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Angoisse : dans un an, “Mai 2008”...

Préparons-nous dès aujourd’hui à subir l’atroce « fête » que donnera notre société hyper festive, dans un an, à l’occasion de l’anniversaire de « Mai-68 »... Allez, on prend son souffle, on fait entrer de l’air dans ses poumons... La société hyper festive aura raison de nous...

Qu’on se le dise dans les chaumières : le mois de mai 2008 sera peut-être un peu difficile à supporter. En effet, nous fêterons alors - dans une liesse médiatique qu’il faut craindre - les quarante ans des événements anarcho-festifs de 1968.

D’abord les médias donneront à cet anniversaire un écho démesuré. Le Figaro titrera peut-être : « Génération 68 : pour un droit d’inventaire. » Si Libé est toujours en kiosque (espérons-le !), il nous gratifiera de la photo géante d’une jolie militante trotsko, aux allures baba, avec le titre « 68, année érotique ». L’Huma osera certainement quelque chose dans le genre « 68-08 : la lutte continue ». Plus prudente La Tribune titrera sobrement : « Sarkozy revient de Chine avec une commande ferme pour 300 Airbus.  »

Les médias audiovisuels en feront des tonnes et des tonnes : on sera saturé de ces délicieuses images d’actualité en noir et blanc, siglées INA. On rendra le culte aux idoles en invitant sur les plateaux de télé les anciens combattants de cette drôle de guerre... Oh ! ce seront des moments de télévision émouvants, efficaces, et d’un pouvoir de nostalgie évident. Ils diront que leur "avant" était meilleur que notre "aujourd’hui", qu’on aurait dû les écouter et changer le monde, que leur génération avait tout compris à la vie et que Mitterrand a brisé les illusions de la gauche. Alors on les écoutera béatement, en se disant que nos parents, et grands-parents, sont en train de tristement entrer dans l’Histoire.

Daniel Cohn-Bendit, toujours aussi frais et séducteur, en veste de velours côtelée verte, dira dans l’émission spéciale que France 2 consacrera à la question, que ça avait été pour lui une bonne blague, et même peut-être que « Mai » avait été la période de sa vie où il avait le plus baisé, des commentaires dans ce genre, mêlées d’attaques politiciennes perfides contre le président Sarkozy. Il dira des phrases comme « M. Drucker, mais comment voulez-vous que nos petits Français aient, de nos jours, le sens du rêve et de l’utopie ? Comment voulez-vous que les jeunes se passionnent pour la politique  ? Pour eux, c’est quoi la politique ? Un petit bonhomme qui prend un Airbus pour aller en Chine, et en vendre trois cents autres... (rires dans la salle et sourire complice de Michel Drucker). Alors que ma génération avait le sens des illusions... »

Si tout se passe bien, la réalisatrice Josée Dayan tournera un téléfilm en trois parties pour France 3, sur les événements de mai vus à travers le prisme de plusieurs milieux sociaux. Elle appellera ça « 68 et des poussières », par exemple. Ce sera : « Mai » au lycée Louis Le Grand, « Mai » à l’usine Renault de Boulogne-Billancourt avec Sartre (joué par Lorant Deutsch) sur un tonneau, et « Mai » côté gaullien, avec Philippe Torreton en talonnettes dans le rôle du Général de Gaulle. Ce sera pro. Un peu chiant, un peu vulgaire, mais pro. Il y aura de l’action, des scènes filmées « caméra à l’épaule » de manifs, soulignant la « brutalité policière » (qui n’a pourtant tué personne...), et puis certainement une histoire d’amour transversale et émouvante entre un ouvrier maghrébin en lutte syndicale dans son usine et une petite minette en pull-over cachemire de chez Louis-Le-Grand. Péripétie sentimentale qui facilitera de beaucoup la narration de ce film. Il obtiendra quatre « T » dans Télérama, avec l’approbation « Chrétien media », et ce commentaire élogieux mais banal : «  Josée Dayan nous fait toucher du doigt la grande Histoire, à travers la petite. Toute la beauté lyrique de Mai est rendue avec vigueur et retenue. »


