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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > Secret story en sarkozy et autres curiosités estivales

Secret story en sarkozy et autres curiosités estivales

Lorsque l’été arrive, l’information se fait légère et comme sur une plage découverte lors d’une grande marée, nous voyons se dessiner d’improbables figures estivales et autres incrustés dans l’écran et crustacés sur les routes, comme par exemple…

Les bouchons. Bison futile nous avait prévenu, du rouge et du noir. Un mélodrame stendhalien sur les routes. Des jeunes journalistes dépêchés en bord d’autoroute pour un point en direct. Le thème des départs en vacance, c’est un peu le bizutage pour les nouveaux entrants dans les boîtes médiatiques. Tout réside dans l’art de ne pas être ridicule et ce samedi 10 juillet, il fallait une bonne dose de professionnalisme pour commenter les bouchons alors qu’en arrière-plan, la caméra livrait les images d’une circulation fluide. Dans les studios parisiens, les animateurs des JT parlaient également des bouchons qui devaient impérativement se produire. C’est là le principe du nouveau journalisme. Les faits doivent coller à ce qui est prévu. Il devait y avoir des tas de morts et une pandémie galopante après le niveau 6 décrété par jument futée à l’OMS. On a vu le résultat. Ce samedi, il devait y avoir 600 kilomètres de bouchons. De temps à autre, je suis allé sur le site officiel des informations routières. A part les dix kilomètres de bouchon au sud de Bordeaux, sur l’autoroute menant au pays basque et à Arcachon, rien à signaler si ce n’est quelques accidents occasionnant des ralentissements. Très peu de rouge, sauf à la sortie de Paris mais beaucoup moins qu’en semaine où toute cette région est chroniquement embouteillée. Enfin, les journalistes ont fait leur travail. Nous sommes persuadés qu’il y a eu des bouchons, même si ce n’est pas vrai et que de surcroît, ça n’a aucune importance pour la majorité des Français.

L’été est propice à la diffusion d’émissions futiles. Depuis quelques semaines, toutes les chaînes diffusent cette nouvelle production du gouvernement, secret story en sarkozie. Dans la maison commune, chacun est filmé et nous devons tous découvrir le secret de chacun des participants. Alain a dépensé plus de 100 000 euros pour un déplacement et s’est fait offrir un permis de construire illégal. Christian, son secret, c’est qu’il fume des havanes à 50 euros la pièce. Liliane, elle a dilapidé sa fortune pour engraisser un gigolo castré se faisant passer pour un artiste. Eric, il s’est fait remettre une enveloppe avec des sous. Nicolas, il s’est fait remettre une enveloppe par Eric et en 1995, il passait les enveloppes à Edouard. Florence, c’est la femme d’Eric, et celle qui gère la fortune de Liliane. Rama, elle a une passion pour les chambres d’hôtel dans les palaces. Bernard, il occupe un emploi fictif au quai d’Orsay. Au stade où en est l’émission, on a découvert les secrets de Florence, de Christian et d’Alain. Ils ont dû sortir du jeu. Bientôt, un juge entrera dans la maison des secrets (de l’enquête préalable) pour deviner quel est le secret d’Eric et ce lundi, ce sera un pic d’audience quand Nicolas fera tout, devant David sur la Deux, pour garder son secret. A suivre…

La France actuelle présente quelques ressemblances avec d’autres époques. Et si on jouait aux devinettes ? Les ressemblances historiques déclinées comme un jeu de mauvais goût. Des comparaisons oiseuses peuvent être utiles pour pourrir l’ambiance de l’apéro au camping tout en passant pour un esprit savant. Il fait beau, les voisins de tente sont attablés sirotant un pastis en lorgnant les coins de ciel bleu dessinés par les branchages des pins. Les martinets tracent d’improbables arabesques dans le ciel où s’invite une volute de fumée laissée indélicatement par un avion de ligne. La brise fend doucement l’air, conférant à ce moment une teinte de sérénité que parfument les lavandes alors que les cirrus se parent de couleurs rosâtres comme pour célébrer le frais rosé servi avec un glaçon et siroté en toute convivialité. Tout ce petit monde est heureux lorsque vous commencez à commenter l’actualité en évoquant l’ambiance délétère puis en vous lançant dans des évocations historiques menée avec l’aisance oratoire d’un Alain Decaux.

La France de 2010 doit accomplir un sursaut républicain a dit François Bayrou. Oui, mais encore faut-il qu’il y ait un esprit républicain. On en est loin et si cette époque ressemble à quelques périodes historiques de notre pays, alors on pourrait les trouver dans la Terreur, la Commune et l’Occupation. Voilà un bel exercice pour utiliser l’histoire dans une quatrième catégorie que Nietzsche n’avait pas prévue, celle de l’Histoire pourrie, l’exacte opposée de l’Histoire grandiose. Une idée bien saugrenue mais qui aurait pu être proposée par Desproges qu’on imagine aisément dans le rôle du type qui vient casser l’ambiance le soir au camping. Il saura conter la Terreur et lire dans le visage de Xavier Bertrand le regard très méchant d’un type rêvant de passer à la guillotine Edwy Plenel et de raser l’Internet. Nadine Morano en Charlotte Corday et Sarkozy en Robespierre maniant le karcher et le croc de boucher. Revenez sur terre. La tragédie revient comme farce disait Marx. Ce n’est qu’un jeu. Comme d’ailleurs ceux qui voient déjà les hordes de banlieusards déferlant sur la capitale pour rééditer la Commune de Paris, pas celle de 1792 mais de 1870. Et l’Occupation ? Eh bien disons que la France est occupée par le monde de la finance et que la république morale et vertueuse a disparu. Montesquieu ne séduit plus que les antiquaires. Place à la décadence. Quelle déprime. Surtout que le lendemain, lorsque l’orage arrive et que le ciel s’assombrit, nos campeurs se rappelleront ces leçons d’histoire à servir au frais avec du rosé et tout d’un coup, finies les vacances. Les âmes sont plongées dans le marasme de cet automne 2010 s’annonçant bien imprévisible. Allez, on ne va pas se laisser abattre. Sers-nous une mousse, Maurice !

Jeunesse déprimée en cet été 2010. Des jurys assassins ont bousillé deux ou trois ans de labeur fournie par des étudiants qui n’ont plus le moral. Les admissions aux concours se font-elles à la tête du client ? La jeunesse qui n’est pas sauvée par la fonction publique aura droit à la voiture balai. Direction l’ANPE puis le RSA à partir de 25 ans. Les futurs retraités devront cotiser plus longtemps mais n’auront pas de travail. Cherchez l’erreur ! Et si c’était ça le secret d’Eric dans secret story en sarkozie. Une mission pourrie et impossible à réaliser sans mettre des millions de Français dans la rue. Et ne comptez pas sur Alain Juppé, il a déjà donné en 1995 et son plaisir, c’est la fête du vin et celle du fleuve.


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5 réactions à cet article    


  • BA 12 juillet 2010 10:54

    Vendredi 9 juillet, Daniel Schneidermann expliquait comment Eric Woerth allait se faire blanchir : le procureur de Nanterre Philippe Courroye et le chef de l’Inspection Générale des Finances Jean Bassères sont à la manœuvre.

    Ils sont nommés par le gouvernement.

    Leur carrière et leur promotion dépendent du gouvernement.

    En clair : Eric Woerth va se faire blanchir par deux hauts-fonctionnaires qui sont sous les ordres du gouvernement.

    1- Philippe Courroye n’a aucune indépendance pour mener l’enquête, d’autant plus que les enregistrements pirates montrent qu’il fait partie des amis de Nicolas Sarkozy.

    2- Jean Bassères n’a lui non plus aucune indépendance pour écrire en quelques jours le rapport complètement pipeau qui « blanchit » Eric Woerth.

    3- Ces deux hauts-fonctionnaires zélés font ce que le gouvernement veut qu’ils fassent : blanchir Eric Woerth, coûte que coûte.

    Lisez cet article écrit le vendredi 9 juillet :

    Courroye et Bassères, enquêteurs indépendants.

    Ecoutez bien, dans les jours et les heures qui viennent, les présentateurs qui vous parleront « du rapport de l’Inspection des Finances », censé apprendre lundi au pays soulagé qu’Eric Woerth, non, quelle surprise, n’a pas donné d’instructions écrites, en trois exemplaires, avec copie carbone et exemplaire aux Archives Nationales, demandant de ne pas contrôler le patrimoine de Liliane Bettencourt.

    Par ailleurs, non, il n’a pas donné non plus d’instruction personnelle de lui rembourser 30 millions, au titre du bouclier fiscal.

    Peut-être, par la même occasion, découvrira-t-on qu’il n’a pas donné de reçu tamponné pour les enveloppes kraft demi-format, ni envoyé de bristol de remerciement après les dîners.

    L’affaire aura donc sérieusement du plomb dans l’aile. Comme dit l’excellent Frédéric Lefevbre : « Tout le monde devra se taire, et certains devront s’excuser publiquement ».

    Ecoutez-les bien : à chaque fois qu’ils évoqueront « le rapport de l’Inspection générale des Finances », ils vous tromperont. Ce n’est pas un rapport de l’IGF, qui va être rendu lundi, mais un rapport personnel de son chef, Jean Bassères, très estimable haut fonctionnaire certainement, mais nommé par son ministre, et dont le sort ultérieur (promotion ou placard) dépend de lui, ainsi que l’explique Le Monde dans un excellent article d’une de ses spécialistes économiques.

    Se faire blanchir par l’administration placée sous ses ordres : si Poutine (au hasard) avait recours à cette grosse ruse, on entend d’ici les ricanements de la presse française.

    En France, on trouve encore des journalistes pour détailler la perfection du système. Meilleure preuve, selon eux : ce haut fonctionnaire a fait une partie de sa carrière sous des ministres de gauche. Imaginez jusqu’où Jean Bassères pousse le trotzkisme : il a dirigé « pendant quelques jours » le cabinet de Laurent Fabius à Bercy. Le seul fait qu’il ait accepté cette mission, dans ces conditions mirobolantes, démontre d’ailleurs assez sa parfaite indépendance : au moins, il ne craint pas les critiques.

    Ainsi blanchi par son efficiente administration, le gouvernement peut aussi compter sur le parquet placé sous ses ordres. Les mêmes, qui parlent de l’enquête de l’IGF, évoquent en général « l’enquête judiciaire » qui se mène à ciel ouvert depuis quelques jours. Il n’y a pas d’enquête judiciaire pour l’instant. Il y a une enquête souverainement dirigée par le procureur Courroye. Avec zèle et efficience, il est vrai.

    Toujours hier, on apprenait que la nouvelle audition, plus favorable à Sarkozy, de Claire Thibout, s’était déroulée selon son avocat « jusqu’après minuit », par des policiers dépêchés toutes affaires cessantes dans sa maison du Gard. Au moins, dans la tourmente, l’Etat fonctionne.

    Daniel Schneidermann.

    http://www.arretsurimages.net/vite-dit.php#8617


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 12 juillet 2010 11:34

      Oui mais Tocqueville n’avait pas la télé, ni Internet !

      Précision en passant, pensez à noter la rubrique dans laquelle ce billet figure

      Bonne journée et bon rosé !


    • Marc.M Marc.M 12 juillet 2010 11:30

       
       

       

       

      La mascarade de pseudo-enquête de l’IGF quant à l’implication de E.Woerth dans la fiscalité de L.Bettencourt est - avec et après les Karachigate, Clearstream et tant d’autres - l’illustration du retour avéré d’une justice à géométrie variable et au cas par cas telle qu’elle était institutionnalisée sous l’Ancien Régime : Selon que vous êtes pauvre ou riche, anonyme ou connu, étranger ou indigène, vous serez coupable avant même d’être suspect, condamné avant d’être jugé et exécuté avec plus ou moins de raffinements de cruauté selon le coté de la barrière de notoriété ou vous êtes nés.

      Toutefois, il y a une petite différence avec l’Ancien Régime : A l’époque (et sans le regretter), il arrivait que quelques nobles et puissants Seigneurs soit condamnés malgré la perversion du système.

      Le Nouvel Ancien Régime de royauté bananière mafieuse du National Sarkozysme exonère les puissants par l’ultra-perversion d’une justice qui exclu même de les juger.

       

       

       


      • asterix asterix 12 juillet 2010 11:39

        La République bananière tourne à plein régime. Bientôt, on glissera sur sa peau.


        • Pyrathome pyralene 12 juillet 2010 19:18

          La pire des corruptions n’est pas celle qui brave les lois, mais celle qui s’en fait à elle-même
          Louis de Bonald

          Le christianisme et l’alcool, les deux plus grands agents de corruption
          Friedrich Nietzsche ( extrait de l’antéchrist...)

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