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La ferme, célébrités !

La « people-isation » de l’humanitaire s’accélère, à l’approche des élections. Balasko explique à Sarko comment gérer les flux migratoires, Thuram s’autoproclame spécialiste de l’esclavage, Henry du racisme. A l’ombre des comptes en Suisse, les cœurs poussent.

L’humanitaire a ses grandes causes, et ses grands causeurs. Souvent « célébrités », et donc totalement détachés des « causes » qu’ils « défendent », ces grands causeurs se plaisent à critiquer tel ministre, telle politique, telle expulsion, telle prise de position, sans rien proposer d’autre que leur contestation. Ils disent non, encaissent la plus-value médiatique, et retournent à leurs préoccupations de « célébrités ».

L’autre soir, au vingt heures, on pouvait ainsi voir Josiane Balasko, la bronzée dodue, expliquer pourquoi « ceux de Cachan » avaient trouvé son cœur. Pourquoi cette « situation » d’ex-squatteurs qui se retrouvent à squatter à nouveau le gymnase d’un établissement scolaire la révolte. Pourquoi elle trouve « indigne » la politique de « Sarkozy », comme elle l’appelle. Un reportage réalisé sur les lieux du problème montrait aussi d’autres people venus « soutenir » les familles entassées, parmi lesquels on reconnaissait l’inénarrable Joey Starr, que je vais arrêter de qualifier d’inénarrable d’ailleurs, sinon il va m’en coller une. Il y avait aussi dans ce défilé de bonnes intentions et d’affichages vertueux monseigneur Gaillot, qui a un temps beaucoup souffert de la disparition cathodique de Christophe Dechavanne, et qui refait surface de temps en temps, entre l’actualité internationale et le sport.

Au générique des causes endossées aussi facilement que Rocco enfilait des filles, on trouve aussi de plus en plus de sportifs. Quel footballeur, quel rugbyman, quel tennisman n’a pas aujourd’hui sa petite association parrainée, sa petite sœur des pauvres dans son cœur, son petit chèque à l’ordre de Médecins du monde perdu dans la boîte à gants d’une de ses cinq Lamborghini ? Quel « grand champion », comme les appelle Nelson Monfort, n’est pas en plus aujourd’hui un « grand monsieur », comme les appelle Gérard Holtz ? Lors de certaines retransmissions, c’est simple, on se croirait à la Ferme Célébrités, vous savez, avec ces pauvres groupes has been qui justifient leurs cochonneries à venir par la défense parfois bidon d’une œuvre quelconque. Ah, ça, les enfants sans bras sans jambes, sans yeux, sans tête, alouette, en ont de chouettes parrains connus dans le monde entier qui pensent à eux ! Il ne doit plus y avoir beaucoup de ces maladies que l’on dit « orphelines », disponibles pour les futurs champions, qui du coup vont devoir faire dans le réchauffé, en se rajoutant à une liste de « gentils » qui « oeuvrent » pour quelque liberté, quelque reconnaissance, quelque lutte... Rien que dans le football, on peut se demander s’il existe encore un footballeur international en activité sans association affiliée ?

Le plus causant de ces belles âmes, aujourd’hui, c’est bien sûr Lilian Thuram, qui s’est fait les dents en s’attaquant au « racaillisme » de Sarkozy et qui, il y a quelques jours, reprochait à José Mourinho de ne pas connaître le sens du mot « esclavagisme ». « Il ne sait pas de quoi il parle », a osé notre sublime défenseur. Et lui, Lilian Thuram, en quoi est-il mieux placé pour parler de l’esclavage que José Mourinho ? Qu’est-ce qu’il en a connu, de l’esclavage ? Comme José, il en a connu les livres d’histoire, les récits, quelques téléfilms et des reportages. C’est tout. Comme José, c’est aujourd’hui une personne qui gagne très bien sa vie dans son sport et qui est aussi éloignée des « dures réalités » de la vie que le Père Noël du 14 juillet. Si Thuram parle autant, ce n’est pas parce qu’il se sent concerné, c’est parce que ça fait vendre. Parce qu’aujourd’hui le sportif qui s’engage, c’est porteur, c’est « bankable », et les journalistes sont très friands de ça. Si Thuram et d’autres sportifs causent autant, c’est parce que leur parole porte aussi, résonne fort, parce qu’aujourd’hui ce sont eux, les sportifs, les vedettes, qui sont écoutés, entendus, qui ont un certain crédit auprès d’une certaine opinion, les jeunes notamment, mais pas seulement.