On fera des grandes fêtes populaires dans les rues pour commémorer l’anniversaire des émeutes de Mai. On organisera des débats, des concerts, des cafés philo, des soirées à thèmes dans des clubs branchés, des bals costumés, des partouzes... Ce sera une année faste pour le monde de l’édition. Tout le monde sortira son bouquin sur Mai-68 : historiens, essayistes, journalistes. Et ils passeront dans des émissions littéraires divertissantes, pour faire leur promotion, et dire en substance que c’était chouette Mai-68, qu’on avait bien rigolé, et qu’on avait fait une vraie petite révolution. Comme des grands. Comme la Russie et la Chine. Évidemment, quelques trublions tenteront de troubler la fête, mais on les traitera partout de fascistes, de révisionnistes, et d’adorateurs de Satan. Par exemple Dantec pondra un petit pamphlet sur la question. Houellebecq aussi commettra un petit bouquin de ce genre. P-A Taguieff écrira une somme, lourdement documentée, de 600 pages, dans laquelle il démontera avec intelligence et perspicacité les mécanismes idéologiques des groupuscules d’extrême gauche qui ont animé le mouvement de « Mai », et qui ont progressivement viré à l’antisémitisme dans la fascination politico-religieuse du tiers-monde.

La Ville de Paris, dont la « mairesse » sera alors la très charmante Clémentine Autain, rendra des hommages nombreux et tapageurs à l’esprit de « Mai-68 ». L’avenue Montaigne sera rebaptisée « avenue Pierre-Bourdieu », la place de la Nation deviendra « place de la Révolution-de-Mai », la voie rapide Georges-Pompidou deviendra un « espace civilisé » Manu-Chao, et la prison de la Santé deviendra « centre semi-ouvert de rééducation à la citoyenneté Michel-Foucault ». Pour l’occasion on repeindra durablement la tour Eiffel en rose, et on l’appellera Tour « Mon-Plaisir ».

Tout cela arrivera, d’une manière ou d’une autre.

Souvenons-nous de la commémoration du bicentenaire de la Révolution française en 1989... La gauche de l’époque se voyait héritière des sans-culottes de 1789 et des communards. La dialectique politique sera certainement comparable en mai 2008 : les grands partis de gauche essaieront de nous faire croire que toutes les révolutions se valent, du moment qu’on les « commémore ». Une question me taraude cependant, et je suis plein d’angoisse : quand va-t-on enfin cesser de faire de la politique sur le dos de l’Histoire ? Devons-nous craindre mai 2008  ?

Pour certains Français, le printemps 2008 sera une belle saison pour mourir...

Mots-clés

Politique

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    Par (xxx.xxx.xxx.8) 24 juillet 2007 15:16

    Y’en un quand même un qui peut le féter, c’est notre président : fils d’immigré et à la tête q’une famille recomposé !!! Impossible avant 68 !

    Quant à tout ceux qui se demandent quelles ont pu être les avancées, un petit extrait :

    "Le bilan de Mai 68, c’est d’abord tout un ensemble de conquêtes sociales qui ont modifié la condition ouvrière dans notre pays : mensualisation des salaires, reconnaissance de la section syndicale d’entreprise, augmentation de 35% du SMIG et de 10% des salaires, création du Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance, accords contractuels sur la formation permanente, l’indemnisation totale du chômage... Loin de provoquer la catastrophe économique que prédisaient une certaine droite et un certain patronat, cette injection de pouvoir d’achat supplémentaire a nourri une croissance exceptionnelle - 5,4% par an ! - jusqu’en1975, au prix, il est vrai, d’une évaluation du franc en 1969. C’est ensuite une série de conquêtes juridiques et politiques, libéralisant les rapports entre les sexes, les générations, les gouvernants et les gouvernés : liberté de la contraception et de l’avortement, autorité parentale conjointe sur les enfants, possibilité pour les femmes d’ouvrir un compte en banque sans autorisation préalable du mari, droit à l’égalité professionnelle entre hommes et femmes : en 1968, seules 44% des femmes de 25 à 54 ans étaient au travail, contre 80% aujourd’hui. A quoi s’ajoutent un début de décaporalisation de l’ORTF, la reconnaissance des droits des homosexuels, la prise en compte des cultures régionales, le droit de vote à 18 ans, la loi Edgar Faure de démocratisation de l’Université..."

    Une dernière chose, au risque de choquer les plus nombrilistes d’entre nous, ne pas oublier que mai 68 a eu lieu ailleurs :

    L’année 1968 est marquée par une série de révoltes principalement étudiantes un peu partout sur la planète.

    Février : début du « Printemps de Prague » en Tchécoslovaquie. Février : occupation de l’université de Rome en Italie par les étudiants. La police intervient pour évacuer les locaux et les étudiants décident d’aller occuper la faculté d’architecture, isolée dans la villa Borghèse. La police charge et des affrontements violents se déroulent (« bataille de Valle Giulia »). Le mouvement étudiant commence à décroître au printemps et les élections de mai provoquent une diversion définitive. 8 février : mort de trois étudiants américains en Caroline du Sud lors de manifestations pour les droits civiques. 8 mars : mouvement étudiant et campagne antisémite en Pologne. Des manifestations d’étudiants contestataires du régime, déclenchées par l’interdiction d’un spectacle jugé antisoviétique, sont réprimées par la police communiste. Une vaste purge politique frappe les étudiants et conduit à l’expulsion des juifs du Parti ouvrier unifié polonais. Printemps : en Italie, mouvement spontanés de colère et de révolte dans des industries où le syndicalisme est faible (usine Marzotto en Vénétie). Les syndicats décrètent une grève générale au printemps qui obtient un grand succès. 4 avril : des émeutes éclatent dans la plupart des grandes villes des États-Unis après l’assassinat de Martin Luther King. Mai : émeutes estudiantines à Tokyo (1968-1970). Mai : « Mai 68 » en France. 24 juin : Lundi de la matraque au Canada : 290 personnes sont arrêtées pendant le défilé de la Saint-Jean-Baptiste, à Montréal. 20-21 août : écrasement du « Printemps de Prague » en Tchécoslovaquie. 22-30 août : affrontements à Chicago entre des étudiants et policiers lors de la Convention du Parti démocrate. Les étudiants américains s’insurgent contre la guerre du Viêt Nam et remettent en cause le modèle de vie américain (American way of life). Automne : mouvement de libération de la femme aux États-Unis manifestation des Radical Women contre l’élection de Miss Amérique. 2 octobre : « massacre de Tlatelolco » au Mexique 5 octobre : première marche de l’association des droits civiques en Irlande du Nord. Elle réprimée dans la violence à Derry. Manifestations dans les principales villes du Liban pour soutenir la cause palestinienne.

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    Par Nicolas Pascuttini (xxx.xxx.xxx.114) 24 juillet 2007 12:06

    à L’auteur,

    Merci pour cet article qui ne manque pas d’humour...

    Je crains que vous n’ayez raison, le mois de mai 2008 sera sans nul doute le théatre d’affrontements politico-médiatiques particulièrement violents (sic)

    Quant à l’appropriation d’élément historiques par les médias et le politique, ce type de phénomène perdurera malheureusement tant qu’il sera rentable, en terme d’audimat ou de crédibilité...

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    Par Bernard Dugué (xxx.xxx.xxx.190) 24 juillet 2007 12:57
    Bernard Dugué

    Bonjour,

    J’avais pensé faire un article anticipatif sur les quarante ans de mai 68. Je doute que ça fasse un buzz, en 1998, pour les trente, les éditeurs se sont lancés sur le marché et autant que je me souvienne, ce fut un bide

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    Par O.Z.Acosta (xxx.xxx.xxx.100) 24 juillet 2007 14:48

    Bien sur tout est de la faute au 68ards. La famine dans le monde, la desertification, les délocalisations, les rmistes, les chomeurs c’est pas un peu fort de café. ( comme quoi la droite ne s’est pas débarrasé de son aile extrême, elle l’a juste intégré, passons et ne parlons plus a cet individu).

    ha noter tous les mardi soir sur ARTE des documentaires et des films issue du summer of love ( ce soir c’est HAIR ) pour bien se remettre dans l’idée de la génération à qui tout été permis et qui s’est permis de nous mettre dans le M.... en étant absorbé par les conservateurs.

    il n’y aura pas de Mai 2008 sauf cas de reveil de la population endormi par la Politik-AC de notre bien cher président, mais le reveil risque d’être très dur pour les populations ouvrières et les personnes agées ( classe d’age qui a le plus voté pour NS ).

    En attendant, regardez plutôt les informations étrangères pour vous donner une idée de la france.

    Z

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