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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Une grande cause nationale

Une grande cause nationale

Le diagnostic est connu, la maladie chronique, la tendance à l’aggravation. Non, je ne parle pas du déficit, de la dette, du trou de la Sécu ou de la couche d’ozone, mais du moral des Français. Une consommation de benzodiazépines, per capita, record mondial, un taux des suicides au sommet, une morosité qui plombe l’ambiance, des rides d’amertume qui gagnent du terrain, tous les signaux sont en alerte maxima. Rien n’y fait : le paquet fiscal, les heures supplémentaires, une palme d’or à Cannes, une victoire sur l’Équateur, une reine de beauté vice-présidente. Il était temps que j’intervienne, moi le familier des réflexions intenses et des causes désespérées.

Mon remède est le bon, je le sens et, avec votre aide, je le prouve. Il y va de la santé de notre grand et beau pays. C’est une demande citoyenne. Il est normal qu’elle trouve sa place dans un média citoyen. Je compte sur vous.

Habitué à cogiter dans le trivial, le terre-à-terre, l’évident, le crève-les-yeux, je ne m’attendais pas à ce qui allait m’arriver au détour d’une banale phrase du 1er chapitre du roman de LIN Yutang (Un moment à Pékin T.1) que je venais de commencer : « Si Moulane n’était pas montée dans la carriole que traînait la petite mule chétive, les choses se seraient passées autrement durant ce voyage, et tout le cours de la vie de Moulane aurait été changé ».

Déjà entraîné dans l’histoire, je continuai ma lecture en méthode rapide, impatient de connaître la suite. La vie de Moulane, l’héroïne du livre, petite fille de 10 ans ne fut pas, dans cette Chine de 1900 en plein chaos, un long fleuve tranquille. Enlevée par des bandits voleurs d’enfants, elle eut souvent l’occasion de pleurer et elle mérita bien le feu d’artifice qui, au final, conclut son beau mariage. Ce ne fut pas sans mal qu’elle en arriva là et LIN Yutang ne lui facilita pas la tâche.

C’est en pensant à ce destin qui faillit être tragique que je refermai le livre. Ce n’était pas Millénium et je n’avais pas hâte de l’oublier. Je m’interrogeais sur la responsabilité de l’auteur et sa façon, très hypocrite à mon avis, qu’il avait eu au premier chapitre, de faire porter la responsabilité du choix qui s’était avéré calamiteux sur un pauvre cocher. Parce qu’il avait quelques plaies à la tête, un autre à la mine plus joviale lui fut préféré. Ainsi l’auteur s’exonéra de tous les malheurs de son héroïne en prétendant que ce n’était pas de sa faute si elle avait choisi la mauvaise voiture.

Le procédé est indigne d’un homme de la qualité philosophique de M. LIN. S’il avait eu un peu d’humanité, l’amour des enfants, du respect pour la sensibilité et l’émotivité de ses lecteurs ne lui aurait-il pas été facile de faire monter Moulane dans une autre carriole, lui évitant ainsi 586 pages où les avanies ne lui furent pas épargnées, elle qui ne méritait que du bonheur ?

J’étais mécontent, je dois l’avouer, d’avoir surpris M. LIN Yutang dans ce flagrant délit, moi qui en avais fait mon maître à penser depuis la lecture de L’Importance de vivre.

Je surmontai un court moment d’accablement profond car une illumination me saisit. Un moment à Pékin n’était pas un cas fortuit. J’aurais dû, j’aurais pu m’en apercevoir depuis longtemps. A y bien réfléchir, un lecteur moyen est confronté à ce genre d’épreuve en permanence, si l’on excepte les biographies, les essais, les livres d’histoire, les ouvrages techniques. Les romans, c’est-à-dire l’essentiel des lectures de ceux qui aiment s’évader, rêver, se mettre dans la peau des autres, de ceux qui ne sont pas contents de la vie qu’ils mènent, n’ont pas peur d’aller sous d’autres cieux, dans d’autres époques, qui se sentent à l’aise dans les bas-fonds, les châteaux, le Space-opera, l’héroïc fantasy, sont remplis de personnages infâmes, de situation stressantes et d’horreurs sans nom. Il suffit que l’intrigue soit bien menée, les héros convaincants, la langue bien pendue et le style enlevé pour nous emprisonner dans leurs pages.

Des millions de livres ont répondu depuis Gutenberg à ces critères. Les quelques milliers que j’ai lus n’ont jamais assouvi ma faim d’en savoir un peu plus sur ces mondes et ces vies inconnus. Et, cependant, la sagesse vient de me frapper de cette évidence. Tous ces écriveurs que je croyais des bienfaiteurs l’étaient-ils réellement ? S’ils aimaient tellement ceux pour qui ils écrivaient, n’auraient-ils pas eu la mansuétude de mieux les traiter ? Ne leur auraient-ils pas épargné toutes les turpitudes, les assassinats, les tueries, les enlèvements, les désespoirs, les larmes, etc. dont leurs livres sont pleins ? Ils nourrissent leurs héros et héroïnes d’une psychologie dépressive, d’expériences malheureuses, d’une enfance maltraitée, d’amours ratées, de naufrages familiaux ou transatlantiques, de banqueroute, de défaite, d’accidents de la route ou d’avions.

Les âmes sensibles, comme la mienne et certainement la vôtre ne se seraient-elles mieux portées, en seraient-elles là où elles en sont aujourd’hui si, au lieu d’être gavés de luxure, de haine, de massacres, de déchirements familiaux, sociaux ethniques, religieux, on nous avait, dans les livres, apporté un message de paix, de bonheur, de plaisir, d’entraide, de joie partagée, des mères toujours aimantes, des pères toujours présents, des fils jamais ingrats, des filles jamais légères et parfois mères à la fois, des flics jamais ripous, des femmes jamais fatales, des hommes jamais petits, des soldats toujours vaillants, une nature préservée, de l’eau pure, des Américains tranquilles, des sentiers de la gloire interdits aux convois militaires ?

Une grande idée, la vôtre maintenant, venait de jaillir. Elle allait révolutionner le monde littéraire et changer notre façon de lire les choses. De la même façon que nous sommes ce que nous mangeons, notre pensée se nourrit de ce que nous lisons. Nous ne faisons alors que recycler, à notre profit et sans le savoir, ce que nous sommes allés chercher dans les livres. De la même façon que nous jetons la viande avariée, il faut balayer de ces livres les héros négatifs, les intrigues sournoises et maladives et parfois franchement pornographiques. Le climat délétère, de haine, de morosité, d’amertume, de mélancolie qui plombe notre société et l’empêche de rebondir fera alors place à un ciel lumineux rempli d’ions positifs, énergétiques, euphorisants.

Pour ceux qui auraient décroché, par la faute une hypoglycémie imprévue, d’un petit malaise, dû au vague à l’âme ou plus simplement d’un SMS inopportun, j’illustrerai mon propos par quelques livres choisis au hasard, mais pas moins emblématiques que ceux d’à-côté :

La Chasse du comte Zaroff. Vous connaissez le film de Schoedsack (The Most Dangerous Game, à partir d’une nouvelle éponyme de Richard Connell parue en 1924). Réalisé en 1932, il est devenu culte et c’est bien dommage. Le comte Zaroff, chasseur impénitent capture les naufragés qui s’échouent sur son île et les transforme en gibier qu’il va chasser sans pitié. Ce n’est, en fait, qu’une adaptation insulaire de la chasse à courre, ce sport si aristocratique réservé à une élite bien élevée et qui consiste à pourchasser jusqu’à ce que mort s’ensuive, à l’aide d’une meute de chiens hurlant et bavant de rage meurtrière, une gentille biche ou un chevreuil à peine pubère qui n’ont eu que le tort de paître dans le profond d’une clairière forestière. La course haletante des deux héros transformés par la folle passion de Zaroff en bestioles à plumes ou à cornes est insoutenable et il faut être un sadique averti et diplômé d’Etat pour s’en repaître. Le lecteur moyen est bien obligé de finir le livre pour rentabiliser son investissement. Il en ressort écœuré par tant de cruauté et son opinion sur le genre humain subit une chute difficile de corriger. Imaginez que Zaroff au lieu d’être un comte dépravé aimant faire souffrir et tuer des innocents décide, après avoir recueilli les malheureux naufragés, d’organiser, pour leur changer les idées mises à mal par la perte de leurs bagages, une course à l’échalote ou au sac, une vente de charité, un festival du dernier film, une kermesse aux étoiles, un bal costumé pour la belle Eve. Riche comme il est, il n’a que l’embarras du choix. C’est dans cet esprit que je demande que le livre soit réécrit.

