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Sur un tapis de Lune

Navigateur solitaire

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Les Balades de l’ami Alexis furent un moment délicieux, non pas tant par le nombre de candidats mais bien par le lien qui s’est établi sur la Belle Ritournelle. Entre les explications marinières de notre capitaine et les contes du Bonimenteur, ce fut une joute verbale qui amusa les uns et les autres, y compris les deux protagonistes. Seule ombre au tableau, un vent de panique souffla sur l’embarcation quand un quidam à quai annonça à brûle-pourpoint à l’homme qui tient le macaron, qu’on lui avait volé son auto.

Si le marin d’eau salée passe parfois au vert, c’est qu’il est soudain pris de nausées. Quant au marin d’eau douce, c’est parfois qu’il a trop bu ; ce qui avouons-le n’arrive jamais ou bien qu’il a trop cru, ce qui en l'occurrence était le cas. Son informateur s’était tout bonnement trompé de cale et le temps qu’il découvre sa méprise, nous entendîmes les mouches voler sur la toue bouleversée. La farce reprit alors ses droits et nous trouvâmes dans cette bonne nouvelle, prétexte à boire un nouveau verre à la santé du capitaine.

Sur le bateau, une dame avait fait le déplacement depuis Saint-Cyr-sur-Liure pour écouter mes sornettes. Elle m’acheta même un livre et un disque et je lui fis dédicace sans même reconnaître la kayakiste du pont Saint-Cosme. J’ai dû passer pour un affreux goujat : je la prie de m’en excuser mais j’ai souvent cette incapacité à reconnaître les gens quand on change de contexte. J’espère qu’elle ne m’en tiendra pas rigueur et qu’elle continuera de guider les canoéistes en mal de conseil.

Puis c’est vers sa demeure que notre ami nous conduisit afin que nous partagions sa table en compagnie de famille et amies. Manger des sardines permit de couper court aux histoires de Loire : nous changions d’univers, ce qui ne manqua pas de sel. Nous étions devant une église au joli caquetoir en pierre dont la principale particularité, jusqu’à peu, était ce vieux chêne vénérable dont la base se trouve dans l’église avant que de sortir à l’air libre pour tendre ses branches vers le Seigneur. Mais depuis quelque temps, pour les nombreux cyclistes qui sillonnent la région, des toilettes publiques ont été installées au bout du caquetoir et je vous avoue n’avoir jamais vu endroit si luxueux et rustique. Ça vaut le détour !

L’endroit est à l’écart de tout et, pour la première fois, je ne pouvais rejoindre le monde virtuel. L'absence de réseau me contraignit à priver de mes nouvelles ceux qui attendent le billet du matin. J’en étais marri : preuve que je suis pris par cette étrange assuétude tout autant que ceux-là. Ce silence de quelques heures sera vite oublié ; le pays continuera de tourner en bourrique et le père François demeurera sourd à la colère de ses ouailles !

La Loire m'accueille à nouveau, toujours en solitaire. Georges en effet n'est pas rétabli : il ne parvient toujours pas à se remettre de son plongeon. Le rythme de vie que nous menons ne lui permettant guère de se refaire une santé. Il faut garder patience. Je vais donc seul sur la rivière, toujours aussi grosse, toujours aussi vaste. Est-ce sa largeur exceptionnelle qui me joue des tours ? j’ai une hallucination.

Je regarde la Lune, admiratif comme toujours devant notre satellite quand soudain, un petit blanc point semble s’en détacher … Je sursaute avant que de comprendre que c’est un effet d’optique et qu’un coton voletant de peuplier vient de sortir de son cadre sélène. Il se pose délicatement sur l’eau, rejoint ce tapis blanc qui se déroule à mon passage. Voici que je vogue sur un fragment de Lune : pas surprenant que je n’aie plus les pieds sur terre !

Le soleil est revenu ; il frappe fort, l’animal ! Je cherche l’ombre de la rive sud. J’avance au plus près de tous ces arbres qui me protègent alors qu’ils ont les pieds dans l’eau. Parfois je dois baisser la tête pour éviter une branche plus basse. C’est un jeu qui me distrait. Je suis bien, j’écris dans ma tête. Quel bonheur ! Ce voyage ressemble de plus en plus à un pèlerinage : un hommage à ma dame Liger que tant je chéris.

J’arrive à La-Chapelle-sur-Loire pour une petite pause casse-croûte où je retrouve Georges. Les mariniers que nous pensions sur leur chantier sont à un repas d’une amicale. Nous préférons ne pas les importuner. C’est alors que leur président, Jacky, s'en vient par là. Il a passé une semaine à Bordeaux et avant que se rendre à son gueuleton, son premier souci est de jeter un coup d’œil à la rivière et à ses bateaux. Voilà typiquement attitude ligérienne.

Je reprends mon périple non sans avoir une pensée pour ce village qui, le 4 juin 1856 a vu la digue se rompre sous les coups forcenés d’une Loire en furie. Le village fut coupé en deux, cinquante maisons furent détruites, quatre-vingt endommagées et il se murmure ici qu’une femme, veuve la semaine précédente, eut la vie sauve en s’accrochant à un cercueil qui flottait là et qui n’était autre que celui de son mari. Vérité ou bien fable, qu’importe ; l’imaginaire montre ici la crainte qu’inspiraient les crues de cette période-là.

Je dois m’arrêter à Chouzé où je suis attendu pour une veillée contée organisée à l’initiative de mes amis du gîte « Flottille de Loire ». Je cherche toujours l’ombre et, un peu hardiment, reste sur la rive sud alors que ce charmant et si typique village marinier se trouve de l’autre côté. Bien mal m’en prend car avec le jeu des îles, je passe sans le voir, devant le port qui se prépare à la fête !

Il faut dire que j’avais été distrait par un petit incident amusant. Un naturiste en pleine nature, profitant du ciel azur, désirait donner agréable teinture à sa belle mâture. L’homme, effarouché à mon approche, craignant sans doute que je regardasse d’un peu trop prêt sa devanture, la dissimula sous une parure de bain. De quelle mésaventure avait-il peur ? Je poursuivis mon aventure sans un regard pour cet homme très mature.

Sans doute, trop pressé de retrouver ma douce et tendre Diane de Méridor, je fis halte devant le château de son mari : le comte de Montsoreau. Fort heureusement, mon cher Georges avait anticipé ma fugue et était venu à ma recherche en cet endroit. Je laissai l’Amarante, ce grand bateau étrange, filer vers d’autres aventures pour regagner, par la route, mon but initial. Mon canoë bien attaché à un anneau devant la belle toue cabanée « l’Etoile qui rit ! » de l’ami Denis Rétiveau.

Belle soirée les terriens

Sélènement vôtre

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2 réactions à cet article    


  • Annie Versaire (---.---.192.70) 30 mai 2016 15:36

    Votre histoire de rencontre avec ce naturiste est une réponse cinglante à ceux qui traitent les naturistes d’exhibitionnistes : bien loin de s’exhiber, celui-ci se cache à votre arrivée (alors que vu la façon dont vous le racontez, sa nudité ne vous gênait probablement pas du tout). Les naturistes cherchent seulement à être tranquilles, et c’est une honte qu’on risque des ennuis, ou même des insultes ou être matée, du simple fait d’être nu. Est-ce un crime ?

    La nudité devrait être autorisée, pleinement autorisée et pas simplement tolérée, quitte à définir certains endroits où elle serait interdite, afin de contenter ceux qui non seulement ne veulent pas être nus (c’est leur droit le plus strict) ; mais entendent aussi interdire aux autres de l’être (et c’est là que c’est abusif). Ils iraient dans des plages où la nudité serait interdite (et du coup les seins nus aussi), et ailleurs, les gens seraient libres.


    • C'est Nabum C’est Nabum 30 mai 2016 21:42

      @Annie Versaire

      VOus lisez mon billet par le petit bout de la lorgnette

      Je n’ai pas jugé, je me suis amusé de son attitude et j’ai joué de quelques mots naturellement

      Je ne commenterai pas un sujet qui ne me concerne pas, chacun étant libre de son corps surtout en pleine nature

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