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Armstrong, tous derrière et lui devant

On connaissait la célèbre chanson de Brassens, le petit cheval blanc, avec son leitmotiv, « tous derrière et lui devant », et celle de Nougaro, en hommage à Louis Armstrong, sauf que son homonyme cycliste n’est pas blanc-blanc…et s’il était toujours devant, arrivant souvent le premier sur la ligne d’arrivée, il a finalement avoué que c’était en partie grâce aux produits dopants.

Voila qui arrange bien les affaires du monde cycliste qui tient un coupable, et qui espère sauver le Tour de France, sauf que dans ses aveux télévisés, Armstrong a laissé échapper une petite phrase qui pourrait être lourde de conséquences.

Il a en effet déclaré « à part 4 ou 5 cyclistes, tous les coureurs se dopaient…  »

Ce n’est pas une surprise, puisque dès le mois d’octobre 2012, John Fahey, président de l’AMA (agence mondiale antidopage) avait déclaré : «  tout le monde se dopait durant l’ère Armstrong  », ajoutant que pour que la Fédération Internationale retrouve toute sa crédibilité, il faudrait que tous les dirigeants en place durant l’ère Armstrong soit définitivement écartés, ce qui n’est pas à l’ordre du jour. lien

En attendant, aujourd’hui radié à vie, et privé de ses 7 victoires au Tour de France, Armstrong va-t-il en rester là, ou lever le voile, d’une part sur les complicités dont il a été bénéficiaire, et d’autre part sur l’omerta qui existe encore sur le dopage généralisé dans le Tour de France, au point que l’organisateur du Tour paye des « nettoyeurs » pour effacer les inscriptions qui, sur les murs ou les routes, dénoncent le dopage, bravant le tabou.

D’une part le supporter y trouve son compte, espérant voir chaque fois de nouveaux records battus, les médias se régalent de pouvoir proposer du « sensationnel », et les sponsors remplissent leurs caisses, sauf qu’il y a un perdant : le sportif lui-même, car s’il franchit la ligne d’arrivée le premier, dans quel état sera son organisme dans quelques années ?

Il faut savoir que d’énormes intérêts sont en jeu : les retombées financières du Tour pour les seules étapes liégeoises du Tour 2012 ont été analysées par des étudiants belges : repas pour 4500 personnes, plus de 17 millions d’euros dépensés par les 500 000 spectateurs, 6,5 millions de revenus pour l’état belge, pour 4 millions à charge des collectivités pour l’organisation.

Ajoutons une couverture médiatique exceptionnelle touchant 152 millions de téléspectateurs lors du grand départ de Liège, pour 413 heures d’images diffusées à travers le monde, générant autant de bénéfices par la publicité. lien

D’après Guy Madore, du « journal de Montréal  », le bénéfice du Tour 2005 se serait monté à plus de 15 millions d’euros et aurait concerné 2 milliards de téléspectateurs. lien

D’autres questions pourraient être soulevées : si Armstrong gagnait, était-ce parce que ses techniques de dopage étaient plus performantes, plus sophistiquées ?

Le nez de Bigpharma n’est jamais très loin et il est probable que des chercheurs ont trouvé, grâce au monde du sport, des cobayes faciles, ce qui leur permet de faire avancer leurs recherches, rendre par exemple le dopage indétectable, ce qui n’est pas gagné. lien

Le dopage dans le cyclisme n’est pas une nouveauté, et si les vétérans des premiers Tours de France se dopaient déjà au vin rouge, de gros progrès ont été réalisés : Des hormones aux anabolisants, en passant par le dopage sanguin ou génétique, les stimulants, les narcotiques, et d’autres médicaments, la liste des produits dopants est longue, et manifestement peu, ou pas, respectée. lien

Mais hélas, le dopage ne se limite pas au cyclisme, et sur ce lien, on peut découvrir que quasi tous les domaines du sport sont touchés.

Du foot au basquet, en passant par le tennis, le rugby, la boxe, l’athlétisme, le volley-ball, il n’y a guère de domaines dans lesquels le dopage ne s’est pas invité.

Dans les temps anciens, ce n’était que l’enthousiasme qui menait les sportifs.

Ce mot, enthousiasme, nous vient du grec ancien, et signifie « avoir les Dieux dedans », mais aujourd’hui, ce ne sont plus « les Dieux » que de nombreux sportifs ont « dedans ». lien

Michel Platini, président de l’instance du football européen avait affirmé qu'il n'y avait pas de « dopage organisé dans le foot ».

Ce qui n’est pas l’avis du docteur Jean Pierre De Mondenard auteur du livre «  dopage dans le football, la loi du silence  » (édition JC Gawsewitch).

