• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Faire des pieds et des mains

Faire des pieds et des mains

Le Bonimenteur passe la main !

Au pied de la lettre.

J'en mettrais ma main à couper, je m'y prends comme un manche à chaque fois que je veux donner un coup de main à un ami. Avec moi, un petit bricolage se transforme en catastrophe. Ce n'est pas le pied à n'en point douter. Tous passent la main dès qu'ils me voient arriver. On me montre du doigt, on se pousse du coude pour se gausser de celui qui a commis tant de bourdes que c'en est presque risible.

Mes pauvres parents, tous deux remarquables artisans ont fait des pieds et des mains pour, dès mon plus jeune âge, m'initier aux subtilités de leurs arts. Quand mon père me donnait un marteau, il finissait par s'en mordre les doigts. Quand ma mère me confiat une aiguille, je me prenais les pieds dans le tapis ! Tout tournait au drame et j'étais la première victime de mes maladresses innombrables.

Le bourrelier et la tapissière finirent par passer la main, leur rejeton ne prendrait jamais la suite fut-ce au pied levé. Inutile de me forcer la main, elle ne veut rien entendre. J'avais beau être bien en mains, être de plein pied au cœur de leur savoir manuel, rien ne voulait rentrer dans ma caboche.

Je n'étais pourtant pas de mauvaise volonté. Toujours disposé à les aider, à leur donner un coup de main quand il fallait livrer un sommier ou bien un fauteuil. Je prenais les pieds et à bout de bras, j'en ai gravi des escaliers pour porter les trésors de patience de mes parents chez leurs clients. Nul poil dans la main, si je traînais la jambe c'est que je savais que je n'arriverais jamais à rien de mes deux mains.

Mon père ne savait plus sur quel pied danser avec ce fils si malhabile. Parfois la main lui démangeait de me faire rentrer dans la caboche quelques rudiments d'adresse. La méthode, pour inefficace qu'elle soit, n'en est pas moins parfaitement légitime quand on se trouve comme lui au pied d'un mur infranchissable. Jamais pourtant il ne leva la main sur ce arpeète impossible, ce pied de nez à ses rêves de pérennité professionnelle.

Avec le pied de biche c'était du cousu main. Au lieu de retirer les clous à ce Voltaire, je blessais gravement l'accoudoir. Toutes mes initiatives tournaient au fiasco. Il avait de quoi s'arracher des cheveux que fort heureusement il n'avait plus. Ma mère comprit bien plus vite que pourtant je pouvais lui être utile. Mettre la main à la pâte était dans mes cordes, bien plus que les épissures que jamais je n'ai jamais pu réaliser.

C'est en cuisine que le lui rendais service. Tête de cochon mais bon fils, je pouvais éplucher, laver, découper, mijoter sans créer le moindre drame. J'avais la main heureuse et le pied sûr dès que j'évoluais loin de leur atelier. J'aurai pu trouver ma voie si, chose étrange dans cette famille de simples gens, j'avais aussi une tête qui me permettait de passer haut la main les chausse-trappes de l'école.

Mis à part en orthographe, je mangeais dans la main de tous mes petits camarades. Certains de mes professeurs me mettaient sur un piédestal tant tout me semblait facile quand d'autres n'avaient de cesse de me frapper sur les doigts, désespérés qu'ils étaient dans mon interprétation libre et si personnelle des règles de grammaire et de l'assemblage des sons.

Là encore, j'avais bien du mal à trouver chaussure à mon pied. Heureusement, je fus bien pris en main par un instituteur spécialisé et son collègue adepte des méthodes de Frenet. À eux deux, ils me mirent le pied à l'étrier et me passèrent la main. C'est eux que je choisis comme modèles, ils m'avaient donné le virus de l'enseignement.

Je réussis le concours de l'école normale de main de maître. J'avais mis mes pas dans les pas de ces deux-là. J'allais être de plain pied dans ce monde du savoir, moi qui n'était pas fait pour celui des belles tâches manuelles. Mon pauvre père ne vit jamais cette réalisation. Il avait passé la main bien trop tôt. Et se retrouvait six pieds sous terre. C'est sans doute pour me réconcilier avec lui que finalement j'ai fait ma carrière professionnelle en Segpa, pour me retrouver près de ce savoir manuel qui m'a toujours échappé.

Ne prenez pas ce récit au pied de la lettre. Je me suis fait la main sur ce modeste récit. Moi qui n'ai jamais été un homme de main, je vous offre au pied levé ce billet sans queue ni tête. J'espère au bout du compte retomber sur mes pieds et vous salue bien bas. Je passe la main.

Manuellement vôtre.

Des pieds et des mains 


Moyenne des avis sur cet article :  4.69/5   (13 votes)




Réagissez à l'article

23 réactions à cet article    


  • oncle archibald 12 mars 2013 08:54

    Ah quel art pour toréer les mots .... Cette tête de mule sait manier la muleta du clavier .... 

    Votre article lu en guise de pousse-café met de bonne humeur pour la journée ...