Dans un pays privé d’intellectuels, privé de journalistes engagés, privé d’hommes politiques crédibles, on s’en remet aux « distrayants » pour parler au peuple. On s’en remet à ceux qui, sans grande éducation, sans forcément une immense intelligence, sont parvenus à une notoriété immense, et comme aujourd’hui la notoriété fait foi (montre-moi combien de couvertures de journaux tu as faites et je te dirai qui tu es) et seulement elle, on nous incite, presque, à penser que ces gens-là, sportifs de haut niveau ou acteurs à succès, chanteurs de hit parade ou curés voyous, non seulement peuvent apporter leur contribution au débat, mais en plus sont capables d’apporter des solutions. C’est évidemment une hérésie que de penser cela.

A 150 000 euros par mois, ou par semaine, toutes les causes sont bonnes à épouser, sont bonnes à défendre, toutes les misères deviennent touchantes, et il est soudain possible de se sentir « concerné » par bien des drames, bien des « situations de détresse ». A 150 000 euros par mois, le degré d’humanité augmente soudainement très fort en chacun d’entre nous. On se sent juste, on se sent frère, on se sent ému. Soudain on voudrait régulariser tout le monde, loger tout le monde, donner du travail à tout le monde, que les grands patrons touchent moins et que les pauvres gens soient beaucoup moins pauvres, que les peuples se mélangent dans la joie, la bonne humeur, le foot et le sexe sans que personne n’y voie la moindre méchanceté, le moindre risque d’explosion. « On a peur de ce qu’on ne connaît pas », comme dirait Steevy. « On a tout à apprendre des autres cultures », ajoute Muriel Robin. « Profiter de l’été pour expulser des enfants, c’est dégueulasse », conclut Emmanuelle Béart. Bien sûr. On doit donc « mener une autre politique », pour citer Ségolène Royal. D’accord. Et quelle politique ? Parce qu’après l’indignation, bien jolie, bien commode, on fait quoi ? Alors là, d’un coup, il n’y a plus personne. Thuram botte en touche, Joey Starr retourne en studio et Balasko regarde les chiffres de vente des Bronzés 3, sorti en DVD.

Pour les solutions, voyez les politiques. Ceux qui dirigent, ceux qui décident, ceux qui encaissent. On peut le tourner dans tous les sens, mais qu’ils soient de droite ou de gauche, eux connaissent les dossiers, eux se confrontent chaque jour aux difficultés, eux essaient. Eux sont plus dans la réalité, quoi qu’on en dise, que les grands causeurs, qui de leur univers parallèle d’hyper gloire et d’exceptionnelle réussite n’ont qu’une vision rétrécie, vague et déformée de la réalité.

Si Sarkozy venait expliquer à Thuram comment défendre sur Luca Toni, Thuram rigolerait, en se demandant de quoi ce ministre, qui ne connaît rien au football, se mêle. Quand Thuram vient expliquer à Sarkozy ce qu’est un jeune de banlieue, Sarkozy a le droit, lui aussi, de se marrer. Il y a de quoi.

par LM vendredi 8 septembre 2006 - 243 réactions
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  • Par EricB (xxx.xxx.xxx.223) 8 septembre 2006 14:19

    Oh mais personnellement, je préfererais que tous ces "bons citoyens" soutiennent leur cause en vrai, dans le réel, c’est-à-dire à leurs frais, et à leurs risques, pas aux frais de la collectivité.

    Ce Maire de Cachan parait aujourd(hui bien ridicule, lui qui, par opportunisme politique -d’autres diraient par démagogie- a "accueilli" les squatteurs délogés, en dénonçant de vive voix leur expulsion des précédents locaux. Maintenant qu’il les a chez lui, il ne sait plus qu’en faire et fait à nouveau appel à la force publique (donc à Sarko, non ?) pour les déloger de son gymnase. Cette hypocrisie ne semble déranger personne, et le seul monstre de l’histoire, c’est évidemment Sarko, à qui revient la tâche ingrate de faire respecter les lois.

    J’applaudis des deux mains, et des dfeux pieds si je pouvais, l’auteur de cet article.