Le Comte de Monte-Cristo, mon ex-préféré livre de chevet devra subir le même sort. Edmond Dantès ne mérite pas de pourrir quatorze ans dans une geôle du château d’If même dans la sainte compagnie de l’abbé Faria. Victime d’une machination infâme, nous souffrons avec lui et endurons tout ce qu’il a enduré. Sa vengeance est une satisfaction bien mesquine et ne nous rend pas toutes ses années de jeunesse perdues. Qu’avons-nous fait à Dumas pour mériter un tel sort ? Pourquoi tant de haine ? Je demanderai donc réparation et exigerai qu’un esprit mieux intentionné nous trousse d’une plume aussi alerte un comte de Monte-Cristo un peu plus positif. Il conviendra de ne pas ruiner Pierre Morrel par le naufrage du Pharaon, de rendre à Caderousse et Danglars leurs véritables caractères d’amis sincères, de compagnons dévoués. Le mariage de Dantès avec Mercédès sera célébré, consommé et récompensé de beaucoup d’enfants heureux et premiers de la classe. Il sera facile de meubler les 300 pages à venir d’aventures cocasses, de retournements de situations imprévues. La fin pourra être conservée pour les puristes qui n’auraient pas désarmé.

Les aventures des trois mousquetaires devront être expurgées de quelques scènes pénibles. Je pense au sort de Milady, sa flétrissure aurait dû suffire pour punir son infamie et lui faire perdre la tête fut un geste de trop qu’il aurait pu ne pas décrire.

Tout Dumas est à revisiter car, de La Reine Margot à La Dame de Montsoreau, il y a trop d’inventions inutilement tragiques.

Plus proche de nous, Hervé Bazin n’aurait-il pu nous présenter sa mère autrement qu’en Folcoche dans Vipère au poing ? Une telle maman peut-elle rassurer les enfants en bas âge et fournir un modèle valable pour les futures mères ? Qui me contredira si je préconise l’éradication immédiate de tous les tueurs au détail ou en série, des psychopathes, des voleurs, des violeurs, des souteneurs, des gangsters, des voyous, des flics pourris, des fonctionnaires véreux, des avocats marrons, des politiciens corrompus et ou prévaricateurs, des curés incroyables, des notaires en fuite, des vérités insoutenables. J’arrête là car vous avez compris le principe. Il suffit de changer la couleur de l’encre. De mettre des gentils à la place des méchants, des riches à la place des pauvres, des honnêtes à la place des malhonnêtes, des beaux à la place des affreux, des végétaliens à la place des cannibales, des eaux douces à la place des eaux fortes.

Un travail de titan est donc à prévoir dans la Série Noire et ses émules. Il faudra enlever, je le crains, son masque au Masque car même Agatha Christie n’est pas exempte de reproches. Je crains que le voleur libraire de Block ne soit obligé de devenir fleuriste à plein temps et son tueur à gages qui ne manque pas de logique professeur de philosophie. S’il a vraiment besoin d’assassiner pour avoir l’esprit tranquille, on tolérera un travail à mi-temps dans un abattoir ou une action de chasse en Sologne.

