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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > En 2010, nous avions encore le choix...

En 2010, nous avions encore le choix...

Je suis né en 2010 et j'ai 20 ans. Je dois partir à la guerre et j'ai peur. J'aurais bien voulu éviter cela, mais c'est impossible : la puce qui se trouve dans mon bras ne me le permet pas. “Ils” doivent savoir tout le temps où je suis, pour ma propre sécurité. Pourtant, mes parents m'ont toujours dit que tout était bien mieux avant : on pouvait se déplacer où bon nous semblait, parler à qui l'on souhaitait, choisir ce que l'on voulait faire… oui, cela devait être bien. Mais pour nos ennemis aussi.

D'après ce que je sais, c'est lorsque j'avais six ans que tout a changé. Après une crise économique terrible, les gouvernements de l'Europe (qui n'étaient pas alors une province de l'Empire Atlantique) avaient décidé de faire cesser les révoltes populaires, et arrêté un grand nombre de terroristes, qui d'après ce que j'ai compris émettaient sur internet des appels à la révolte, et se battaient pour faire émerger de nouvelles idéologies. Je ne sais pas comment cela a pu se produire puisque toutes les communications étaient déjà surveillées, mais des groupes de Musulmans, alliés à ces terroristes, ont tout de même réussi à lancer des attentats contre les pays libres, pour semer le chaos et la guerre partout autour d'eux. D'après ce que j'ai appris à l'école, ces “êtres sauvages” (je ne sais pas comment les appeler autrement) n'ont rien d'humain, et n'ont aucun autre but que de nous exterminer, nous les envoyés de Dieu. C'est comme cela qu'on s'appelle entre nous, pour faire la différence. Car c'est vrai qu'ils nous ressemblent beaucoup.

Toujours est-il que c'est après un de ces attentats, plus meurtrier que les autres, que la guerre s'est déclenchée, et que le monde libre a été contraint de recourir à l'Etat d'Urgence. Désormais tous les enfants sont pucés dès la naissance, et le gouvernement, qui reçoit ses ordres du chef de l'Empire Atlantique, doit appliquer les Plans quinquennaux de production pour pouvoir continuer à lutter efficacement contre nos ennemis. Mes parents ont alors été envoyé dans des usines d'armement, et moi-même dans un internat social, où j'ai appris à lire et à écrire. Là-bas j'ai aussi appris à reconnaître mes droits et mes devoirs, c'est à dire l'obéissance et le respect des valeurs humaines : je sais où j'ai le droit de me déplacer, à qui j'ai le droit de parler, et ce que je n'ai pas le droit de dire.

Mes parents, avant d'être pendus pour terrorisme, le savaient eux-aussi pourtant. Vivre libres ce n'était pas lutter contre nos chers gouvernants, mais éliminer les dangereux terroristes qui nous massacrent tous les jours quelques hommes justes et bons. Eux qui croyaient que tout allait s'arranger en les “intégrant”, en les aidant, en les aimant… je ne sais pas ce qui a pu leur passer par la tête : comment imaginer faire comprendre quoi que ce soit à des bêtes sanguinaires ?

Je sais bien ce qu'ils me racontaient quand j'étais petit. Que l'amour de son prochain et la confiance étaient des valeurs bien supérieurs à la haine et à la peur, et d'autres stupidités du même genre…mais on m'a prouvé depuis que tout cela n'était que mensonge et tromperie : l'étranger n'est pas un “prochain”, et il faut en avoir peur pour pouvoir le haïr. Mais c'est que mes parents étaient, d'après ce qu'on m'a dit, conditionnés à réfléchir comme cela, ils ne savaient pas, et ne pouvaient pas comprendre.

Et puis c'est bien à cause d'eux aussi si tout cela s'est déroulé comme ça : restriction d'eau, de carburant, de nourriture, tout cela ne serait pas arrivé si nous n'avions pas permis à tous ces monstres de se nourrir et de se développer ainsi, comme des souris !

