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Faire ses valises

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Activité peau de vache …

Faire les valises, je ne sais pas pour vous mais pour moi, c’est une corvée ! J’ai beau avoir toujours le pied sur le départ, la valise représente le pire du voyage avec le trajet pour peu qu’il emprunte un moyen de transport. Je n'aime rien tant que le sac à dos et les longues randonnées au gré du vent et de l’humeur. La valise est à l’opposé de cette aventure : elle est rigueur et organisation, précision et rationalité.

Faire les valises c’est penser à tout, envisager tous les possibles : tant du point de vue de la météorologie, la grande variable incontournable des vacances, que des activités estivales : ira-t-on au restaurant ? fera-t-on visite en tenue du dimanche ? On anticipe, on subodore, on projette, on planifie. Je déteste ça et je ne cesse de grogner tout en différant le moment où je vais enfin me pencher sur la question.

Faire les valises c’est alors empiler de manière désordonnée ce qui exige pourtant ordre et soin pour ne pas froisser. Il s’agit de prendre le pli et de ne pas le défaire. Vaste programme auquel je ne saurais souscrire. J’aime le flou, l’incertain, le négligé. La fripe me défrise, le correct m’indiffère. Ce n’est pourtant pas l’occasion pour moi de traîner torse nu et en tongs. J’ai ma dignité et réclame de couvrir mes bourrelets sans avoir l’air d’un traîne-lattes.

Faire les valises, pour beaucoup, c’est déjà prendre la tangente, se donner l’air d’être déjà ailleurs. J’envie ce plaisir par anticipation quand je n’y vois que corvée et dépit. Je prends toujours trop : je ne sais jamais planifier ma garde-robe quoique cet ustensile me soit totalement étranger. Plus ça va et moins je soigne mon apparence, ce qui avouons-le, coïncide parfaitement avec l’inexorable dégradation du bonhomme.

Faire les valises c’est donc prendre le nécessaire et se charger d’un peu de superflu. La belle affaire que la hiérarchisation des affaires et des nécessaires à toilette, loisirs et autres passe-temps balnéaires. Le maillot de bain figure symboliquement à la panoplie quoique j’aie passé, depuis belle lurette, l’envie de me jeter à l’eau parmi la multitude qui finira par se griller au soleil pour économiser sa serviette, devenue tapis de plage.

Faire ses valises pour aller se dorer la pilule, très peu pour moi. Il y aura place pour mon compagnon numérique car le silence des après-midis de plage pour les autres me facilitera l’écriture et la méditation. Je n’oublie jamais de rester connecté avec le monde, incapable que je suis de me mettre en vacance de ma douce assuétude.

Faire ses valises c’est envisager la canicule, l’orage, le coup de froid, les moustiques, le soleil et ses brûlures, la soirée et ses temps morts. C’est faire la pluie et le beau temps alors que, manifestement, cela est au-dessus de mes forces. Alors, contre mauvaise fortune bon cœur, je me fais la malle en espérant qu’une autre personne , plus patiente et bienveillante, bouclera ce qui me défrise tant.

Faire ses valises c’est partir et sans doute mourir un peu. C’est se faire à l’idée de ne pas tout prendre, de laisser à la maison la paire de jumelles ou l’appareil photo, le livre de l’été ou le guide de voyage, le transistor ou bien la pochette de CD. C’est un choix cornélien au pays du futile, c’est l’art de ne pas tout prendre et toujours se méprendre. Car, invariablement, vous aurez besoin de ce que vous n’avez pas choisi de glisser dans le petit espace qui restait.

Faire ses valises, c’est désormais ne plus les quitter des yeux durant le voyage, pour peu que vous empruntiez un transport collectif. La valise est un danger potentiel, un objet éminemment suspect. Il convient de lui mettre une étiquette et de respecter l’étiquette à la lettre. En cas d’oubli, vos effets seront détruits, dispersés, éparpillés par des artificiers sans artifice. La valise qui se fait ainsi la malle risque fort de gâcher vos vacances.

Faire ses valises c’est encore les défaire, trouver place là où vous vous installez provisoirement. C’est un casse-tête pour penser une organisation qui sera de courte durée. C’est encore tâcher de ne rien oublier quand il s’agira d’effectuer l’opération inverse : celle du retour à l’envoyeur. Ce sera plus simple même si, parfois, on se demande comment tout pouvait avoir trouvé place et que soudain, le miracle semble inaccessible.

Faire ses valises c’est un mouvement de va-et-vient. Quand ça va, ça va, quand ça revient c’est moins bien. Il y a toujours du vague à l’âme quand on quitte la côte. C’est le paradoxe des mots : ils ne sont jamais à leur place au bon moment. C’est ainsi que je dois abandonner ce texte et me consacrer à cette sélection draconienne des effets voyageurs. Décidément, je préfère de très loin remplir mon sac à dos que faire les valises ; on ne se refait pas ... !

Voyageusement vôtre.

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13 réactions à cet article    


  • Abou Antoun Abou Antoun 3 août 2016 11:07

    Adepte de la rando en deux roues (vélo, moto) j’ai appris à partir avec toujours moins. J’applique ce principe aujourd’hui encore. Résultat quand nous partons en couple avec l’auto le train l’avion, 95% du barda sont des effets de mon épouse.
    C’est comme ça, je m’y suis fait et je ne proteste plus.


    • C'est Nabum C’est Nabum 3 août 2016 12:58

      @Abou Antoun

      Elle n’est donc plus votre moitié mais bien plus encore


    • Abou Antoun Abou Antoun 3 août 2016 13:43

      @C’est Nabum
      C’est une façon amusante et optimiste de voir les choses. Merci pour ce bon mot.


    • juluch juluch 3 août 2016 11:26

      Je fait toujours les bagages à l’avance et je tache de tout prévoir......j’aime etre organisé !


      Quand je fait une rando j’ai tous se qu’il faut sans me charger..... En principe en voyage je n’ai qu’un sac, ma femme et mes filles par contre....oups !!

      quand je part à la Réserve là j’ai tout !!

      Valisement votre Nabum !

      • C'est Nabum C’est Nabum 3 août 2016 13:01

        @juluch

        Les femmes seraient-elles moins raisonnables en la matière textile ? Vaste question


      • Thorgal 3 août 2016 11:51

        J’évite les valises si possible. En fait, j’abhorre voyager avec des bagages. un petit sac à dos me suffira en général (je change de fringues que quand je deviens conscient de mon odeur smiley ).

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