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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > M comme Menteur

M comme Menteur

Les menteurs n'ont jamais été si nombreux et cette profession florissante jouit d'une excellente réputation malgré leurs brebis galeuses : les escrocs.

Elle est la première à condamner cette fraction asociale d'une communauté unanimement respectée. Ils sont difficiles à distinguer tant l'escroc est habile, retors, intelligent. Son allure est souvent fière, sa force de conviction profonde, son assurance belle, son verbe persuasif. Ces qualités lui auraient valu une carrière flatteuse au barreau, à la chambre, à la curie. L'instinct du mal, inscrit dans ses gènes ne lui a pas laissé le choix, c'est sa seule excuse.

Les autres menteurs professionnels œuvrent pour la plupart sous la garantie du gouvernement. Ils sortent des grandes écoles, ont de beaux titres, des particules. Ils sont encore plus redoutables que les escrocs qui n'en veulent qu'à votre argent. Eux ont un appétit sans limites. Tout leur est bon : votre santé, votre beauté ou ce qu'il en reste, votre peau, votre chat, votre chien, vos espoirs, vos rêves, votre vie et même votre mort. Tout cela, bien sûr, in fine, pour l'argent.

Illustrons ce constat navrant de quelques exemples :

- votre âge : certains inscrits, svp, au CAC40 vous trouvent plus vieux que nature, avec des rides, des bajoues, des affaissements, des cheveux ternes, etc. etc. Ils vous promettent de retrouver votre éclat avec une crème anti-âge, des lotions revitalisantes, leurs lignes de soins appropriés et une confiance aveugle dans des produits hors de prix, issus d'une imagination débordante, certifiés par des études trafiquées et des essais bidon.

- votre survie : elle est assurée dans un endroit paradisiaque, si vous devenez actionnaire d'une église qui vous le promet, moyennant des actions de grâce, un denier du culte, des actes de contrition et l'adoration sans restriction d'un grand père éternel, invisible et réputé tout puissant…

Prétentieux, j'ai présumé de mes forces. Pour épuiser le mensonge, il faudrait être Homère, Victor Hugo, Max Gallo ou un polygraphe infatigable. Moi, ma distance favorite, c'est 20 à 30 mots sinon je tire à la ligne et au flanc.

Je vais en finir, pour un moment, avec les menteurs, en traitant plutôt du mensonge. En prenant de la hauteur, on gagne du terrain.

J'expédierai le terrain politique puisque les deux mots sont devenus synonymes. L'encyclopédie Lafrousse en 26 volumes n'épuiserait pas le sujet et je le suis rien qu'à l'idée ! Je le traiterai comme les autres par un slogan représentatif :

-« Il n'y a que notre politique qui soit la bonne ».

-La banque : « Avec nous, votre argent va prospérer en toute sécurité ».

-L'industrie des croquettes pour chats et chiens :« Ils naissent carnivores, avec nous et grâce à vous, ils deviennent des croque-morts ».

- L'industrie automobile : « Pour avoir une belle vie, une belle femme, une belle mort, achetez notre belle voiture ».

 -L'industrie pharmaceutique : « Nous fabriquons les médicaments qui attaquent les maladies qui attaquent votre santé et, comme votre santé n'a pas de prix, il est normal que nos médicament soit chers ».

-Les médias vivent de la politique et de la publicité. Il est donc très difficile aux journalistes de ne pas être des maîtres ès-mensonges.

Malgré tout, les menteurs gouvernent, vendent, sont élus, réélus, félicités, comment expliquer cette mansuétude, leur immunité, cette fidélité ?

Je ne vois qu'une explication : la multitude qui les aime, les suit, les plébiscite est admirative de la grosseur de leurs mensonges, eux qui mentent petitement. Depuis toujours, ils ne savent dire que ;

-Ce n'est pas moi.

 -Ce n'est pas vrai.

 -Je l'ai pas fait expert.

-Je n'ai pas triché.

-Je n'ai pas copié.

-Et le plus beau : je n'ai pas menti.

Mais nos petits mensonges sont faits en petit comité, on n'est pas fier, la voix tremble, on rougit. Rien à voir avec les menteurs professionnels. Ils les tonitruent depuis des tribunes, des chaires, devant des micros, des caméras. L'œil flamboie, le geste est certain. Ils assurent, ils en sont fiers, ils n'ont pas peur. Ils bafouent la vérité, se fichent de la réalité avec une assurance, une tranquillité qui relève du grand théâtre ou d'un mépris.

Mais peut-on se contenter d'un rejet dédaigneux du mensonge alors qu'il est universelle, pratiqué par tous à plus ou moins grande échelle. Ne nous mentons- nous pas à nous-mêmes avec une ténacité que nous ne trouvons pas coupable ? Le mensonge ne serait-il pas consubstantiel à notre espèce ? Ne serait-il pas, parfois, une réaction de défense, le cri de notre système immunitaire ? Même le mensonge d'état n'est-il pas émis, non par bêtise, par sadisme, mais par la conviction portée au niveau de la certitude que c'est protéger la société que de lui mentir.