Les deux géants de la littérature, les hors concours toutes catégories et nationalités confondues Shakespeare et Hugo ne seront pas épargnés. Ils ont succombé à la facilité qui a mené beaucoup de leurs petits confrères et consœurs bon gré mal gré à la repentance. Pourquoi le grand Bill fait-il mourir Roméo et Juliette ? Pourquoi cette love story qui s’annonçait si bien s’altère-t-elle aussi vite dans les luttes intercommunautaires et finit dans les larmes et les deuils ? Il fallait une main bien cruelle pour tenir la plume d’oie capable d’écrire de telles horreurs qui depuis des siècles font pleurer les foules. Fallait-il être très déprimé soi-même pour vouloir chagriner tant de gens. L’ambition de faire rire n’était-elle pas plus noble ? Ce visionnaire n’avait-il pas déjà deviné que la tristesse déprime le système immunitaire de l’organisme et favorise l’apparition des cancers. Il mériterait un procès pour démoralisation avancée du lectorat et des spectateurs. Il est temps de réagir. Il sera facile de trouver une plume avisée qui n’aura pas de mal à conclure Roméo et Juliette sur une fin heureuse. Hamlet, Le Marchand de Venise et tant d’autres devront subir ce traitement. Il y a trop de personnages haineux, d’actes qui font honte à la gentillesse humaine. L’œuvre en sortira grandie, plus appétissante et digeste. Une nouvelle vie, une nouvelle carrière, un nouveau public s’ouvrent à eux. Hamlet débarrassé de son sang fera une comédie musicale très présentable.

Hugo avec Les Misérables ne nous aima pas plus.

Beaucoup de ses personnages même secondaires ont des sorts trop tristes pour être enviables. Il faut sortir les mouchoirs tant leur misère est grande. Cosette est une pauvre petite dont la fragilité dans un monde inhumain serre et déchire le cœur. On s’en remet difficilement. Pourquoi nous accabler par toute la misère du monde, pour expier quel méfait ? M. Hugo avec tout son talent aurait pu - sans même en avoir de peine - nous concocter un Cosette souriante, heureuse, vivant une enfance comme il se doit, pleine de bonbons, de crème au chocolat, de surprises parties, de poupées, de rubans et de première communion dans une famille non éclatée avec des frères et des sœurs, dans une grande maison avec chiens et chats, au soleil, à l’orée d’une belle forêt pleine de fées et de champignons. Ce n’était pas difficile. Les Misérables seraient devenus Les Bienheureux et Hugo, canonisé depuis longtemps.

Même la comtesse de Ségur, née Sophie Rostopchine ne sortira pas indemne. Pourquoi toutes ces fessées pour corriger les peccadilles des petites filles modèles. On a, ailleurs, dénoncé le sadisme de cette comtesse qui cacha bien ses tendances. Il suffira de transformer les fessées en bisous pour calmer les pensées obscènes de quelques lecteurs perturbés.

Son émule, Pauline R., quelques décennies plus tard, avec la complicité à l’édition de J.J. Pauvert, se rendit coupable d’outrage à la pudeur envers la pauvre O avec récidive et complaisance. Il faudra rendre ses vêtements et sa virginité à cette demoiselle qui, si l’on en croit son langage, était de bonne famille. Les Emmanuelles de Mme Arsan prouvèrent par la suite qu’un livre peut être coquin sans choquer et joindre aux plaisirs du dépaysement ceux de mœurs étrangères.

Je n’épiloguerai pas sur le diabolique marquis. Si l’on excepte Aline et Valcour et Français, encore un effort, tout, ou presque, est à revoir. Ce travail devra être fait sous la protection d’un exorciste qualifié du Saint Office. Je n’en dirai pas plus.

Le gros du travail gît dans le passé, sur les rayons de la Très Grande Bibliothèque. Non, pas celle d’Alexandrie, celle du quai de la Gare, la nôtre, qui n’a pas encore brûlé.

Après une visite rapide dans les réserves et ses rayons et un calcul précis, je suis en mesure de dire que, sur 25 millions, 256 001 livres en attente de lecture ou de reliure, la moitié, soit 12 456 637 auront besoin d‘être remis aux nouvelles normes.

Le travail est énorme, mais il y va de la santé physique, morale et mentale du pays. Le mauvais moral des Français empire d’année en année et, récemment, de jour en jour. La baisse du pouvoir d’achat, l’épaisseur de la dette, les délocalisations, les difficultés qu’a notre président à fonder une famille stable, la faillite de Bercy est estimée par le plus fiable des instituts de sondage, l’IPIOP (ou Institut de perception intuitive de l’opinion privée) comme étant responsable de 0,11,02 % de cette mélancolie généralisée. L’essentiel provient de la nourriture spirituelle insuffisamment joyeuse, tonique et dynamique qu’elle trouve aux étals des librairies. Il faut que cela cesse.

La Commission Attali a ignoré le problème. Aucune proposition ne viendra combattre à sa source la dépression française. Il me plaît de relever cette carence, de la dénoncer et d’œuvrer avec vous à son éradication.

Comment allez-vous faire ? Me presse-t-on de toutes parts.

Deux solutions :

- La première, celle à laquelle j’ai cru tout d‘abord, passait par la loi. Il me paraissait facile de convaincre le ministre chargé du bon moral des Français. Vous connaissez maintenant mon argumentation. Elle est évidente, la démonstration est sans appel, logique et raisonnable. Aucune objection ne lui résiste, même la censure maison s’est inclinée. J’avais simplement oublié que le ministre - en fait un ministricule - sous-sous-secrétaire rattaché à l’Agriculture, sorti 1er ex æquo de l’ENA il y a peu, n’ayant jamais lu un livre de sa vie ne savait absolument pas de quoi je l’entretenais. Pour lui, le bonheur des électeurs passait par le prix de l’essence à la pompe, la teneur en nitrates de l’eau du robinet, le nombre de portables au mètre carré et la « une » de Gala.

- Une autre option s’était bien ouverte avec la Commission Attali alors en plein travail. Il restait une semaine avant que le rapport ne soit rendu et la moitié du travail restait à faire. L’effet d’annonce ne pouvait pas attendre. J’avais bon espoir car je connaissais le conseiller d’un conseiller d’un des 42 membres de la Commission. Il adhérait à mon projet avec enthousiasme. Il m’avait prévenu. Aucun groupe de travail ne planche sur les moyens de redonner du moral aux Français. C’est envisagé comme une conséquence inévitable de l’amélioration de la situation. Une croissance en marche avant, la dette qui fond comme la calotte polaire, une éducation qui se remet à éduquer, une fonction publique qui fonctionne, les sourds qui entendent, les aveugles qui voient, les paralysés qui marchent. Tout cela va avoir un effet d’entraînement et le baromètre de la bonne humeur va se mettre à grimper, la Belle Époque revenir.

J’étais donc confiant. Désolation. Je revois l’ami bien placé le lendemain matin. Le teint pâlot il me dit : « j’étais sûr du créneau. Ils allaient discuter en séance plénière du thème "donner plus de pouvoir aux consommateurs". Comme tu veux que les lecteurs aient leur mot à dire à l’auteur. Ils étaient faits pour t’entendre. La séance était à 15 h 45. A midi, j’avais avalé à la sauvette car on était à la bourre un en-cas sur le pouce, une tranche de jambon Oméga3 entre deux tranches de pain bis. Malheur, pris par le temps, je n’avais pas eu celui de laver ma dextre et ce qui devait arriver arriva. A force de serrer des mains, j’avais pollué la mienne et avalé autant de colibacilles que de jambon. Le résultat se fit sentir dès 14 h 10. Cela me rendit indisponible et à l’infirmerie pour réhydratation urgente. Je n’eus pas le loisir de deviser avec le conseiller en chef qui n’eut donc rien à dire sur le sujet au commissionnaire qui, lui-même... tu devines la suite ».

Ne pouvant compter sur le gouvernement, il ne me reste que la deuxième solution. Elle n’est pas de rechange car, fin scrutateur depuis un demi-siècle de la chose publique et politique je savais ne devoir rien attendre d’elle. L’élimination de l’œuvre littéraire de tout ce qui met le moral à zéro ne peut venir en effet de ceux qui conspirent législature après législature, mandature après mandature à nous le faire perdre. Seul un mouvement populaire pourra imposer la réécriture d’une littérature dont l’ambition est de nous le saper. Une action de groupe, quoique pas encore autorisée, s’impose et parce que la foi déplace les montagnes, mettons-nous y, tous ensemble.

 

1re étape : il faut pétitionner pour braquer les feux de la renommée et de l’actualité sur l’action à venir. Je vous demanderai donc de poser votre nom, anonymé pour éviter de renseigner les RG en cliquant sur « commentaires ». Un chèque conséquent pour les frais de secrétariat serait le bienvenu.

2e étape : embauche dès leur démobilisation des 30 000 et quelques militaires de l’armée française qui, pour cause de caisses vides, vont être libérés de leurs obligations. Ces hommes et ces femmes, formés à la rude école de la discipline aveugle, mais cependant éclairée qui fait la force de nos armées seront les plus aptes à attaquer, dès la rentrée littéraire, tous les romans litigieux. Habitués à se fondre dans le paysage ennemi, ils sauront préserver aussi bien le style que l’inspiration. Le travail se fera de façon progressive en commençant par les grands auteurs classiques : Corneille, Racine qui, tombés dans le domaine public n’ont pas d’héritiers déclarés, ne risquent pas de protester. Ils auront à garder vivant le père de Chimène, veiller à ce que Sévère rende Polyeucte à Pauline, ne pas séparer Titus de Bérénice, etc.

Les auteurs vivants n’échapperont pas à notre sollicitude. Par la persuasion, l’appât du gain, un dialogue constructif, nous les convaincrons de donner une deuxième version plus optimiste de leurs œuvres les plus cafardeuses ou outrageantes. La menace sera employée en dernier ressort. Je compte sur vous, j’attends vos suggestions. Signalez au secrétariat les ouvrages qui vous ont fait particulièrement souffrir afin qu’ils soient prioritaires.

Rejoignez sans attendre cette croisade qui va devenir, grâce aux amoureux des Belles Lettres enfin devenues bonnes, une grande cause nationale de portée mondiale.

PS : seuls les livres à compte d’auteur ne seront pas concernés. Leur lectorat captif, confiné à la proche famille et à quelques amis malchanceux, est trop insignifiant pour être pris en compte.

 

 


Moyenne des avis sur cet article :  4/5   (8 votes)




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6 réactions à cet article    


  • SANDRO FERRETTI SANDRO 30 mai 2008 13:18

    Oui, d’un coté on peut dire que votre confrère, le Dr Destouches, ( alias Céline, pour les incultes ou ceux qui croient que c’est une marque de sac) ou Cormac Mc Carthy ( entre autres dans "la route") sont des pousse à la déprime ?voire au suicide, mais d’un autre coté, j’aurais tendance à penser que leur lecture devrait étre remboursée par la Sécurité Sociale.

    Sinon, prenez une bonne mutuelle.

     


    • SANDRO FERRETTI SANDRO 30 mai 2008 14:51

      Tenez, Docteur, une ordonnance de rappel :( à jeun, un le matin, deux le soir, de préférence en dehors des repas).

      "Au loin, le remorqueur a sifflé. Son appel a passé le pont, encore une arche, une autre, l’écluse, un autre pont, loin, plus lion. Il appelait vers lui toutes les péniches du fleuve, toutes, et la ville entière, et le ciel et la campagne, et nous, tout qu’il emmenait, la Seine aussi, tout, qu’on n’en parle plus".

      (Dernière phrase du Voyage au bout de la nuit)

      Après avoir lu ça, on peut (presque) plus rien écrire.

       

      Alors, reste la lecture. Comme dit Ferdine dans la préface du méme ouvrage :

      "Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force.

      Et puis d’abord, tout le monde peut en faire autant : il suffit de fermer les yeux. C’est de l’autre coté de la vie".

