Article dédié à tous ceux qui gâchent leur talent et se perdent dans les mondanités
"gendelettres" et "gendeplumes"
On va encore dire que je ne suis qu’un sale moraliste, un onaniste de sacristie, un hyper-catho qui fait la leçon, mais les microcosmes que l’on trouve dans certains milieux m’agacent. Certes on les trouve partout, que ce soit à Paris ou en province, le microcosme provincial étant souvent le pire car il se pique de simplicité et de proximité avec les « petites » gens de la France du rez de chaussée.
Dans « Au-dessous du volcan » de Malcolm Lowry, il y a une excellente description du microcosme consulaire au début du livre, qui comme tout microcosme est coupé du macrocosme en particulier et du réel en général. On vit entre gens du même milieu, on ne se fréquente qu’entre soi, excepté quelques rares « happy few » que l’on invite de temps en temps. Chacun a sa cour de lèche-culs serviles et dociles, prêts à tout pour un regard de leur grand homme ou de leur dulcinée inaccessible. Les femmes ont couché avec tous les hommes et réciproquement car on est libre dans ce milieu de privilégiés, ma chère, on ne baise pas avec n’importe qui. Mais il n’y a jamais de mésunion sociale, on reste toujours dans le même vivier. On ne veut surtout pas voir le monde qui nous entoure. Ou alors on le reconstruit à notre idée ce qui permet de ne pas trop s’impliquer tout en ayant un alibi, on vit dans une fiction de toutes façons. Pour faire tenir cette fiction debout, on picole beaucoup, le brouillard éthylique permettant d’arrondir encore un plus les angles, on est expert en pharmacopées diverses et variées. J’ai retrouvé cette ambiance lors des « 14 juillet » du Consulat à Jérusalem, quelques dizaines de parasites ayant tous un alibi pour engloutir les petits fours gratuits et boire une ou deux coupes de champagne, la condition étant qu’ils exécutent quelques courbettes auparavant, à force de se courber, certains étaient presque bossus...
Et on maintient les apparences de haute tenue bourgeoise.
De même les « gendelettres » et « gendepresses » (ou "gendeplumes", dont ils apprécient les deux sortes) que l’on retrouve déjà fort bien décrit dans le « Journal de Jules Renard » ou les excellents « Souvenirs Littéraires » de Léon Daudet, surtout le passage concernant l’enterrement d’Hugo, où tous ces braves gens férus de justice sociale et d’équité font des pieds et des mains surtout pour se retrouver au premier rang de la tribune des « genskicomptent ». Flaubert décrit bien les archétypes que l’on y trouve dans « l’Éducation Sentimentale », de la demie-mondaine rangée des voitures qui se donne des airs intellectuels au naïf égaré, en passant par le vieux beau prétentieux, la célibattante qui bosse dans le cultureux ou le politique et qui rêve secrètement de finir en ménagère bien popotte (on la reconnaît à ses lunettes carrées et sa voix grave, elle dit « nana » pour femme et « mec » pour homme et le dira passé soixante ans), ou la pédale de salon cancanière et ragoteuse, amère de n’être que ça d’ailleurs (un peu comme Truman Capote qui heureusement pour lui avait du talent), et le chroniqueur mondain blasé et un rien cynique, on peut les dénicher dans « Bel Ami » également, ou même dans un roman de Robert Merle sur « Soissantuite ».
Ce sont les mêmes, rien n’a changé. Pas un atome.
Rien depuis aussi Madame Verdurin. Ses petits enfants sont bien sûr plus politiquement corrects, ça les embête quand même de montrer leurs richesses, ils voudraient bien ne pas passer uniquement que pour des privilégiés. Il faut cependant reconnaître une chose à ce milieu, on sait s’y amuser et accueillir l’autre, faire preuve de convivialité, passer quelques moments frivoles que l’on peut presque croire sans conséquences, quoi qu’à force on se sente comme sali voire souillé.
Je me rappelle quant à moi de rencontres organisées il y a quelques années par un site littéraire maintenant disparu. Nous étions quelques uns à venir à Paris, et l’inventaire des personnes présentes rejoignant celui cité plus haut, avec des variantes plus modernes dira-t-on, une épouse retrouvait sa maîtresse et un meussieur bien mis amenait son giton, une espèce de grand pendard tout maigre et décoloré ricanant comme une dinde de la moindre des saillies de son protecteur. On y rencontrait des ménagères en attente d’adultère, exhibant sous le nez de chaque mâle présent son décolleté parfois ravageur (ce qui n’a pas que des mauvais côtés j’en conviens). Bien sûr, on y parlait peu littérature, on y causait surtout droits d’auteurs, fixe et points retraite comme d’autres « ronds de cuir ». On y échangeait ses bonnes adresses, on parlait un peu des prouesses sexuelles supposées ou non de l’un ou de l’autre.
Et c’était tout, car ce n’est que ça, un tout petit milieu des plus consanguins.

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09/07 07:43 - ΤυφῶνCe milieu que vous décrivez - fort bien - vous semblez le connaître de l’intérieur. . (...)
08/07 23:53 - ronyMerci Zeck, merci pour cette référence.. Bien sûr rien n’a changé, sauf que c’est (...)
08/07 17:25 - Amaury Watremez"Il y a à Clermont en Auvergne une société que l’on appelle société de gens de lettres. (...)
08/07 15:16 - Zeck
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