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Accueil du site > Culture & Loisirs > Mode & tendances > The September Issue ou les Moeurs de ce siècle

The September Issue ou les Moeurs de ce siècle

Bravant la nuit et le froid, je me suis rendue à l’une des dernière séance de September Issue, dans le tout nouveau (tout beau, quoique pas entièrement achevé) cinéma ABC de Toulouse. Au bout de la rue, je pouvais voir briller les étages illuminés du clocher de Saint-Sernin, mais c’est à une tout autre architecture que j’allais m’intéresser ce soir. Des buildings, des centaines d’étage, des ascenseurs, des baies vitrées. J’allais voir New York ! La ville de Time Square, la ville de la liberté, où les carrières professionnelles s’élèvent vers l’infini à l’image des gratte ciels qui les abritent. Et dans la cinquième avenue, toujours des filles à talons, portant sur leur dos l’équivalent d’un petit appartement toulousain. Car oui, non seulement il allait s’agir de New York, mais il serait également question de mode ! Sex and the City nous voila ! immédiatement, on pense à Carrie et ses insupportables enthousiasmes pour tout ce qui est chic et cher, les Manolo Blahnik, les Jimmy Choo. Mais Carrie, pauvre petite fashion victime, tu n’es que le jouet de décisions qui t’échappent. Et moi, pauvre petite rédactrice que je suis, je n’ai pas plus la main sur mes habits, qui sont certes en bas de l’échelle mais pourtant tout aussi dépendant de la grande décideuse de la mode. Son nom : Anna Wintour. Elle est rédactrice en chef de Vogue. En fait c’est elle qui était déjà au coeur du "Diable s’habille en Prada". Meryl Streep c’était elle. Mais le documentaire est mille fois meilleur que le film. Parce que cette fois il n’y a pas qu’elle au centre du monde. Il y a aussi Grace Coddington. Une femme qui se résumerait presque à ses cheveux, de longs cheveux roux, même pas lissés, ou bouclés, ou coiffés. Juste brossés comme ça, comme on fait quand on est petite. Et elle se promène dans les couloirs, souvent vêtue de noir, avec ses cheveux roux, ses chaussures épaisses et plates, comme une petite note d’indépendance, quand tous les bureaux de Vogue bruissent de femmes parfaitement coiffées, sur talons aiguilles, oeuvrant devant des petits ordinateurs aux différents articles.

Donc le sujet du film, c’est la sortie du numéro de Septembre de Vogue. Un numéro crucial ("September is the january of fashion" explique une fille de Vogue) ; c’est là que se décide ce qui est in (ou out), ce qu’il faudra porter, ce qu’il faudra arrêter de porter, et ce qu’il faudra acheter surtout. Voilà pourquoi l’ambiance autour d’Anna Wintour est électrique. Les couturiers montrent leur collection avec empressement, surveillant d’un air inquiet ses moindres réactions. Tentant par quelques phrases qui traduisent mieux que tout leur anxiété, de présenter au mieux leur collection (à voir pour Jean-Paul Gautier, qui s’excuse de n’être pas encore tout à fait près, un autre encore qui s’excuse de n’avoir pas fait plus de couleurs : l’hiver j’aime moins les couleurs, explique-t-il un peu penaud) Car Anna n’aime pas le noir. Souvent dans le documentaire elle porte des robes à motifs. Car, elle aime les motifs bien nets. Sa coupe de cheveux est bien nette elle aussi. En fait je n’ai jamais vu une coupe aussi raide et géométrique. Voilà pour Anna.

De l’autre côté il y a Grace. En haut de la hiérarchie pour faire les photos du futur numéro, pour choisir les vêtements shootés pour l’occasion, mais pas tout à fait en haut quand même. Elle ne choisit pas ce qui va rester dans le numéro. Alors le reportage la montre, se rendant régulièrement dans la salle où sont aimantées toutes les petites pages de la maquette du futur numéro, surveillant ce qui a été enlevé par Anna. On apprend que Grace était d’abord mannequin pour Vogue en Angleterre, avant de cesser de poser suite à un accident, puis de monter pas à pas la hiérarchie du magazine. La documentaire nous la présente comme à l’origine de nombreuses photos mises en scène avec un grand génie. Elle aime le flou, dit-elle. De fait l’univers qu’elle crée dans ses clichés rappelle étonnamment certaines photos d’Annie Leibovitz, qui travaille beaucoup justement pour Vogue. On se demande à la vue du reportage, quelle est la part du photographe et celui de Grace. Elle choisit les vêtements, pense les décors, suggère les poses du mannequin. le documentaire suit notamment une très belle série, que l’on peut encore voir en suivant ce lien, et qui donnera une idée de l’univers de Grace.
www.style.com/vogue/voguedaily/2009/08/grace-coddington/0907-vo-we01401/


Les deux principaux personnages sont donc deux caractères antagonistes, se détestant fortement, mais travaillant semble-t-il avec succès. De fait le documentaire semble illustrer le cliché selon lequel seuls les droits, les nets, les carrés peuvent être à la place de décideur, tandis que les rêveurs restent au second plan, apportant leur génie artistique, leur faculté romantique, leur propre monde en pâture aux décideurs. Anna dit qu’elle arrêtera de faire ce métier le jour où elle sera trop agacée, trop énervée par les autres. Grace trouve que le magazine montre trop la perfection, et elle appelle expressément les photoshopeurs pour qu’ils laissent à l’image un ventre pas assez musclé au goût d’Anna.

Quelle serait votre place si vous travailliez dans le beau building de Vogue ? Vous seriez, un hédoniste ? tel ce conseiller d’Anna, un géant noir et efféminé qui va faire du tennis avec sa mallette Vuitton et qui dit avoir faim de beauté ?
Vous seriez l’éternel girouette, tel cet autre personnage qui attend toujours qu’Anna ait parlé pour émettre son avis, ne voulant fâcher personne, mentant toujours avec enthousiasme et s’évertuant à n’être responsable de rien ?
Vous seriez le décideur, décider, décider, décider (c’est mon point fort, dit Anna Wintour), les choses claires et nettes, les couleurs vives, les stars en couverture pour vendre ?
Vous seriez Grace, hésiter, hésiter, hésiter, des mondes romantiques, de la fumée ?

Le monde de la mode, est tellement ouvertement futile, l’absurdité de ces préoccupations est tellement évidente, qu’il nous ramène sans effort à toutes les autres activités qui nous semblent à première vue beaucoup plus utiles, nous entraînant à chercher à la maison ou au bureau ces types décrits dans le film. Retrouvez les ces Caractères, cherchez autour de vous, regardez-vous, vous connaissez quelqu’un qui déteste le noir et porte des coupes symétriques ? hum, hum, et comment se comporte-t-il ? Et ceux qui ont les cheveux détachés et brossés ? C’est un peu l’ultime ironie du documentaire. La mode est chose bien futile et pourtant il semble bien que le style fasse l’homme.



Pour plus d’infos :
La bande annonce du film sur You tube :
www.youtube.com/watch
Une Interview de Grace, qui se déclare surprise par sa place importante dans le documentaire :
www.style.com/vogue/voguedaily/2009/08/grace-coddington/


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Toulousaine


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