels tibétains de fière allure, peuvent encore en témoigner avec brio tout en continuant de faire profession de foi d’indépendance pour leur Tibet bien-aimé.

Cette « résistance » tibétaine même si elle n’existe plus par les armes subsiste pourtant dans les faits avec les trois soulèvements successifs de Lhassa dans les années 1987-1989, puis, aujourd’hui en 2008, vingt ans après, à la veille des jeux Olympiques de Pékin, dans tout le Grand Tibet jusqu’au Gansu, au Sichuan et au Yunnan en ce qui est désormais la Chine et était avant l’invasion, l’Amdo et le Kham.

Et c’est la flamme de cet esprit de résistance que le Tibetan Youth Congress ainsi que les vastes actions de soutien à travers le monde comme International Campaign for Tibet ou Free Students for Tibet entretiennent de nos jours pour que le Tibet vive à nouveau libre et indépendant, car, comme le magazine Outlook India le résumait en mars 2008, « la CIJ de Genève avait pourtant conclu que le Tibet, tant du point de vue historique que légal, était une nation indépendante occupée de force par la Chine ».

Qu’on se le dise, M. Mélenchon !

Aussi, même s’il a perdu « l’exercice de sa souveraineté », le Tibet, tel qu’il vient à nouveau de le démontrer à la face de la Communauté internationale, n’en n’a point perdu le principe ni encore moins songé un seul instant à « y renoncer ».

Rangzen avec Libre Opinion.

Le Tibet, Que Sais-je ?, n° 3 038, PUF, avril 2008, par Claude B. Levenson.

Du même auteur : Tibet : la question qui dérange, Albin Michel, 2007 ; Ainsi parle le Dalaï-Lama, Balland, 2003 ; Tibet : otage de la Chine, P. Piquier, 2002 ; Tibet : un peuple en sursis, CHRD-Actes Sud, 2000 ; et, parmi d’autres, Le Seigneur du lotus blanc : le Dalaï-Lama, Lieu commun, 1987, à lire absolument.




par Libr’Op (son site) jeudi 17 avril 2008 - 76 réactions
40%
D'accord avec l'article ?
 
60%
(102 votes) Votez cet article

Les réactions les plus appréciées

  • Par Tarouilan (---.---.167.241) 17 avril 2008 14:21
    Tarouilan

    C’est nul........ lisez plutôt les propos d’un vrai spécialiste du Tibet, et américain de surcroît :

    Le mythe du Tibet
    Michaël Parenti

    Un des meilleurs analystes du "mythe du Tibet", du Dalaï Lama et de certains aspects du bouddhisme... Comment vivait-on lorsque les moines dirigeaient le Tibet ? Quelle a vraiment été la politique de la Chine dans cette région ? Et celle de la CIA ?

    Lhistoire du Christianisme, celle du Judaïsme, celle de l’Hindouisme et celle de l’Islam sont fortement marquées par la violence. A travers les âges, les religieux ont toujours invoqué un mandat divin pour massacrer des infidèles, des hérétiques, et même d’autres dévots au sein de leurs propres rangs. Certaines personnes soutiennent que le Bouddhisme est différent, qu’il se distingue nettement de la violence chronique des autres religions. Certes, pour certains praticiens à lOuest, le Bouddhisme est plus une discipline spirituelle et psychologique qu’une théologie au sens habituel. Il offre des techniques méditatives censées promouvoir la lumière et l’harmonie en soi. Mais à linstar de nimporte quel autre système de croyance, le Bouddhisme ne doit pas être appréhendé uniquement par ses enseignements, mais aussi en fonction du comportement effectif de ses partisans.


    Le bouddhisme est-il une exception ?