La dernière fois que je les ai vu, je leur ai dit tout cela, mais ils ne voulaient rien comprendre : ils me répétaient sans cesse que nous étions tous des frères, et que chacun méritait de vivre dignement, et librement. Qu'il fallait agir pour éviter la guerre et la famine, changer le monde et toutes ces stupidités. Que nos gouvernants ne cherchaient qu'à nous asservir et nous affamer, pour mieux nous contrôler… Mais qu'ont-ils fait eux, alors, pour éviter cela, puisqu'ils en étaient convaincus ?

Rien. Rien du tout. Ils ne faisaient que critiquer, appeler à la révolte, citer tels ou tels auteurs qu'on sait aujourd'hui être des traîtres, et puis surtout se plaindre. Et maintenant, à cause d'eux, eux qui n'ont pas accompli leur devoir quand l'ennemi était encore faible, tant qu'il en était encore temps, je vais devoir partir demain sur le front pour aller me battre avec des bêtes féroces et sauvages, pour sauver le monde libre de leurs volontés maléfiques. Et j'ai peur. Une peur bleue. Et je hais mes parents, car ils n'ont rien fait pour m'éviter cela.

J'ai bien fait de les dénoncer.

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr


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17 réactions à cet article    


  • zelectron zelectron 20 décembre 2010 10:33

    Quelle vindicte ! Quel tableau noir, mais qui nous pend au nez !


    • Razzara Razzara 20 décembre 2010 10:53

      Tout à fait dans l’esprit de 1984 de George Orwell :

      ’’Dans un sens, c’est sur les gens incapables de la comprendre que la vision du monde qu’avait le parti s’imposait avec le plus de succès. On pouvait leur faire accepter les violations les plus flagrantes de la réalité parce qu’ils ne saisissaient jamais entièrement l’énormité de ce qui leur était demandé et n’étaient pas suffisamment intéressé par les événements publics pour remarquer ce qui se passait. Par manque de compréhension, ils restaient sains. Ils avalaient simplement tout, et ce qu’ils avalaient ne leur faisait aucun mal, car cela ne laissait en eux aucun résidu, exactement comme un grain de blé, qui passe dans le corps d’un oiseau sans être digéré.’’ (Page 209 de l’édition Folio Poche)

      Razzara


      • Gavroche Gavroche 20 décembre 2010 11:08

        Bonjour Caleb Irri, réveille toi, c’est un rêve dans un rêve, sinon tu vas errer dans les limbes de la novbétise. smiley


        • frugeky 20 décembre 2010 11:20

          Mais l’Empire fait toujours face, en plus de ses ennemis « légitimes », à une résistance qui, même si elle est maintes fois réduite, voir anéantie, finit par l’emporter. Enfin dans les films... smiley


          • Gabriel Gabriel 20 décembre 2010 11:42
            Bonjour Caleb,

            C’est vrai nous avions encore le choix.

            • lenainbleu lenainbleu 20 décembre 2010 12:20

              La peur réside dans l’anticipation.


              • Deneb Deneb 20 décembre 2010 12:25

                N’importe quoi. L’avenir appartient à la noosphère. Et il sera radieux.

                Lorsque tout le monde pourra s’exprimer, l’évaluation de la pertinence, dont Google detient le resultat record à ce jour, sera suffisamment performante pour en cristalliser les directives de gouvernance mondiale. La gestion des ressources matérielles sera confié à des machines, incorruptibles et à fonctionnement transparent. La majeure partie du travail humain sera de séparer le beau du moche, le faux du vrai...En effet, nous allons produire des quantités impensables d’informations - il va falloir du monde pour faire un tri, pour « nettoyer » la noosphère des impuretés. La noosphère fonctionnera à la manière darwinienne - une production abondante et une seléction sevère ; tout le monde sera son acteur, chacun à son niveau. Il va y avoir une écologie de la noosphère, dont par exemple hoaxbuster est aujourd’hui le précurseur. Les écoles dans le sens classique du terme vont disparaitre, les enfants feront un apprentissage de la noosphère pratiquement dés la naissance et pourront évoluer librement dans la connaissance suivant leur rythme et leurs intêrets. On ne distinguera plus entre la vie privé et le travail, mais entre les communications électroniques et physiques, ces dernières étant essentiellement ludiques. Les notions de capacité et de maitrise vont se substituer à la notion de propriété. L’argent ne servira exclusivement qu’au matériel et au rémunération d’un travail sur commande, en aucun cas pour acheter quoi que ce soit d’immatériel. Toute entrave à l’accés de la conaissance pour qui que ce soit sera sévèrement sanctionné. On tolèrera la violence verbale, en exutoire à la violence physique qui, elle, sera sévèrement interdite et traquée sans pitié.

