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Un point de situation

En exclusivité mondiale Agoravox, l’interview d’une personne croisée dans un bar se prétendant ministre de la Culture.

- Bonjour, Madame.

- Bonjour. Vous remarquerez dans la chambre de la reine les plafonds peints par François Boucher et...

- Euh... bonjour Madame la ministre.

- Ah oui, j’oubliais. (Songeuse) C’était le bon temps à Versailles. Jean-Jacques l’a compris. "Ambassadeur culturel", comme Renaud, ça doit être une bonne planque aussi...

- Madame la ministre, comment sont vos relations avec vos collègues du gouvernement ?

-  (Mécaniquement) Nous formons une bonne équipe, unie sous la direction dynamique du présid... euh du Premier min ... du patron, quoi. (Une pause) C’est horrible. Ils n’arrêtent pas de hurler.

- En quoi consistent vos fonctions ?

- Nicolas me donne des courses à faire pour ses amis. Quand je pense qu’il m’a fallu une agrégation de lettres pour ça. C’est vrai que la culture est dévalorisée, quand même.

- Quelles sont ces courses ?

- En ce moment, j’en ai quatre principales : la riposte graduée, la réforme de France Télévisions, la presse écrite et les intermittents. C’est très lourd à porter.

- Alors par exemple la riposte graduée, c’est une course pour qui ?

- Vivendi, Bouygues... C’est la suite d’un truc d’il y a deux ans qui consistait à protéger leurs CD. Ça a trop bien marché : les clients n’ont pas réussi à les lire. Alors on va faire une autre loi pour qu’ils aient le droit d’enlever les protections.

- Elle doit bientôt passer au Parlement. Êtes-vous confiante ? La loi précédente y avait connu quelques vicissitudes.

- Elle était passée en urgence fin décembre. Je ne ferai pas la même erreur : la mienne passera en urgence en novembre. Et puis on a expliqué d’avance aux députés que s’ils ne la votaient pas ils ne passeraient plus jamais à la télé.



- Certains disent que ce projet de loi n’est pas conforme au nouveau droit européen.

- Ils ne passeront pas à la télé.

- Et la réforme de France Télévisions, c’est une course pour qui ?

- Vivendi, Bouygues... Leurs télés ne gagnent plus assez de sous avec la publicité, alors on supprime celle de France Télévisions, qu’on remplacera par un nouvel impôt.

- Quelle en sera l’assiette ?

- On a essayé les sèche-cheveux, les nettoyeurs haute-pression... Mais on a eu du mal à trouver des volontaires, je ne sais pas pourquoi. Le service public, c’est quand même une grande cause nationale, comme le gaz et l’électricité. Alors finalement, on a décidé que, quand on aurait obtenu la baisse de la TVA sur la restauration, on la compenserait par une nouvelle redevance audiovisuelle.

- Et en attendant ?

- En attendant, je ne vais pas au restaurant, c’est trop cher.

- Et la presse écrite ?

- (Mécaniquement) Dassault, Lagardère... Les journaux ne gagnent plus assez de sous et...

- Au fait, pourquoi les médias touchent-ils moins de publicité ?

- (Songeuse) C’est peut-être un peu ma faute. Je les ai incités à être plus culturels. TF1 est devenue élitiste. Alors le public a préféré la pornographie sur internet. Et puis il y a le "journalisme citoyen". Vous n’écrivez pas pour Agoravox, au moins ?

- (Dignement) Soyez sans crainte. Alors vous allez aussi supprimer le service public ?

- Il n’y en a pas. Non, je vais réunir une commission avec des groupes de travail et des tâches bien précises pour réfléchir à l’avenir du métier de publi-journaliste.

- Et à la fin ce sera une subvention ou une niche fiscale ?

- On ne peut pas donner de subventions, puisque les caisses sont vides. Nous définirons un statut fiscal particulier pour les entreprises de presse qui s’engageront à une certaine déontologie, comme ne pas trop parler de criminalité sauf en périodes d’élections.

- Et les intermittents, c’est une course pour qui ?

- Vivendi, Bouygues... C’est l’ancêtre du RSA, inventé par Martin, Bouygues pas Hirsch, pour ses employés de TF1. (Professorale) Quand la télé est allumée, on les voit. Quand elle est éteinte, on ne les voit plus et on ne les paye plus. C’est pour ça qu’on les appelle "intermittents". Au début, ils touchaient une allocation quand ils étaient éteints. En janvier, je dois leur annoncer qu’ils n’en auront plus. Ça va être facile avec la crise financière : je vais leur dire que les caisses sont vides. (Avec un brin de coquetterie) Ça sera un grand numéro de pleurs. Je m’entraîne depuis un moment avec du Giraudoux et du Corneille. "Malheureux objet d’une injuste rigueur..." Il faut relancer le spectacle vivant.

- Le président ne vous avait-il pas demandé aussi de réfléchir à la possibilité d’une plus grande concentration dans les médias ?

- J’hésite parce qu’ils ne sont plus que trois ou quatre, et je n’aime pas faire de la peine.

- N’aviez-vous pas annoncé aussi une réflexion sur la défiscalisation du marché de l’art ?

- J’ai vérifié : comme tous mes prédécesseurs ont fait la même chose, il n’est déjà plus taxé du tout.

- Que considérez-vous important dans vos fonctions ?

- (Olympienne) Etant données les tensions que l’on peut subir, il faut savoir garder son calme en toutes circonstances.

- De quoi avez-vous été le plus fière dans votre poste de ministre ?

- D’avoir eu la peau de Benamou. Ciel, qu’il a pu m’agacer ! Je ne suis pas méchante, vous savez, mais des gens comme ça, je les découperais en fines rondelles macérées au vinaigre (écumante) avant de les donner aux cochons et...

- Merci pour cette interview, Madame la ministre. Avez-vous un message particulier pour les Français ?

- Il faut qu’ils arrêtent de regarder la pornographie étrangère que l’on ne peut pas taxer et regardent de la vraie création française comme "l’île de la succombation". (Une pause) Seigneur, quel métier... (Inspirée) "Adieu. Ce mot lâché me fait rougir de honte".



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