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L’Orage

Délivrance

Une chape de plomb s’est abattue sur nos têtes. Le soleil brûle, l’atmosphère devient irrespirable ; le manque d’air, l’absence de souffle clouent les braves terriens dans des maisons hermétiquement closes. La rue se vide, des ombres se meuvent péniblement à la recherche d’un peu de fraîcheur dans un parc ou en bord de rivière. L’activité se met au ralenti.

Il faut se protéger ; la canicule attend sournoisement de saisir les plus faibles, les moins en forme, les plus démunis devant les assauts solaires. Les conseils se multiplient à la radio : « buvez, buvez », et nous suivons au pied du verre cette recommandation hydrique. Les plus vieux ont bien du mal à accepter cette sagesse : boire leur est devenu inhabituel. Ils sont en danger.

Le Tour de France devient le prétexte à ne pas bouger de sa maison, à rester tapi avec cette chaleur moite. Pourtant le spectacle n’en vaut guère la peine. Finies les grandes épopées : le sport est devenu une affaire de comptables, de techniciens de l’effort calibré. La chaleur et ce triste dérivatif soporifique vous incitent davantage à la sieste et à la langueur qu’à l’exploration de la France en hélicoptère. Le temps s’étire, sans consistance, interminable et sudoripare.

Vous n’êtes qu’une loque, un pauvre pantin en latex qui coule sur pied. Vos nerfs sont à vif, votre patience à rude épreuve. Vous prenez une douche toutes les quatre ou cinq heures sans pour autant trouver l’apaisement. Vous pestez contre cet été qui ne sait pas avoir de juste milieu. Soudain, le ciel se charge de nuages menaçants, une légère brise annonce enfin la délivrance. Cela ne pouvait durer ainsi, le ciel se fâche sans que Neptune en soit responsable.

Et puis au loin, le grand bâtonnier frappe les trois coups. Le spectacle va pouvoir commencer. Somptueux, magnifique : il nous laisse pantois d’admiration et un peu inquiets devant un tel déchaînement de feu et d’eau. Mais quel bonheur ! Il y a d’abord cette formidable odeur de géosmine : ce doux parfum de terre mouillée, les fragrances d’une terre chaude qui se refroidit qu’on nomme désormais pétrichor, un vilain mot pour une si douce sensation. On se délecte de ces effluves primordiaux d’autant plus que c’est l’occasion d’ouvrir les fenêtres, de libérer la chaleur emprisonnée dans les maisons.

La quiétude ne dure que peu de temps. Le ciel va libérer des cataractes, des trombes d’eau. L’air était chargé d’électricité, elle se libère en zébrant le ciel, nous offrant le plus merveilleux des feux d’artifice. Le tonnerre éclate au loin, on se surprend à compter mentalement une distance qu’on aimerait assez lointaine. Cet orage qu’on espérait est si lourd de menaces qu’il faut le redouter plus encore.

L’eau ruisselle, l’eau frappe les volets, explose sur la toiture. C’est un déchaînement et un bienfait. Votre corps se relâche, la tension nerveuse disparaît. L’orage est libérateur, bienfaiteur quand il oublie de semer désolation et destruction. Il finit par poursuivre son chemin, vous l’entendez s’éloigner et vous êtes soulagé qu’il se soit montré clément. Vous n’avez plus qu’à vous réjouir de cette fraîcheur qu’il vous accorde en retour.

Vous sortez, vous jouissez de ce calme retrouvé, de cette température bien plus supportable, de tous les parfums qui éclatent à leur tour. Vous êtes nu dans votre jardin, nouveau-né à l’aube d’une nouvelle époque. Vous respirez à pleins poumons, vous libérez toutes les tensions accumulées, vous relâchez corps et esprit ; l’orage est votre meilleur ami quand il est parti sans faire scandale.

Puis reviendra la chaleur, la pesanteur d’un soleil qui tarde et brûle. Vous allez vite voir disparaître les derniers bienfaits de ce souffle rafraîchissant. Il faut tout fermer, vous terrer à nouveau en attendant la prochaine éruption céleste. L’été est ainsi fait d’attente et de libération, de sautes d’humeur et de moiteur, de coups d’éclat et de tonnerre. L’été est un condensé de sensations, un réservoir d’effluves, une épreuve et un cadeau céleste.

 

Orageusement vôtre.

Photographies Sébastien Richard et Orléans Actu

Merci à eux

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4 réactions à cet article    


  • juluch juluch 23 juillet 2016 17:40

    o rage, o désespoir................


    Ca tombe ici à Marseille........

    • C'est Nabum C’est Nabum 24 juillet 2016 07:03

      @juluch

      Prenez le frais


    • ben_voyons_ ! ben_voyons_ ! 23 juillet 2016 20:12

      La puissance moyenne d’un éclair est de 20 GigaWatts.

      Mais il ne dure que 25 millisecondes...

      Le courant s’y propage à une vitesse pouvant atteindre 100 000 km/s.

      La température peut y atteindre 30 000 °C.

      N’est-ce pas fascinant ?

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