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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > Un brûlot contre les centres de rétention

Un brûlot contre les centres de rétention

 

margin : 2cm P margin-bottom : 0.21cm —Alors que l’idée de construire un centre de rétention à proximité de Sangatte en dehors du droit hexagonal couve, petit retour sur une histoire d’incendie. En juin 2008 l’établissement de Vincennes en charge de « recevoir » des sans-papiers était embrasé par ses occupants. Un livre « Feu au centre de détention » rassemble leurs témoignages, recueillis et mis en lumière par un collectif de soutien.

Le lapsus est vite arrivé… De centre de rétention à centre de détention, il n’y a ainsi qu’un pas, que les retenus – et non détenus ! - ont l’impression d’avoir déjà franchi. L’« accueil » des sans-papiers arrêtés sur le territoire français s’effectue en effet dans des centres de rétention administrative (CRA). Pour les occupants de l’établissement de Vincennes, la différence avec les établissements pénitentiaires devait sembler bien subtile. Étaient-ils mieux lotis que les prisonniers de droit commun ? Nourriture périmée, mauvaise hygiène, privation (s)de liberté (s), mauvais traitements, promiscuité rythmaient ainsi leur quotidien. La résistance des retenus s’y organisait en fonction du règlement, qui lui-même s’adaptait aux révoltes, jusqu’à l’explosion finale et l’incendie. Leurs récits nous parviennent aujourd’hui via l’ouvrage choc « Feu au centre de détention » dirigé par un collectif de citoyens venus soutenir les retenus dès janvier 2008. Les manifestations sur le parking de l’hippodrome de Vincennes face au CRA jointes aux actions pour alerter l’opinion publique, les élus et les médias représentèrent ainsi le point de départ de l’initiative.

Témoins à charge

« Feu au centre de détention » s’appuie sur les témoignages des sans-papiers recueillis notamment grâce à des téléphones portables. Ces récits s’entrecoupent de commentaires et éclairages du collectif. Le détail des procédures à l’encontre des sans-papiers et un plan détaillé du site de Vincennes complètent l’information. Grâce à ce souci d’exhaustivité, cet ouvrage dépasse le cadre militant et s’inscrit dans le champ journalistique. Il n’appelle pas à la compassion par une prose ampoulée, mais démontre l’inhumanité par une juxtaposition précise des éléments. Les faits rien que les faits, et ils parlent sacrément d’eux-mêmes ici. Pour autant les témoignages complétés des commentaires et précisions du collectif n’appellent pas à l’amélioration des conditions de rétention, mais bien à la libération des retenus. En novembre 2008, soit moins de six mois après l’incendie survenu après le décès pour défaut de soins d’un retenu, le centre de rétention de Vincennes rouvrait ses portes, tout au moins une partie de l’établissement comprenant 60 places. Si les circonstances du décès n’ont pas été éclaircies, dix retenus sont mis en examen, trois sont toujours en détention provisoire et la date du procès n’est pas fixée. Voici une sélection des paroles de ces sans-papiers pour qu’ils ne restent pas sans voix. (Les témoignages sont anonymes, tout comme les ajouts du collectif : un pour tous, tous pour… !)

HYGIENE/ALIMENTATION/SANTE

13 janvier

on nous a servi des haricots blancs périmés depuis le 5 janvier. Quand on l’a signalé, ils ont à nouveau répondu qu’ils ne voulaient rien savoir.

27 février

A l’infirmerie, qu’importe la maladie, ils nous donnent toujours le même médicament, du Di-Antavilc.

16 mars

Dans les chambres, il y a des odeurs incroyables. Dans les chiottes on pourrait attraper n’importe quelle maladie. Vous verriez les douches, les couloirs, le réfectoire, vous n’en croiriez pas vos yeux. Ici, c’est comme une prison.

9 avril

Quand ils [NDR : les retenus] vont chez le médecin pour un mal de tête, il leur donne un cachet pour les fous qui endormirait un éléphant. Après en avoir pris, un homme a dormi vingt-quatre heures ! Ils font ça pour qu’on ne réfléchisse plus.

ENCADREMENT/SURVEILLANCE

23 janvier

On discute ensemble, mais c’est difficile, ils nous contrôlent tout le temps avec les caméras. Ils nous contrôlent jour et nuit.

