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France-Turquie, un match presque inter-Européen ?

L’équipe de France de football avait rendez-vous vendredi 5 juin dernier avec la formation nationale turque pour un match amical au stade de Gerland à Lyon. A la suite de la défaite face au Nigeria quelques jours plutôt, le match était attendu avec anxiété par Raymon Domenech et les supporters tricolores.

Sans porter trop de considération sur le résultat de ce match contre les nigérians, ce sont surtout les sifflets du public pendant le match qui avaient fait « tomber des nues » le sélectionneur. Ce dernier, lyonnais d’origine, confiait au quotidien l’Equipe « la gêne » qu’il éprouverait, si il avait à revivre le même scénario à Gerland face aux turcs.

Cependant à défaut de chahut de la part du public Français, c’est le chauvinisme exacerbé d’une partie du public turc qui, contrastant avec l’indigence de l’expression patriotique tricolore, a peu à peu introduit un vague sentiment de malaise dans le stade ce vendredi soir, au point que la rencontre a failli être interrompue à la 81ème minute.

A l’heure où certains partis politiques veulent faire de l’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne un enjeu électoral, un tel match, d’apparence si anodine, prend insidieusement une portée politique substantielle.

En dehors de l’aspect purement sportif, ce match amical France-Turquie s’annonçait particulier.
D’abord parce que la Turquie est un pays qui aime véritablement le foot. Et ensuite parce qu’on savait que les supporters turcs se déplaceraient en masse à cette occasion.
 
Or, en coulisses ce type de match est toujours difficile à gérer pour les organisateurs. Il faut en effet faire en sorte que l’évènement soit un moment de fête fraternelle de la nation, et pas une occasion d’expression de tentions communautaires.
 
En plus de cela, la retransmission à la télévision "impose" que le spectacle soit rayonnant de volupté patriotique et d’exaltation populaire, à travers ce fantastique sport que constitue le football.
 
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 Afin de créer un beau panorama pour la télévision, plusieurs milliers de drapeaux tricolores furent disposés pendant la matinée dans les tribunes, à raison d’un toutes les deux places. Assez pour réveiller immanquablement le sentiment patriotique des spectateurs français, très circonspects envers la fougue de leur équipe nationale.
 
En outre, l’initiative s’avéra salvatrice pour l’image médiatique. Sans cela, les quelques insignes nationaux timidement apportés, auraient été invisibles dans le stade, noyés parmi la profusion de drapeaux turques qui émaillèrent, dès le début de la rencontre, l’ensemble des tribunes.
 
Des milliers de tifos (morceaux de papier cartonné brandis par les supporters à la façon des mosaïques) avaient également été disposés sur chaque siège du virage nord. Mais malheureusement, la hardiesse patriotique fut trop timorée ce soir là pour insuffler aux spectateurs la force d’élever tous ensemble ces bouts de carton. L’initiative fit long feu, sans doute au grand damne des caméramans qui avaient certainement préparé de belles prises de vue.
 
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Bref, l’organisation était impeccable. Et le match lui même commença sous les meilleurs hospices. Les français eurent le bon gout d’applaudir l’hymne de la Turquie, et les premiers sifflets qui ont retenti du virage turc au moment de la Marseillaise se sont très vite dissipés pour laisser la place à des applaudissements généreux et prolongés.
 
 
C’est seulement à partir de l’expulsion sur carton rouge d’Üzülmez pour une faute sur Anelka, et d’un penalty transformé par Benzema, que l’atmosphère devint plus pesante.
 
Quelques drapeaux tricolores furent jettés sur la pelouse à partir des tribunes et les sifflets se firent plus présent. Il fallu néanmoins attendre la 81ème minute pour que la situation devienne critique. Après que Sagna, sur le côté droit, ait été la cible de bouteilles de jus-de-fruit, c’est la pelouse de Lioris qui fut bombardée par le virage turc de projectiles et de fumigènes, obligeant l’arbitre à arrêter le jeu pendant cinq minutes et les joueurs turcs à aller calmer le virage.
 
La fête était alors gâchée... L’indignation se lisait aussi bien sur le visage des supporters français que turcs, souvent venus en famille. L’arrêt du match fut envisagé, mais une telle interruption était évidemment impossible.
 
La décision aurait très certainement eu un impact politique sensible dans cette période d’élections européennes : il n’aurait pas fallu servir du petit lait aux identitaires conservateurs en tous genres, qui font de la stigmatisation de la Turquie un cheval de bataille.
 
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Pour autant, il semble que ces incidents posent question...
En effet ces quelques débordements sont allés bien au delà d’une simple contestation d’erreur d’arbitrage, et ont largement outrepassé le cadre raisonné de l’expression d’un sentiment patriotique.
 
Le jet de projectiles et de drapeaux contre les joueurs français témoignent d’une forme réelle de ressentiment envers la nation française, sans qu’il soit aisé d’en déterminer les causes.
 