Pour autant faut-il pardonner aux mensonges ? Les petits pourraient être requalifiés sans dommage en peccadilles, les gros faire réfléchir. Les beaux et grands menteurs devraient être félicités pour leur culot, leur absence de peur d'être démasquer. Le problème insoluble provient que le menteur est un malade qui finit par se croire et dont la maladie extrêmement contagieuse trouve un terreau de choix en tous ceux qui croient ce qu'on leur dit pour ne pas se donner la peine de penser !!!

Le temps est venu de l'antithèse et donnons la parole à un grand menteur, l'avocat de la défense.

« Mesdames, messieurs le mensonge ne doit pas être confondu avec les menteurs. Il a des vertus qui rendent le monde et la vie supportables et c'est ce que nous démontrerons.

 C'est un effort méritoire que fait l'inconscient en faveur du conscient pour transformer la vérité insupportable en une vérité tolérable, provisoire qui facilite le rapport social, permet de se présenter sous un jour favorable, de gagner au lieu de perdre. Il devient une nécessité et un geste charitable pour sauver l'image qui fera plaisir à ceux qui en ont besoin.

 Le mensonge a des vertus que les menteurs n'ont pas. Ils en profitent, c'est leur salaire et, pour eux, le principal.

Le mensonge à un double rôle comme acteur de la comédie sociale et facteur de paix sociale et, au plan individuel, il contribue à l'équilibre intérieur, sauvegarde l'estime qui permet de se supporter et d'éviter le suicide qui fait si mal à ceux qui restent.

Je vous suis trop respectueux pour vous encombrer des piteux mensonges de ces misérables menteurs qui ont défrayé et défrayent la chronique parce qu'ils n'ont aucune des qualités qui sont l'apanage des beaux, des grands menteurs, les seuls qui méritent votre intérêt. Ils leur manquent de la suite dans les idées, du courage, de la volonté pour résister à l'envie de parler, de se vanter, de se confesser. Ils n'ont aucune fiabilité et sont incapables de se taire, de garder un secret. Ils sont aussi médiocres que les médiocres qui les emploient.

Les menteurs respectables sont ceux qui respectent leurs mensonges, qui ont confiance en la crédibilité de leurs mensonges. Ils sont de grands illusionnistes, de parfaits hypocrites, Ils ont aussi des qualités intérieures exceptionnelles. Elles leur permettent de rester en paix avec eux-mêmes, de ne pas avoir de remords, d'état d'âme, facteur de dépression Tout le monde n'a pas cette force de caractère. Même un entrainement débuté dans l'enfance par des peccadilles ne garantit pas la réussite.

CONCLUSION

N'est pas un grand menteur qui veut et seuls devraient être commis des mensonges parfaits, indétectables, irréfutables. Ils sont les seuls qui ne troubleront pas l'ordre établi et la paix du ménage. Hélas, le discrédit dont souffre le mensonge est dû à la médiocrité de la majorité des menteurs professionnels et, malheureusement, à celle de ceux qui les croient.

Nous terminerons notre plaidoyer par un constat qui réjouira les âmes scrupuleuses. Il bénéficie d'une indulgence plénière puisqu'il ne fait pas partie de péchés capitaux. L'Église, dans son extrême sagesse et forte d'une expérience inégalée en la matière a compris que le mensonge avait une qualité quasi-sacerdotale. Elle l'a exempté de l'opprobre qui n'a pas épargné, hélas, la sainte gourmandise, la délicieuse luxure et l'impétueux orgueil. Mais nous comprenons son hésitation à en faire une vertu cardinale.

__________


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6 réactions à cet article    


  • Dom66 Dom66 23 février 2015 18:56

    Article sympa à lire. Merci

    "Les yeux dans les yeux, je n’ai pas de compte en Suisse" smiley


    • Dancharr 23 février 2015 20:44

      @Dom66
      Allez en paix. Faute désavouée est pardonnée. 


    • alinea alinea 23 février 2015 19:37

      Les vrais menteurs ne sont pas respectables !! Ce sont des manipulateurs qui, au fur et à mesure qu’ils échafaudent leur scénario, le croient vrai, en sont convaincus, et convainquent !! Disons que c’est de la famille de la folie !!
      Bien étudié le problème récemment !!
      Mais c’est vrai que notre société est très permissive... smiley
      ...En plus, je suis d’accord avec Dom !!


      • ben_voyons_ ! ben_voyons_ ! 23 février 2015 20:34

        Monsieur l’auteur,

        Vous avez écrit un lapsus très intéressant :

        « - Je l’ai pas fait expert. »


        • Dancharr 23 février 2015 21:10

          @ben_voyons_ !
          Merci de votre commentaire, monsieur l’expert. Je suis intéressé. Vous en déduisez quoi ? 


        • soi même 24 février 2015 12:02


          Vous avez raison, il y a des calamités qui en deviennent des vertus, et le danger est d’autant plus grand que l’on pourrait croire que c’est anodin !
           

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