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Accueil du site > Culture & Loisirs > Sports > Deauville à l’heure du polo

Deauville à l’heure du polo

S’il existait un ordre protocolaire parmi les sports équestres, le polo occuperait la première à titre d’ancienneté. Il a été non seulement le sport des rois et des princes, mais également celui des rajahs et des maharajahs, c’est-à-dire des riches et des puissants, si bien qu’il est paré, aux yeux du commun des mortels, d’une aura prestigieuse. L’historien Tabari (838-923) relate de quelles manière le roi persan Darius III, qui vécut aux alentours de 330, admonesta Alexandre le Grand en l’assurant que ce sport conviendrait mieux à son inexpérience que ses activités guerrières. D’autres écrivains orientaux des IXe et Xe siècles nous décrivent les règles d’un jeu qui était bien connu de tout l’Orient. C’est, en effet, le plus ancien jeu de balle et de maillet du monde. La participation du cheval le différencie des autres jeux de balle et lui donne son originalité et sa beauté spectaculaire. Des peintures chinoises et persanes nous informent qu’il était le passe-temps favori des cours d’Asie et d’Asie Mineure. D’ailleurs, l’origine du mot vient du tibétain pu-lu qui signifie racine de saule, bois dans lequel on fabrique les balles.

Au XIIe siècle, on retrouve le polo dans la Grèce ancienne, tandis que l’auteur arabe Nakrisi se fait l’écho de l’impulsion donnée par le sultan égyptien El Nacer à tout ce qui a trait à l’élevage du cheval et aux sports équestres. Le polo était alors baptisé « balle à cheval  ». Inconnu jusqu’alors du monde occidental, il fut découvert par les officiers de cavalerie de l’Empire britannique qui séjournaient en Inde dans les années 1850. Ce sport, qui convenait parfaitement à des cavaliers entraînés et aux poneys maniables qu’ils avaient à leur disposition, deviendra un de leurs loisirs préférés. Le premier club de polo fut fondé en 1859 par des officiers de l’armée indienne du Cachemire, fiers de redonner vie à leur héritage sportif. Puis, d’autres clubs se créèrent en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et dans diverses régions de l’Empire britannique et les premières règles furent rédigées en 1875 à Hurlingham qui avait organisé le premier match l’année précédente.

Aux Etats-Unis, il fut introduit par un magnat de la presse et s’y implanta si bien et si vite que les deux Amériques s’enflammèrent à leur tour pour ce jeu et que la coupe des Amériques, qui oppose depuis 1928 l’Argentine aux Etats-Unis, est probablement le trophée de polo le plus convoité du monde.

Le polo a été inscrit cinq fois discipline olympique en 1900-1908-1920-1924 et 1936 et les membres, officiellement inscrits, sont environ au nombre de six cents en Angleterre, cent en France, deux mille cinq cents aux Etats-Unis, six mille en Argentine, et les chiffres ne cessent de progresser. La réputation élitiste du polo subsiste, bien qu’il soit plus démocratique qu’il y paraît, et s’ouvre de plus en plus à une jeunesse aux moyens modestes. Bien entendu, le mécénat reste indispensable et repose sur des sponsorisations commerciales assurées par des fabricants de champagne, des joailliers internationaux, des marques automobiles de luxe qui bénéficient de l’image prestigieuse associée à ce sport.

On a souvent représenté le joueur de polo comme un beau et riche dandy qui menait grand train, était entouré de jolies femmes, et le souvenir laissé par un Aly Khan, un Rubirosa ou un Terrail n’y est pas étranger. Cependant, aucun play-boy ne pourrait envisager d’exercer un sport aussi difficile qui exige non seulement des qualités équestres, mais de l’endurance, de l’anticipation, d’excellents réflexes, de la concentration, de la souplesse et de la coordination dans les gestes, un sens du jeu en équipe, de la stratégie, voire même de l’agressivité. Aussi est-ce un travail à plein temps pour celui qui veut maintenir un handicap de 6-7 ou plus. D’ailleurs la plupart des meilleurs joueurs sont des professionnels.

Le polo est un jeu dans lequel deux équipes de quatre cavaliers s’efforcent d’envoyer une balle en plastique de 130 grammes dans le but adverse à l’aide d’un maillet. Il se pratique sur un terrain gazonné de 275 mètres de long sur 145 mètres de large, auquel s’ajoutent des zones de décélération. A chaque extrémité du terrain, deux poteaux distants de 7,30m font office de buts. Les joueurs, par souci de sécurité, portent un casque souvent muni d’une grille de protection et des genouillères. Les jambes des chevaux sont également protégées, leur crinière rasée, leurs queues tressées pour éviter que les mains des cavaliers et les maillets s’emmêlent dans les crins.

Les joueurs sont classés et reçoivent un handicap qui matérialise le niveau de leur jeu. Les débutants commencent à l’handicap -2 et les meilleurs mondiaux culminent à l’handicap 10. Deux arbitres à cheval officient sur le terrain, au plus près de l’action, mais, en cas de litige, peuvent demander l’aide d’un troisième qui se tient en bordure de terrain. Un match est divisé en quatre à huit périodes de 7 minutes 30 secondes entrecoupées de pauses de 3 minutes pour changer de cheval. Après chaque but (goal) inscrit, les équipes changent de camp et le jeu reprend par un lancer de balle au centre du terrain. A l’heure actuelle, la saison dure toute l’année : l’hiver en Floride, au Texas, en Californie ; au printemps en Angleterre ; en août à Deauville et, au début de l’hiver, en Argentine ; entre temps en Australie et en Nouvelle-Zélande. C’est le circuit du plus haut niveau.

