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Accueil du site > Culture & Loisirs > Sports > Jérôme Reijasse : mes adieux au Parc des Princes

Jérôme Reijasse : mes adieux au Parc des Princes

Jérôme Reijasse fut abonné de nombreuses années au Parc des Princes. C’est fini. Hier soir se jouait la première journée du nouveau PSG. Sans hooligans, sans ultras, sans certains abonnés. Un PSG dorénavant privé de public mais doté de clients. Papa, maman et les enfants. Il y en avait trop pour qui, au fond, c’était fatal et mieux comme ça. Ils ont gagné. Reijasse et les siens ont perdu.

Il faut ne plus vraiment être un homme ou ne jamais l’avoir été tout à fait pour être capable de communier ainsi. Il faut être de la race des monstres pour se satisfaire de ça. Célébrer sa propre déchéance. Tout ce soir, au Parc des Princes, pour la reprise du championnat, transpirait la souffrance, l’abandon. Le viol. Ces familles presque en tongues, ces enfants impitoyables armés de vuvuzelas, ces tribunes totalement vides, comme punies par la main d’un dieu de pacotille, ces V.I.P. venus jouir en nombre de la pacification, ces animations de kermesse pour obèses gavés à l’ennui et à l’amnésie, ces nouveaux sponsors pour des sites de paris en lignes, affichant avec une arrogance à vomir leur nouvelle puissance (winamax, losealot), ce thermomètre numérique en forme de Tour Eiffel censé jauger la ferveur sonore du public qui a envahi les écrans géants à chaque début de mi-temps, ces chants lointains, clairsemés, fatigués trop vite, bouteilles dans une mer de larmes contenues pour ne pas dire la déchirure éternelle. Monde parallèle où rien n’est à sa place. Un vertige. Demain, nous vivrons encore. Nous marcherons, nous saluerons ou nous fuirons, nous rirons même, nous aimerons, nous mentirons, nous mangerons, nous prierons, pourquoi pas ?
Nous n’irons plus au Parc.
Je n’irai plus au Parc.
Avec Karim (1), dans le métro qui ne nous ramenait encore pas assez vite dans nos appartements-refuges, il n’y avait plus ce sourire en coin que nous étions capables de brandir même les pires soirs au Parc des Princes, quand la vie avait encore son mot à dire. Les trois illuminés avinés de la banquette voisine n’y ont rien changé. Nous savions. Le Parc venait de s’effondrer. Ils avaient osé. Voilà, c’était fait. On avait maquillé le Prince en clown. Et à la truelle évidemment. Nos dirigeants ont préféré y aller franchement. Chirurgie éthique ridicule, atroce, boursouflée. Puant la gangrène. Et ils ont réussi. Ce soir, malgré une victoire, malgré une drôle d’ambiance, malgré la pluie parfaite, malgré les quelques âmes en peine aperçues ici et là, qui semblaient avoir accepté, les épaules basses et le regard crevé par mille tessons traîtres, qu’ici, c’était désormais chez quelqu’un d’autre, tout avait un goût de cendres. Il y avait des couillons heureux d’être là, dégustant cette paix retrouvée sans arrière-pensée, le cul posé, le ventre plein, la soirée tranquille. Il y avait des ex ultras maudissant Colony et offrant tout de même à Leproux, Bazin et tous les autres fossoyeurs, une collaboration active, en supportant, même à contre-coeur, en positivant, en en ayant juste rien à foutre, maladie contemporaine. Rien n’est grave. Jamais. Plus jamais. Il y avait aussi des fascistes disséminés, la tristesse et la frustration encore plus en bandoulière. La race supérieure, la tronche tirée.
Qu’ils se rassurent, tous, les rasés et les banlieusards, les Auteuil et les Boulogne, les petits et les grands, les cons et les moins cons, avec ou sans bras levé, avec ou sans cadavre, ils étaient déjà condamnés. La machine à divertir l’esclave moderne est vorace. La passion est un frein au veau d’or. Elle ne rapporte pas assez. Un converti vaut désormais moins qu’un client. On s’en doutait. On en est persuadé. Il va falloir apprendre à ne plus rien attendre, à vivre de rien, pour rien. Karim en parle comme si c’était déjà presque validé. Je crois qu’il a raison. Ils saliront tout. On sait pourquoi. Combien coûte une âme ? Combien vaut mon honneur ? Serait-je assez fort pour ne savoir qu’en rire ?
Je n’ai ni le courage de Drieu la Rochelle, ni le choix d’un athée : je vivrai donc.
Je deviendrai peut-être même un père. Bientôt. J’écrirai peut-être quelques lignes qui m’offriront l’apaisement. Je traverserai, sans trop y croire, des moments agréables, délicieux, formidables. Heureux ? Je n’oublierai jamais ces années au Parc. Je pleurerai même parfois, quand le passé ne voudra rien entendre. Je ne le raconterai pas.

 

Texte - Jérôme Reijasse Photo - Ma Solange Oussou

 

PS : 1) = Karim Boukercha

PS 2 : pour acheter Parc, le livre de Jérôme Reijasse :  http://www.parc-lelivre.fr/


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18 réactions à cet article    


  • FRIDA FRIDA 12 août 2010 11:32

    Que signifie « UDS » sur le marcaron du tee-shirt ??


    • King Al Batar King Al Batar 12 août 2010 14:33

      Je crois que c’est UPS, ca doit être le t shirt de son boulot, ca ressemble au logo de cette société....


    • Jude 12 août 2010 11:57

      Enfin on va pouvoir aller au Parc sans risquer de tomber au milieu de bagarres et d’échauffourées...

      Enfin les plus jeunes vont pouvoir nous accompagner

      Enfin ces imbéciles profonds des virages Auteuil et Boulogne vont cesser de nous emmerder avec leurs provocations et leurs insultes

      Enfin l’esprit sportif va retrouver ses droits dans les tribunes

      Enfin...

      Enfin !!!


      • agoratoc 12 août 2010 13:36


        Des interdictions de stade (IDS) administratives visant plusieurs supporteurs du Paris SG membres de la tribune Boulogne ont été cassées dernièrement par différents tribunaux administratifs qui ont condamné l’Etat à leur verser des préjudices, a-t-on appris mercredi de sources concordantes.

        "J’ai encore relancé la préfecture de police la semaine dernière mais c’est toujours silence radio", a indiqué à l’AFP l’avocat des supporteurs concernés, Jérôme Triomphe, qui a officiellement réclamé le 12 février 2010 à la préfecture de police le versement de 10.200 euros qu’il attend toujours.

        "Considérant (...) que le préfet se borne à produire un document d’information générale tiré d’un site internet retraçant l’histoire des supporteurs du PSG, que ce seul élément n’est pas satisfaisant pour établir que le comportement du requérant (...) était de nature à justifier la mesure prise à son encontre, l’arrêté du préfet de police est annulé", précisent les tribunaux administratifs de Paris, Versailles et Dijon dans des compte-rendus d’audience que l’AFP s’est procuré.

        Cette procédure judiciaire d’annulation, qui s’est conclue le 11 juin 2010, faisait suite à des évènements survenus lors de la saison 2006/2007, après le décès de Julien Quemener.

        "On va attendre d’avoir reçu les IDS administratives pour les faits de samedi et ensuite on va constituer une centaine de dossiers d’annulations", a ensuite fait savoir la tribune Boulogne.

        Samedi, en marge de PSG-Saint-Etienne, 249 personnes ont été interpellées et devaient faire l’objet d’interdictions de stade, dont neuf judiciaires pour les neuf supporteurs placés en garde à vue, avait indiqué la police.

        Depuis le 2 mars 2010, une modification de la loi permet d’infliger des IDS pour un seul fait établi, contre une réitération de faits avant cette date. A partir de septembre, la loi pourrait encore être modifiée pour allonger la durée des IDS actuellement limitées à 6 mois, selon une source policière.

        Lors des interpellations massives de samedi, la police a confirmé qu’un élève gardien de la paix se trouvait parmi les supporteurs. Il encourt la radiation.

        La Ligue de football professionnelle a par ailleurs annoncé que 13 fumigènes seulement avaient été allumés dans les stades de L1 samedi lors de la première journée, dont six à Rennes, mais aucun au Parc des Princes. Du jamais vu depuis la saison 2006-2007. Lépreux l a profond , quand on vout dit que les pouvoirs publics font dans l illégalité et que Sarkozy est un voyou

        • agoratoc 12 août 2010 13:41

          et merci pour ce tres bel article


          • jymb 12 août 2010 14:01

            Je n’ai rien compris à cet assemblage de mots, ni sur le fond, ni sur la forme. Mis à part que cela doit parler quelque part de foot (?) donc sans doute baratiner autour du néant. 
             


            • Jude 12 août 2010 14:12

              C’est un laudate à la gloire des gestes anti-sportifs dans les gradins et à l’extérieur du Parc des Princes par des hooligans...

