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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > Comment lire à la plage ?

Comment lire à la plage ?

La lecture sur le sable en quelques chapitres

Le roman de l'été …

Lire sur la plage , si c'est une posture essentielle pour contrebalancer l'absence de toute activité tangible , ce n'est pourtant pas tout à fait un acte ordinaire. Il faut se poser bien des questions, s'imposer, plus encore, bien des gesticulations pour trouver position adéquate. Il n'est pas facile de garder le fil de son histoire tant les sollicitations sont diverses, les perturbations nombreuses et les obstacles de toutes natures. Tout demande réflexion , y compris le format du livre que l'on risque de trouver ensablé avant que de l'avoir vraiment parcouru.

La position du lecteur sur silice est un supplice à nul autre pareil. Il doit se prémunir contre le vent qui est un adversaire redoutable dès que le livre se donne des allures de grand. Le soleil, quant à lui, est un opposant d'une tout autre dimension. Il demande équipement ou adaptation, rotation et protection. Le lecteur en position dorsale qui souhaite se protéger de l'astre solaire avec son seul livre prend le risque d'une crampe aux bras et d'un mal au cou qui pourrait lui faire passer l'envie de la relecture.

Les mieux équipés fourmillent d'idées pour tenir le choc : parasol cela va de soi, mais aussi coussins pour surélever la tête : cette partie du lecteur qu'il convient de préserver pour que la lecture demeure utile. Chaises pliantes, basses, trous dans le sable, monticules ou tout autre installation qui donne confort et repos au dévoreur de lignes sont autant de réponses possibles qu'il vous appartiendra d'étudier. Le mur de toile fait aussi des émules, ; lire en cachette des autres permet parfois certaines lectures douteuses ...

 

Il faut choisir ensuite un livre pour l'usage que vous avez à en faire en ce lieu. Il y a le roman de façade, :celui qui vous donne l'apparence de la sagesse à des fins pas toujours avouables. Derrière un gros bouquin à la couverture cartonnée, il est aisé de mater les voisines petitement vêtues et les lunettes ici s'expliquent par votre occupation supposée. Un gros tome pour l'atone de service en quelque sorte ...

Il y a aussi des erreurs à ne pas commettre, des dissonances fatales comme celle de vouloir à tout prix lire un roman fleuve au bord de l'Océan. Le roman de gare vous laisse sans entrain quand la série noire suppose que vous ayez un bronzage à la hauteur. Le roman historique doit rester dans le sable les jours de grand vent et le roman rose aime par- dessus tout les premiers jours de vacances. C'est certainement le roman peau lissée qui se prête le mieux à votre tenue du moment.

Le livre n'est pas tout ; il faut choisir son auteur. Il y a celui qui évoque immédiatement quelque chose aux curieux qui ne manqueront pas de savoir ce que vous lisez. Il faut, après étude sociologique approfondie bien entendu, adapter votre choix à votre environnement estival . Dans tous les cas, le « best-seller » est recommandé pour une conversation facile avec un inconnu de passage. Des choix plus osés risquent de vous couper de vos semblables : Céline, Kennedy Toole ou Salman Rushdie ne sont pas en haut de la vague médiatique.

 

Il faut aussi prendre la précaution de montrer que vous avancez dans votre ouvrage, que votre marque-page progresse de jour en jour. Faire tout un été avec le même roman ne vous sert guère. Changer tous les jours n'est pas plus efficace : la forfanterie en la matière vous desservira plus qu'autre chose. Vous devez simuler une lecture moyenne, avancer à petits pas et ne pas oublier de tourner régulièrement une page.

J'oubliais le conseil essentiel : celui qui vous évitera toute raillerie superflue. Prenez votre compagnon de papier dans le bon sens. Le conseil peut paraître trivial mais il arrive parfois que nos lecteurs horizontaux se trompent, tout occupés qu'ils sont à bien autre chose que ce à quoi ils feignent de s'adonner. Dans le même ordre d'idée, si vous adoptez un ouvrage en langue étrangère, assurez-vous de maîtriser celle-ci si, par inadvertance, un quidam s'adressait à vous par son truchement.

Enfin, le journal n'est nullement indiqué dans les régions océaniques. L'exercice est rigoureusement impossible avec les grands formats. Lire l'Équipe relève de l'exploit sportif et du tour de force. Rabattez-vous sur les magazines et attendez, si possible, le passage d'une caravane publicitaire qui vous fournira en ouvrages inutiles. Prenez garde néanmoins au nom de la revue, certaines vous classeront dans des catégories particulières bien avant que vous compreniez pourquoi l'on rit sous cape derrière vous.

 

Lire sur la plage, finalement ne s'improvise pas et si vous vous munissez d'un imprimé simplement pour avoir un peu de constance, il n'est pas rare que la stratégie se retourne contre vous. Ne cherchez pas l'extravagance ou bien l'incongruité, allez piocher du côté des meilleures ventes, vous ressemblerez ainsi à ceux que vous voulez imitez !

Quant au lecteur authentique, jamais il ne lui viendrait à l'esprit de mettre un grain de sable dans son précieux compagnon. Il conservera son livre sur sa table de chevet ou près d'un bon fauteuil sans risquer de lui faire souffrir tous les outrages du lieu : crème solaire, sable, eau, piétinement, soleil, abandon dans le désert, animal errant. Le livre mérite mieux et si vous ne savez vraiment pas quoi emporter sur la plage pour intriguer et étonner vos voisins, n'hésitez pas à choisir mes Bonimenteries.

Lecteurement vôtre.


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7 réactions à cet article    


  • juluch juluch 18 juillet 2015 17:59

    Je me suis retrouvé dans cet article....


    Compliqué de lire à la plage, surtout qu’on s’emmerde ....... 
     smiley
    Il fait chaud, il y a le sable et c’est humide et pi on a mal au dos....lol

    Merci à vous !!


    • C'est Nabum C’est Nabum 18 juillet 2015 20:19

      @juluch

      Soyez le bienvenu au club des gens qui s’emmerde à la plage
      Je cède une semaine par an pour complaire aux autres, ceux qui vivent heureux à ne rien faire vautrer sur le sable


    • C'est Nabum C’est Nabum 18 juillet 2015 20:21

      @juluch

      La plage n’a rien à voir avec la page
      Ne faites pas confusion et changer de chapitre
      Une page se ferme une plage s"ouvre à vous !


    • bakerstreet bakerstreet 18 juillet 2015 19:38

      Bonjour

      Bravo pour votre article

      Lire à la page est tout un poème. Un test : Si vous prenez un coup de soleil, votre bouquin est vraiment passionnant. 
      Autre test : Si la marée est montée sans que vous vous en soyez rendu compte.... 
      Impossible à faire pour la méditerranée ! 
      On voit par là que l’atlantique est plus littéraire ! 
      Les vagues s’intéressent, viennent voir ce que vous lisez. 
      Mais souvent je m’endort, le livre sur la figure. Pourtant un grand lecteur.
       Mais rien à faire docteur, que faire ?

      • C'est Nabum C’est Nabum 18 juillet 2015 20:23

        @bakerstreet

        Ne me félicitez pas, je vais croire que j’ai du talent alors que dans mon département on me traite comme un chien ...

        La démarche scientifique s’impose, n’oubliez pas de tourner la plage et de changer de chapitre


      • bakerstreet bakerstreet 18 juillet 2015 23:10

        @C’est Nabum

        Moins facile de changer de département que de livre !

         Donc, logiquement vive la régionalisation, et l’extension des bibliothèques. Pourquoi ne pas construire des bibliothèques de sable ? Les concours de sable sont furieusement à la mode.

         Et Pourtant le sable disparaît, parait il. C’est vrai, j’en ai vu hier qui volait dans la rue, qui s’est posé sur le capot de ma bagnole. Mais pas encore de livre, ni de lecteur ! 
        Si vous retrouvez un lecteur en maillot de bain sur votre capot, c’est signe qu’il y a eut un tsunami, et que le livre était assez intéressant pour que rien ne trouble sa lecture.
         Heureux homme qui a trouvé le livre rare. 
        On se penche pour savoir le titre. Espérons que ça sera pas les mémoires de Tierwieller, ou les 50 nuances de merde. 

      • C'est Nabum C’est Nabum 19 juillet 2015 07:21

        @bakerstreet

        Les bibliothèques de la ville d’Orléans, puisqu’il faut finir par nommer ce lieu se refusent à acquérir mes contes de Loire. Je ne suis pas dans les petits papiers des décideurs.

        C’est un comble pour des livres qui ne demandent qu’à passer de mains en mains.

        Mon pseudonyme pourtant vient de cette cité étrange qui repousse ceux qui ne pensent pas comme la grande masse moutonnière.

        Et pire que tout, la ville organise des balades contées sur la Loire et une fois de plus, je suis écarté de la chose. J’enrage !

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