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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Le touriste avisé

Le touriste avisé

La technologie au service du voyageur

Récit navrant

Le touriste avisé prépare son voyage avec sérieux et méthode. Il ne laisse rien au hasard car l'aventure ne suppose ni improvisation ni approximation : la plaie de l'errance touristique. Il se munit d'un guide sérieux qui ne cherche pas à lui en faire voir de toutes les couleurs, il s'informe préalablement, programme, organise, rationalise. Le petit séjour prend alors des allures d'expédition millimétrée. La surprise est l'ennemi du voyageur méthodique.

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Que j'envie ces princes de la logistique vacancière, ces chantres de la programmation assistée par tous les moyens numériques que ce monde sans spontanéité met à notre disposition, ces rois de la gestion maîtrisée des variables aléatoires ; la météorologie devenant de plus en plus une donnée connue à l'avance !

Je leur tire mon chapeau. Ils ont tout pensé, tout prévu et tout visionné avant leur départ. Rien de ce qu'ils verront ne leur sera inconnu. C'est d'ailleurs une nécessité pour eux, car, lors de leur séjour, ils auront bien peu de temps à consacrer à la découverte, à l'admiration, à la simple contemplation. Ils auront bien autre chose à faire :l'œil toujours vissé à un œilleton quelconque pour rendre compte, désormais en direct, de leur pérégrination lointaine.

Il en est même qui se font précéder d'un drone pour suivre leurs évolutions afin de devenir eux-mêmes, éléments de la représentation. Il faut aussi préciser la présence lointaine mais, ô combien nécessaire, de quelques satellites afin de permettre la diffusion en direct « Live » comme ils aiment à dire en utilisant systématiquement des termes anglo-saxons. (On peut se demander où se trouve la vie dans cette manière formolée de vivre ses séjours).

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C'est ainsi que le touriste véritable respecte à la lettre son plan de route, son programme, le script de son reportage de vacances. C'est désormais une occupation trop sérieuse pour être abandonnée à l'improvisation. Il y a trop de spectateurs pour se permettre une absence, un décrochage, une perte de réseau.

Notre touriste-reporter multiplie les angles de vision, les modes de transmission, les supports de diffusion. Il est devenu un pôle de communication multi-média à lui tout seul. Vivre ainsi de telles vacances demande une organisation complexe pour maintenir en état de charge tout l'appareillage nécessaire. C'est d'ailleurs là le point névralgique de l'expérience.

La prise électrique disponible ne suffit plus. Il lui faut se promener avec une prise multiple pour recharger, excusez du peu : téléphone, ordinateur, appareil photographique, caméscope, dictaphone et drone. L'allume-cigare de la voiture n'y suffirait pas, pas plus que les petits panneaux solaires portatifs que l'on trouve désormais sur le marché.

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Voilà tout ce que je suis, hélas, incapable de mettre en place. À ma plus grande honte, je suis parti pour la Bresse en ayant oublié d'acheter des piles pour mon appareil photographique. J'ai dû trouver une solution de secours, provisoire et peu fiable. Mais quand nous nous sommes mis en route pour visiter l'abbaye de Cluny, j'ai tout bêtement oublié mon appareil photographique.

Là, ne fut pas le point final de l'impréparation navrante. Nous avions décidé de déguster un plat de cuisses de grenouilles, ce qui nous mit un peu en retard sur l'heure de départ. Il me semble nécessaire de vous préciser que les grenouilles ne venaient ni des Dombes ni de Bresse mais hélas d'Égypte, ce qui explique qu'elles avaient la cuisse ferme. A notre arrivée devant la somptueuse abbaye, il était déjà 16 heures et le guichetier, fort aimable nous précisa qu'il n'était pas raisonnable de commencer une visite qui devrait s'achever à 16 h 45. Curieux horaire qui avait échappé à ma vigilance légendaire.

C'est donc à un modeste tour de ville que je dus me contraindre. Décidément, le monde n'appartient plus à ceux qui ne prévoient rien à l'avance. Il y a pourtant un dieu pour les ivrognes et les imprévoyants notoires. Sur la route de retour, abattus et moroses, nous allions rentrer bredouilles quand le hasard d'une pancarte éclaira notre journée.

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À l'entrée d'une bourgade au nom évocateur : « La Roche Vineuse ! » un panneau indicateur précisait que « le Château de la Greffière » était ouvert. J'avais rencontré ces excellents vignerons dans une foire aux vins et aux fromages où un ami m'avait traîné de force. J'avais naturellement oublié de noter ses références. C'est donc Bacchus en personne qui veilla sur moi et me permit de sauver ma journée. J'avais enfin de quoi écrire un billet.

Je vous souhaite de mieux vous y prendre que votre serviteur. Et, si vous voulez organiser une visite du côté d'Orléans, n'oubliez pas que j'ai du vin dans ma cave. Hélas, impossible de me prévenir au dernier moment, je n'ai pas de téléphone. On ne peut se refaire, il vous faudra prévoir cette visite longtemps à l'avance ….

Logistiquement mien.

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18 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 6 mars 2015 09:37

    Bonjour, C’est Nabum.

    « Oui. Et alors ? » serais-je tenté de dire après avoir lu ce billet. Visiter des lieux, que ce près de chez soi, dans les pays voisins, ou aux antipodes, chacun s’en accommode en fonction de sa personnalité, de ses envies, des circonstances. Et, les packages de tour-operators exclus, il n’est pas un modèle de tourisme qui peut prévaloir sur un autre dès lors qu’il s’accomplit dans le respect des habitants, des traditions, et du patrimoine historique ou architectural local.

    Quant à l’organisation préalable, j’avoue en être un adepte. Non pour tout planifier à l’avance - quelle horreur ! -, mais en connaissant par exemple les horaires des trains ou des cars locaux, pour me laisser précisément le temps de me perdre dans les ruelles de vieux quartiers historiques ou sur les sentiers enchevêtrés d’un chaos rocheux.


    • C'est Nabum C’est Nabum 6 mars 2015 10:39

      @Fergus

      et alors ?

      Mais rien si ce n’est le plaisir de décrire les humains tout en me moquant de moi.

      je ne juge pas, je m’amuse des travers 

    • Paulo/chon 6 mars 2015 09:49

      Bjr Nabum,
      Publivore de mon état, cisco m’avait enchanté avec sa boite d’agrafes dans un bureau en fébrile activité. Mais il paraitrait que le rechargement peut se faire au gaz. Je sais mon humour me dessert.


      • C'est Nabum C’est Nabum 6 mars 2015 10:40

        @Paulo/chon

        L’humour ne dessert jamais, il met le couvert afin de protéger son adepte 

      • P-Troll P-Troll 6 mars 2015 10:14

        Il ne faut pas confondre touriste, voyageur et aventurier (ou explorateur) :


        - un touriste consomme un produit touristique acheté à un voyagiste (tour operator). Il attend, en contre-partie du prix payé, une prestation qui lui garantisse la meilleure qualité de visite ou de séjour , sans effort d’organisation de sa part. Aucune aventure.

        - un voyageur organise lui-même l’activité de découverte de sites décrits par des guides ou des explorateurs, rationnellement, en calculant son itinéraire et son budget. De la découverte, mais pas d’aventure.

        - un explorateur découvre des sites ou des peuples encore ignorés des membres de sa propre communauté. Il prend des risques de toutes sortes, et son plaisir est justement celui-là. C’est ça, l’aventure.



        • C'est Nabum C’est Nabum 6 mars 2015 10:41

          @P-Troll

          Je confonds, j’en suis navré ...

          Je constate à quel point le sérieux est de mise moi qui ne fait que m’amuser des circonstances

          Je suis un périgrinateur des mots et des situations, je vous en demande pardon

        • P-Troll P-Troll 6 mars 2015 11:20

          @C’est Nabum
          oh, moi je dis ça, c’est pas pour vous embêter,

          c’est parce que rien ne m’énerve plus que des bobos qui rentrent d’un voyage organisé par nouvelles-frontières en pension complète, tout inclus, même les excursions et qui décclarent :

          « c’était super : y avait pas un touriste, et on a eu des contacts extras avec les locaux qui ont su rester authentiques »

          Même les chasseurs massaï ont des portables pour organiser les safaris.

