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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Hyper – Episode 2 – Le Dieu Chiffre

Hyper – Episode 2 – Le Dieu Chiffre

Salut les kids, je vous propose encore une fois un approfondissement du monde merveilleux des hypermarchés. Je dois vous avouer que nous sommes un peu en fête au Carrouf de Labège parce que l’un de mes amis, Steeve Jackson, a été promu il y a peu. Avant il était commanditaire d’une société de Chewing-gum, et il est devenu chef de secteur.

Ne sous estimez pas le rangement des confiseries, c’est « bâtard » comme dirait cet ami. Il les plaçait de manière optimum dans le but de rendre vos enfants fou d’envie, que ces derniers vous harcèlent jusqu’à que vous craquiez devant une caissière et des clients médusés de votre incompétence parentale. Cette manipulation, tout à fait calculée, vous oblige à oublier que ces petites cochonneries qui donnent du gout synthétique pendant 3 ou 4 bonnes minutes sont vendues entre 30 et 40 euros le kilo.

Donc je vous disait que mon ami, avec qui il n’y a aucune équivoque sexuelle, est devenu chef de secteur, le miens, le 31. Oui parce que les rayons sont regroupés en départements qu’on appelle « secteurs » , eux même redéfinis par un chiffre. Cela permet aux vigiles d’être plus classe devant les clients avec leurs talkies, ce qui accroit la crainte qu’ils inspirent. C’est plus classe de dire « code 23 repéré secteur 28″ que » ya un môme qui a vomit devant la grosse paëlla » , ça fait plus F.B.I. D’ailleurs, les vigiles les plus gradés ont le droit à la petite oreillette transparente qui leurs confère l’aspect Matrix, légèrement érodé par le petit symbole du supermarché (un oiseau – pour la liberté ).

Le secteur 31 a un nom, c’est le secteur bazar, cela concerne tous les accessoires, la papèterie.. ainsi qu’un panel d’objets qui traumatisent les jeunes doctorants qui doivent financer leurs thèses en faisant des interminables et très mal payés inventaires.

Steeve me faisait cette reflection : » être chef de secteur, c’est un peu être dieu » . Alors oui, cet homme est sensiblement un « con fini » comme on disait une fois par an dans mon Connecticut natal. Mais il soulève ma problématique, ou du moins mon sujet (car c’est mon blog, il n’y a ici pour moi aucun problème). Le seul Dieu qui existe parmi ce grand cirque de l’absolue abondance , c’est le Chiffre. Il est le maitre incontesté. Il manipule comme une marionnette l’humeur des chefs de rayons. Notez que c’est aussi un grand sujets de conversation chez les ouvriers qui comptent évoluer au seins de l’entreprise, ça fait classe et commercialement engagé, de la prostitution en quelque sorte. Le chef de rayon aime bien donner les bons chiffres. D’euphorie, il va même jusqu’à serrer la main au plus misérable de son royaume. Ce chiffre se transmet, s’analyse de rayon en rayon. C’est comme une émission qui vient de recevoir son taux d’audience

Dans les réserves des hypermarchés, il y a toujours ce petit panneau annonçant le montant annuel de la casse en euros ( inclus les objets que les employés n’ont réussi à voler qu’à motié – laissés déballés, le courage une fois parti). Une enseigne qui positive va même jusqu’à le comparer à l’achat d’un château en modulant le nombre de pièces de ce dernier en fonction du dit chiffre. Culpabilise ami ouvrier, ton boss ne se paieras pas de humble demeure.

Sachez que dans une autre grande entreprise, qui vend des meubles standardisés ainsi que le tournevis qui va avec pour éviter les surcout liées au passage en chine ( Oui, Ikea), chaque matin, la pré-annonce d’ouverture se termine par un très enjoué « Bon chiffre ! » .

La pré-ouverture est un moment très important de la matinée. C’est le moment où chefs de secteur et de rayons se mettent à « locker » leurs sourcils en positions « fâché » pour insister sur le peu de temps qu’il reste pour ranger. Une voix nazi-iarde (permettez moi quelques excentricités, je vous prie) hurle dans les haut-parleurs qu’il faut très vite dégager les allées pour le nettoyage (il est très important qu’un client se sente dans un environnement aseptisé, sinon il se croit dans une superette communiste, achète moins, et Dieu Chiffre maigri - il en va de même pour la musique diffusée et la position d’un rayon face à un autre). Il pousse ses coups de gueule, merde on est pas super des winners là parce que le rayon boucherie n’a pas encore mis toutes les tranches d’animal mort qu’il avait reçu le matin. Ce petit monde fourmille dans la peur étouffante d’avoir un blâme psychologique, et ce, pour ne pas avoir cassé ses carton assez vite, chaque précédent fait pression sur son prochain, tout ça, pendant la grande procession quotidienne du pharaon président.

