Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Sports > Gestion du football mondial : pourquoi les dirigeants sont hors-jeu (...)

Gestion du football mondial : pourquoi les dirigeants sont hors-jeu ?

Qu’est- ce qu’il y a de commun entre Robert Mugabe, le père de l’indépendance zimbabwéenne et Joseph (Sepp) Blatter, le grand manitou du football mondial ? Réponse : La longévité au pouvoir. Le désistement de Michel Platini à briguer la présidence de la FIFA laisse un boulevard à Sepp Blatter, candidat à sa propre succession en 2015, année du scrutin désormais sans enjeu. Cette situation assez surréaliste comme il en existe toujours dans le football illustre très bien la particularité de ce milieu où la passion hélas l’emporte toujours sur la raison. Comment expliquer qu’en dépit de nombreuses casseroles qu’il traine, le dirigeant suisse continue malgré tout à bénéficier de « la confiance » de ses paires. Pourquoi le football, sport populaire, pratiqué par les jeunes est dirigé depuis des lustres par une véritable gérontocratie, des dirigeants à la longévité « africaine » qui n’ont qu’une passion, « servir » le sport en profitant au passage pour bien se servir ?

A 78 ans, Sepp Blatter vient d’annoncer qu’il briguera un autre mandat de 4 ans à la tête de la FIFA. L’homme d’affaires (comme il est décrit sur sa page Wikipédia) qui aura fait l’essentiel de sa carrière au sein de l’institution faitière du football et aussi contribué à sa notoriété dans le monde n’est visiblement pas prêt à passer le témoin. Pourtant, en 2002 déjà, il annonçait précisément pendant sa campagne électorale victorieuse qu’il quitterait ses fonctions en 2006 au terme de son second mandat. Aujourd’hui en 2014, toutes les conditions semblent réunies pour que l’ancien secrétaire général de la FIFA rempile encore l’année prochaine pour un nouveau bail de 4 ans, qui le rapprochera du record absolu de 24 ans détenu par son ancien mentor le brésilien Joao Havelange.

La nébuleuse FIFA

Au moment de sa très probable réélection en Mai 2015, M. Blatter fêtera ses 79 ans. On peut très bien se poser la question de savoir pourquoi une telle longévité à une telle fonction ? Est-ce le manque de talents ? Ou alors la passion du football ? Nul ne peut répondre avec certitude. En revanche, personne n’est censée ignorer que l’absence d’alternance au sein d’une institution aussi importante que la FIFA favorise le clientélisme, le népotisme ; et d’ailleurs, Lord David Triesman, l’ancien président de la fédération anglaise de football (FA) comparait la FIFA à une famille mafieuse et son président à « Don Corleone ». Ce qui en dit long sur le fonctionnement de cette structure habituée à faire la une des journaux, tant les scandales sont légions en son sein. Ces accusations gravissimes auraient déjà pu provoquer une véritable levée de boucliers ailleurs, mais dans le monde du football, les choses se passent différemment. Les dirigeants de fédérations du Nord, en général plus vertueux et respectueux de l’éthique sportive doivent composer avec leurs paires venus du sud qui ont trouvé dans le football, une véritable mamelle nourricière qu’ils peuvent traire à volonté, sous la bienveillance du secrétariat général de la FIFA ; cette instance n’hésite plus à brandir l’arme de la suspension voire de l’exclusion au pays dont l’état se serait rendu coupable d’intervenir dans les affaires internes de la fédération locale. Une manière de se mettre encore un peu plus ces fédérations sous sa tutelle. Face à cette situation, Michel Platini ancien allié de Blatter, avec un bilan certes mitigé à la tête l’UEFFA (et dont le nom est cité comme ayant joué un rôle clef dans l’attribution aujourd’hui fortement contesté de l’organisation du mondial 2022 à l’émirat du Qatar), s’est rendu compte à quel point le système FIFA était verrouillé : Il n’a visiblement pas voulu prendre le moindre risque en attendant peut-être son heure en 2019 ? Il aura alors 64. Même si Platini n’était pas le candidat idéal, il aurait permis une certaine alternance et donner un second souffle dont a fortement besoin cette institution.