Habituellement, se sont les matchs de football nous opposant aux pays jadis humiliées par la colonisation française, qui nous habituent à ce type d’incidents. De plus la Turquie est en négociation pour intégrer l’Union Européenne, et de tels évènements sportifs devraient être l’occasion de sceller progressivement ce possible destin commun entre les deux pays.
 
Or ce match à très certainement laissé dans l’esprit de ceux qui y étaient un sentiment tout autre. Car la manifestation d’une telle hostilité incruste inévitablement dans les mémoires une certaine amertume, voir une certaine rancoeur, pour le spectacle gâché et pour l’inimité distillée dans le stade.
 
Il faudra donc voir à l’avenir si ces blessures parviennent à s’effacer d’elles-même d’ici la possible intégration de la Turquie à L’union Européenne, ou si au contraire c’est ce rapprochement qui permettra à terme de panser ces déchirures de la jeunesse française, qui s’ouvrent béantes à chaque match de foot et ne paraissent jamais cicatriser.
 

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5 réactions à cet article    


  • jaicruvoir 6 juin 2009 16:14

    Les turcs vivant en France sont sont nombreux à Lyon , ils perçoivent que la France comme un pays hostile. Ce qui est le cas dans les discours des hommes politique et de sa population.

    Les fait de voir et d’entendre « La Turquie n’est pas Européenne », « La Turquie est le cheval Troie des Etats Unis », « La Turquie est un pays islamiste », La Turquie n’est pas une démocrartie« avec toujours un coté négative à chaque élection en France, cela n’incite pas les Turcs vivant en France de se sentir à l’aise.

    Ce qui ressort durant ce match par les sifflets. Les Turc de France savent maintenant que la France ne sera jamais de leur coté.

    Ils en concluent qu’elle est contre eux puisque la France est contre la Turquie Européenne.
    Et que le partenariat privilégier proposé par la France n’est que la création de citoyen de »seconde zone" ayant les obligations des européens mais pas les droits (applications des lois européennes mais pas de participation à leurs élaborations) .

    Action-Réaction,comme disait si bien un professeur dans le film les Choristes.


    • franc 6 juin 2009 19:14

      que l’on arrêt de donner des leçons comme si la france détenait toute la vérité et les droits de l’homme mieux que les autres ... que l’on arrêt de reprocher aux autres ce que l’on fait soit même...

      pourquoi toujours ramener la question européenne à chaque rencontre sportive ?
      on veut bien de la turquie en europe mais à condition qu’elle ferme sa gueule et que l’on l’exploite comme des escalves ... voici la vision des droits de l’homme en france, rabaisser les autres pour mieux se mettreen avant... belle connerie

      • Pacalvotan Pacalvotan 6 juin 2009 19:19

        Je pense que l’auteur va un peu trop loin. Des supporters minables il y en a partout, notre ligue1 le démontre très clairement.
        Ce que j’en retiens de ce match, c’est que Domenech est toujours le summum de la nullité en matière de coaching et que l’arbitre a pourri le match à la suite d’une expulsion imaginaire. Ce n’était qu’un match amical.


        • HELIOS HELIOS 7 juin 2009 11:38

          Vous avez tous raison, charité bien ordonnée commence par soi-même :

          Domenech est mauvais, point !

          Cela dit, les Turcs, ne font pas mieux. On constate là, l’etendue du chemin qui leur reste a parcourir. L’angleterre avec ses hooligans a mis presque 10 ans pour se débarrasser de ce problème et la volonté, extremement ferme y etait.

          Les Turc suivent la même voie, avec les moyens d’aujourd’hui, mais les contextes divers effacent la volonté de pacifier et de revenir a ce que le foot doit être, une competition sportive.


          Quand aux commentaires, toujours sympathiques pour les autres, jamais pour les français, La France ne donne pas de leçon, surtout en foot, la France ne cherche pas a exploiter la Turquie, la France ne rejete personne, mais elle a quand même le droit de décider avec qui elle a envie de se marier, Je ne ferais pas de commentaire sur ce sujet, j’entends déjà les cris...*

          Quand au partenariat privilegié, il y a bien des pays qui le reclamerait s’ils etaient eligibles. Apparement, la France ne veut pas se marier avec la Turquie, fermer le ban, y’a plus rien a voir,


          • frédéric lyon 7 juin 2009 17:38

            Je cite notre impayable auteur :

            Il faudra donc voir à l’avenir si ces blessures parviennent à s’effacer d’elles-même d’ici la possible intégration de la Turquie à L’union Européenne, ou si au contraire c’est ce rapprochement qui permettra à terme de panser ces déchirures de la jeunesse française, qui s’ouvrent béantes à chaque match de foot et ne paraissent jamais cicatriser.

            .......................... ;

            Quelle déchirure de la « jeunesse française » ?

            Ce que nous avons vu c’est une jeunesse turque se comporter de façon violente, comme en pays conquit, et pour laquelle le réveil et le retour au réel va être difficile.

            Quant à la candidature turque à l’Europe elle est morte et enterrée, ces jeunes Turcs l’ont déjà compris.

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