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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > La pluie fait des flaquettes

La pluie fait des flaquettes

Marcher sous la pluie.

JPEG Le temps est maussade, le ciel chagrin. Du matin au soir, en dépit du calendrier, les larmes du ciel vous laissent enfermés dans votre mauvaise humeur. Vous tournez en rond dans un appartement trop petit, une maison trop sombre. Il vous faut de l'espace, briser cette boule d'oppression, ce maudit été qu'on nous promet pourri.

Ne craignez point de vous salir, osez vous mouiller, affronter les éléments en colère, brisez la chape de plomb, marcher sous la pluie. Mettez des vêtements adaptés, chaussez-vous de solide et de confortable brodequins, ouvrez la porte et posez vos pas dans les flaques qui s'ennuient de vous.

Marcher sous la pluie c'est se démarquer de ce conformisme moderne qui interdit de sortir affronter ces diaboliques précipitations. La rue ne sera que pour vous, les rares passants sont des automobilistes mal garés qui se précipitent vivement vers un intérieur sec ou se font un délicieux plaisir de vous asperger en une gerbe majestueuse tout autant qu'irrespectueuse.

Vous allez d'un pas ferme, vos pieds proposent une drôle de musique qui se joue des différentes structures du sol. Sur le pavé, des petites mares qui éclatent à votre passage. Sur les graviers, le crissement est atténué, sur le bois des passerelles, la glissade est assourdie, sur la terre battue, la boue amplifie la succion gourmande.

La mélodie des semelles ne s'offre vraiment qu'à ceux qui avancent tête nue. Capuche, bonnette et autre parapluie sont autant de barrières au plaisir de la pluie qui coule, du vent qui brûle, des murmures qui montent. Marcher sous la pluie c'est se donner à une nature hostile, accepter ses assauts, sentir sa puissance, risquer sa santé et promettre futres chandelles à un nez qui va au vent.

Vous avancez, vous glissez, vous soufflez, vous dégoulinez mais vous êtes bien, en liaison directe, en fusion même avec les éléments, en symbiose avec une nature qui n'en finit plus de remplir rivières et nappes phréatiques. Le sol est gorgé, l'eau ne parvient plus à pénétrer, les rues déborder, les caves se noient. Vous pataugez, vous éclaboussez, vous vous salissez, la marche vous fera oublier les soucis à venir … La crue centenale est promise à tous, la septième montée des eaux est imminente.

Qu'importe demain, chaque pas est une gerbe, un chapelet de marques qui s'incrustent sur votre pantalon. Vous êtes décoré, chevalier de l'ordre du marcheur mouillé, de l'humain qui ne se terre pas. La liberté a un prix, celui d'un lavage complet. Il faudra vous changer mais le bonheur de celui qui se moque de la pluie qui gifle le visage et enkyste le printemps est sans égal.

Vous êtes trempé comme une soupe, le pas ne change pas son allure même si vos vêtements se font plus lourds, moins souples. Vous êtes engoncé dans une carapace de tissus qui enserre maintenant chaque partie de vous même. Paradoxalement, par leur rigidité, vous abolissez vos vêtements. Vous alles contre vents et marée liquide tombée du ciel, vous êtes vivant !

Vos chaussures se font esquif. Vos pieds s'émancipent de la semelle. Vous devinez un léger glissement, une douce sensation de flottement, de suspension et de sussion. Il faudrait bien s'arrêter pour souquer ou essorer, mais le mal est fait et il n'y a plus rien à faire d'utile. Vous êtes partie prenante de cette eau qui tombe et qui a trouvé en vous un refuge mobile, un abri à ciel ouvert.

Vous pressez le pas, il vous tarde maintenant d'arriver au port vous qui êtes perdu au milieu de cet océan de solitude humide. Non, vous n'êtes pas perdu, vous savez que derrière une porte, au loin, vous trouverez vêtements secs, douche réparatrice, boisson chaude et joues brûlantes. Vous retrouverez confort et chaleur et vous en profiterez vraiment parce que vous avez affronté la colère céleste.

Marchez, marchez sous la pluie aujourd'hui, sous les averses, dans cette grisaille qui érode le moral, qui enferme vos amis. Marchez Marchez dans la colère des cieux, au vent, à la nuit venue et communiez avec cette nature qu'on ne découvre qu'à l'allure du pas de l'homme qui prend le temps de mettre un pied devant l'autre par tous les temps y compris sous des trombes d'eau.

Pluvieusement vôtre.

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22 réactions à cet article    


  • Ebootis (---.---.30.191) 19 juin 2016 18:17

    @ Nabum


    Avez-vous déjà compris pourquoi des baigneurs se hâtent de sortir de l’eau
    et se précipitent pour se mettre à l’ abri parce-qu ’il se met à pleuvoir ?

    Sont peut-être, Dieu sait, capables de prendre une douche purificatrice !

    Bon dimanche.

    • C'est Nabum C’est Nabum 19 juin 2016 18:53

      @Ebootis

      Voilà un sujet d’étonnement
      Je ne suis pas à l’abri d’écrire à ce propos
      Merci



      • C'est Nabum C’est Nabum 19 juin 2016 20:15

        @juluch

        La pluie tombe en français


      • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 19 juin 2016 22:45

        Bonjour Nabum


        Je mets au pluriel : « Il pleut dans les cœurs comme il pleut sur les villes » 

        • C'est Nabum C’est Nabum 20 juin 2016 06:44

          @Mohammed MADJOUR

          Ce pluriel est si singulier !

          Merci


        • hervepasgrave hervepasgrave 20 juin 2016 10:26

          Bonjour,
          Après la pluie ,il n’y a que du bonheur. C’est radical !
          Que l’on s’abrite,qu’un coin de ciel bleu apparaisse , c’est la joie, le repos de l’âme.Un laps de temps ou tout s’arrête positivement.

          En attendant de meilleurs jours.Une petite blague un peu crasse ou grasse ? « oh ! »
          « Goéland qui s’gratte le gland Signe de mauvais temps. Goéland qui s’gratte le cul F’ra pas beau non plus »


          • C'est Nabum C’est Nabum 20 juin 2016 14:01

            @hervepasgrave

            Après on s’étonne que le bout de l’aile sent


          • Taverne Taverne 20 juin 2016 12:16

            Nabum, regardez cette vidéo musicale sur la chanson « petite pluie » : elle dit exactement la même chose que votre article !


            • C'est Nabum C’est Nabum 20 juin 2016 14:02

              @Taverne

              Merci

              Je la partage
              J’aime beaucoup


            • keiser keiser 20 juin 2016 12:57

              Salut Nabum

              Il faut quand même rendre à César ce qui est à Nougaro.  smiley
              ...

              La pluie fait des claquettes
              Sur le trottoir à minuit
              Parfois, je m’y arrête,
              Je l’admire, j’applaudis
              Je suis son chapeau claque,
              Son queue-de-pie vertical,
              Son sourire de nacre
              Sa pointure de cristal
              ...
              En savoir plus sur http://www.paroles.net/claude-nougaro/paroles-la-pluie-fait-des-claquettes#G8C4iK8mc3DXPZck.99

              • C'est Nabum C’est Nabum 20 juin 2016 14:03

                @keiser

                Je n’ai rien pris

                J’ai écrit flaquettes


              • keiser keiser 20 juin 2016 21:27

                @C’est Nabum

                Et ben comme réponse, je m’attendais à mieux de ta part.


              • C'est Nabum C’est Nabum 21 juin 2016 07:50

                @keiser

                J’aime préciser les choses

                Je ne suis pas toujours à la hauteur du caniveau


              • keiser keiser 21 juin 2016 12:05

                @C’est Nabum

                Là, je ne sais pas si je dois le prendre comme une insulte !? ...
                Surtout que ce n’était pas mon intention initiale.
                Alors si tu l’as mal pris, je te prie de m’en excuser.


              • C'est Nabum C’est Nabum 21 juin 2016 15:17

                @keiser

                Je ne savais que répondre et ma formule est plus que maladroite
                Pardon
                C’est ainsi quand je suis pris dépourvu

                Ce caniveau était dans mon esprit relatif aux flaques d’eau et je me suis rendu compte une fois publié qu’il était ambigu

                Mille et une excuses


              • Raoul-Henri Raoul-Henri 20 juin 2016 12:58

                Ouf ! Merci ; grâce à votre poésie, je vais rester encore un peu par ici.


                • C'est Nabum C’est Nabum 20 juin 2016 14:04

                  @Raoul-Henri

                  Quel honneur

                  Il est vrai que je détonne sans faire d’éclair


                • Drakenless (---.---.217.79) 20 juin 2016 13:59

                  La pluie c’est bien, c’est beau, j’adorais la pluie dans ma jeunesse (ah les caches-caches avec les maitresses pour éviter de devoir rentrer dans le préau de l’enfer sonore...). Maintenant c’est plus embêtant, parce que la pluie avec des lunettes, c’est nul !


                  • C'est Nabum C’est Nabum 20 juin 2016 14:04

                    @Drakenless

                    Un détail

                    Pensez aux essuie-glaces


                  • franc 20 juin 2016 19:54

                    Toujours plein de poésie

                    merci pour cet article

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