    Un regard sur l’histoire révèle que les organisations bouddhistes ne se sont pas abstenues d’actes violents si caractéristiques aux groupes religieux. Au Tibet, du début du dix-septième siècle jusquau sein du dix-huitième siècle, des sectes bouddhistes rivales se sont livrées à des affrontements armés et à des exécutions sommaires.1 Au vingtième siècle, en Thaïlande, en Birmanie, en Corée, au Japon, et ailleurs, des Bouddhistes se sont battus aussi bien entre eux quavec des non-bouddhistes. Au Sri Lanka, des batailles rangées au nom du Bouddhisme font partie de l’histoire cingalaise.2



    Il y a juste quelques années en Corée du Sud, des milliers de moines de l’ordre bouddhiste Chogye se sont battus entre eux à grand renfort de coup de poings, de pierres, de bombes incendiaires et de gourdins, dans des batailles rangées qui ont duré plusieurs semaines. Ils rivalisaient pour le contrôle de l’ordre, le plus grand en Corée du Sud, avec un budget annuel de 9,2 millions de dollars, auquel il faut ajouter des millions de dollars en biens immobiliers ainsi que le privilège dappointer 1.700 moines à des devoirs divers. Les bagarres ont en partie détruit les principaux sanctuaires bouddhistes et ont fait des dizaines de blessés parmi les moines, dont certains sérieusement. Le public coréen manifesta son dédain envers les deux camps, estimant que quelque soit la clique de moines qui prendrait le contrôle, "elle utiliserait les dons des fidèles pour acquérir des maisons luxueuses et des voitures onéreuses".3



    Mais quen était-il du Dalaï-lama et du Tibet qu’il a présidé avant l’intervention chinoise en 1959 ? Il est largement répandu par beaucoup de dévots bouddhistes que lancien Tibet était un royaume consacré à la spiritualité, exempt de styles de vie égoïstes, de matérialisme vide et de vices corrupteurs qui infestent la société industrialisée moderne. Les mass media occidentaux, les livres de voyage, les romans et les films Hollywoodiens ont dépeint la théocratie tibétaine comme un véritable Shangri-La (paradis terrestre).



    Le Dalaï-lama, lui-même, a affirmé que "l’influence pénétrante du Bouddhisme" au Tibet, "au milieu des espaces grand ouverts d’un environnement non corrompu a eu pour effet de produire une société consacrée à la paix et à l’harmonie. Nous jouissions de la liberté et du contentement."4 Une lecture de l’histoire du Tibet suggère une image différente. Au treizième siècle, l’Empereur Kublai Khan a créé le premier Grand Lama, qui devait présider tous les autres lamas à l’instar d’un pape qui préside ses évêques. Plusieurs siècles plus tard, l’Empereur de Chine a envoyé une armée au Tibet pour soutenir le Grand Lama, un homme ambitieux de 25 ans, qui s’est alors donné le titre de Dalaï (Océan) lama, dirigeant de tout le Tibet. C’est tout à fait une ironie de lhistoire : le premier Dalaï-lama a été installé par une armée chinoise.



    Pour élever son autorité, le premier Dalaï-lama saisit les monastères qui n’appartenaient pas à sa secte et aurait détruit les écritures bouddhistes qui étaient en désaccord avec sa revendication à la divinité. Le Dalaï-lama qui lui a succédé a poursuivi une vie sybaritique, jouissant de la compagnie de beaucoup de maîtresses, faisant la fête avec des amis, et agissant entre autres façons considérées inconvenantes pour une divinité incarnée. Pour cela, il fut éliminé par ses prêtres. Durant 170 ans, malgré leur statut reconnu de dieu, cinq Dalaï-lama ont été assassinés par leurs grands prêtres ou par d’autres courtisans.5


    Shangri-La (pour Seigneurs et Lamas)


    Les religions ont eu un rapport étroit non seulement avec la violence mais aussi avec l’exploitation économique. En effet, c’est souvent l’exploitation économique qui nécessite la violence. Tel était le cas avec la théocratie tibétaine. Jusque 1959, quand le Dalaï-lama a fini de présider le Tibet, la plupart de la terre arable était toujours organisée en domaines seigneuriaux travaillés par des serfs. Même un auteur sympathisant du vieil ordre admet que "bon nombre de domaines ont appartenu aux monastères et la plupart d’entre eux ont amassé dimmenses richesses.... De plus, certains moines et lamas individuellement ont pu accumuler une grande richesse par la participation active dans le commerce et le prêt d’argent."6 Le monastère de Drepung était un des plus grands propriétaires terriens dans le monde, avec ses 185 manoirs, 25.000 serfs, 300 grands pâturages et 16.000 bergers. La richesse des monastères est allée aux lamas ayant le grade le plus élevé, beaucoup d’entre eux étant les rejetons de familles aristocratiques.



