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Accueil du site > Culture & Loisirs > Sports > Equipe de France de Football : les leçons de l’échec

Equipe de France de Football : les leçons de l’échec

La Coupe du Monde vient de s’achever. La fête madrilène contraste avec l’amertume de l’élimination française dans le climat délétère que l’on sait. Terra Nova revient dans cette note sur le psychodrame national qui a entouré l’élimination précoce de l’équipe de France. Les auteurs analysent les dysfonctionnements qui l’ont entourée et prônent des orientations fortes. Oui, le gouvernement a raison de se mêler du sort de l’équipe de France : elle dépasse largement le cadre sportif pour représenter la nation. Non, il ne faut pas transférer sa gestion du giron de la Fédération française de football (FFF) à la Ligue de football professionnelle (LFP) : ce serait illégitime, et la source de graves conflits d’intérêts. Il faut en revanche réformer en profondeur la FFF : professionnalisation, démocratisation réelle, transparence dans le choix du sélectionneur, élaboration d’un vrai projet éducatif et sportif pour les joueurs, rôle de régulation accru du ministère des sports. Au-delà de cette note d’analyse « à chaud », Terra Nova présentera à la rentrée un rapport de propositions dans la perspective des états généraux du football.

Que s’est-il passé dans la « maison France », pendant le séjour en Afrique du Sud ? Objectivement, pas grand-chose, quand on reconstitue à froid les évènements. Une élimination sportive au premier tour de la compétition, certes peu glorieuse, mais en ligne avec les prestations laborieuses de l’équipe de France lors des qualifications. Et conforme à une réalité de long terme : la France n’est pas une grande nation de football. Des dysfonctionnements au sein de l’équipe, inhérents à toute organisation : des rivalités au sein des joueurs et des difficultés de communication avec l’entraîneur, comme il en existe souvent ; l’écart de langage « à chaud » de Nicolas Anelka qui, s’il était resté confiné au vestiaire, aurait été géré sans difficulté par le groupe ; une mauvaise gestion de son exclusion par le staff et une réaction de solidarité des joueurs lors de la fameuse « grève de l’entrainement ». Des dysfonctionnements, donc, mais objectivement rien de dramatique.
 
Pourtant, la séquence s’est transformée en psychodrame national. C’est que le football n’est pas un sport comme les autres : sa popularité et son hypermédiatisation sont telles qu’il s’échappe de l’univers du sport pour faire de l’équipe de France un objet politique. Une source de valeurs pour une partie de la jeunesse française. Un objet d’identification : l’équipe de France contribue à structurer notre identité nationale. Un véhicule diplomatique : elle contribue aussi au rayonnement de la France à l’étranger. Un enjeu économique, enfin : au-delà de la filière économique que le football génère (les spectacles, les produits dérivés, la publicité et les droits de retransmission : TF1 a payé 120 millions d’euros pour retransmettre la Coupe du monde 2010), les résultats de l’équipe nationale influent sur la « confiance » collective – les économistes estiment ainsi que la victoire de la Roja va générer un surplus de 0.7 point de croissance cette année en Espagne.
 
Le football n’est pas un sport comme les autres et, en France, il est marqué par l’héritage de 1998, la victoire historique de la France lors de la Coupe du monde sur son sol, par une équipe « magique » emmenée par Zinedine Zidane. Le psychodrame trouve là son explication : la Coupe du monde 2010 a brisé l’héritage de 1998. Brisé les valeurs : d’un collectif soudé et dévoué au « maillot » à une bande de mercenaires chasseurs de primes. Brisé l’indentification : de la France unie « black blanc beur » au rejet de la banlieue et de ses caïds. Brisé le rayonnement de la « France qui gagne », pour une France déclinante, devenue la risée du monde. Brisé, enfin, sa valeur économique et son potentiel de « confiance » pour le pays.
 
Dans ces conditions, le gouvernement a raison de se mêler de la question : l’équipe de France de football « appartient » bien à la nation. Au-delà de la responsabilité individuelle des acteurs du psychodrame sud-africain (les joueurs, l’entraîneur…), c’est bien entendu la Fédération française de football (FFF) qui en porte la responsabilité structurelle : c’est elle qui dirige le staff administratif de l’équipe de France, désigne l’entraîneur, supervise la formation des joueurs et, plus globalement, gère l’héritage de 1998.
 
Le gouvernement a annoncé des « états généraux du football » pour la rentrée, mais le président de la République a déjà donné la ligne : il faut transférer la gestion de l’équipe de France du giron des « amateurs » de la FFF vers les « professionnels » de la Ligne de football professionnelle (LFP). Cette tentation doit être combattue. La LFP n’est pas légitime : au nom de quoi des intérêts privés – les clubs professionnels - pourraient-ils prendre la direction d’une institution qui appartient à la nation ? La LFP ne sera pas non plus efficace, contrairement à ce qu’on pourrait penser, car les conflits d’intérêt sont trop nombreux. Au plan financier : les clubs professionnels de la LFP sont déficitaires, de l’ordre de 30 millions d’euros cette année ; on imagine la tentation de capter les bénéficies de l’équipe de France qui se montent à… une trentaine de millions. Au plan économique : sélectionner un joueur en équipe de France augmente sa valeur économique ; on imagine là aussi la tentation des grands clubs français, qui dominent la LFP, de peser pour faire sélectionner leurs joueurs plutôt que ceux des petits clubs ou des clubs étrangers, au détriment de la valeur sportive. De même, dans la perspective de l’Euro 2016 en France, les choix d’investissement sur fonds publics d’Etat dans les stades qui abriteront des matches de l’Euro pourraient subir de sérieux conflits d’intérêt si la LFP est aux manettes.
 