              Vous n’avez donc pas raté grand chose smiley


            • jymb 12 août 2010 16:54

              Merci pour cette explication joliment narrée ( laudate fleure bon les mots raréfiés)


            • jakback jakback 12 août 2010 17:05

              Pour avoir bénéficié il y a quelques années d’une loge, j’avoue avoir jamais compris le fanatisme des supporters parisiens ou autres, au point de payer pour venir assister a un match de foot et, ce quelques soit la saison.
              En revanche les VIP, la je comprends très bien. Parking, hotesses, repas, boissons de l’eau au champagne, loges chauffées, le tout gratuit.
              Pourquoi les pauvres payent pour les riches, lisons nous a longueur de colonnes sur AVX et le net en général. Voici un début d’explication, sans doute.

              1

              • agoratoc 13 août 2010 01:00

                parce que nous ne connaissez rien au supporterisme , comme souvent en france .
                vous ne savez pas ce que c est que se deplacer aux 4 coins de la france et de l europe pour son club , ce qu est la mentalité ultra . vous ne voyez que l excitation de ces jeunes du haut de votre siege VIP¨. les pigeons fadasses comme vous on a en besoin au stade pour rapporter des sous au club , mais dans l ideal on s en passerait bien


              • Gonzague Gonzague 12 août 2010 18:36

                La France est je pense le seul pays d’Europe où le seul club qui fout vraiment la merde est également, au niveau du championnat, un des clubs les moins titrés.

                2 titres de champion, c’est moins que Lille ou Nice, c’est autant que Sète (! ?) et Sochaux.

                Je veux bien que des excités frustrés s’énervent devant les résultats décevants de leur club. Quand ledit club est médiocre des années durant et que violence il y a, quelque chose m’échappe. Ne s’agirait-il pas de faire croire, quelque part, que, la violence étant le corolaire de la déception face à une grandeur fantasmée, le PSG est un grand club ? La reconnaissance non obtenue sur le gazon se conquiert sur le béton des tribunes. 

                • Rough 12 août 2010 21:44

                  Je n’aime vraiment pas le foot, et encore moins ses supporters, mais c’est un excellent article....
                  La victoire du consensus mou et de la merchandisation....


                  • entrevuew 13 août 2010 02:38

                    Vous tous (les commentateurs) n’avez rien compris ; la France s’appauvrit terriblement et le racisme anti-blancs et anti-noirs-arabes est de plus en plus présent dans notre société.

                    Le taux de chômage chez les jeunes est de 30% (c’est un record en Europe). Pour toute ces raisons la coupe est pleine et il y a des débordements.

                    Seulement ce que fait le gouvernement c’est faire disparaître des médiats cette classe moyenne désormais déclassée et inmontrable. 

                    L’Europe qui est calqué sur la modèle anglo-saxon de l’exclusion systématique des pauvres et de la mise en avant des élites aura eu raison de nous. Les clubs anglais ont depuis longtemps effectué l’épuration des pauvres visibles par le peuple.

                    Je ne suis en aucun cas raciste mais c’est justement que je suis un petit peu plus sociale que les autres commentateurs que j’espère que le FN gagnera pour redonner du sens à la vie de ceux qui ne possèdent quasiment rien. 


                    • Gonzague Gonzague 13 août 2010 12:23

                      « Je ne suis en aucun cas raciste »


                      Voyons à présent ce que ce même personnage vient de lâcher sur l’article que j’ai modestement publié hier ici même :

                      Par entrevuew (xxx.xxx.xxx.88) 13 août 11:22

                      Quand on regarde les allemandes on comprends quand même que le métissage avec les indigènes est répugnant ; comme disait l’autre : un homme croisé avec un s. çà ne fera jamais qu’un demi-homme. (Copyright entrevuew. Tous droits réservés)

                      Effectivement, le non-racisme crève les yeux. 


                    • entrevuew 13 août 2010 05:23

                      Y’a vraiment jamais personne sur ce site. fdesouche est bien meilleur car mille fois plus réactif y’a pas photo.


                      • Hieronymus Hieronymus 13 août 2010 08:30

                        mais de quoi il parle ?
                        c’est quoi le sujet ici ?
                        d’abord est ce un article ?


                        • entrevuew 15 août 2010 07:04

                          Non mais toi prends tes cachets et vas t’coucher.


                        • entrevuew 15 août 2010 07:02

                          C’est pas raciste, la femme en photo était super mignonne et elle critiquait l’idéologie du métissage.

                          Vous voyez vraiment du racisme partout, il est interdit de plaisanter avec vous. 

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