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France 3 – Honduras 0 Vive le Honduras libre !

Quelques commentaires sur la Coupe du Monde, comme s'il n'y en avait pas assez !

Gloire au Honduras ! On s'étonnera sans doute de ce cri du cœur, tant, de l'avis général, cette équipe ne s'attire que mépris et condescendance, tout juste lui rend-on hommage d'avoir offert la victoire à l'équipe de France, nous permettant ainsi s'espérer des lendemains qui chantent. Non, gloire à elle pour avoir été ce qu'on lui reproche : une équipe de bouchers.

Coups de crampons, tacles aux genoux, trucages, piétiner l'adversaire à terre, obstructions systématiques, coups de coudes, tacles assassins, carton rouge mérité, cinéma, mauvaise fois, guerre de tranchée, j'en passe et des meilleurs... Pour l'ensemble de son œuvre, gloire au Honduras !

Il est bien étrange me direz-vous de défendre ces fameux « gestes qu'on ne veut plus voir sur un terrain. » Voilà bien toute l'ambiguité du football et du plaisir qu'il procure : car il y a largement autant de plaisir à prononcer « des gestes qu'on ne veut plus voir sur un terrain » qu'à voir du « beau jeu ». L'un sans l'autre d'ailleurs n'a pas beaucoup d'intérêt. Le beau jeu, c'est bien beau, mais ça n'a rien à voir avec la coupe du monde, ça n'est pas la coupe du monde, ça n'est rien, rien si l'équipe plus faible ne fait pas TOUT pour s'y opposer.

Car la coupe du monde c'est la compétition ultime, rien à voir avec la ligue des champions, cet espèce de cirque pour ballerines où on se refile le titre d'année en année entre clubs milliardaires, cercle très select et très fermé où on s'échange les stars et où chacun aura un jour, quoiqu'il arrive, sa champion's coup à mettre dans la vitrine, non plus un trophée mais une golden card, l'American Express de ceux « qui en sont »... « Tu l'as eu toi ? Non mais je vais l'avoir l'année prochaine. Ah ben oui c'est ton tour, moi je m'en fout, du moment qu'elle reste chez nous... »

Dans cette bonne entente des oligarques du pognon, où le but est clairement de valider les quartiers de noblesse des nouveaux riches, on y a intégré il y a peu les milliardaires russes et les qatari, l'enjeu ne tue plus le jeu. Pour la bonne raison qu'il n'y a plus d'enjeu sportif. Ne reste plus que le jeu. Et les buts. Car le jeu pour le plus grand nombre, et il faut toucher le plus grand nombre, ce n'est guère que les buts, ce « qu'on veut voir sur un terrain ». Le reste on s'en fout globalement, les télés passent en replay le coup de pied fatal faisant même fi la plupart du temps de l'action ayant amené la chose. Va pour la dernière passe, elle entre dans les statistiques...

Le football devient un jeu de play station ! On veut voir « des trucs de fou », des buts en pagaille... il faut « protéger les joueurs », les « artistes » pour que la moulinette à replays ne s'arrête pas. C'est que c'est fragile « l'artiste ». Ça ne se savate pas. À peine touché on amène la civière, pour bien faire comprendre qu'il est précieux, on l'y dépose comme un diamant dans du coton, et lui, poussé par les « nouvelles règles », se prête au jeu, il est évacué sur sa civière rembourrée, mi cercueil mi palanquin, exposant sa délicate préciosité, exposé comme dans la procession du veau d'or. Bref, il faut coûte que coûte protéger l'investissement, et le meilleurs moyen étant encore de le montrer si sacré dans une pseudo souffrance, que plus personne sur le terrain n'osera même le toucher !

Pas étonnant qu'on voit beaucoup de buts. Puisqu'en bonnes victimes expiatoires les équipes plus faibles s'interdisent de sortir les crampons, « l'artiste » n'a plus peur, il peut « s'exprimer », et le perdant sera content d'avoir participé à un « beau spectacle ». Bien sûr, le spectateur croit se « régaler », mais on s'ennuie, l'intensité d'un cinquième but sans danger ne fait plus vibrer que les enfants de huit ans.

Voilà pourquoi : Gloire au Honduras ! La seule équipe venue jouer une coupe du monde et pas un tournoi de plage. Elle ne s'est pas refusé le seul moyen qu'elle avait de se défendre. Rien à foutre du respect, du beau jeu, ils sont là pour casser du tibia, tordre de la cheville, ils sont là pour se défendre et si l'adversaire veut gagner il devra passer par l'épreuve du feu, mettre en jeu ses putains de genoux, quitter la play station, ne plus être un assemblage de pixels que rien n’atteint, ne plus être un toon et revenir à la vie.

Le Honduras a respecté la coupe du monde en ne « respectant pas le jeu », c'est peut-être ça la rébellion. Sortir de l'espace virtuel où les corps ne veulent plus rien dire, car pour faire tant de choses exceptionnelles, il faut que les oppositions deviennent aussi peu solides que les armées de pixels des jeux vidéos, il faut que les faibles soient de gentils partenaires donnant une réplique circonstanciée pour enjoliver le spectacle, il faut que les faibles se contentent de tenir leur rôle de faibles.

La rébellion c'est le Honduras, sortir du grand cirque du spectacle pour offrir un match pourri, dégueulasse, avec tout le mauvais esprit possible, ce mauvais esprit qui consiste à saper de l'intérieur un spectacle à la gloire des meilleurs, des plus forts, des plus riches, des plus beaux. Que la pauvreté soit laide, sale, puante, violente et surtout, qu'elle ne respecte pas les règles ! Car ce ne sont jamais les siennes.

 


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