Tout va très vite, les enfants du Dieu Chiffre (les clients, ayez un peu d’imagination tout de même) sont déjà aux grilles, et ce bien avant l’ouverture. Et c’est bien fait car nous, les salauds, savons que plus un client est stressé et pressé, il sera moins regardant sur le prix et la quantité qu’il prendra. Le mieux dans tout ça, c’est qu’il adore être dans cet état. Il tuerai pour obtenir le « lot de bigorneau offert pour deux lots acheté » alors qu’il n’aime pas ça. Il devient haineux et avide jusqu’au passage en caisse où la pression retombe dans une lourde fatigue (rajoutez +30% par enfants qui accompagnent).

Mais lorsqu’il est là, à l’ouverture, il voit a travers les grilles de fer cette fourmillière de prolétaire qui s’active. Il est tout excité, il avance discrètement pour éviter que son voisin soupçonne son empressement et essaye de le doubler à son tour. Il a déjà son parcours en tête dans le magasin, il a même fait une liste des objets prioritaire. J’ai personnellement subi une charge de cadis de clients, c’était un samedi matin, j’ai mis deux semaines à m’en remettre.


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4 réactions à cet article    


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 18 juillet 2009 12:56

    Bonjour FWD,

    « Le seul Dieu qui existe parmi ce grand cirque de l’absolue abondance , c’est le Chiffre » Vous savez, à la fin de mon exercice dans la petite entreprise familiale, en 73, le bénef a été positif ( 173.OOO FR ) ce qui n’était pas arrivé depuis dix ans. J’étais assez fier de l’avoir par mes propres moyens appris et ne manquait pas de le répéter de temps en temps. Mon activité m’avait permis d’obtenir les mêmes résultats avec des investissements parfois dix fois moins chers, j’ai dû compter pour cela.

    Winner, locker, talkies...c’est l’amérique dites donc !

    « chaque précédent fait pression sur son prochain » En fait, tout le principe de la société de consommation en flux tendu réside sur ce principe. si ton supérieur te paillassonne, piétine tes sous fifres et ainsi de suite. Plus le patron est mal baisé, plus la tension interne stresse et plus l’entreprise gagne en parts de marché...et s’il on est le dernier maillon de la chaine, c’est bobonne ou les mômes qui prendront  ! On peut aussi rompre cette chaine par une éthique personnelle ou la recherche d’une boite humaine.

    " savons que plus un client est stressé et pressé, il sera moins regardant sur le prix et la quantité qu’il prendra. Le mieux dans tout ça, c’est qu’il adore être dans cet état. " En effet, nous sommes tous des enfants en supermarché comme devant des longues vitrine de noël et l’on sent l’adrénaline chez certains comme les joueurs du casino.

    Votre étude est fort bien vue, auriez vous fait psycho, ou simplement la partie inclue dans le commercial ?


    • Lapa Lapa 18 juillet 2009 19:04

      très drôle et pertinent


      • ykpaiha ykpaiha 19 juillet 2009 23:36

        Je rajouterais triste et pathetique.
        Je refuse obstnement, de frequenter les SM/HM depuis que j’ ai pu entrevoir des etudes socio-incitative effectuees pour creer "l’acte d’achat’

        Le mepris de l’etre humain de ces etudes menees sur le conditionnement des reflexes, et pulsion m’ont semble etre issu d’un cerveau malade a la Mangele
        La cage a change mais la prison reste, en couleurs parfums et autres artifices pour oublier les matons et les barreaux.

        Depuis, lorsqu’il m’arrive d’etre acompagnateur dans un de ces haut lieu de la consommation, j’eprouve, a regarder le flux de vies inconscientes sommeiller des jours heureux, une tristesse infinie.

        Je me vois en Nicholson dans vol au-dessus d’un nid de coucou rever d’evasion
        D’evasion de ces fiies d’attente ou la perte d’un aliment devient affaire d’etat, mais que la perte de dignite indiffere.
        D’evasion de ce balet ordonne et belant ou chacun reproduit le meme geste en l’esperant different du voisin que l’on ignore.

        Mais peut etre suis je encore plus fou qu’eux et que meme mon voyeurisme fait partie de l’histoire.


      • blibgnu blibgnu 20 juillet 2009 05:19

        Excellent article, tout comme l’épisode un, bravo : )

        (notez que d’autres ont eu moins de chance : chaque année des employés meurent écrasés par des charges de clients à l’ouverture des portes, et c’est encore plus dangereux à noël...).

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