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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Nous allons revoter pour les présidentielles

Nous allons revoter pour les présidentielles

Oh, cela paraissait anodin au tout début. Une bonne idée sortie de derrière les fagots. Cela se passait lors d’une réunion transparente, de quelques encagoulés, masqués, chapeautés, avec mots de passe et habit gris muraille. Ils étaient tous là. Oui tous, lesquels ? Les durs, les fidèles les cracheurs croix de bois, croix de fer si je mens je vais en Enfer. Les réservistes, les tatoués, les durs à cuire et à faire cuire, les plus belles langues de bois et les plus affûtées langues de vipère, les meilleurs manipulateurs de slogans, les vifs, les forts en gueule.

Voilà mes amis, ils étaient tous réunis un mercredi dans les caves enfumées et secrètes du château. Il y avait le chef, la chanteuse folklorique, le pince-fesse, le teigneux, l’agent d’assurance, le calculateur. Enfin tous. Sauf... oui sauf le PM, non le pistolet mitrailleur 45 révisé 68, non le Premier ministre. Lui, il est là-bas à Matignon, pour repeindre les murs, parfois faire un tour en aéroplane, dire quelques bêtises, et retourner en Sarthe en attendant les prochaines 24 Heures du Mans. Parfois il se lamente auprès de son frère qui lui joue une ballade au piano. Evidemment à la maison cela ne va pas fort, et oui son épouse est Galloise. Le chef n’étant pas doué en géographie il confond avec l’Irlande.

Dans les caves du château, on a compris. Le PM a concocté pour se venger du poste de serpillière que le big chief lui avait réservé de couler le bateau Europe aidé par sa moitié. Et on avait même la preuve, la preuve absolue de sa duplicité : il portait orgueilleusement le même prénom que Mitterrand ! Il fallait contre-attaquer. Alors les idées fusent. Ce ne sont que cris de poules et de coqs. La basse-cour s’échauffe et le chef donne du gourdin. Une pagaille indescriptible. Soudain, une voix s’élève. Un chant à percer les tympans, même les églises s’affolent. Et au travers des mains qui bouchent les pavillons auditifs et empêchent de se mettre le doigt dans le tuyau, le fameux auriculaire, le son adouci du chant guerrier fait tilt. L’idée n’est pas si mauvaise. Et même si ces damnés irlandais nous ont battus au rugby, la démocratie vue d’en haut veut que si le peuple n’est pas d’accord, il faut le contraindre à être d’accord. Les Irlandais revoteront ! Le Chef a tranché.

Et le silence de se faire, et les sourires de s’élargir, et la panse de se dilater, et le coq de se dresser sur ses ergots. Cocorico ! Voilà une idée quelle est bonne ! Et chacun y va de son compliment, de sa flatterie, de son baiser dans le cou (non celle-là c’est dans le noir entre l’agent et la Castafiore. Pardon, on avait dit pas de nom, pas de signes distinctifs.) Alors tous les communicants s’y mettent. L’un dit : on ne peut laisser passer cette idée géniale et révolutionnante sans en donner l’écho et l’éclat nécessaire. Cette idée est l’idée, le point d’orgue, l’alpha et l’oméga, l’essence de toute chose, l’origine non du monde car Courbet est mort, mais du Cosmos. Hurrah ! Vive le prince et Machiavel ! Une idée qui résume la philosophie des biens-pensants, des démocrates, des élus de la nation et du peuple. Allons et faisons revoter. Et l’un de dire, ces salauds m’ont battu aux municipales, revotons ! Et Paillé (non je ne l’ai pas dit) - de se récrier, ces cochons-là m’ont battu aussi ! Revotons ! Et chacun d’y aller de son couplet : et moi et moi et moi entend-on résonner sous les voûtes. Et ce fut l’euphorie. Le chant de guerre, la danse des sioux autour du feu de l’autodafé de la démocratie, en file indienne, sur l’air de la Carmagnole, et pour d’autres dans un vacarme assourdissant sur celui de la danse des canards, tous hurlaient de plus belle : Revotons ! Revotons ! Et c’est à cet instant d’intense folie joyeuse que dans l’esprit d’un des brillants proches conseillers du Grand Sachem, celui dont l’initiale du nom est un G, alors que les uns virevoltaient comme des soufis, et d’autres deux par deux faisaient des pas de menuet, et que l’assureur et la Castafiore se lançaient dans un paso doble endiablé, germa cette idée sur le terreau de la jalousie et de la haine envers un certain DDV qui avait eu en son temps l’illuminante idée de dissoudre l’Assemblée nationale avec le résultat escompté, cette idée qui allait révolutionner la politique, se disant que tous les électeurs des bureaux de vote qui avaient placé la Madone du Poitou en premier se trouvaient, suivant cette nouvelle règle du : revotons, dans le juste de droit de dire : et si nous revotions pour la présidence de la République dans les seuls bureaux de vote qui l’ont placé en tête ! Ce fut le grand blanc. Au château, on en a quelques-unes en réserve des comme cela, mais qui ne franchissent pas toutes le portail de l’Elysée. Las, le soupirail était ouvert, l’exclamation enregistrée, les bons servants ont pris cela pour un ordre et tout ordre sorti des cerveaux multiples du guide est un ordre pour la France à exécuter dans l’heure et, la semaine suivante, la France revotait comme l’exige la nouvelle donne démocratique mise au goût du jour par Sarkozy : quand le vote ne vous plaît pas, revotons.

Depuis le 18 juin 2008, la légitimité de Nicolas Sarkozy est équivalente à celle qu’il a conférée au Non irlandais.


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19 réactions à cet article    


  • Gasty Gasty 20 juin 2008 10:18

    Bien vu .



      • Marsupilami Marsupilami 20 juin 2008 11:18

         @ L’auteur

        Très drôle et bien vu. Bon, ne revotons pas trop vite sans quoi on va se retrouver avec Démagolène du Poitou à la place du fou furieux...


        • Traroth Traroth 20 juin 2008 12:02

          Oui, mais entre deux maux il faut choisir le moindre. Et Royal n’a pas la même capacité de nuisance que le jobard actuel.


        • HELIOS HELIOS 20 juin 2008 12:30

          maintenant qu’elle a été a bonne école, ce sera pire : même methode avec la sensibilité féminine... la vraiment nous l’auront bien et définitivement dans le.... oups, pardon, c’etait grossier, excusez moi !


        • Traroth Traroth 20 juin 2008 15:01

          Que voulez-vous dire par "à bonne école" ? Vous avez un scoop ?


        • Gilles Gilles 20 juin 2008 15:16

          C’est ça traroth, votons pour le moins pire !

          Autant ,ne pas voter, se serait plus parlant. Un Sarko reélu avec 65% et 70% d’abstention ça aurait plus de gueule


        • Traroth Traroth 20 juin 2008 16:00

          Ce n’est pas seulement une question de gueule, mais aussi d’intérêt purement pragmatique. Vous croyez que ça m’enchante de voter pour "le moins pire" ?

          Malheureusement, avec notre système démocratique actuel, j’ai peur que ça ne soit une fatalité : le plus ambitieux gagne, et le plus ambitieux, c’est rarement celui qui est le plus apte à exercer la fonction. Ca serait même plutôt l’inverse : celui qui veut le pouvoir pour lui veut rarement le bien du Peuple.


        • HELIOS HELIOS 20 juin 2008 16:27

          mmmhhh, moinser un message uniquement pour une ilitiale et quelques petits points...

          "a bonne école" veut dire, en l’occurrence que SR aura beaucoup appris du passage a l’Elysée de NS. En effet, à voir comment le président actuel nous a manipulé en prétendant que tout ce qu’il fait a été choisi par le peuple puisqu’il a été élu est proprement scandaleux.

          Parallelement, SR n’est pas connue pour son écoute du peuple, ni même des autres élus (souvenez vous de celui qui voulait prendre la parole avant le vote...). SR a l’Elysée, avec son fonctionnement personnel et l’exemple de Sarkozy avant, mon dieu, mon dieu...

          Donc, pour mettre les points sur les i de mon commentaire, changer NS pour SR en 2012, ce serait probablement la pire catastrophe qu’il pourrait arriver au pays. Tiens, LE scoop... je pense que Martine Aubry serait de loin bien meilleure, et pourtant, mon dieu que je ne l’aime pas cette bonne femme.


        • Traroth Traroth 20 juin 2008 16:39

          Bref, une autre manière de dire que Royal serait pire que Sarkozy. Ce qui est ridicule, à l’évidence. La pire catastrophe pour la France, c’est *en ce moment* !!!


        • HELIOS HELIOS 21 juin 2008 23:24

          vous avez raison, le pire c’est en ce moment !

          mais comme la fable "les grenouilles qui demandent un roi"... lisez cela, c’est sympa
          scripty.fr/index.php/2007/05/30/21-les-grenouilles-qui-demandent-un-roi
          on ne sait pas vraiment de quoi demain sera fait... avec SR....


        • chmoll chmoll 20 juin 2008 12:43

          ouié ouié ,alors pour chmoll taper 1 !! pour sarko taper d’ssus !!


          • Olga Olga 20 juin 2008 12:52

             

            Tout ceci n’est qu’une fiction, heureusement. Vous imaginez le pays des droits de l’homme dirigé par un prince (qu’on sort trop souvent... Attention c’était un jeu de mot à deux balles) autoritaire, entouré de marquises et de sous-fifres nommés par sa Majesté ? Non bien sûr. Ces personnages n’ont rien à voir avec la réalité d’une démocratie saine et mature . C’est une fable, qui a pour but de prévenir l’électeur de ce qui pourrait arriver, si son vote était détourné par des gens mal intentionnés.

            Mais les français sont vigilants. Jamais ils ne choisiraient un bourrin, pour mener le trot de la grande course nationale. Quoique pour le Grand Prix d’Amérique, on peut se contenter d’une simple bourrique.


            • JL JL 20 juin 2008 13:27

              Excellent et très drôle. L’ironie, c’est qu’on a avancé le référendum irlandais parce qu’on craignait que les décisions qu’on se prépare à prendre sous la présidence de Sarkozy ne soient un motif de refus. C’est dire si ces décisions sont démocratiques !



                • anny paule 20 juin 2008 15:43

                  Très bien vu !

                  Pour le dessert, "notre champion de la démocratie" serait, si l’on en croit le Canard de mercredi 18 juin, (mais le Canard n’avance rien sans preuves !), l’élu de la Fondaion Elie Wiesel pour l’Humanité, et recevrait, le 22 septembre prochain, à New-York, le "prestigieux prix humanitaire, prix qui "récompense des êtres exceptionnels qui ont consacré leur vie à combattre l’idifférence, l’intolérence et l’injustice" !!! 

                  Etonnant, non ???


                  • Aleth Aleth 20 juin 2008 17:31

                    @ l’auteur

                    Bonne idée... Puisque selon $arkozy la démocratie, la volonté du peuple ne vaut pas mieux qu’un sondage, il n’est alors pas plus président de la France que Cindy Sanders une physicienne. Un an qu’il est sur le trône et il est plus détesté que Chirac en fin de règne. Si l’on devait voter à nouveau pour élire un(e) président(e) de nos jours, $arko ne passerait pas le premier tour. Mais malheureusement pour la population les dés sont pipés, et l’on ne re-vote que lorsque le roi l’a décidé...


                    • vivelecentre 20 juin 2008 17:49

                      au contraire ! , les etudes d’opinion demontrent regulierement, aujourd’hui encore , que confronté au même mediocres candidats ( Royal , Bayrou , Le Pen ) Sarkozy serait encore largement elu !


                    • vivelecentre 20 juin 2008 17:47

                      l’auteur nous fait profiter de sa grande finesse d’esprit , de sa non moins fine ironie pour ne pas manquer de de-zinguer au maximum la Sarkozie

                      En bon petit soldat du maître Bayrou, tout les occasions sont bonne pour démolir l’adversaire

                      On est bien loin de l’idée qui aurait pu être intéressante au modem, dire quand c’est bien et quand cela ne l’est pas ,être objectif et pas systématiquement opposé... voeux pieux....

                      Qu’importe puisqu’ici, l’auteur trouvera largement son public , amateurs inconditionnels de la raillerie permanente, la critique tout azimut, sport favoris bien franco français, surtout venant de gens qui ne prennent jamais leur responsabilité

                      F Bayrou , maître suprême de ce courant de pensée , en est la figure emblématique ..

                      Lui qui refusa plusieurs fois le poste de premier ministre ( enfin n’exagérons rien , il n’ y a que lui qui pretend à cette histoire.....) et compte tenu de son passage laborieux à l’éducation nationale où à la première difficulté venue , il a abdiqué et s’est réfugié dans une pleutre cogestion avec les syndicats est le héraut de ces fantassins de la critique sans discernement et généralisé dont l’auteur s’en est fait une spécialité

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