En France, les meilleurs joueurs de ces dernières années furent les frères Macaire, dont le père a su relancer le polo après la dernière guerre, à Paris, Deauville et Vichy. L’association sportive « Polo de Deauville  » fut fondée en 1892 et le duc de Gramont en devint le Président en 1907. Dans sa forme actuelle, le Polo de Deauville a été déclaré le 3 mars 1951 à la sous-préfecture de Lisieux. Sous l’impulsion de la comtesse Anne d’Ornano, de la chaîne Barrière et de Monsieur Zorbibe, fondateur de la « Lancel Polo Cup », le polo fait partie de l’image valorisante de la station normande. C’est sans contexte la vitrine internationale du polo français et le rendez-vous le plus élégant et le plus chic. Les présidents, qui se sont succédés depuis 1957, n’ont pas manqué de promouvoir cette renommée et d’y participer par leur prestige personnel. Ils eurent noms : duc de Gramont, baron Elie de Rothschild, duc de Noailles, Philippe de Nicolay, Jean-Paul N’Goumou Jikam et, depuis 2012, Philippe Bouchara.

 Ainsi la coupe d’or de Deauville est-elle le tournoi français de plus haut niveau joué chaque année dans un cadre qui a toujours su mériter et maintenir sa réputation de luxe, de calme, d’ordre et de beauté.

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE


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11 réactions à cet article    


  • igorencore igorencore 7 août 2014 10:43

    Ahhh Deauville
    Deauvillle fut à une époque plutôt centrée sur le Polo—Chon. C’était là son industrie
    Madame l’auteur n’a certainement pas connu les trains du plaisir , à l’époque on ne s’esclaffait pas pour les courbes de la monture mais plutôt pour celles de l’amazone


    • caillou40 caillou40 7 août 2014 13:04

      En Mongolie (entre 1100 et 800 av. J.-C..)..les mongols jouaient (à cheval) avec une outre de mouton... !


      • caillou40 caillou40 7 août 2014 14:50

        Donc le sport pratiqué par les mongols est bien plus vieux que votre « polo »... ?

        Fallait faire quelques recherches avant de dire des âneries..Vous devriez remontez le temps et aller voir du côté des pyramides...vous auriez des surprises.. ?

      • igorencore igorencore 7 août 2014 19:50

        Heuueuu
        Si on doit donner une prime à l’ancienneté je prétends que le Polo- Chon est le plus ancien des divertissements sportifs


      • colere48 colere48 7 août 2014 17:15

        « dans un cadre qui a toujours su mériter et maintenir sa réputation de luxe, de calme, d’ordre et de beauté. »

        Mais dans quel monde vivez-vous ?? Je vous plains ma pauvre amie....


        • Pere Plexe Pere Plexe 8 août 2014 09:22

          Prose surréaliste sur un luxueux hobby de la caste qui détient la moitié de la planète et méprise avec classe et élégance du haut de sa suprématie l’humanité ...Au détour de cette suranné et provocante ode à ce symbole de la fatuité d’un monde ultra inégalitaire on retiendra l’attitude scandaleuse de l’Olympisme qui prétend défendre l’universalisme mais retient un sport inaccessible à 99,9999% des habitants de la planète pour satisfaire quelques fin de races avides de breloques.
          Si par naïveté certains croyaient encore que le CIO n’etait pas, lui aussi, sous domination de ce microcosme oligarchique...
          C’est à mes yeux le seul intérêt de cette article. 


          • igorencore igorencore 8 août 2014 13:00

            Tous les attendus de votre introduction nous amènent à votre ineffable « aura prestigieuse ».
            On voudrait vous dire que pour les mêmes raisons on pourrait céder à la plus irrésistible irrépressible in coercible des répulsions que vous ne comprendriez pas .
            Sans doute votre fibre citoyenne


            • Pepe de Bienvenida (alternatif) 8 août 2014 13:25

              La bouche en cul de poule et avec un chamallows dedans (dans la bouche pas dans le cul, mais celâ n’est pâs incompâtible, s’pâs ?), je vous dis merci Marie-Chantal pour cet ârticle pâs-siôn-nânt.


              • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 8 août 2014 20:02

                Tout de suite l’insulte. Et cela pour un article qui décrit un sport qui a ses adeptes, ses passionnés, son public et qui demande pas mal de qualités physiques. Aucun des membres de ma famille ne le pratique mais on m’avait demandé, pour une revue, il y a quelques années de cela, un article, que je reprends en ce mois d’août qui va voir à nouveau un public de milieux très divers venir admirer les cavaliers. Ce sont généralement ceux qui aiment le cheval, la compétition, les courses.


                • Pere Plexe Pere Plexe 8 août 2014 20:32

                  Faut il vivre sur une autre planète pour ne pas voir à quel point cet article est provocateur et s’étonner que certains cèdent à la tentation d’une réponse un brin moins classieuse que le ton de votre prose qui aurait plus sa place là que sur AV


                • rocla+ rocla+ 8 août 2014 20:44

                  Les agoravoxiens habitant plutôt Trouville , ou une autre ville située dans un trou 

                  ne sont pas aptes à lire un article  dépassant l’ imaginaire horizon 
                  situé vers les 30 mètres plus loin que leur nez .

                  Il est pour ainsi dire malvenu de parler d’ un sport dont le cheval 
                  n’ est pas une bicyclette en acier . 


                  Le monde pour eux se réduit à la vue sur la ZUP  à loyers subventionnés 
                   par l’ Etat .

                  Toute tentative de se sortir le doigt du cul est mal vue par le syndicat . 

                  D ’ où les réactions spontanées  insultantes et  circonstanciées . 

                  Vive la pauvreté pour tous .

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