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À la rencontre de Ghyslain

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Le rêve brisé.

Les élèves, pour accueillir Ghyslain résument ce qu'ils ont compris de son parcours après la lecture des deux textes qu'il m'avait adressés : Son parcours de footballeur professionnel  &  L'envers du décor. .. Ils ont beaucoup retenu de cette expérience qui les a passionnés et interpellés. Comment peut-on tout arrêter alors qu'on a réussi à devenir footballeur professionnel ?

Ghyslain vient de Vendée. Il débute le foot à 12 ans. Il y joue dans le club local. En 6°, il intègre un sport étude deux années à Fontenay puis prolonge de deux années à La Roche sur Yon en internat de la 4° à la 3°. Ghyslain était à fond dans le football et en oubliait un peu ses études. Le premier trimestre de 4° se solda par une moyenne générale de 9. La menace de l'éviction de la section le motive et il termine le second trimestre à plus de 14 de moyenne générale. Pendant ce temps, il est sélectionné en équipe de France de sa catégorie et joue contre l'Italie.

Ghyslain évoque alors l'activité sportive chez les jeunes. Il interroge les élèves sur la distinction entre sport loisir, pratique intensive, haut niveau et sport professionnel. Il les questionne également sur leurs pratiques sportives personnelles. Il fixe les quantités hebdomadaires d'activité derrière chaque étiquette de moins de quatre heures pour le loisir jusqu'à plus de quinze heures par semaine pour les aspirants pros.

Quelques garçons rentrent dans l'échange. Les filles restent silencieuses, tous cependant écoutent attentivement. Les élèves s'exclament quand il leur dit qu'à 14 ans, il touchait l'équivalent de 600 euros par mois pour s'entraîner 11 fois par semaine plus le match du dimanche. Cette fois, la notion de plaisir s'éloigne un peu pour laisser place à une obligation, à la contrainte, à l'effort intense.

Ghyslain évoque le cursus d'excellence : être repéré dans son club, intégrer un sport-étude puis être sélectionné par un centre de formation. Il faut se donner les moyens de son objectif et pour cela se renseigner sur ce parcours imposé. Une fois le choix revendiqué, il faut en connaître les conséquences.

Dans un sport étude, le niveau scolaire était primordial. Passé en centre de formation, seul le niveau footballistique préoccupe l'encadrement qu'importe, si les jeunes aspirants ne travaillent pas en classe. Pourtant ce parcours peut être brisé à tout moment par une blessure, une maladie, la démotivation ou des raisons plus personnelles. La saturation guette le jeune qui est trop sollicité. C'est alors qu'il se retrouve sans bagage sur le quai de la gare !

Ghyslain évoque alors son passage à Totteham. Les amateurs de football s'écrient au récit de son parcours sportif en Angleterre, des joueurs rencontrés, des clubs visités. Il leur raconte comment il fut prêté à Stoke City puis la proposition de le vendre à ce club peu attrayant. Le joueur est un bien marchand au même titre qu'une voiture. On l'achète et on le revend comme au temps de l'esclavage.

Les transferts provoquent toujours des transactions financières dont profitent beaucoup de personnes. Le joueur ne peut pas décider de sa destinée. Des agents touchent de l'argent à chaque mouvement. La question de la provenance de tout cet argent arrive sur la table. Les yeux de quelques garçons brillent à l'évocation des gains astronomiques de quelques rares exceptions. Le niveau sonore monte dès qu'il s'agit d'argent, phénomène curieux que l'on peut constater un peu partout !

L'argent et les salaires donnés en exemple grisent les élèves. On devine de l'énervement, de l'envie, du rêve. La réalité échappe totalement à cette discussion. Nous entrons dans une ronde illusoire des millions ! Le football génère tellement de revenus que plus rien n'est raisonnable. Mais il faut revenir sur terre, de telles sommes n'existent pas pour tous les joueurs. Ghyslain rétablit la vérité sur la moyenne des salaires en France qui n'a rien à voir avec les folies médiatisées.

La réalité est toute autre pour beaucoup de joueurs en France. Les salaires des aspirants sont comparables à ceux d'un bon ouvrier. Mis à part les vedettes, les anonymes du foot ne touchent pas énormément. Leur carrière terminée (moyenne 7 ans), ils se retrouvent sans revenu et souvent sans formation. Trois ans après un arrêt de carrière, le pactole est réduit à néant et la vie est encore devant eux ...