      Vous pouvez mettre cela dans votre ordonnance. Je connais un apothicaire qui me remboursera.....


      • Dancharr 31 mai 2008 16:48

         

         
        à Sandro,
        Merci, morceaux bien choisis.
        Destouches est intouchable. Ma déférence explique son absence.
        Bien cordialement.

      • Walter SALENS Walter SALENS 30 mai 2008 16:01

        Cher Docteur : quelle plume, talent, verve, pertinence, humour.....

        Stop : non, descendez au bazooka vos ex-livres de chevet, ne touchez pas au miens. Hemingway, Camus et d’autres en des temps lointains. Non, ne sabrez pas Hervé Bazin, réservé au champagne, français ou autres.

        Ne touchez-pas à mon HUGO CLAUS, auteur flamand, qui vient de s’offrir un suïcide assisté. (Même pas possible en France) J’en ai pleuré, car je l’avais rencontré à ses débuts. De plus, son ex-femme Sylvia Kristel a incarné l’Emmanuelle que vous citez.

        Dans votre prescription : NON à un nouveau "Fahrenheit 451" (salut François et Oscar Werner), faits déjà en des temps sinistres.

        Mes lectures maintenant, à 67 ANS : un livre sérieux (Les mémoires de Daniëlle M..) et un roman pris par ma femme dans les nouveautés à la bibliothèque locale. Chaque semaine, eh oui, les petits Belges lisent, + en plusieurs langues.

        J’oubliais un livre en cours, à lire par petites doses : "Il faut qu’on parle de Kevin - Lionel Shriver - Belfond". Un roman ou un récit ? En tous cas, inspiré de la tuerie de Columbine, vs vs souvenez ? Sujet aussi d’un film assez récent de Gus van Sant, sauf erreur.

        Par le biais de lettres quotidiennes, envoyées à son ex-mari, la mère tente de comprendre la folie meurtrière de son adolescent de fils Kevin. Analysant tout sur leurs relations dès la naissance de cet adolescent meurtrier. Il y des morts,certes, mais moins violentes que les victimes du triste sire Fourniret, à la Une ces deux derniers mois. Ainsi va le monde, dixit Valmont.

        En fait, docteur, votre article long m’a servi de défouloir, pour retrouver le punch de militer pour ma cause : les handicapés et le travail. Actif sur 4 sités dédiés et très déçu dans ma lecture quotidienne de Libé.(le papier journal flambe bien pour allumer le bûcher) Une semaine après le rapport annuel de la HALDE, Libé n’en a même pas parlé. Ainsi aucune référence à la discrimination par l’état de santé, le handicap et les caractérisques génétiques. Déception

        Puisque vs avez le temps avec vos chiens et chats, allez sur mon blogperso : http://myurl.fr/2267

        Comme il est à compte d’auteur, il échappera à l’intervention des ploucs.

        Bon WE

        Walter SALENS


        • Dancharr 31 mai 2008 16:51
          à Walter,
          Même si vos lectures et les escapades que vous contez sont hexagonales, j’ai cru comprendre que vos pénates étaient extra-quiévrains. Ai-je tort ?
          Même si je vous sens réticent à travailler au corps vos auteurs favoris, je crois que votre place est à l’état major secret de la nouvelle armée. Cela d’autant plus que la Commission occulte siégera naturellement à Bruxelles, tradition oblige. Je reviens sur Bazin. Il est tabou pour vous. Angevin comme lui, je le connais bien. Je suis d’accord pour René Bazin, l’oncle méritant. Mais Hervé est un cas quasi-désespéré. Il a beaucoup à se faire pardonner. La majorité aux 4/5èmes en décidera.
          J’ai visité votre blog. Le guide est solide, le handicap doit être discret, le message nécessaire, la langue déliée. On est en bonne compagnie.
          Bien cordialement.  

           


        • rocla (haddock) rocla (haddock) 30 mai 2008 17:00

          Je suis embêté Dotor , j’ arrive pas à lire autant de lignes en une fois , ma comprendation vient d’ exploser , je suis au regret etc ....

           

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