• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Un bon petit café

De la chaussette à l’odieuse capsule.

Je me souviens de cette odeur de café qui accompagnait mon réveil. Il y avait dans toute la maison des fragrances de ces graines qui étaient broyées dans le vieux moulin de grand-mère. De l’eau, dans une bouilloire, chauffait sur la cuisinière à charbon. Puis le café passait dans la cafetière émaillée. Dans mon souvenir, elle était bleue, un peu ébréchée comme il se doit. J’étais trop jeune pour avoir droit à une tasse, je devais me contenter d’un café au lait avant que je découvre que c’était là mon pire ennemi …

Le progrès a fait son entrée avec l’intrusion du moulin électrique et les premiers désamours se firent jour. Les grains étaient finement moulus : il n’y avait pas de doute là-dessus. Mais il n'exhalaient plus les mêmes effluves. La poudre avait je ne sais quoi de brûlé qui ne permettait plus de profiter de la même qualité. J’ai longtemps gardé le moulin à manivelle, par nostalgie sans doute, par fidélité également le préférant à cette effroyable machine qui avait le don de réveiller en sursaut toute la maisonnée.

Je ne me souviens plus de l'apparition de la cafetière italienne. Elle avait dû surgir au détour d’une fête des mères ; mon pauvre père n’avait jamais eu le cadeau très heureux mais ce jour-là , il fut mieux inspiré qu'à l'accoutumée . Elle égayait le réveil de son sifflet aigu, ce marqueur magnifique de la tâche accomplie. Il y avait bien quelques loupés, des débordements intempestifs et des fermetures incertaines du filtre métallique. Mais c’est elle qui faisait sans doute le meilleur des cafés que je bus chez nous.

Puis l’insipide cafetière électrique sonna le glas des jus de chaussettes artisanaux, le filtre en papier s’installant durablement dans le placard au-dessus de l’évier. Le modernisme s’imposait chez nous avec cet appareil sans âme et sans talent. Dans le même temps, surgissait alors à la maison un appareil qui resta très longtemps confidentiel avant de devenir plus de quarante ans plus tard la vedette incontestable des cuisines aménagées et équipées : le fumeux Thermomix.

Il me fallut voler de mes propres ailes pour découvrir ou redécouvrir des cafés plus aimables. Les cafetières à boule ou à piston réjouirent mes années d’errance. Le moulin tournait, affirmant sans fard mon refus de l’électrisation à outrance. J’allais chercher le lait à la ferme chez des fermiers d’un autre temps, vivant dans une masure en bord de Loire. Ils avaient un cœur en or et un petit blanc de Touraine qu’ils ne manquaient jamais de m’offrir.

Les enfants arrivant, la cafetière électrique symbolisa pour moi aussi le retour dans le rang. C’est sans doute à cette époque que je devins un de ces consommateurs sans exigence de cette merveilleuse boisson. Je me contentais du médiocre, je le buvais mécaniquement, par habitude, à la maison comme au travail. Ce fut encore l’époque du renoncement au sucre : une manière de se démarquer à l’époque d’une génération précédente qui avait la main lourde sur la petite pierre blanche.

Le paquet de café sous vide sonna le glas des grains. Seuls les véritables amateurs allaient chez les nombreux torréfacteurs de notre bonne ville. J’étais, à ma grande honte, un buveur ordinaire d’un café sans parfum, sans goût et sans rituel. Je ne serais pas pour autant une éventuelle proie, devenant, un jour prochain, la cible des vendeurs d’illusion en capsule ! J’échappai ainsi à la plus belle arnaque de notre époque pourtant très riche en ce domaine.

Je devins, une longue période durant, consommateur debout derrière le comptoir, d’un café tiré d’un percolateur incertain. J’ai tout bu et tout vu dans ce domaine. Les prix exorbitants, les tasses incertaines, les bouis-bouis miteux, les tenanciers pittoresques, les clients impayables. J’avais besoin de ce rituel ; je partais plus tôt pour goûter à ce plaisir particulièrement masculin en cette époque lointaine. Les cafés étaient souvent médiocres, l’ambiance enfumée et les conversations au ras des pâquerettes. Il faut bien que jeunesse se passe !

De tous les cafés ingurgités bien plus que dégustés, je ne garde véritablement en mémoire que ce café turc que nous fit, le temps d’une semaine d’escapade de fin d’année scolaire, un élève lors de ma deuxième année d’enseignement. Cela remonte à si loin et pourtant je revois encore le garçon, fier et noble, heureux de nous démontrer son savoir-faire. Il mettait tant de soin et de minutie à sa préparation que nous, ses maîtres, en étions admiratifs et reconnaissants. Jamais,ô grand jamais, je n’ai retrouvé ce plaisir gustatif.

Je tournai le dos au café et je fis bien car arrivait la rengaine du train de Colombie et les capsules de la secte caféière. J’eus une seule fois à pénétrer dans l’un de ces temples du commerce raffiné et maniéré. Tous les vendeurs sur leur trente-et-un, affublés d’un sourire de publicité dentifrice, le tutoiement de circonstance et les viennoiseries offertes aux acheteurs des précieux lingots multicolores. Je fuis à jamais ce temple de la grimace et du consumérisme factice.

Le café entrait alors dans une étrange danse. D’un côté les tenants de la dépense ostentatoire, s’offrant le tour du monde et des saveurs par le truchement de la petite dose enfermée dans le métal et de l’autre, les alter-mondialistes qui se donnaient bonne conscience en achetant un café équitable. D’un côté comme de l’autre, j’ai le sentiment que la duperie était la reine de la farce. La planète étant, à coup sûr, la grande perdante d’un commerce qui m’a toujours laissé sur ma faim.

C’est alors que me reviennent en mémoire les jumeaux de la chicorée : cette grande perdante, atomisée par le matraquage publicitaire de la petite graine à fabriquer des fortunes sur le dos des pauvres producteurs exotiques. La racine du bien et du local en somme qu’il conviendrait de remettre à l’honneur quand la sagesse reprendra le dessus sur une table de petit-déjeuner qui a, en un siècle, pris la fâcheuse habitude de proposer le grand n’importe quoi pourvu que ce soit issu de la grande industrie agro-alimentaire.

Petitnoirement vôtre.

36.gif

 

Jus de chaussette

C’était pendant la guerre de 1870. L’intendance n’arrivait pas toujours à suivre la troupe. Pour le café du matin, les soldats devaient se débrouiller. Le système D s’imposa à eux. Le café en grains était versé dans une bassine en fer, les soldats l’écrasaient avec la crosse du fusil. Ils faisaient bouillir de l’eau dans une marmite, jetaient le café ainsi sommairement moulu, arrêtaient la cuisson. Pour le boire, ils le filtraient dans une chaussette.

 


Moyenne des avis sur cet article :  4.8/5   (10 votes)




Réagissez à l'article

19 réactions à cet article    


  • juluch juluch 30 juillet 2016 10:51

    Le café !!


    Comme vous j’en suis amateur et pas avec de la merde.

    L’idéal est en grains que l’ont moud sois même....l’odeur du café moulu putain !! 
     smiley

    J’ai bu des café de toute sorte : nescafé à l’armé sur le terrain (berk !), cafetière électrique (faut bien doser), en capsule façon Nespresso qui dans son domaine et le top (cher !)

    je me souviens d’un caoua bu en perm’ lors d’un Vigipirate sur les Champs Elysées....5 € !!

    On a faillit partir sans payer ! Prendre les gens pour des cons les parigots !

    Je crois avoir essayai toute les marques de supermarchés et peut on eu grâce à mes yeux.

    Boire le café mais sans sucre pour ne pas altérer le gout. Par contre trop de café nuit au palpitant....

    J’ai chez moi dans l’Hérault dans le petit village encore de ces moulins à café à manivelle....beaucoup de souvenirs d’enfance.

    Merci Nabum pour le partage caféiné !

    • C'est Nabum C’est Nabum 30 juillet 2016 10:55

      @juluch

      Merci pour ce récit
      Vous savez combien j’aime ces partages

      Sans sucre, je déguste
      Belle journée à vous


    • tonimarus45 30 juillet 2016 18:41

      @juluch--- bonjour—Un habitant de l’herault(a cote de beziers) et qui posssede aussi plusieurs moulins a cafe(peugeots entre autre) dont un sert en particulier a moudre le poivre en grain, vous salue


    • sarcastelle sarcastelle 30 juillet 2016 12:39

      C’est rigolo de voir des gens payer leurs capsules à un prix stupéfiant. 

      Si on ironise, ils répondent depuis leurs grand chevaux : « de toute façon ça reste moins cher qu’au bistrot ! »
      Moi je ne paie même pas l’eau. Pour un meilleur café je remplis des bonbonnes à la rivière chaque fois que croise la Loire. 

      • C'est Nabum C’est Nabum 30 juillet 2016 14:12

        @sarcastelle

        Quel bonheur !

        Quelle est cette rivière ?

        cadeau :

        Eun’ goutte d’jus
        Tous les jours les femmes dins les corons
        chacun lu tour s’invitent à lu mason
        A pein’ qué s’n homme i-a torné l’coin dé l’rue
        in vot Simone un bot eun’ goutte d’jus
        ed’pus aïer i’n’n’a à s’raconté
        et ch’est bin miux in buvant sin café
        Philomèn’ quoiqu’all’ prind dins sin nez
        L’seul’ femm’ dé l’ru’ qu’all’ va à ch’ cabaret
        Refrain :
        Allez viens donc boire eun’ goutte d’jus
        Eun’ goutte d’jus Eun’ goutte d’jus
        Pourfit’ qui n’est ’cor su l’fu
        Viens boire eun’ goutte d’jus
        Qué d’s escuss’s pou faire eun’ tiot’ parlote
        J’n’a pus d’thym i m’minque eune échalotte
        Hûreus’mint qu’dins chaqu’ mason dé l’rue
        el’ caf’tière alle est toudis su l’fu
        cha réconforte d’avoir eun’ bonn’ voisine
        Qu’ cha sot Frinçoise Suzanne o bin Pauline
        Allez Nelly arvers’s me z’in eun’ tasse
        Intique eun’ tasse et n’t’occupes pon de ch’ti qui passe
        au Refrain
        Dé l’chirloute par chi té nj’d’in bos pas
        T’ kêts su t’cul quind té bos ch’café là
        Pis l’café comm’ dit Marie-Toutoule
        Ch’est meilleu aveuc eun’ tiote bistoulle
        L’café d’ichi té l’bos fauque à chuchette
        Hmmm ch’est du bon ch’est point du jus d’cauchette
        All’z’ont du faire un stage à l’Brésil
        Car lu café ch’est pas dé l’camomille
        au Refrain

      • chantecler chantecler 30 juillet 2016 14:25

        Alors là Nabum , si tu me cherches !!!!!
         smiley
        https://www.youtube.com/watch?v=21cualvxgSY
        Cdt.


        • C'est Nabum C’est Nabum 31 juillet 2016 06:52

          @chantecler

          Je ne peux rivaliser

          Ma biroute est trop petite

          https://www.youtube.com/watch?v=TFwIWjDhVfc


        • chantecler chantecler 31 juillet 2016 08:32

          @C’est Nabum
          T’es pas le seul !
          Mais dis moi : elle est de taille normale tout de même ?
           smiley


        • C'est Nabum C’est Nabum 31 juillet 2016 09:18

          @chantecler

          Mes admiratrices s’en satisfont


        • chantecler chantecler 31 juillet 2016 13:33

          @C’est Nabum
          Ben , c’est le principal !


        • C'est Nabum C’est Nabum 31 juillet 2016 15:59

          @chantecler

          Elles ne sont pas difficiles
          C’est heureux


        • Raymundo007 Raymundo007 31 juillet 2016 03:49

          Vous ne vous rendez pas compte à quel point nous avons des points communs. Si cela se trouve, nous nous connaissons.
          Je ne plaisante pas.
          Connaissez-vous l’école de la Pomme de Pin à Saint jean de Braye ?


          • C'est Nabum C’est Nabum 31 juillet 2016 06:53

            @Raymundo007

            Elle n’est pas loin de chez moi et j’ai eu des amis qui y ont enseigné ...

            Incroyable

            Cadeau
            https://www.youtube.com/watch?v=TFwIWjDhVfc


          • Raymundo007 Raymundo007 2 août 2016 04:36

            @C’est Nabum
            Je suis né impasse Émile, chez ma grand mère. Vous n’avez pas une page facebook ? On pourrait être amis. Ce serait sympa.


          • C'est Nabum C’est Nabum 2 août 2016 07:59

            @Raymundo007

            C’est Nabum, le Bonimenteur de Loire pour vous servir sur FB

            Ils me refusent le droit de m’appeler C’est Nabum sur ma page personnel,une hérésie


          • sls0 sls0 31 juillet 2016 18:53

            Mabum allez donc en Ethiopie, c’est une cérémonie le café.
            Le café est vert, il est torréfié dans un tube avec une manivelle sur la braise, ensuite le pilon et enfin le café. C’est tout sauf un expresso, ça prend du temps propice à la méditation.
            J’adore l’odeur du café mais je n’arrive pas à l’avaler.

            Mes parents allaient une fois pas semaine en ville pour leur mélange de robusta et d’arabica, il ne fallait pas leur parler de café en poudre, en grain c’était une semaine max.

            Pour vos doutes au sujet de l’équitable, à coté de chez moi dans la sierra à Los Cacaos, ça multiplié par deux ou trois leur niveau de vie.

            Dans le nord de la France j’ai connu un vrai chercheur de café comme dans la pub, il vendait son café par correspondance. Mon dealer en blue montain pour mes parents.


            • C'est Nabum C’est Nabum 31 juillet 2016 20:20

              @sls0

              L’Éthiopie c’est un peu loin pour moi
              Le NOrd fera l’affaire

              Si l’équitable fonctionne c’est tant mieux, j’ai fait ce choix même si parfois j’ai un doute

              Merci


            • sls0 sls0 1er août 2016 18:34

              @C’est Nabum
              Je suis aussi originaire du nord de la France mais j’aime bouger voir autre chose. Je n’aurais jamais dû lire Bob Morane étant jeune, bonne influence au niveau morale et justice mais le coté baladeur fait bouger. Mon père disait toujours ne rêves pas, fais en une réalité.
              Pour l’équitable je ne peux témoigner que de ce que j’ai vu, pour le café dans la région c’est positif. J’ai aussi vu dans les bateys, vivement le sucre équitable, le sucre c’est des grandes surfaces, c’est du financier. Dans l’ensemble le pays a misé sur le bio, ils vendent 3 fois plus cher et les exploitations garde une dimension humaine.


            • C'est Nabum C’est Nabum 1er août 2016 21:10

              @sls0

              Le sucre équitable met une canne dans les roues des betteraviers

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires