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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Plan social …

Plan social …

De l'inversion de la courbe dans la langue de bois ! 

Le redressement et ses revers.

Les annonces ne cessent de se suivre ; on brade, on casse, on ferme, on liquide à tour de bras dans notre beau pays qui envisage un jour de sortir de la crise. Heureusement, nous avons un ministère du redressement national ! On se demande aisément ce qu'il serait advenu sans ce merveilleux emplâtre sur une jambe de bois …

Mais le temps n'est pas à la critique des agitations vaines et pitoyables de notre bon bourguignon de service en marinière. Il est d'usage de ne pas tirer sur une ambulance, surtout si celle-ci tient davantage encore du corbillard de première classe. Nous n'avons plus que nos yeux pour pleurer la grandeur de notre pays et le redressement relève désormais de la méthode Coué

Ce qui m'exaspère au plus haut point c'est que nos chers médias continuent d'appeler « Plan social » une calamité qui ne mérite aucun des deux termes de cette formule creuse et déshonorante pour ceux qui en sont les victimes. Il me semble qu'un plan a toujours été destiné à construire quelque chose où à fixer une direction, une perspective d'avenir.

Où avez-vous vu la plus petite promesse de lendemains heureux dans cette kyrielle de mauvaises nouvelles ? Où sont les projets pour les pauvres ouvriers à qui l'on envoie cette maudite lettre de licenciement ? Quel destin pour ces sacrifiés de la conjecture, de la bourse et de l'économie libérale ? Ce mot plan est une insulte, un déni collectif de l'horreur réelle qu'il implique. Il serait grand temps d'appeler un chat, un chat et un coup tordu, une mauvaise nouvelle, une abomination, une saloperie sans nom.

Quant à ce « social » qui est censé adoucir la dureté de la réalité, il y a bien longtemps qu'il a perdu toute signification. On peut d'ailleurs avoir une petite idée de la perte de sens quand on observe que le gouvernement actuel se prétend socialiste. Il serait grand temps de penser une nouvelle définition pour ce mot désormais sans saveur, sans espoir, sans générosité ni ambition. Le « social » est mort ; seule l'économie préoccupe nos élites.

Alors cessez donc d'égrener à longueur d'antenne ces plans sociaux qui ne s'inscrivent que dans un seul dessein : faire de ce pays un désert industriel. Osez les formules qui tuent : « Une nouvelle charrette de condamnés sociaux est annoncée en Bretagne ». « L'industrie agro-alimentaire prévoit une autre coupe sombre et élimine du marché de l'emploi quelques milliers de sacrifiés ». « Le fabricant d'appareils électroménager organise un grand sacrifice humain qui touchera huit cents condamnés ».

Les catastrophes ressembleraient davantage à ce qu'elles sont vraiment : une mort à petit feu pour des familles entières qui vont progressivement renforcer l'immense masse des pauvres, des laissés pour compte, des exclus du partage. Car, tout va leur tomber sur la tête ; le chômage d'abord, l'absence d'emploi de substitution ensuite, la disqualification par l'âge et le manque de diplôme, la perte des ressources, la dévaluation de la valeur d'une maison qu'il sera impossible de vendre dans une région sinistrée …

Tous les problèmes s'accumulent, la morosité, la pauvreté, la solitude, l'oisiveté, la honte et maintenant les insultes des gens qui travaillent, qui méprisent les assistés, qui refusent de participer à la solidarité nationale. Les mêmes qui s'enrichissent sur cette casse orchestrée, refusent leur obole pour en financer les conséquences humaines. Ce monde est fou et devient une jungle impitoyable.

Alors, de grâce, envoyez aux oubliettes cet oxymore honteux. Un licenciement n'a rien de social, ne relève d'aucun plan. C'est une défaite, un échec collectif, une catastrophe qui ne touche pas que les pauvres destinataires de lettres recommandées. Nous devons tous nous sentir concernés, responsables et solidaires.

Nous devons changer ce modèle économique qui privilégie des rentiers inutiles au détriment des travailleurs. Commençons par refuser les expressions anesthésiantes, les mots qui font illusion, les cautères impuissants. Ce sera un premier pas vers une prise de conscience collective de l'état réel d'une économie abandonnée à la folie d'un système inhumain.

Lexiquement vôtre.


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17 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 7 février 2014 08:43

    Au pays des « MOTS » qui cachent la réalité...Avec Montebourg (la cinquième roue du carrosse)...Istrion du gouvernement pour mettre de la joie chez les chômeurs...capable de faire passer du papier journal pour du papier de soie...la vie devient plus belle pour les fermetures d’usines...L’âne Martin devenu membre du PS en est la preuve.. ?


    • C'est Nabum C’est Nabum 7 février 2014 11:13

      Claude-Michel


      Nous pourrions en rire si ce n’était pas la réalité ! 

    • Pale Rider Pale Rider 7 février 2014 09:38

      Pourquoi cet excellent article est-il classé dans les « parodies » ? Il serait mieux en « Tribune libre ». J’y souscris entièrement.