Président à vie

Ce phénomène d’extra longévité à « l’africaine » n’est pas hélas, simplement l’apanage de la FIFA. Les fédérations continentales, voire nationales ont un mode de fonctionnement quasi identique. En Afrique justement, l’inamovible Issa Hayatou, 68 ans, préside aux destinées de la CAF depuis 1987, date de sa première élection après avoir remplacé l’Ethiopien Ydnekatchew Tessema qui aura passé 15 ans à diriger le football africain. Ici en en Europe, avant l’arrivée de Michel Platini à la tête de l’Union des Associations de Football Européen (UEFA), on peut rappeler que le suédois Lennart Johansson, son prédécesseur est resté 17 années durant le maître de La maison du football européen à Nyon, siège de l’organisation. Il en est de même en Amérique où le Trinitéen Jack Warner a finalement été emporté par un énième scandale de corruption à la FIFA où il était également un membre influent ; il a dû abandonner son poste de président de la Confédération Nord-américaine et Caribéenne de Football (CONCACAF) après 21 ans de « bons et loyaux » services. La situation n’est guère reluisante en Amérique du sud où la très ancienne Confédération Sud-américaine de Football (CONMEBOL) avec son président actuel le Paraguayen Juan Angel Napout[1] élu l’année dernière après avoir remplacé son compatriote Nicolas Léoz, un personnage controversé qui était resté 27 ans l’homme fort du football sud-américain. Tous ces exemples et bien d’autres nous montrent une chose, la gestion du football ne connait pas l’alternance. Les dirigeants élus au gré des arrangements entre états et candidats, s’éternisent au pouvoir en neutralisant leurs adversaires, avec parfois des méthodes d’une autre époque. Alors, pourquoi un tel « amour » pour le pouvoir ? Machiavel nous enseignait que « La crainte de perdre engendre les mêmes passions que celle d'acquérir, car les hommes ne tiennent pour assurer ce qu'ils possèdent que s'ils y ajoutent encore ». Ainsi, le président de la FIFA serait-il seulement un chef de clan qui aurait peur de tout perdre une fois parti ? En y regardant de près on se rend compte que la réalité est bien plus complexe. Depuis sa prise de fonction à la tête de l’organisateur du mondial de football, la FIFA n’a cessé de gagner en notoriété et surtout a acquis une certaine aisance financière qui non seulement ferait des envieux et donc susciterait des convoitises. C’est ce qui expliquerait sans doute la divulgation et l’exacerbation d’affaires de corruption à l’approche de chaque échéance électorale ; le but étant de jeter le discrédit sur les uns et les autres, bref de créer une véritable ambiance délétère, un climat de suspicion générale qui auront pour conséquence d’occulter comme à chaque scrutin un véritable débat de fond sur l’éthique et la morale dans la gouvernance du sport mondial. Car si l’organisation n’a pas trouvé opportun de limiter par exemple le nombre de mandats à la tête de son exécutif, on comprend alors que pour ces dirigeants qui veulent tant servir le sport, la priorité est d’abord de se servir et le plus longtemps possible au risque de se désolidariser avec les aficionados du ballon rond et de se mettre hors-jeu pour de vrai !

Quid de la limitation des mandats dans les institutions sportives ?

Comme en politique, il est plus qu’urgent de limiter le mandat des dirigeants des organisations sportives et ce à tous les niveaux. En suivant l’exemple des organisations internationales ou de certains pays démocratiques, limiter les mandats s’avère nécessaire afin d’éviter toute forme de clientélisme. Aujourd’hui plus qu’hier, le sport en général et le football en particulier brasse énormément d’argent et il est inconcevable que la FIFA, la CAF, la CONCACAF, ou le CIO soient pris en otage par une poignée d’individus qui verrouillent tout, empêchant toute alternance au sommet en fossoyant les scrutins. Il ne fait aucun doute que le futur dirigeant de la FIFA (après Blatter) sera bel et bien coopté par l’actuel patron, comme il le fut lui-même, en son temps. Cela aura pour conséquence de perpétuer un système clanique, « maffieux ». En lieu et place d’élection libre et transparente, on assistera à une intronisation, incompatible avec les exigences démocratiques du moment où la compétence doit primer sur toute autre considération. Il faudrait justement changer ce genre de pratique. On a tendance à dire que les sportifs doivent servir d’exemple aux jeunes générations et cela à juste titre ; il serait tout aussi louable que les dirigeants d’organisations sportives manifestent également cette exemplarité à travers une gestion rigoureuse, un comportement au dessus de tout soupçon et surtout une envie de laisser la place aux jeunes.



[1] M. Napout a remplacé l’Uruguayen Eugenio Figueredo, qui est resté quelques mois avant de prendre la vice-présidence de la FIFA ; il a été pendant 10 ans, le vice-président de la CONMEBOL.


Moyenne des avis sur cet article :  4/5   (4 votes)




Réagissez à l'article

1 réactions à cet article    


  • Alexis_Barecq Alexis_Barecq 27 septembre 2014 15:49

    Arrêtez-donc de dire du mal de Mugabe.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès


Derniers commentaires