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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Elire, c’est guérir

Elire, c’est guérir

Conte fantastique en quatre actes. Fantasmagorique, dirait Dali.

Acte 1 :

Il était une fois un grand pays qui était malade de manière chronique et récurrente. La maladie était imprécise, douloureuse. Alors périodiquement, elle devait se trouver des médicaments pour couper le mal qui rongeait sa population.

0c2f393ca74baa75c221354c267a35a3.jpgLa radio entonnait de manière répétitive le fameux «  Je suis malade ». Rengaine aussitôt reprise par l’homme de la rue. Cela ne pouvait, encore une fois, pas durer. Même chose au sommet.

Alors, comme toujours, il y eu des âmes charitables qui se sont présentées. Elles étaient douze cette fois. Douze apôtres qui étaient prêts à sacrifier leurs heures de repos pour cette population en détresse. Chacun, volontaire. Chacun qui arrivait avec son médicament miracle. La couleur du médicament avait une couleur bien déterminée et cela plaisait manifestement. Jolies qu’elles étaient ces pilules colorées de santé ! Plutôt fades pour les unes, plus foncées pour les autres. Avec le stéthoscope autour du cou, tous ces médecins voulaient se placer au chevet du « grand malade ». Mais tous ne pouvaient se retrouver à la même place. Il fallait choisir. Des urnes allaient devoir sortir des tiroirs.

Le diagnostic devait tomber. A première vue, c’était facile mais, en écoutant la poitrine du malade, le diagnostic était plus réservé. Ils diagnostiquèrent en coeur une bronchite aiguë.

Plus de précisions, après analyses plus poussées, devaient se schéduler pour plus tard. Une date fut fixée après de longs palabres. Un premier tour allait départager forcément les Rois Mages.

Acte 2 :

Premier tour de vis, premier tour d’espoir. Le laboratoire devait seulement préparer encore les doses homéopathiques ou plus drastiques. Les remèdes vont être ajustés au mieux. On catégorise, on s’affaire pour obtenir le meilleur résultat.

Le malade le vaut bien. C’est ce qu’on dit à longueur de journée. Le carton blanc a été remis à chacun en main propre pour rappeler la date du premier rendez-vous. La population est aux anges.

Premier élagage réussi. Plus que trois médecins en lice avec trois médicaments dans les petites boîtes prescrites par la crème des docteurs. Pour l’après-souper, à ingurgiter bien assis, lentement, doucement, avec les conseils incorporés présentés pendant une demi-heure chaque soir. Pas moyen de rater les prescriptions.

Trois médecins dans la lucarne qui vont se donner un mal fou à guérir de l’abstentionite et de la doutemania. C’est très retors, ces maladies-là. Pour certains, même, c’est quasiment incurable. Mais on espère que ces malades chroniques trouveront leur planche de salut dans la modernité des vaccinations antérieures et la publicité apportée par l’expérience infuse des autres malades. On compte et on décompte, encore une fois.

Pour le malade, cela faisait déjà moins d’effort à endurer. Les minutes consacrées aux visites chez les médecins précédents, les conseils répétés inlassablement, étaient devenues insoutenables. Chacun avait sa potion pour changer l’inchangeable. Les 12 médicaments d’avant-goût étaient peut-être variés, colorés ou avariés, c’est selon. Mais cela faisait beaucoup. La demi-finale a décidément du bon. Le match, c’est du sport. Et on aime le sport surtout quand c’est tous les calibres confondus.

Ce soir, pas question de recommencer la même posologie de la veille. Il faut cette fois, allonger avec un peu d’eau à prendre avant le repas. Cela passe mieux par après.

Il le fallait sous peine de passer à l’indigestion. Ce serait dommage d’en arriver là. Et c’est vrai, cela va déjà mieux. Mais il faut progresser et toujours aller de l’avant. L’heure fatidique de la décision approche.

L’étape suivante va être déterminante. Le soin des ingrédients en témoigne. C’est écrit.

Deux médicaments, les autres ont déjà été éliminés. Ouf.

Acte 3 :

044284658df9eec964f41e79bee8cc4a.jpgRechute, la maladie a repris un peu d’efficacité. Les crampes reprennent. La guérison est au bout du chemin. On le répète. On le sent d’ailleurs. Un deuxième tour et puis s’en vont. Et puis les deux dernières prescriptions se prennent avec un coup de rouge dans le verre bleu. Une visite chez le médecin s’impose tout de même. On va bien écouter les dernières recommandations.

Les deux médecins se sentent un peu stressés de chaque côté de la table, sûrs d’avoir la médication la plus persuasive ou la plus adéquate. Le soulagement d’être là est visible. Le moment est solennel.

Le mal de mer avec tangage incorporé a été encore évité.

5dcb0fe976c5ab56b9326e771f73956e.jpgLa médecine est tellement efficace aujourd’hui !

Le malade commence à sourire. Enfin pas tous, et pas tout à fait, parce que certains ont déjà poussé la dose en overdose. Ils ont quitté le bateau en route les mains posées sur le ventre. La houle a été plus forte pour les estomacs délicats. La maladie a eu raison d’eux tout simplement. Ils chercheront encore cinq ans à quel saint se vouer.

La majorité est encore heureusement guérissable. Les médecins rescapés resteront au chevet des malades et veilleront encore à la bonne santé de ces derniers administrés délicats. Les remèdes de cheval s’accommodent bien avec un peu de sucre. Alors, il ne faut pas hésiter. cbdc1245fbe82d88a4a2af0e49a8c220.jpg

A la table des discussions, on s’échange quelques pilules dans le verre présent du côté du collègue tout aussi avisé.

Ca y est le client est convaincu. Le médecin avec le costume plus blanc que blanc doit avoir la pilule miracle plus blanche que blanche.

c68ddde047ecbad31ff811b9beebb0da.jpgOn a pointé, on a tiré, on a choisi dans l’urne en son âme et conscience.

La pilule bleue est la gagnante. La couleur "ciel azur" ou "bleu roi". Elle est tellement forte, qu’on se sent un peu saoul. Mais, ce n’est pas grave. Tout le monde est content ou comptant.

Rien que d’y penser, on se sent déjà mieux, on s’y voit déjà. La contagion a été maitrisée. On est guéri.

Acte 4 :

En lisant les petits caractères de la posologie, il est indiqué qu’il faudra prendre le dernier médicament avec précaution. Les effets secondaires sont nombreux comme sur toute posologie.

« Contrôler les symptômes de la guérison », est même écrit en plus petit encore.

Décidément, on commence à prier pour que le médicament ne soit pas un placebo. Cela va très bien de tester cela en laboratoire, mais, alors, il faudrait tout de même avoir des résultats dans un avenir proche. Les musiques douces, les pilules irisées bleues et rouges aux repas passent encore, mais se retrouver plus malade qu’avant, là pas d’accord.

Surtout que ces foutus médicaments ne sont toujours pas remboursés par la Sécurité sociale.

En plus, ce n’était pas des maladies orphelines, donc pas de prétextes à prévaloir, pas de complexes à sursoir. Le Conseil de l’Ordre des Médecins est tellement peu accessible.

Il faut bien toujours rester au top en médecine.

8dcaff47db828826e33f46f1a4df684f.jpgEn haut, on recompte une dernière fois.

Quelque part, dans une belle ville de ce grand pays, un colleur d’affiches fait son travail. Il tombe sur une vieille affiche qui fait l’éloge d’un grand film d’antan. Elle est déchirée, mais on peut encore lire "Un jour mon prince v...". Il a préparé sa colle et s’est mis à afficher une vieille pub "Un coup de barre et ça repart".

Je crois que je ne pouvais trouver mieux comme chute à mon article.

  • "La maladie ne se guérit point en prononçant le nom du médicament, mais en prenant le médicament.", Sankara

  • "L’ambition est comme un médicament, il faut en prendre la dose prescrite, car elle peut-être soit bénéfique, soit nocive.", Marc Allégret

  • "Les hamsters ne connaissent pas leur bonheur qui bénéficient des nouveaux médicaments aux effets miraculeux cinq années avant les hommes.", Philippe Bouvard

PS : Les caricatures ont été prêtées par le dessinateur Kroll attitré sur le site du Soir (rendons à César).


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5 réactions à cet article    


  • ExSam 27 mai 2007 21:18

    Tiens l’Enfoiré de retour, il n’a pas abandonné les restaus du coeur, un coeur plein d’une souriante distance.

    Le sourire semble toujours être la politesse du désespoir.


    • L'enfoiré L’enfoiré 28 mai 2007 07:48

      L’Enfoiré ne quitte jamais, il étudie le genre humain dans toute sa splendeur. La proximité n’apporte rien dans le champ d’Eden.

      « Le sourire est la prémonition de la jouissance. C’est laisser s’éveiller le faune endormi au fond de nos cellules, se laisser guider par la sainte intelligence des sens » et celles-là c’est pas de moi de Patrick Devret qui en a décrit les effets aux « Sourires ».

      Mais cela nous écarte du sujet, mon Brave. smiley


    • prgrokrouk 9 juin 2007 15:22

      C’est imagé, allégorique. Le principe de la BD est retenu : les textes ne répètent pas les images.

      Les dessins sont trop petits pour être lisibles de la plupart des « malades ». N’étant pas obsédé de politicaille, et n’étant pas un fan de la maladie, je ne suis pas à mon aise dans ce salé-sucré.

      D’ailleurs, les gens ont dû se trouver décontenancés au départ de l’article, puis se sont perdus.


      • L'enfoiré L’enfoiré 9 juin 2007 15:28

        reSalut Prgrokrouk,

        J’adore l’allégorie. Deux chemins parallèles éclairent les deux chemins.

        Merci, de m’avertir que les images sont illisibles. En cliquant deçu on devrait pouvoir lire le texte. J’utilise un écran 17 pouces et je n’ai aucun problème. Elles sont réduites au maximum pour une question de place sur mon site propre où je n’ai droit qu’à 10 Mégas.

        Peux-tu cliquer l’image et me donner le résultat ? Merci d’avance. smiley


      • prgrokrouk 9 juin 2007 15:37

        Oui, en cliquant dessus, ça va (je n’y avais pas pensé).

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