      Le vocabulaire et ses dérives sont éloquents. Par exemple, avant, on parlait du « personnel » ; aujourd’hui, ce sont les « ressources humaines », comme celles qu’on prenait et jetait dans les camps de concentration. Il est significatif que lesdites ressources ne soient guère plus considérées comme humaines par les crapules nationales ou internationales qui virent des tombereaux entiers de travailleurs pour accroître des fortunes qu’ils ne peuvent même plus compter, qu’elles ne l’étaient par les nazis.
      La seule différence, c’est que les concentrations s’affaiblissent dans les usines, mais s’accroissent dans les banques des paradis fiscaux.

      • C'est Nabum C’est Nabum 7 février 2014 11:14

        Pale rider


        la parodie, c’est ce gouvernement et le précédent.
        La parodie c’est le mensonge pour unique mode de gestion
        La parodie c’est la langue de bois élever en système de pensée

      • colza 7 février 2014 10:10

        Nul doute qu’il doit exister au sein de la fourmilière administrative, technocratique et fonctionnarisante un Bureau des Termes Abscons, Lénifiants et Anesthésiants où d’Obscures Lumières sont employées à pisser du mot ambigu, obscur et dénué de sens.


        • C'est Nabum C’est Nabum 7 février 2014 12:28

           colza


          Oui, c’est le bureau des oxymoristes tristes ! 

        • arnulf arnulf 7 février 2014 10:56

          Il faut quitter l’europe (petit e ) et l’euro le plus vite possible et retrouver notre souveraineté. Abandonner le boboïsme aux bobos purs et durs avec les pauvres et mous avec les riches pour nous occuper de notre pays. Protéger nos emplois, remettre en ordre l’enseignement et arrêter les folies et autres théories du genre. Allez vers le tirage au sort de ceux qui vont nous diriger pendant un moment comme dirait E. Chouard. Rendre vraiment indépendante la « justice ». Traiter Dieudonné comme tous les autres citoyens. Et tous les citoyens à égalité y compris les élus et autres privilégiés.
          Qu’est-ce que c’est simple ! Y a pu qu’a.


          • C'est Nabum C’est Nabum 7 février 2014 12:30

            arnulf


            Laissons Dieudonné je vous prie tout en lui accordant le droit de s’exprimer dans la légalité et chassons tous les professionnels de la politique.

          • Pale Rider Pale Rider 7 février 2014 14:06

            Entièrement d’accord avec C’est Nabum, y compris la restriction sur Dieudonné.

            Votre pseudo ainsi que votre présentation ligérienne ne seraient-ils point l’indice que vous êtes d’Orléans ?..

          • C'est Nabum C’est Nabum 7 février 2014 18:04

            Pale Rider


            Pour mon plus grand maleur
            Je suis le Dieudonné de notre bon prince

            Lors du Festival de Loire, moi qui n’ai de cesse de parler de la Loire, d’en écrire des fables et de la raconter aux gens qui viennent sur nos bateaux, je suis mis à l’écart comme un pestiféré pour avoir osé me dresser face à sa toute puissance.

            Seule la langue de bois flotte à ce moment là.



          • jako jako 7 février 2014 11:46

            Très bien Nabum, je l’ai dit souvent dans mon entreprise le terme PSE est pour moi au mieux du cynisme. Quand on entend sur toutes les radios en ce moment au sujet de Mory , que 2200 emplois seront « sauvés » (marketing de com) au lieu de dire que 2800 familes sont désormais dans la merde, cela m’énerve aussi le temps est venu de nommer les choses par leur vrai nom.


            • jako jako 7 février 2014 11:49

              j’ajouterais, vous savez comment ils nomment cela entre eux au CIO ? du dégraissage !!!!


            • C'est Nabum C’est Nabum 7 février 2014 12:31

              jako


              Nous avons les médias que l’on mérite

              Pourqui diantre il y a encore des gens pour regarder les journaux de 20 heures ?

            • Lisa SION 2 Lisa SION 2 7 février 2014 15:00

              Ce pamphlet riche en juste sémantique bien mené par un professeur digne d’un ministère de l’enseignement public, doublé de commentaires pertinents, n’est pas un coup d’épée dans la Loire mais une flèche de Spartes vers la capitale.


              • C'est Nabum C’est Nabum 7 février 2014 18:06

                Lisa SION 2


                Vous savez je ne suis pas dupe
                Le coup d’épée dans l’eau me va mieux. Il ne faut pas se faire d’illusions

                Ils ont autant de mépris pour nous que nous avons de colère contre eux ! 

              • lautrecote 8 février 2014 08:15

                Bonjour
                J’adore cette prose smiley
                Je fais juste une remarque de détail : vous parlez du « ministère du redressement national », je croyais que le titre exact était « du redressement productif » (ce qui, en soi, est encore plus choquant...) ?
                A moins que le nom ait été changé entretemps ? Et on ne m’aurait rien dit ?

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