C’est pourquoi la bonne politique est de réformer la FFF, et non de la dessaisir. Cinq axes de réforme méritent d’être creusés dans la perspective des états généraux :
 
1. Professionnaliser la FFF. La présidence des instances fédérales, et a fortiori nationales, de la FFF nécessitent des compétences et du temps. Pour que de tels postes ne soient pas réservés de fait à des retraités ou des « rentiers », l’indemnisation des dirigeants pourrait être envisagée, comme cela se fait pour les élus politiques.
 
2. Démocratiser la FFF. Les dirigeants de la FFF sont élus mais leur élection n’est pas légitime : c’est un système sénatorial, basé sur des élections dans l’entre-soi des dirigeants de fédérations, et qui produit des baronnies consanguines bloquant tout renouvellement. L’actuel président de la FFF, Jean-Pierre Escalettes, professeur d’anglais retraité de 75 ans, est membre du conseil fédéral, l’instance de direction de la FFF, depuis 25 ans… Une élection au suffrage universel direct des adhérents de base de la FFF (les licenciés), après une véritable campagne publique, permettrait d’assurer une vraie démocratisation.
 
3. Rendre transparent le choix du sélectionneur. Ce choix relève du secret des délibérations du conseil fédéral de la FFF. Or il est aujourd’hui pris en otage par les « intérêts de boutique » de la FFF : le sélectionneur doit être issu de la direction technique nationale de la FFF, au détriment le cas échéant de la compétence. C’est pour cette raison que la FFF a rejeté Laurent Blanc en 2008, qui n’est pas issu de la DTN, et préféré maintenir Raymond Domenech, entraîneur « maison ». Le choix du sélectionneur pourrait être rendu transparent, après appel à candidature, sur la base d’auditions publiques des candidats permettant l’évaluation de la qualité de leur projet pour l’équipe de France. L’évaluation des performances du sélectionneur serait régulièrement appréciée selon un calendrier prédéfini et conditionnerait son maintien en poste.
 
4. Garantir aux joueurs un projet éducatif et professionnel, qui donne du sens à l’équipe de France. Les jeunes talents, détectés de plus en plus tôt, sont coupés de leur milieu familial dès l’âge de 10-11 ans pour rejoindre les centres de formation des clubs professionnels. Ces centres renoncent de fait à toute éducation scolaire pour se concentrer exclusivement au sport et produisent des adolescents déracinés, incultes, biberonnés à la seule valeur de l’argent et du mercenariat, dans lequel l’équipe de France ne représente rien si ce n’est un moyen d’augmenter sa valeur de marché. Il faut casser cette logique : imposer aux centres de formation la mise en œuvre effective de leur mission de service public (double projet éducatif et sportif), former les joueurs aux contraintes du professionnalisme (gestion des médias, prise de parole en public, apprentissage de l’anglais…), inculquer l’honneur de représenter la France lorsqu’on porte le maillot national et supprimer les rémunérations financières en équipe de France. 
 
5. Moderniser le ministère des sports pour en faire le véritable régulateur du sport spectacle. Le sport spectacle, singulièrement le football, est de fait un service public. La FFF gère d’ailleurs des prérogatives de puissance publique déléguées par l’Etat. Un partage des tâches clair avec l’Etat, dans le respect de l’autonomie du monde associatif, doit être trouvé. Au ministère du sport le soin de réguler et de définir les obligations de service public qui s’attachent au sport spectacle. A la FFF, la gestion du sport spectacle, dans le cadre de vrais contrats d’objectifs et de moyens.
 
 
Retrouvez la note en intégralité ici

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3 réactions à cet article    


  • boub 21 juillet 2010 13:03

    Bien vu ! Céder l’équipe de France à la LPF : Sarko voudrait-il nous refaire le coup de Chirac sur les autoroutes ? Gardons les bijoux de famille qui nous restent !
    L’équipe de France doit représenter tous les Français qui aiment le foot, et échapper au sport business. Les Français doivent avoir le droit d’élire leur président du foot.. C’est la seule solution pour éviter que tout recommence comme avant


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 23 juillet 2010 13:01

      Quels bijoux ?

      C’est du toc...


    • adèle 24 juillet 2010 15:51

      Article pertinent qui permet de mettre une perspective à toute cette histoire, la rendant ainsi bien plus intéressante au citoyen qui n’apprécie pas particulièrement le football.
      Je ne peux m’empêcher cependant de regretter l’hégémonie du football dans l’info lors des évenements comme la Coupe du Monde...

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