    Les leaders séculiers firent aussi bien. Un exemple notable était le commandant en chef de l’armée tibétaine, qui possédait 4.000 kilomètres carrés de terre et 3.500 serfs. Il était aussi un membre du Cabinet intime du Dalaï-lama.7 Le vieux Tibet a été faussement représenté par certains de ses admirateurs Occidentaux comme "une nation qui n’a exigé aucune police parce que ses gens ont volontairement observé les lois du karma."8 En fait, il avait une armée professionnelle, bien que petite, qui a servi comme une gendarmerie en faveur des propriétaires pour maintenir l’ordre et traquer des serfs fugitifs.
     

     

  • Par Libr’Op (---.---.5.121) 17 avril 2008 16:39
    Libr'Op

    Un publi-reportage est payé par un commanditaire intéressé à la promotion de son produit. Ici il s’agit de la présentation d’un ouvrage de référence, présentation qui n’a fait l’objet ni d’aucune commande ni d’aucune rémunération. J’ai acheté le livre chez un libraire comme tout le monde, je n’ai même pas eu de service presse bien que je connaisse l’auteur. Merci d’en prendre note. Bien à vous. Libr’Op.

  • Par Libr’Op (---.---.5.121) 17 avril 2008 17:41
    Libr'Op

    Ces références sont effectivement très intéressantes et méritent d’être lues. Mais il ne fait aucun doute que les USA soutiennent activement le dalaï-lama : le président Bush a récemment remis la médaille d’or du Congrès au dalaï-lama auquel la présidente de la Chambre des Représentants vient de rendre visite à Dharamsala. Si l’Armée américaine tient tellement à s’implanter en Afghanistan, c’est aussi pour se rapprocher de la Chine et de son principal allié dans la région, le Pakistan.

  • Par Tarouilan (---.---.167.241) 17 avril 2008 14:22
    Tarouilan

    ........./..........

    De jeunes garçons tibétains ont été régulièrement enlevés à leurs familles et emmenés dans les monastères pour être formés comme moines. Une fois là, ils étaient internés à vie. Tashì-Tsering, un moine, rapporte quil était courant que des enfants de paysans soient sexuellement maltraités dans les monastères. Lui-même était une victime de viol répété à partir de lâge de neuf ans.9 Les domaines monastiques enrôlèrent de force des enfants de paysans aux fins de servitude perpétuelle comme domestiques, danseurs et soldats.



    Dans le vieux Tibet, il y avait un petit nombre de fermiers qui subsistaient comme une sorte de paysannerie libre, et, peut-être, en plus, 10.000 personnes qui composaient la classe moyenne constituée des familles de marchands, de commerçants et de petits négociants. Des milliers d’autres étaient des mendiants. Une petite minorité était des esclaves, la plupart du temps des domestiques qui ne possédaient rien. Leur descendance naissait dans l’esclavage.10 La plus grande partie de la population rurale - environ 700.000 sur une population totale évaluée à 1.250.000 - était des serfs. Les serfs et d’autres paysans vivaient généralement un peu mieux que les esclaves. Ils navaient pas de scolarité ni de soins médicaux. Ils passaient la plupart de leur temps à peiner pour les lamas de haut rang, ou pour une aristocratie foncière séculière. Leurs maîtres leur disaient quelle culture produire et quels animaux élever. Ils ne pouvaient pas se marier sans le consentement de leur seigneur ou lama. Et ils pouvaient facilement être séparé de leur famille sil plaisait au propriétaire de les envoyer travailler dans un endroit éloigné.11



    Une femme de 22 ans, elle-même une serve fugitive rapporte : "De jolies filles de serfs étaient habituellement emmenées par le propriétaire comme domestiques de maison et utilisées comme il le souhaitait". Elles "étaient juste des esclaves sans droits".12 Les serfs devaient avoir une permission pour tous leurs déplacements. Les propriétaires terriens avaient l’autorité légale pour capturer ceux qui essayaient de fuir. Un serf fugitif de 24 ans a accueilli l’intervention chinoise comme "une libération". Il affirmait que pendant le temps où il était un serf, il était soumis à un travail dur incessant, à la faim et au froid, incapable de lire ou d’écrire et ne sachant rien du tout. Après sa troisième tentative de fuite ratée, il fût impitoyablement battu par les hommes du propriétaire terrien jusquà ce que le sang lui coule du nez et de la bouche ; puis, ils ont versé de l’alcool et de la soude caustique sur les blessures pour augmenter la douleur.13



    Les serfs étaient dans lobligation de travailler à vie la terre du seigneur - ou la terre du monastère - sans être payés, de réparer les maisons du seigneur, de transporter sa récolte et de rassembler son bois de chauffage. Ils étaient aussi supposés fournir les animaux de transport et le transport sur demande.14 Ils étaient taxés sur le mariage, taxé sur la naissance de chaque enfant et sur chaque mort dans la famille. Ils étaient taxés sur la plantation dun nouvel arbre dans leur terrain et sur la possession danimaux. Il y avait des impôts pour les festivals religieux, pour le chant, la danse, le tambourinage et la sonnerie de cloche. Les gens étaient taxés quand ils étaient envoyés en prison et quand ils en sortaient. Ceux qui ne pouvaient pas trouver de travail étaient taxés pour être sans emploi et s’ils allaient dans un autre village à la recherche de travail, ils devaient payer un impôt de passage. Quand les gens ne pouvaient pas payer, les monastères leur prêtaient de l’argent à un taux d’intérêt de 20 à 50 pour cent. Certaines dettes étaient passées du père au fils et au petit-fils. Les débiteurs qui ne pouvaient pas honorer leurs obligations risquaient dêtre réduits en esclavage, parfois pour le reste de leur vie.15



    Les enseignements religieux de la théocratie soutenaient cet ordre de classe. Le pauvre et laffligé apprenaient qu’ils devaient supporter leurs ennuis à cause de leurs mauvaises manières dans des vies précédentes. Donc, ils devaient accepter la misère de leur existence présente comme une rédemption karmique et en prévision de ce que leur sort s’améliorerait une fois réincarné. Le riche et le puissant, bien sûr, considéraient leur bonne fortune comme une récompense, et une preuve tangible de leur vertu dans les vies passées et présentes.


    Torture et Mutilation


    Au Tibet du Dalaï-lama, la torture et la mutilation - incluant lénucléation, larrachage de la langue, le sectionnement du tendon du jarret et lamputation - étaient des punitions favorites infligées aux serfs fugitifs et aux voleurs. En voyageant à travers le Tibet dans les années 1960, Stuart et Roma Gelder ont interviewé un ancien serf, Tsereh Wang Tuei, qui avait volé deux moutons appartenant à un monastère. Pour cela, il a eu les yeux énucléés et la main mutilée afin de ne plus pouvoir lutiliser. Il explique qu’il n’est plus un Bouddhiste : "quand un saint lama leur a dit de m’aveugler, j’ai pensé qu’il ny avait rien de bon dans la religion".16 . Bien quil était contraire aux enseignements bouddhistes de prendre la vie humaine, quelques contrevenants étaient sévèrement fouettés et ensuite "abandonnés à Dieu" dans la nuit glaciale pour y mourir. "Les parallèles entre le Tibet et l’Europe médiévale sont saisissantes", conclut Tom Grunfeld dans son livre sur le Tibet.17



    En 1959, Anna Louise Strong a visité une exposition d’équipement de torture qui avait été utilisé par les suzerains tibétains. Il y avait des menottes de toutes les tailles, y compris de petites pour des enfants, et des instruments pour couper le nez et les oreilles, pour énucléer les yeux et pour briser les mains. Il y avait des instruments pour couper les rotules et les talons, ou paralyser les jambes. Il y avait des fers chauds, des fouets et des instruments spéciaux pour éviscérer.18



    L’exposition a présenté des photographies et les témoignages des victimes qui avaient été aveuglées ou estropiées ou subi des amputations pour raison de vol. Il y avait le berger dont le maître lui devait un remboursement en yuan et du blé, mais a refusé de payer. Alors, il a pris une des vaches du maître ; pour cela, il eut les mains coupées. Un autre berger qui s’est opposé à ce que sa femme lui soit prise par son seigneur a eu les mains broyées. Il y avait les images dactivistes communistes dont le nez et la lèvre supérieure ont été coupées et celles dune femme qui a été violée, et puis, dont le nez a été coupé en tranches.19



    Danciens visiteurs du Tibet commentent le despotisme théocratique. En 1895, un anglais, le docteur A. L. Waddell, a écrit que la population était sous la "tyrannie intolérable de moines" et les superstitions diaboliques quils avaient fabriquées pour terroriser les gens. En 1904, Perceval Landon a décrit l’autorité du Dalaï-lama comme "une machine d’oppression". À peu près au même moment, un autre voyageur anglais, le Capitaine W.F.T. O’Connor, a observé que "les grands propriétaires terriens et les prêtres .. exercent chacun dans leur domaine respectif un pouvoir despotique sans aucun appel", tandis que les gens sont "opprimés par une fabrique de prêtres et de monachisme des plus monstrueuses". Les dirigeants tibétains ont "inventé des légendes dégradantes et ont stimulé un esprit de superstition" parmi le peuple. En 1937, un autre visiteur, Spencer Chapman, a écrit, "le moine lamaïste ne passe pas son temps à administrer les gens ou à les éduquer. Le mendiant sur le bord de la route n’est rien pour le moine. La connaissance est la prérogative jalousement gardée des monastères et est utilisée pour augmenter leur influence et leur richesse."20


    Occupation et révolte


    Les communistes chinois ont occupé le Tibet en 1951, revendiquant la souveraineté sur ce pays. Le traité de 1951 prévoyait l’autonomie apparente sous l’autorité du Dalaï-lama, mais confiait à la Chine le contrôle militaire et le droit exclusif de conduire les relations avec l’étranger. Les Chinois disposaient aussi dun rôle direct dans l’administration interne "pour promouvoir des réformes sociales". D’abord, ils réformèrent lentement, comptant surtout sur la persuasion comme tentative pour effectuer le changement. Parmi les premières réformes quils ont appliquées, il y avait la réduction des taux d’intérêt usuraires et la construction de quelques hôpitaux et de routes. "Contrairement à la croyance populaire à l’Ouest", écrit un observateur, les Chinois "prirent soin de montrer du respect pour la culture et la religion tibétaines". Aucune propriété aristocratique ou monastique n’a été confisquée, et les seigneurs féodaux continuèrent à régner sur les paysans qui leur étaient héréditairement attachés."21



    Les seigneurs et les lamas tibétains avaient vu les Chinois aller et venir au cours des siècles et avaient joui de bonnes relations avec le Generalissimo Chiang Kaishek et son pouvoir réactionnaire sur la Chine avec le Kuomintang.22 L’approbation du gouvernement Kuomintang était nécessaire pour valider le choix du Dalaï-lama et du Panchen Lama. Quand le jeune Dalaï-lama a été installé à Lhassa, cétait avec une escorte armée des troupes chinoises et un ministre chinois conformément à la tradition vieille de plusieurs siècles. Ce qui contrariait les seigneurs et lamas tibétains, cétait que ces derniers chinois étaient des communistes. C’était seulement une question de temps, ils en étaient sûrs, avant que les Communistes ne commencent à imposer leurs solutions collectivistes égalitaires au Tibet.



    En 1956-57, des bandes armées tibétaines tendirent une embuscade à des convois de l’Armée Populaire de Libération chinoise. Le soulèvement reçut un appui important de la Central Intelligence Agency américaine (C.I.A.), comprenant un entraînement militaire, des camps d’appui au Népal et de nombreux ponts aériens.23 Pendant ce temps, aux Etats-Unis, la Société américaine pour une Asie libre, un front de la C.I.A., avait énergiquement fait la publicité de la cause de la résistance tibétaine avec le frère aîné du Dalaï-lama, Thubtan Norbu, qui jouât un rôle actif dans ce groupe. Le second frère aîné du Dalaï-lama, Gyalo Thondup, mis sur pied une opération de renseignements avec la C.I.A. en 1951. Il remit ça plus tard dans une unité de guérilla entraînée par la C.I.A. dont les recrues furent parachutées à nouveau au Tibet.24