    Pauvres parents déçus ... Ayant perdu mon père très jeune, le petit dernier que j’étais s’est entendu seriner par sa mère : « sur les quatre, il y en aura bien un qui sera médecin comme son père » ... alors que les trois autres avaient déjà choisis d’autres voies ... 

    Bien évidemment, à l’heure du choix, les conflits de l’adolescence m’ont fait éliminer d’office celui qui m’était proposé avec mention spéciale : « surtout pas ça » ...

    • C'est Nabum C’est Nabum 12 mars 2013 10:18

      Mon Oncle


      Ce sont juste des gammes, quelques vocalises pour revenir discrètement sur mon histoire personnelle ...

    • ZEN ZEN 12 mars 2013 10:05

      Bel exercice d’équilibriste
      Bon, maintenant, on pourrait s’amuser à traduire ça...en anglais par exemple
      Cela pourrait être cocasse
      Les Britiches ne connaissent pas le pied, par exemple. Shocking !

      Tu dois voir ma nouvelle bagnole - c’est le pied !

       You’ve got to see my new car - it’s great !

       Travailler de nuit, ce n’est pas le pied.
       Working nights is no picnic.


      • C'est Nabum C’est Nabum 12 mars 2013 10:19

        ZEN


        Faites moi plaisir ...
        Je parle anglais comme un pied

        Point de cette langue près de moi

      • La râleuse La râleuse 12 mars 2013 10:26

        Bonjour Nabum,

        Dès les premiers mots, je me suis lancée à corps perdu dans votre article et sans mentir, à le lire, j’ai pris mon pied.
        Si bien que, quand je l’ai terminé, j’étais prête à voter à main levée pour lui décerner un prix d’excellence.
        J’ai d’ailleurs l’intention de ne pas rester bouche cousue et de faire des pieds et des mains pour le faire connaître à mes amis.

        Cordialement,


        • C'est Nabum C’est Nabum 12 mars 2013 12:57

          La râleuse


          Doucement, vous allez finir par changer de speudonyme

          Flagorneuse, Flatteuse, Aimable, Charmante, Gentille, Bienveillante, Cajoleuse, ... 
          Faites votre choix, le mien est fait !
          Merci 


        • bakerstreet bakerstreet 12 mars 2013 12:42

          Réparer un niche demande bien des qualités !
          Par contre écrire dessus se fait sans effort, surtout quand on est allongé sur le toit, et qu’on a le gout pour ça.
          Une belle position pour peindre le paysage.
          Quelques coups de pinceaux font d’ailleurs bien moins mal aux mains que les coups de marteau, qui dérangent d’autant le voisin.
          Le ciel étoilé au dessus de ma tête disait Kant
          Et le sens moral là dedans me direz vous !
          Qu’en est il pour ce baron rouge qui surgit par delà les nuages ?

          Le gout de l’aquarelle vient avec l’observation de la pluie
          Comme celui de la cordonnerie avec les ampoules aux pieds
          C’est que faisait mon père,
           Lui aussi rêvait que je reprenne un jour son établi

          Il avait tout du moine de monastère, quand il s’asseyait derrière sa singer
          Faisant craquer son tabouret
          On aurait dit des enluminures, qu’il piquait en pleins et en déliées
          Tout autour de la chaussure, avec un gros fil anglais
          Fait pour résister, aux vents et aux marées

          Avec ça aux pieds, disait-il
          Le gars pourra tenir des années



          • C'est Nabum C’est Nabum 12 mars 2013 12:59

            bakerstreet


            Les bras m’en tombent ...

            Tant de pieds pour d’écrire celà !
            Vous avez la main chaude dès qu’il sagit d’aller rimer ailleurs

            Bonne route !

          • La râleuse La râleuse 12 mars 2013 14:13

            Bonjour bakerstreet,

            Nabum va encore me traiter de flagorneuse, ce qui est une menterie parce que, vraiment, après avoir fini de vous lire, je n’ai eu qu’une envie sincère, applaudir.


          • C'est Nabum C’est Nabum 12 mars 2013 14:46

            L arâleuse


            Il me semble que vous aviez le choix ...

            Personnellement, pour mon plaisir, je n’auraispas opté pour cet adjectif !

          • bakerstreet bakerstreet 12 mars 2013 18:05

            Merci Nabum, mes pas dans les vôtres.

            Les fils d’artisan gardent le gout de l’assemblage, et de l’objet bien fait, tout autant que de la qualité du travail.
            Peut être que nos pères nous ont laissé malgré tout l’essentiel,
             Hors de leur métier
             L’art de s’asseoir pour bricoler des choses avec ce qui passe sous nos yeux, s’accommodent de mille façons
            Il n’y a pas qu’à l’école où l’on apprend à lire !
            On peut trouver partout des livres ouverts, et des alphabets étranges, imprimés
            Même sur des semelle usées.


          • C'est Nabum C’est Nabum 12 mars 2013 18:47

            bakerstreet


            Allons donc sur les chemins du plaisir de partager !