                Dans 20 ans, la religion et la sexualité vont échanger leur rôles dans la société. On se battra pour la separation de l’État et de la sexualité (on évoquera le cas historique Clinton-Levinsky). On dira que la foi et les croyances sont necessaires, mais font parti de l’intimité profonde de chacun, leur ostentation sera puni comme l’est l’exhibitionnisme aujourd’hui. Le prosélytisme auprès des jeunes enfants sera vigoureusement traqué, comme aujourd’hui la pédophilie.

                Voilà ma vision du monde dans 20 ans. Un peu plus optimiste que celle de l’auteur, mais aussi bien plus réaliste, non ?


                • Gasty Gasty 20 décembre 2010 18:20

                  En tout cas plus plaisante.

                  Mais deneb ? Ne serait-tu pas un des parents dont parle l’auteur !...


                • Deneb Deneb 20 décembre 2010 19:21

                  Oui Gasty, sauf que le recit n’est qu’une mauvaise utopie dépressive. Dans la vie réelle, l’humanité gagne sur ses démons. Soyons un peu optimistes, que diable !


                • Gasty Gasty 20 décembre 2010 23:49

                  Elle finie toujours en effet, mais que de larmes versées entre ces deux visions.


                • Deneb Deneb 21 décembre 2010 06:53

                  En tout cas, c’est pas une histoire à remonter le moral. Completement irréaliste, sans le moindre bon sens, elle s’attaque à des moulins à vent et essaie de nous convaincre de quelque chose dont tout le monde est déjà convaincu. Elle s’inscrit dans le flip général qui fait marcher l’industrie sécuritaire. Le monde ne va pas si mal que certains catastrophistes essaient de nous faire croire. L’auteur n’aurait-il pas oublié de prendre ses cachets ?


                • OMAR 20 décembre 2010 16:33

                  Omar 33

                  Bonjour Caleb

                  C’est l’histoire d’un enfant, il a 10 ans.
                  Depuis qu’il est né, il ne connait que sa ville et ses faubourgs : 40 km2 au maximum..
                  On lui a fait comprendre qu’il a un pays qui a été partagé puiis completement spolié puis annéxé par des méchants.
                  Et que la seule manière de faire partir ces méchants, était de les lapider.
                  Alors il ramassa un cailloux et se dirigea bravement vers ces méchants.
                  En face, il y avait un garçon, vingt ans au plus, à qui on lui a appris qu(il était sur la terre de ses aieux, et que des terroristes voulaient l’exterminer ou le jeter à la mer.
                  Qu’il fallait les empecher.
                  On lui remit une arme et on le dirigea vers ces terroristes.
                  Lui, il avait peur, non pas du terroriste, mais de cette injonction de tuer.

                  Au jet silencieux du caillou, repondait une détonnation.
                  Et les deux êtres avaient perdu leur ame....,

                  Le lendemain, la même histoire se repeta...


                  • Deneb Deneb 21 décembre 2010 09:06

                    Omar : tes mièvreries identitaires sont, sous une crinière « pacifisme bisounours », d’un bellicisme épouvantable. Finalement, à la fin de l’histoire, on est supposé souhaiter qu’ils se battent, enfin, aux armes égales, n’est-ce pas ? Puis cette manie à tout ramener au problème palestinien, il devrait y avoir un Godwin pour cela.


                  • cmoy patou 20 décembre 2010 18:31
                    @caleb,
                    Vision pessimiste, pourtant avec unzestz de tolérance,d’humanisme,.......-
                    En tous cas merci,




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