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Abus - le tiers payant du jeune sportif

C’est une enquête bien inquiétante que le ministère de la Jeunesse et des Sports vient de présenter sur les abus sexuels en milieu sportif. Soutenue par Isabelle Demongeot, dont nous avions évoqué le courage dans ces mêmes colonnes il y a quelques mois (« Isabelle Demongeot »), la démarche prend désormais une stature nationale. Une bonne idée et une bonne chose.

Une suite logique du plan de prévention spécifique contre les abus sexuels dans le tennis proposé l’an passé et qui "contractualise" les relations entraîneurs-entraînés, sensibilise les encadrants et renforce le suivi médical.

"En 2006, près de 8 % des sportifs ont subi une agression sexuelle au cours de pratiques sportives. Les jeunes filles sont les plus menacées" affirmait l’été dernier la ministre Roselyne Bachelot qui, originalité gouvernementale, lançait une étude pour vérifier ses dires.

Il est vrai qu’une enquête de 2003 auprès d’étudiants en Staps à Reims donnait quelques indications : près de 8 % des étudiants qui ont répondu à l’enquête (117 en tout ce qui relativise la valeur statistique) ont eu à subir une agression d’ordre sexuel en milieu sportif, les filles plus que les garçons : 10 % versus 4 %. Contrairement à ces derniers, les filles (4 %) signalent également des agissements qui restent à leurs yeux ambigus. L’âge moyen de survenue est de 15,5 ans pour les garçons et de 13,8 ans pour les filles.

Plus avant, une étude épidémiologique menée par l’Inserm en 1993 sur 12 391 adolescents français révélait que les adolescents sportifs, notamment les filles, témoignaient d’un taux d’exposition aux violences sexuelles plus élevé que les adolescents non sportifs : 7 % versus 5 % pour les filles et 3 % versus 2 % pour les garçons.

Aujourd’hui, l’enquête estime qu’environ un tiers des jeunes sportifs de 13 à 23 ans estiment avoir déjà été confrontés à une forme de violence sexuelle dans le contexte de leur sport. Il est fait le distinguo entre 3 niveaux de violence : l’agression ; l’atteinte (par la persuasion ou le conditionnement) ; le harcèlement (voyeurisme, exhibitionnisme, brimades...).

Le rapport entraîneur-entraîné apporte son lot de situation malsaine dérivant vers l’abus de pouvoir mais, surprise, la majorité des agresseurs sont... des sportifs eux-mêmes.

Dans ce milieu souvent fermé où la loi du silence prévaut encore volontiers, l’heure est donc à la sensibilisation. La signature d’une charte par toutes les fédérations ne changera bien sûr pas la face du monde mais permet tout de même d’enclencher un processus légitime de vigilance. Notamment chez les parents souvent trop confiants, le sport étant auréolé de bien des vertus.

Pourtant entre dopage, racisme, argent et désormais abus sexuels, les tares ne manquent pas qui devraient susciter autre chose qu’un silence gêné.

Parfois cela prend des proportions étonnantes comme au FC Thoune, club suisse de football professionnel engagé il n’y a pas si longtemps en Ligue des Champions. 20 personnes, dont 12 joueurs, sont soupçonnées d’abus sexuels sur une... supportrice du club de 15 ans !

On se souvient aussi de ces terribles révélations sur l’entraînement des gymnastes en Allemagne de l’Est ou en Russie, mises enceintes par leurs entraîneurs pour bénéficier des poussées hormonales, puis avortées à l’issue des compétitions...

Au Canada, c’est le hockeyeur Sheldon Kennedy qui révéla, après avoir mis un terme à sa carrière professionnelle, les sévices dont il fut victime de 14 à 19 ans : "On respecte tellement son entraîneur. Les parents vous disent ’Fais tout ce qu’il dit’. À cet âge-là, on obéit ; c’est la première étape si on veut devenir professionnel."

Ce témoignage fit figure d’électrochoc et annonça un désastre majeur : des études montrèrent que près de 50 % des sportifs canadiens ont vécu des expériences allant d’un harcèlement léger à de vraies violences. Plus de 20 % des sportifs d’élite ont eu des rapports sexuels avec des responsables sportifs. Dans une étude sur des étudiants du secondaire, plus de 40 % d’entre eux ont indiqué que le harcèlement était fréquent dans le milieu du sport...

En France bien du chemin reste à parcourir si l’on se souvient de l’épilogue tortueux d’une autre athlète devenue écrivain par nécessité, Catherine Moyon de Baecque. Dans La Médaille et son revers, elle relatait en 1994 son viol lors d’un stage d’entraînement avec l’équipe de France de lancer de marteau. Les auteurs condamnés ont toujours disposé du soutien et des témoignages bienveillants de leur fédération et la victime, embauchée par le ministère des Sports en guise de réparation a, depuis, été remerciée par Jean-François Lamour qui porte là bien mal son nom... D’ailleurs, aux JO de Sydney, deux d’entre eux portaient encore le maillot de l’équipe de France, les dénommés Christophe Epalle et Guy Guérin.

Il faudra donc du temps, de l’attention et peut-être une certaine évolution. Tiens par exemple, la parité en politique ne pourrait-elle être étendue modérément au milieu associatif par trop masculin ?

Enfin tout ceci fait débat, c’est déjà ça. N’en demandons pas trop en 2008. A quelques mois de la grande fête olympique, il ne sera guère de bon ton d’être trop regardant...

"Sportif oui, victime non" dira le slogan - pas sûr qu’il trouvera sa traduction en chinois...


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