5 février

C’est une prison, ça rend les gens dépressifs. Hier soir, les flics ont éteint la télé. Un jeune leur a demandé de la rallumer. La policière lui a répondu : « Va te faire enculer ! » Le jeune lui a sauté dessus. Ils se sont battus. Ils l’ont placé en isolement.

9 avril

Beaucoup de flics ici sont des fils d’immigrés. Ils essaient de nous amadouer pour

qu’on reste tranquilles. Quand ils viennent me parler en arabe, je leur réponds d’aller se faire foutre. S’ils n’ont rien trouvé d’autre comme métier, qu’ils aillent se faire foutre.

REVOLTE

23 janvier

Hier soir, à minuit , on a refusé d’être comptés et de rentrer dans les chambres. On a essayé de dormir dehors. Tout le monde criait « liberté ». On a tenté de parler avec le chef de la police, mais il a appelé les CRS. La police criait : « Dégagez ! On ne veut pas de vous ici ! » Ils nous ont dit « Si vous ne rentrez pas, on vous fait rentrer de force ». Ils nous ont alors poussé avec les casques.

19 février

On s’est réuni aujourd’hui. Des représentants de chaque communauté étaient présents. On pense faire une grève de la faim de quatre jours, mais il faut que tous les retenus suivent.

9 avril

Pour refuser d’embarquer, un mec a eu une idée incroyable. Il s’est chié dessus. Il s’est tout étalé sur lui. Ils n’ont pas pu l’expulser. Ils l’ont ramené au centre. Le lendemain, ils sont venus le rechercher. Ils l’ont attaché avec du Scotch et ils l’ont enroulé dans du film plastique. Ils l’ont pris et ils l’ont expulsé comme ça. S’ils m’expulsent, je ferai tout pour revenir.

FEU !

22 juin

Les policiers ont tout de suite lancé des gaz lacrymogènes pour disperser l’attroupement. (…/…) Le feu a pris à l’autre bout du bâtiment. Les pompiers sont venus, ils craignaient un peu l’excitation du groupe et n’osaient pas rentrer. La manière dont les gens sont expulsés, le fait même que les gens soient expulsés, quand tu penses à tout cela tu est démoralisé. C’est ça qui a créé ce sentiment de révolte.

Feu au centre de rétention, janvier-juin 2008, des sans-papiers témoignent (Libertalia, collection À boulets rouges) www.editionslibertalia.com

Les bénéfices sont reversés aux retenus inculpés suite à l’incendie

http://www.editionslibertalia.com/Feu-au-centre-de-retention.html

Vincent Michaud


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6 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 26 juin 2009 15:02

    si ce bouquin pouvait dissuader une bonne partie de venir , il aurait son utilité !
    faut pas croire que le contribuable va les loger au Ritz et les faire bouffer à la tour d’argent !

    quand à ceux qui soutiennent l’arrivée massive d’immigrés illégaux , j’espère qu’ils vont pas tout casser à Calais ce week end . connaissant le type d’individus , la police a déployé
    un important comité d’acceuil ............


    • Olivier Perriet Olivier Perriet 26 juin 2009 18:55

      Et donc après on fait quoi ?
      On ferme tous les centres ?


      • jean 26 juin 2009 19:10

        Oui on les ferme et vite par contre on a le droit de s’inspirer du modèle Netherland


      • jean 26 juin 2009 18:56

        Le chat et fax vous faites fort là !
        Le droit de vivre ou l’on veut cela existe non ?
        L’acceuil c’est important non ????
        Moi blanc je peux aller travailler en Belgique ou Netherland sans problèmes
        (juste quelques formalitées je suis en train de la faire pour la Belgique)
        mais moi noir je ne peux pas le faire , est ce normal ? être expulsé dans ces conditions est ce normal ???????


        • LE CHAT LE CHAT 29 juin 2009 07:50

          c’est vrai que nos otages sont vachement mieux traités en Somalie par les pirates !!!
          j’avais oublié !


        • Surveyor SURVEYOR 27 juin 2009 13:17

          Non ce n’est pas normal, c’est tout ce que l’on peut dire.
          J’habite la région et je les voit souvent, toujours au bord des routes, des femmes parfois même des enfants, « plus rares ». Essayons simplement de se mettre seulement 1 journée à leur place, inversez la situation, c’est vous au bord de la route et traqué par la société, sans compassion aucune. 

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