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Accueil du site > Culture & Loisirs > Sports > La dérive des compliments : Philippe Croizon, nageur de l’extrême

La dérive des compliments : Philippe Croizon, nageur de l’extrême

Philippe Croizon*, nageur de l'extrême, a traversé la Manche. Sans bras ni jambes, il se prépare à une incroyable expédition : rallier les cinq continents en traversant quatre détroits à la nage. Le grand plongeon dès mai 2012 !
 * En 1994, alors qu'il change son antenne de télévision, Philippe Croizon reçoit une décharge de 20 000 volts à travers tout le corps. Après des mois d'hospitalisation, cet ouvrier métallurgiste est amputé des quatre membres.

Handicap.fr  : Votre exploit en septembre 2010 a fait le tour du monde...
Philippe Croizon
 : J'ai en effet traversé la Manche à la nage, soit 38,250 km en 13h23 ! D'autres l'avaient fait avant moi, évidemment, mais ma particularité c'est que je suis en partie amputé des quatre membres.

H
 : Deux ans plus tard, vous passez à la vitesse supérieure. Quel est votre prochain défi ?
PC
 : Je veux maintenant relier les cinq continents à la nage entre mai et août 2012, une fois encore en compagnie du nageur longue distance Arnaud Crossery. Cela représente 20 à 25 km en moyenne pour les trois premiers détroits et 4 à 8 km pour celui de Béring. Des distances plus courtes que dans la Manche mais des conditions nettement moins accueillantes : une mer agitée de puissants courants, la présence de requins et autres méduses au venin létal, un trafic maritime intense dans le détroit de Gibraltar... Et, pour finir, la traversée du détroit de Béring dans une eau entre 0 et 3° !

H
 : C'est juste une prouesse physique, ou ce défi a-t-il une autre ambition ?
PC
 : Je vais en profiter pour tourner un reportage sur les situations de handicap à travers le monde, notamment en Afrique et en Asie. Je vais également à la rencontre de 150 familles d'Inuits, et je me demande quelle place est réservée à leurs semblables handicapés.

H
 : Comment vous entraînez-vous ?
PC
 : En février, je rejoindrai les commandos de marine à Toulon pour quelques séances en mer dans une eau très froide. Pour être dans le bain ! Et, un mois avant le grand départ, je prendrai de l'altitude à Font-Romeu dans les Pyrénées, histoire de faire le plein de globules rouges.

H
 : Vous avez besoin de sponsors. Les cherchez-vous dans le milieu du handicap ?
PC
 : En effet, la Manche c'était une PME, mais les 5 continents, c'est carrément une multinationale. 700 000 € ! Il m'en manque encore 300 000. Mais, pour le moment, à part le soutien de Handicap international ou les 5 000 euros apportés par Handicap 2000, l'association créée par mes parents, je n'ai pas reçu d'aide de la part des associations de personnes handicapées. Il est vrai que je ne les ai jamais sollicitées ! Je ne sais pas si on peut leur demander des sous. Je me tourne plutôt vers des mécènes privés, des grosses entreprises ou mon Conseil général. Mais, avec les Jeux olympiques et l'Euro de football à la même période, ce n'est pas l'idéal pour convaincre des partenaires. Beaucoup ont déjà investi dans ces deux grands rendez-vous. Ceux qui veulent nous soutenir peuvent néanmoins acheter notre pack (tee-shirt + autocollant) en vente 20 € sur notre site.

H
 : Avez-vous toujours été un excellent nageur ?
PC
 : Vous rigolez ! J'étais nul. Je suis passé en deux ans du statut de sportif canapé à celui d'athlète de haut niveau.

H
 : Alors comment vous est venue l'idée de vous jeter à l'eau ?
PC
 : J'étais en convalescence sur mon lit d'hôpital et j'ai vu une nageuse traverser la Manche à la télé. J'ai fermé le tiroir et j'ai attendu 14 ans... Il y a eu 9 000 tentatives depuis 1875, et seulement 900 réussites.