    Beaucoup de commandos et dagents tibétains que la C.I.A. avait déposé dans le pays étaient les chefs de clans aristocratiques ou les fils des chefs. Pour nonante pour cent d’entre eux, on n’en entendit jamais plus parler, selon un rapport de la C.I.A. elle-même, signifiant en cela quils avaient probablement étaient capturés ou tués.25 "Beaucoup de lamas et de membres séculiers de l’élite et le gros de l’armée tibétaine ont rejoint le soulèvement, mais, en général, la population ne l’a pas fait, ce qui entraîna son échec", écrit Hugh Deane.26 Dans leur livre sur le Tibet, Ginsburg et Mathos arrivent à une conclusion semblable : "Autant qu’il peut être vérifié, la plupart du peuple de Lhassa et de la campagne attenante ne rejoignis pas le combat contre les Chinois, aussi bien quand il commença quau cours de son déroulement."27 Finalement, la résistance seffondra.


    Les communistes entrent


    Quels que furent les maux et les nouvelles oppressions introduits par les chinois au Tibet après 1959, ils ont supprimé l’esclavage et le système de servage de travail impayé et mirent un terme aux flagellations, aux mutilations et aux amputations comme méthodes de sanctions criminelles. Ils ont éliminé les nombreux impôts écrasants, commencé des projets de grands travaux et ont énormément réduit le chômage et la mendicité. Ils ont instauré l’éducation laïque, brisant ainsi le monopole de l’éducation des monastères. Ils ont mis en place la distribution d’eau courante et d’électricité dans Lhassa.28



    Heinrich Harrer (il fut ultérieurement révélé que Harrer avait été un sergent dans les SS d’Hitler) a écrit un best-seller racontant ses expériences au Tibet et qui a été montré dans un film populaire de Hollywood. Il rapporta que les Tibétains qui ont résisté aux Chinois "étaient principalement les nobles, les semi-nobles et les lamas ; ils ont été punis en étant contraint de devoir exécuter les tâches les plus humbles, comme travailler sur des routes et des ponts. Ils furent encore plus humiliés par le fait de devoir nettoyer la ville avant larrivée des touristes". Ils ont aussi dû vivre dans un camp à l’origine réservé aux mendiants et aux vagabonds.29



    En 1961, les Chinois ont exproprié les propriétés foncières tenues par les seigneurs et les lamas et ont réorganisé les paysans en centaines de communes. Ils distribuèrent des centaines de milliers d’acres à des fermiers locataires et à des paysans sans terre. Les troupeaux qui appartenaient auparavant à la noblesse ont été rendu à des collectifs de bergers pauvres. Des améliorations ont été faites dans la reproduction du bétail et des nouvelles variétés de légumes et des nouvelles souches de blé et d’orge ont été introduites ; avec des améliorations en matière d’irrigation, tout cela aurait mené à une augmentation de la production agraire.30



    Beaucoup de paysans sont restés aussi religieux quavant, donnant l’aumône au clergé. Mais les nombreux moines qui avaient été enrôlés de force dans les ordres religieux quand ils étaient enfants étaient maintenant libres de renoncer à la vie monastique, ce que des milliers ont fait, particulièrement les plus jeunes. Le clergé restant a vécu sur des bourses modestes dispensées par le gouvernement et sur le revenu supplémentaire gagné en officiant des services de prière, des mariages et des obsèques.31



    Tant le Dalaï-lama que son conseiller et frère le plus jeune, Tendzin Choegyal, ont prétendu que "plus de 1,2 millions de Tibétains sont morts en conséquence de l’occupation chinoise."32 Mais le recensement officiel de 1953 - six ans avant les sévères mesures chinoises - a enregistré la population entière résidant au Tibet au nombre de 1.274.000.33 D’autres comptes de recensement évaluent la population tibétaine ethnique dans le pays à environ deux millions. Si les Chinois avaient tué 1,2 millions de Tibétains au début des années 1960, alors des villes entières et dimportantes parties de la campagne, en fait presque tout le Tibet, auraient été dépeuplé, transformé en un champ de batailles parsemé de camps de la mort et de charniers - dont nous n’avons vu aucune preuve. Les minces forces armées chinoises présentes au Tibet n’étaient pas assez importantes pour regrouper, pourchasser et exterminer autant de personnes même si elles y avaient consacré tout leur temps en ne faisant rien d’autre.
     

     

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération