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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > Dans un petit village des bords de Loire

Dans un petit village des bords de Loire

Souvenirs d'enfance

Portraits d'antan.

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Dans ce petit village, creusé dans le tuffeau, la vie d'alors était scandée par les travaux de la vigne pour nous offrir ce merveilleux Montlouis qui met le cœur en fête et rend les gens meilleurs. L'école du bourg n'était pas encore fermée, les gamins y apprenaient aussi bien que dans les grandes structures des villes voisines avec, en prime, ce bonheur ineffable de filer dans les champs ou sur la rivière dès que la cloche sonnait.

La Loire était leur cour de récréation pour des jeux pas toujours avouables. Le groupe des garçons délurés filait pour dérober la barque du père Tricard, aller se cacher sur l'île pour y faire les quatre cents coups, rêver à des aventures plus grandes encore. Les chenapans en profitaient pour vider les nasses du bonhomme, ramenant de quoi se faire pardonner leur retard à la maison et allaient se coucher, repus d'une saine fatigue.

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Ils en faisaient de belles sans qu'on aille les traiter de délinquants ou bien qu'on mette les gendarmes à leurs trousses. Le temps était à la mansuétude et à la compréhension ; les gamins savaient aussi se montrer utiles quand il y avait à faire dans les vignes. Chacun savait au fond de lui que les quelques bêtises d'alors relevaient de l'initiation, du passage obligé avant que de devenir grand.

Des bêtises , certes, ils en faisaient sans modération ni méchanceté, même si parfois, naturellement, ils dépassaient la mesure par exemple quand ils prenaient leur lance-pierre pour viser le pauvre Presto, le nain du hameau, le pauvre souffre-douleur de ces mauvais diables. Presto rongeait son frein et attendait l'heure de sa vengeance. Elle vint à son heure quand les monstres s'en prirent aux chèvres qu'il gardait et qu'il lâcha le chien. Les courageux filèrent avec le molosse aux fesses et se réfugièrent dans un arbre.

Montlouis-sur-Loire_Nicolas-Macaire.jpg

Presto attendit jusqu'à tard dans la soirée pour appeler son chien et permettre aux vilains de retrouver la terre ferme sans goûter aux crocs vengeurs. Ils avaient compris la leçon, d'autant qu'à la maison, chaque famille savait les causes du retard et que quelques paires de claques firent bien mieux qu'une longue leçon de morale. C'était, je vous l'ai déjà dit, un tout autre temps, inimaginable aujourd'hui.

Le père Tricard leur donnait aussi la monnaie de leur pièce. Il les effrayait, les surveillait et allait colporter à la cantonade les forfaits des gredins. Juste réplique pour la barque et les poissons, manière de faire comprendre aussi qu'un larcin finit toujours par se payer, d'une manière ou d'une autre. En grandissant, ils comprirent que celui qu'ils prenaient pour le diable en personne n'était pas un mauvais bougre …

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Dans la galerie des adultes à éviter, il y avait encore la Germaine. Une brave femme, une vieille qui se trouvait seule depuis la mort de son Gaston. Elle n'était pas méchante : simplement bavarde à un point qui dépasse l'entendement. Germaine avait toujours quelque chose à raconter, aux grands comme aux enfants. Et Germaine avait le verbe pesant, sombre et inquiétant.

Quelles que soient les circonstances, elle voyait toujours l'avenir en noir. Elle prédisait un lendemain de pluie, une nuit d'orage, une gelée qui allait tuer les fruits naissants. Elle mettait en garde les gamins contre une jambe cassée ou d'un dos rompu. Germaine était de nature à déprimer un régiment ; elle était la gazette obscure du village et son plus grand plaisir devait être de colporter l'annonce des décès.

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Il y avait encore le bon Paulo, pauvre gamin handicapé moteur, incapable de parler. Il se traînait dans son fauteuil, s'exprimait plus mal que bien de quelques regards et de dessins sur une ardoise magique. Paulo pourtant était de tous les jeux : il n'était pas rejeté, sauf naturellement pour les virées sur la Loire.

Paulo grandit, toujours cassé par la vie. Les camarades partirent poursuivre leurs études, lui resta ici avec toujours un petit service à rendre pour les gens de coin. Il avait son rôle et sa place. On lui confiait des choses simples, à sa mesure et, en retour, il remerciait ceux qui lui avaient fait confiance d'un sourire éclatant. On n'évoquait pas l'intégration dans ce village : on la vivait tout simplement avec Presto et Paulo.

Loire-Cyril-CHIGOT-Ville-de-Montlouis-sur-Loire.jpg

Et puis il y avait la mère Nono, la bonne dame pour tous les gamins, le refuge de tous. Elle tenait cour ouverte ; c'est là que se déroulaient les grandes parties de vélo-bille :ce tour de France avec des cyclistes miniatures en plastique et un parcours à n'en plus finir. La mère Nono les laissait jouer, leur offrait un goûter, les choyait, les couvait du regard. C'était la grand-mère de toute la troupe.

La mère Nono avait son expression bien à elle : le terme qui, à ses yeux, représentait l'excellence, le merveilleux, la beauté et la bonté. Quand elle avait besoin d'exprimer son enthousiasme, sa joie de vivre, sa confiance en ces gamins qui étaient chez eux dans sa maison, elle criait en dévoilant alors une bouche édentée : « Excelsior ! ». Et le monde était plus beau …

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Celui qui me confia son enfance, en quelques portraits d'alors, avait le regard embué, la nostalgie à fleur de peau. Il est revenu vivre le reste de son âge dans son petit village. Au loin, coule la Loire, tout près pousse la vigne. Nous avions tant de points communs : notre mère nourricière, la rivière, nous avait façonnés de sa douce manière. Nous étions frères ligériens et point n'était besoin de longs discours pour se comprendre. J'avais, moi aussi, envie de reprendre le cri du cœur de la mère Nono. La vie n'est jamais aussi belle qu'en bord de Loire.

Nostalgiquement sien.

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11 réactions à cet article    


  • bernard912 21 avril 2015 10:03

    Comment peut-on être en désaccord sur une description aussi réelle de cette merveilleuse région ? De si belles photos ! Merci C’est Nabum, j’attends la prochaine balade dans cette adorable bordure de la Loire.


    • C'est Nabum C’est Nabum 21 avril 2015 12:18

      @bernard912

      La Loire est mon domaine, ma muse et ma compagne

      Patientez un peu


    • Hector Hector 21 avril 2015 10:44

      Merci pour cette galerie de portraits dans laquelle je retrouve moi aussi des visages familiers de ma prime enfance.
      Le père Rajat et son jardin magique aux herbes folles avec ses figuiers que nous allions piller dés les beaux jours et son bassin aux reinettes, la mère tape-dur surnommée ainsi pour sa manière de tuer les lapins avec son poing, notre voisin le légionnaire qui se rasait été comme hiver dans le lavoir de sa cour, le père Cassin l’épicier et sa simca sans age, Jean Bernard qui avait attrapé la polio, etc.
      La nostalgie n’est pas un vain mot.
      Pour ceux qui voudraient faire un retour musical dans leur jeunesse, je suggère deux sites intéressants ; thenostalgiamachine et retrojam. Il suffit d’entrer l’année désirée.
      Merci encore.


      • C'est Nabum C’est Nabum 21 avril 2015 12:19

        @Hector

        Merci pour ce lien

        Je suis assez curieux pour m’y rendre de ce pas

        Merci aussi pour ce partage d’autres portrait


      • Vipère Vipère 21 avril 2015 21:19

        @Hector


        Enfin Hector, il suffit de fermer les yeux et de se souvernir...

        C’est une chaude après midi d’été, pas d’école, avec d’autres gamins du quartier, agglutinés au bord de la fontaine, les pieds dans l’eau, on s’ennuie à plusieurs...

        Et jojo dit : et si on allait piquer des cerises, je connais un endroit où elles toutes noires... On chausse vite fait nos sandalettes et on grimpe vers le haut des vergers. Et là, les garçons grimpent dans les arbres pour descendre au filles les branches les plus hautes et on avale les cerises en crachant les noyaux, et à la fin on avale les cerises telles quelles, jusqu’à ce qu’on n’en puisse plus. 

        Au retour, le ventre plein, la bouche et les mains noires, on se traîne un peu, en chantant. « Et un kilomètre à pied ça use, ça use et un kilomètre à pied, ça use les souliers ».

        Il fait si chaud qu’on s’arrête pour faire une halte à l’église. Les filles chargées de marguerites des prés, déposent les fleurs au pied de Marie. On se passe un mouchoir trempé dans l’eau bénite pour s’essyer la figure. On a mal au ventre, on court dehors pour faire la grosse commission, caché derrière un arbre à côté du cimetière !

         





      • arcadius arcadius 21 avril 2015 10:55

        Salut Cénateur

        de biens beaux souvenirs du temps jadis
        au temps où il n’était pas question de « créer du lien social »

         « On n’évoquait pas l’intégration dans ce village »

        on ne dit plus intégration

        maintenant c’est « inclusion » dans le jargon.... smiley

        le bon jour


        • C'est Nabum C’est Nabum 21 avril 2015 12:20

          @arcadius

          Inclusion intestinale ...
          Le temps changent et les maux deviennent étranges

          le jargon en guise de diarrhée verbale. Tout va bien


        • Olivier 22 avril 2015 11:50

          Merci pour ce petit moment de fraîcheur venu du passé. Le présent lui, est devenu d’un glauque à pleurer...


          • C'est Nabum C’est Nabum 22 avril 2015 12:01

            @Olivier

            Glauque, sordide, insupportable

            Nous pourrions à plaisir décliner les mille et une facettes d’un présent qui se refuse à l’humanité


          • MAIBORODA MAIBORODA 23 avril 2015 07:30

            [...]

            Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,

            Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,

            Et plus que l’air marin la doulceur angevine.

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