La suite est alors très compliquée pour les anciens pros. Il leur faut redescendre sur terre, s'habituer à ne plus disposer d'autant d'argent, ne plus être reconnus et admirés. Il leur faut alors chercher un emploi sans formation. Beaucoup restent sur le carreau et sombrent souvent dans la dépression.

Les élèves de cette première fournée en sont restés au rêve. Peu ont entendu les travers de ce système. Je ne suis pas certain que pour ce groupe, l'illusion d'une vie facile et encore accessible ne se soit brisée au récit de Ghyslain. Un groupe trop immature sans doute et quelques garçons trop conditionnés par ce mirage pour s'en émanciper aussi vite.

L'après-midi nous recommençons avec des plus âgés. Cette fois, dans le groupe, il y a des garçons qui pratiquent le football en club, l'un d'eux encadre même des plus jeunes. Deux d'ailleurs ont envie de devenir professionnels. Paradoxalement, l'un de ceux là ne joue pas en club.

Bruno prend la parole pour expliquer comment devenir pro : « Il faut s'inscrire dans un club, faire beaucoup d'efforts, avoir du talent, faire des détections, aller dans un centre de formation. » Lui qui d'habitude joue les pitres au fond de la classe est remarquablement sérieux et très attentif.

Les élèves sont plus grands, Ghyslain aborde plus en profondeur la charge de travail nécessaire pour atteindre le haut niveau. Il est aidé par quelques élèves qui participent avec pertinence. Il développe les exigences : « Il faut travailler le physique, le mental, la technique, la tactique » Cette fois nous rentrons vraiment dans le détail de la performance. Hélas, notre petit groupe de filles décroche ; aucune ne fait de sport.

Ghyslain brise alors le rêve de Bruno qui à quinze ans a échoué lors des détections. Le cursus est impitoyable, celui qui manque une étape a peu de chance de rattraper le wagon. Nous abordons enfin la notion de talent, ce mot étrange qui échappe à l'envie, qui dépasse le désir et qui passe par le prisme du jugement des autres.

C'est la partie impitoyable de ce parcours. Cette fois, nous ne parlons pas argent ou grand joueur, c'est le principe de réalité qui est proposé. Il faut mesurer objectivement des indicateurs qui ne dépendent pas que du seul bon plaisir des élèves. C'est ce que j'attendais de cette rencontre et je suis ravi de voir la tournure de la conversation.

Il laisse une porte ouverte. Le football est une passion, il y a d'autres manières de vivre sa passion que ce rêve réservé à une toute petite minorité (500 professionnels en France dont beaucoup vivent très modestement de ce sport pour deux millions de pratiquants). Il faut examiner lucidement son potentiel, son cursus et cesser de croire au miracle.

Par contre, il est possible de devenir éducateur, arbitre, jardinier (ils sont particulièrement respectés en Angleterre et ça se remarque …) ou bien agent de sécurité, journaliste ou photographe sportif. L'essentiel est de se donner les moyens de son ambition.

La séance se termine sans le tumulte final de la précédente. Cette fois les élèves, plus âgés ont perçu le discours, l'ont restitué dans un contexte plus global, ont perçu la folie des sommes annoncées et la dérision d'un système que nous payons tous, d'une manière ou d'une autre. Je crois qu'il a été entendu et j'en suis ravi.

Ghyslain s'en retourne à Tours. Il a rempli sa mission. Il a fait grandir quelques garçons, toujours passionnés de football mais plus lucides, plus avertis des réalités de ce sport. Nous avons passé des heures importantes qui sortent du programme mais qui me semblent avoir une grande importance. Qu'il en soit, une fois encore, chaleureusement remercié.

Franchement leur.


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2 réactions à cet article    


  • Vipère Vipère 21 mars 2013 19:58

    Bonsoir Nabum


    Au risque de vous dépiter, je l’avoue sans détours, je n’ai pas l’ombre d’une once d’intérêt pour le foot. C’est ainsi et personne n’y changera rien !

    Pour autant, je trouve qu’ouvrir l’esprit d’une jeunesse sur les réalités de« l’entreprise du football » de ses dérives, de ses des mirages est salutaire ! 


    Bonne soirée, je me retire sur la pointe des pieds smiley

    • C'est Nabum C’est Nabum 21 mars 2013 20:02

      Vipère


      C’est parce que j’ai des élèves qui ne pensent qu’au foot que j’ai voulu casser le jouet

      Nous avons présenté la face sombre de cette activité et pourtant les plus accrochés continuent encore de penser qu’ils seront professionnels au Barça !

      Quelle illusion ! Elle les conduit à croire au miracle et ils ne travaillent pas car tout arrivera, c’est certain comme ils le voient à la télé

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