H
 : Aviez-vous ce tempérament de fonceur avec votre accident ?
PC
 : Pas vraiment. J'ai toujours été jovial et joyeux, mais sans plus. Parfois on me considère comme un héros, mais je ne veux pas de cette étiquette car c'est une façon de ramener ma prouesse à mon seul handicap. On ne dit pas cela des autres nageurs qui ont traversé la Manche. Mais il est vrai que, depuis 17 ans, je me sers de mon handicap comme d'une force. A l'instar de ce que disait le président Kennedy : « Ne vous demandez pas ce que l'Amérique peut faire pour vous mais plutôt ce que vous pouvez faire pour l'Amérique ». Et bien, c'est pareil : « Que puis-je faire pour que mon handicap soit utile ? »

H
 : Regrettez-vous votre « validité » ? Et je mets des guillemets car vos exploits ont prouvé que vous étiez bien plus valide que la plupart d'entre nous...
PC
 : Je ne vais pas mentir, mon handicap m'emmerde au quotidien. Mais j'aime ma nouvelle vie. Retrouver mes bras et mes jambes pour reprendre mon boulot d'ouvrier métallurgiste ? Non merci ! Jamais je ne tenterai la greffe d'un membre. Retourner à l'hôpital, en rééducation, prendre des traitements à vie... C'est trop compliqué. Je reste comme je suis.

H
 : Vous avez-été interviewé sur Canal plus, par TF1 ou la BBC. Comment expliquez-vous cet engouement ?
PC
 : C'est vrai que c'est de la folie. A vrai dire, je ne sais pas. On m'avait dit, après la Manche, « C'est un effet de mode, tu vas bientôt passer aux oubliettes ». Et bien non, c'est le mouvement perpétuel. Je suis un peu devenu le « Monsieur handicap », le mec sympa, qui répond aux questions avec le sourire, le bon client. J'aime bien ce rôle même si je ne revendique absolument pas celui de porte-parole des personnes handicapées. Je suis plutôt un ambassadeur dans le monde du handicap.

H
 : Des personnes amputées, comme l'athlète Oscar Pistorius, font leur apparition dans la pub et la sphère du luxe. Ces icônes sont-elles importantes ou n'ont-elles pas tendance à masquer le quotidien plus sordide de bon nombre de personnes handicapées ?
PC
 : C'est vrai, c'est certainement un peu surfait mais c'est aussi une manière de faire pénétrer le handicap dans la vie des gens, sans être misérabilistes. Le handicap fait peur, alors mieux vaut y aller par ce biais là, même si la réalité est bien différente. Si on reste sur le versant Cosette et Thénardier, on ne s'en sort pas !

H
 : Vous assurez également des prestations de sensibilisation au handicap en entreprise.
PC
 : Oui, j'interviens sur les notions de dépassement de soi, de force mentale. Comment réussir à créer une équipe pour mener à la victoire ?

H
 : Parmi tous les hommages, lequel vous a le plus touché ?
PC : Ma plus belle récompense m'a été donnée par un petit élève de 12 ans, d'un collège de Rouen où j'étais venu raconter l'aventure de ma vie : « Monsieur, vous avez fait un grand défi et moi aussi, je voudrais en faire un. Lequel mon petit ? Je voudrais vous faire un gros câlin... » Je l'ai pris contre moi, il pleurait... Moi aussi !

www.handicap.fr


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1 réactions à cet article    


  • pierrarnard 19 octobre 2011 15:14

    c’est interessant :

    Des millions d’euros pour acheter des frappeurs de baballe qui passent six mois a l’infirmerie dès qu’un correligionnaire les effleure, ou pour ampoule au majeur (le doigt qui sert a remercier les demandeurs d’autographe...)

    Et personne pour sponsoriser ce mec là.

    Surement parce que ce n’est pas un vrai sportif.....

    Monde de merde....

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