Evoquant le cas de Ronaldo, il avançait l’idée d’un lien de cause à effet entre les multiples blessures du joueur et les produits dopants. lien

Dans son livre, « malaise dans le football  », Edouardo Galénao écrit : «  pour répondre aux exigences du rythme de travail, nombre d’entre eux (les footballeurs) n’ont d’autre recours que de faire appel à l’aide chimique, piqûres et cachets qui accélèrent leur usure : les drogues ont mille noms, mais elles naissent toutes de l’obligation de gagner et devraient plutôt s’appeler « succetoïne »  ». Sur ce lien, une liste de footballeurs morts sur le terrain, avec souvent comme seule explication « attaque cardiaque ».

Allons du coté du rugby.

« Je n’en ai pris qu’une fois  » : C’est la phrase qu’à prononcé un joueur de rugby, dont l’identité reste secrète, souffrant depuis janvier 2012 d’un cancer des ganglions, ayant avoué avoir pris de la créatine.

Jean Pierre Mondenard assure que pour rendre la créatine plus efficace, certains fabricants y ajouteraient des anabolisants.

La justice enquête actuellement sur d’autre cas. lien

En natation, s’il faut éviter de jeter la suspicion systématiquement, personne n’a oublié les anciens nageurs d’Allemagne de l’Est, ni le cas de Michelle Smith, interdite de compétition pendant 4 ans pour avoir été convaincue de dopage : elle avait décroché 3 médailles à Atlanta. lien

Le dopage en natation n’est pas une nouveauté : Johnny Weissmuller, avant de devenir Tarzan, était l’un des plus grands champions de natation à l’époque, et il avait pris un traitement spécial à base de bicarbonates, ce qui aurait amélioré ses performances de 20% à 100 %.

Aujourd’hui, c’est entre autres, sur les nageurs chinois que les suspicions se portent : lors des jeux de 1994, 7 sportifs ont été contrôlés positifs, et depuis, ils sont nombreux à avoir été pris le doigt dans le pot de confiture à l’hormone de croissance. lien

Faisons un détour dans le tennis.

Après un test positif au crystal meth, André Agassi avait assuré à l’ATP qu’un de ses assistants avait mis par erreur de la drogue dans sa boisson, avant d’avouer dans son autobiographie qu’il s’agissait d’un mensonge, et qu’il s’était bel et bien dopé à plusieurs reprises. lien

Ce qui est certain, c’est qu’après avoir déclaré qu’un joueur sur 10 se dopait, le belge Christophe Rochus a eu quelques ennuis, tout comme Nicolas Escudé, lequel a écopé d’une amende pour « avoir trop parlé ». lien

En athlétisme, ce n’est guère mieux.

Lors des jeux olympiques de Londres, ce sont 9 athlètes qui ont été suspendus pour dopage. lien

Et pour quelques sportifs « pris par la patrouille », combien sont passés entre les mailles du filet ?

Au-delà de ces dérives dans le sport professionnel, le dopage s’invite aussi chez les amateurs, et d’après une enquête, dans la seule Belgique, ils seraient 50 000 fréquentant les salles de Fitness à prendre des produits interdits, surtout des anabolisants qu’ils achètent sur le Net en toute impunité.

En 2010, plus de 40 000 doses d’hormones diverses ont été interceptées. lien

On imagine sans peine qu’il doit en être de même en France ?

Mais revenons à Armstrong.

Alors on comprend qu’en haut lieu, à tous les niveaux, des instances nationales, internationales, aux médias, en passant par les docteurs, directeurs sportifs, sponsors, on préférerait que le seul montré du doigt soit le cycliste américain.

Pourtant Valérie Fourneyron, la ministre des sports, ne semble pas vouloir s’en tenir aux seuls aveux d’Armstrong, en déclarant : « l’ensemble des acteurs doivent être entendus, il faut lever l’omerta devant les autorités indépendantes. Il faut mettre à jour le rôle de la fédération internationale, l’UCI. C’est ce que l’AMA réclame, et elle a raison. Il faut une prestation sous serment, et on en est très loin  ». lien

Mais aura-t-elle les moyens de ses ambitions ? le cyclisme sera-t-il le seul à être montré du doigt ? Lance Armstrong va-t-il balancer des noms ?

Il a affirmé lors de sa séance d’aveux devant Oprah Winfrey : « si je pouvais, je ferais tout pour aller aux devants de l’USADA, je ne me battrais pas, je ne poursuivrais pas, je dirais, j’appellerais mes proches, la fondation, les sponsors (…) si on m’invitait à témoigner dans le cadre d’une commission de vérité et de réconciliation, je serais le premier à la porte  », mais il a ajouté : « je ne veux pas parler d’autres personnes, accuser… ». lien

Alors va-t-il garder le silence ?

L’avenir nous le dira, et comme dit mon vieil ami africain : « si j’écoute, c’est moi qui profite, si je parle ce sera tout au plus les autres ».

L’image illustrant l’article provient de « sciblogs.co.nz »

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

Articles anciens

Ils se foot de nous

Dans les secrets des labos noirs

A découvrir cet article de Matthieu Stelvio.

Une pétition à signer sur ce lien

Le blog qui traite du sujet est sur ce lien

La vidéo avec des extraits de ses aveux est sur ce lien



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