    J’ai une autre anecdote à raconter sur le sujet, plus "personnelle" celle-ci ; une amie a récemment eu la mauvaise surprise de trouver un local de 25m2 dont elle était propriétaire, squattée depuis 15 jours par 11 roumains, tres probablement illégaux. Elle en informe les services de la Police et demande leur expulsion. Elle s’entend répondre qu’apres 48h de squat, les forces de l’ordre ne peuvent expulser que sur ordre préféctoral, ordre qui n’est quasiment jamais obtenu car dans ce cas, c’est l’Etat qui doit prendre en charge les expulsés. Inutile de préciser que l’Etat préfére que les squatteurs restent chez des particuliers, qui assumeront en outre tous les risques des occupants (incendie, accident, etc...). Pour les déloger, elle a donc dû faire appel, à ses frais, à des gros bras, milice discretement acoquinée avec les forces de l’ordre, pour les déloger.

    Dans une situation similaire, je serais bien curieux de voir l’attitude de ces donneurs de leçons humanitaires. Garderaient-ils ces "nouveaux arrivants" chez eux, à leurs frais, ou feraient-ils appel à la force publique pour les déloger ??

  • Par goust (xxx.xxx.xxx.147) 8 septembre 2006 15:07

    Lorsqu’on paye des impôts, ces impôts servent entre autre à financer les politiques sociales du pays, les logements sociaux, l’éducation des jeunes, l’aide aux pays Africains, etc.

    Donc si M. Turahm a choisit de se faire imposer ailleurs (je ne sais pas si c’est le cas) dans ce cas ce monsieur n’a rien d’un bon samaritain et n’a effectivement pas à faire la publicité de son geste. Il donnerait bien plus à tous ces gens en se faisant imposer en France.

  • Par goust (xxx.xxx.xxx.147) 8 septembre 2006 15:19

    "les célébrités s’engagent pour des causes, mais elles ne le devraient pas parce qu’elles sont riches !". Oui mais cet homme choisit l’endroit où il imposé donc sa participation à la société. Donc oui, si on est riche que l’on choisit de ne pas particper à "l’effort commun" alors on a pas trop son mot à dire ! Ce qui du reste n’empêche personne de participer à telle ou telle cause mais certainement pas d’en faire de la publiictéet de se dire plus généreux que les autres, le citoyen moyen paye finalement bien plus que lui.

  • Par (xxx.xxx.xxx.115) 22 décembre 2006 18:11

    Tous des moralisateurs défiscalisés, facile de payer ses impôt ailleurs comme Emmanuelle Béart, Thuram, Henry, Zidane...

    Et ensuite venir nous dire que c’est honteux ce qui se passe dans ce pays...mais au moment de régler la note, personne.

    Avec ce qu’ils gagnent ils auraient pu tous les reloger, vite fait, mais non le petit con-tribuable est là. Et c’est sa faute à lui si des squatters, pour la plupart sans-papiers, veulent maintenant un logement à Paris de préférence et tout de suite, alors que pour lui qui paye comme un con ses impôts et tâxes et qui ne fait pas de vagues, ce sera une liste d’attente de 10 ans pour un HLM, déception et compagnie.

    Marre des donneurs de leçons à la petite semaine.

    Bill Gates par exemple, mets la main à la poche et les pieds sur le terrain avec sa fondation...En même temps il peut, ça tombe bien ! Il récolte des fonds auprès de ceux qui ont vraiment les moyens. Warren Buffet vient de léguer 85% de sa fortune perso soit 37,1 milliard de $ à la fondation Gates qui passe à 60 MD de $ et agit patout dans le monde... Certes on ne joue pas dans la même cour, mais cela fait réfléchir, sur ceux qui préfère s’investir vraiment, sans faire de morale à deux balles, à la parlotte de nos vedettes bidons.

    Mais en France, pas de fondation des pères et mères la morale ; Balasko, Béart, Henry, Thuram, Bruel, etc...

    Pour parler de la misère ils sont champions et je te vends un petit cd, dvd au passage. Si il n’y a rien à vendre tant pis pour la cause. Faudra attendre la sortie dans les bacs et la promo de l’artiste... Et Zidane qui se pointe avec les conseils en com. de Danone, Addidas...et ah ! au fait je parraine une petite association d’handicapés au passage, hop ! petit jonglage avec le ballon et les baskets Addidas. Comment vous faites m’sieur ? Bin, je mange des yahourts, p’tit !!!... vous avez saisi le message les enfants !!...

    Tiens, par exemple le concert des "Enfoirés", je ne suis même pas sûr que Coluche y serait convié aujourd’hui...

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