        • bakerstreet bakerstreet 6 mars 2015 12:58

          @P-Troll

          Lisez donc « Water music »,de TC Boyle.

          Un livre assez jubilatoire. Ce roman-fleuve (plus de 700 pages) est le premier roman de l’auteur américain T.C.Boyle, publié au début des années 1980. Il retrace le parcours de plusieurs personnages dans l’Angleterre de la fin du XVIIIè siècle.
          Il s’attache surtout à l’histoire de Mungo Park, personnage historique dont il s’attache à retracer le parcours.
          Ce jeune explorateur, sans préparation, va découvrir le fleuve niger, se sortir de tout un tas de situations extraordinaires. 

          Reconnu, fêté, il organisera plus tard une autre expédition, cette fois très préparé, avec porteurs, argent, intendance. Je vous laisse deviner la suite, ou la lire. Un très bon roman de vacances, ou de voyage à emporter

          Ce livre nous parle donc de la grâce, de la jeunesse qui passe, en dépit de son inexpérience, et de la vanité de ceux qui savent, et sont sûrs de leur coup, du vieillissement aussi, de la bêtise de vouloir refaire un voyage 20 ans plus tard..De la sclérose et de la suffisance.




        • bakerstreet bakerstreet 6 mars 2015 14:26

          @P-Troll


          - Le touriste admet de moins en moins qu’on le nomme ainsi.C’est qu’il a le guide du routard en poche. Un livre qui a pas mal évolué depuis sa sortie.
           Un peu comme le vidal des médicaments.

          Comme le bourgeois aussi. il a pris de l’importance des certitudes, de l’embonpoint, ,de plus en plus de pages et d’adresses et de sponsors.
           Si on ne sait pas où aller, on finit pas piger rapidement qui veut vous mener, et pourquoi. 
          C’est en évitant ces adresses qu’on réussit peut être au mieux ses vacances. 

          - L’explorateur fait un peu sourire. Tout de suite vous vient cette image coloniale. Le vieux savant, la fille du professeur bien roulée, et le jeune premier marchant sur ses talons, à la recherche du cimetière des éléphants. 
          Mais que reste t’il encore à découvrir ? Si peu qu’on aurait envie plutôt de le cacher.
           C’est un peu comme pour l’érotisme, une autre forme d’aventure où il faut toujours garder des territoires interdits, un peu tabou, si l’on veut que le charme opère. 
          Gardez en ce point des réserves, et des défenses.....

          -Le voyageur.....Le mot lui a gardé sa poésie, sa langueur. On peut l’acclimater sous toutes les latitudes, pas comme la chaussure de cendrillon qui ne va qu’à un pied. 
          On voyage à Paimpol ou sur la lune avec le même bonheur,sans avoir besoin d’ordre de mission, que ce soit en fusée ou encore en rêve. 

          -L’aventurier a perdu de son aura magique. Le terme est beaucoup moins vendeur qu’autrefois. Il fait référence au pire : Les babouzes, les mercenaires, ceux qui préfèrent les tunes à la magie du fleure amour. 
          Sans compter ceux qui ne veulent plus du tout voyager, même en étant photographe, et préfère mettre la main sur le butin d’une vieille milliardaire un peu beaucoup sénile, que de se lancer dans la jungle. 

          Au moins, pendant ce temps là, les éléphants sont bien tranquilles !


        • Fergus Fergus 6 mars 2015 11:18

          @ C’est Nabum.

          « Hélas, impossible de me prévenir au dernier moment, je n’ai pas de téléphone. »

          Pas de téléphone, mais un ordinateur. Comme moi qui, outre l’outil informatique, possède pourtant un téléphone portable du crétacé servi part un abonnement de 2 euros par mois chez Free.

          L’un de mes ex-copains de boulot (et coéquipier de football) est allé plus loin : il s’est installé en Ardèche dans une vieille maison du côté des Vans. Sans électricité ni eau courante ! Le pied pour lui qui rêvait d’un retour à des conditions de vie naturelles. Hélas ! entre les premiers frimas, avec les doigts gourds pour la corvée de bois ou pour aller chercher de l’eau à la bachasse, et le diktat de sa femme pour revenir vers la civilisation de la machine à laver et du micro-ondes, l’expérience a tourné court.

          Cela dit sans rapport avec l’article. smiley 


          • C'est Nabum C’est Nabum 6 mars 2015 13:03

            @Fergus

            Je me refuse au téléphone, l’instrument de toute les discourtoisies 


          • bakerstreet bakerstreet 6 mars 2015 12:43
            J’ai bien aimé votre billet votre prétexte.

            Chacun voit midi à sa porte, même et surtout avec les décalages horaires, c’est ça qui amène parfois des problèmes de compréhension. 
            Le problème, c’est la massification du tourisme. 
            50 nuances de brodequins, ça use énormément

            Quand 3000 personnes passent tous les jours sur un sentier de montagne.
             C’est une grande fatigue qui vous prend alors, vous fait demander ce que vous foutez là. 

            Vive les chemins de traverse, la modestie, ce qui ne porte pas de majuscule. Autant pour le pays que vous traversez que la conduite à adopter. On y gagne beaucoup. Ce n’est pas pour rien que les animaux cherchent à se fondre dans la nature. 

            Ne pas perdre de vue, que le trajet compte au moins autant que la destination, et qu’en l’abolissant on tue la moitié du désir, de l’exaltation, de la découverte serpentine. 

            D’autant qu’on porte la plus grande part de la richesse en nous. 
            Notre culture, notre passé nous influence sans cesse, nous montre des splendeurs là où le commun hausse les épaules. 
            Selon que vous arriverez dans une ville par les collines, ou par la vallée, vous la verrez différente, et je ne parle pas évidemment du moyen utilisé. 

            Le vélo m’aura mis en transe, alors que la voiture m’aura ballonné. Mais je parle de moi bien sûr. On ne parle du voyage qu’en ce terme.
             Le « je » n’est pas un autre quand il est ailleurs. 
            Le voyage vous met face à vous, vos limites, vos vrais aspirations, vos capacités, tout en vous permettant heureusement, de tourner les talons. C’est là sa grâce, son sourire, après ces injonctions. 

            Moi j’aime bien aussi le hasard gouverner mes pas, en littérature comme en voyage assez mal préparé.
             Pour ceux que j’ai préparés, je me suis planté. Il faut faire l’éloge de l’improvisation, sans lesquelles beaucoup de rencontres et de chocs impromptus ne peuvent exister.

            J’aime bien le camping, pas seulement pour des raisons budgétaires, mais pour cette facilité qu’il offre, cette légèreté et le contact du sol et des aspérités. Une vieille nostalgie qui date de mon enfance, peut être. Quelque chose aussi de très atavique qui nous relie à l’homme premier nomade, faisant sa hutte pour le soir. 
            La Bresse, oui, pourquoi pas. Voilà exactement le style de pays que j’adore, car pas vraiment en pôle position touristique. Il y a quantité de trésors, dés que vous tournez le dos aux pancartes où l’on cherche à vous mener. Là vivent des gens heureux, pas encore fatigués par les nuées de touristes. 

            Beaucoup de vérités aussi dans les journaux de voyage. Des façons de remonter le temps, l’histoire, et aussi de suivre les pas d’hommes qui révèlent le plus profond d’eux mêmes. 
            Par exemple « Vogage avec Charley », de Steinbeck, que j’ai relu avec bonheur. 
            Et qui raconte le périple de l’écrivain vieillissant, avec son chien Charley, avec qui il ne parle que le français....

            • C'est Nabum C’est Nabum 6 mars 2015 13:04

              @bakerstreet

              J’adore ce commentaire qui est en fait un billet à lui tout seul

              Merci du fond du cœur 

            • Fergus Fergus 6 mars 2015 17:41

              Bonjour, Bakerstreet

              « Il y a quantité de trésors »

              Oui, et cela vaut pour toutes les régions, et pour tous les pays, même les moins séduisant(e)s au premier abord.


            • L'enfoiré L’enfoiré 6 mars 2015 18:04

              Pourquoi partons-nous en voyage ?

              Une histoire.qui remonte dans le temps smiley

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