            Nous sommes des artisans du mot. Chacun fait son grand œuvre à sa façon.

            Bonne soirée

          • C'est Nabum C’est Nabum 12 mars 2013 14:00

            parkway


            Vous êtes donc mon contraire
            Seriez vous l’enclume et moi le manche ?

          • C'est Nabum C’est Nabum 12 mars 2013 15:12

            parkway


            Tenez bon celui-ci, nous prenons de la hauteur !

          • C'est Nabum C’est Nabum 12 mars 2013 14:01

            parkway


            La chronologie n’a jamais été mon fort !

          • Brontau 12 mars 2013 13:57

            Bonjour Nabum. J’adore quand vous faites vos gammes...


            • C'est Nabum C’est Nabum 12 mars 2013 14:01

              Brontau


              De simples vocalises !

            • L'enfoiré L’enfoiré 12 mars 2013 15:48
              Cher Nabum,
               
              « J’espère au bout du compte retomber sur mes pieds et vous salue bien bas. Je passe la main. »

              Mais on retombe toujours sur ses pieds. Il suffit de passer la main à qui de droit et qui a plus l’envie de le faire. Cela coûte un peu plus cher, et alors ?
              Moi qui ai toujours deux mains gauches, qui ai toujours utilisé un PC sans jamais l’ouvrir, qui ai un jour essayé de remplacer des bougies et en a cassé deux....
              Non, pas de panique. Faut penser à autre chose quand on n’est pas manuel, il faut l’assumer. Il y a des mots qu’il faut exclure de son vocabulaire propre comme tapisser, peindre, nettoyer.... et j’en passe et des meilleurs.
               smiley 


              • C'est Nabum C’est Nabum 12 mars 2013 16:07

                L’enfoiré


                Je constate avec plaisir que nous avons les mêmes lacunes !

                Ne passez pas la main et venez m’en donner un coup éponyme. Il y a tant à faire chez moi qui passe mon temps sur mon écran

              • maturin.j 13 mars 2013 09:23

                salut Nab,

                En colère et amicalement !..
                Vous m’avez soufflé mon sujet !...
                Certes vous en avez oublié quelque uns

                Main courante, manu militari, main au et collet, main dans le sac,
                Et autre manchot,mano à mano, main chaude « à la » être raccourci !...
                Mais des broutilles à votre excellent billet
                Quant au pied il y a aussi pied à coulisse, piédestal
                et pied de nez que vous faite à la morosité ambiante .

                « main-tenant et d’or et a vent j’irais dans d’autres contrées,
                Là où la main de l’homme n’a jamais mis les pieds. »

                Et réciproquement. ha ha.  smiley

                Je vous serre la paluche. 


                • C'est Nabum C’est Nabum 13 mars 2013 10:05

                  maturin.j

                  Je ne pouvais tous les utiliser car les expressions devait servir mon récit qui lui est assez proche de la réalité, la mienne !

                  Je vous passe le témoin ...


                • auguste auguste 13 mars 2013 16:37

                  @ C’est Nabum

                  Vous êtes, selon vous, un piètre bricoleur, mais ne faites pas un drame des moqueries.

                  L’important, c’est d’avoir réussi vos études et de transmettre votre savoir, y compris à des élèves pour le moins difficiles, tout en nous régalant de vos articles.

                  J’ignore si je vais vous faire rire, mais je me suis rendu compte trop tardivement que j’étais un gaucher contrarié car, à l’époque, il était interdit d’écrire de la main gauche à l’école primaire et certains instituteurs n’hésitaient pas à attacher à la ceinture de votre blouse cette sinistre main.

                  Ce n’est qu’à la suite d’un accident qui a réduit en miettes ma clavicule droite (entre autres) que j’ai réalisé que je me débrouillais très bien de la main gauche.

                  Devenu ambidextre, ce qui devait être un avantage se transforma en cauchemar.

                  Je ne savais plus où étaient ma droite et ma gauche et je ne suis toujours pas guéri, au point d’être incapable de faire la différence entre visser et dévisser, problème qui n’en est plus un depuis que j’ai interdit à ma main gauche de tourner à droite et inversement.
                  Il suffit de changer l’outil de main et le tour est joué.

                  Il en va autrement en voiture et je préfère le langage des signes de mon épouse à la douce voix d’un GPS.

                  Pour conclure, j’avoue avoir du mal en politique, surtout en ce moment...


                  • C'est Nabum C’est Nabum 13 mars 2013 16:42

                    Auguste


                    Merci de ce témoignage

                    Gaucher je le suis naturellement de la main droite
                    Je n’ai ni à être fier ni malheureux de mon parcours, c’est celui que j’ai choisi et à ce titre je ne peux que le revendiquer

                    Pas de fierté pour autant car ce serait emmettre un jugement de valeur sur les professions ce qu’un fils d’artisan se refusera toujours à faire.

                    Quanr à la polique, tant qu’elle sera la chasse gardée de professionnels, rien à espérer de mieux

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires